jeudi 11 avril 2013

Steve Beresford pianist and sonic table improvisor

Steve Beresford. Interview and overview













Dans le but de réunir quelques artistes impliqués dans l’électronique au sens large et les objets amplifiés et avec des parcours et des centres d’intérêts variés, j’avais sollicité Steve Beresford, Adam Bohman et les deux musiciens du groupe FURT, Richard Barrett et Paul Obermayer pour se livrer à une interview à quatre voix via e- mail et qui se voulait interactive. Bien que très différents, ces musiciens partagent de nombreuses choses en commun et, surtout, une véritable admiration réciproque. Aussi les quatre artistes ont développé l’électronique et les sons amplifiés un peu à l’écart des tendances fashionables d’aujourd’hui.
Alors que Richard Barrett est un compositeur réputé (élève de Brian Ferneyhough) et a développé une conception sophistiquée des manipulations du son électronique avec Paul Obermayer, Adam Bohman est l’archétype de l’autodidacte qui n’a pas froid aux yeux. Il étale un bric-à-brac délirant sur une table et l’amplifie empiriquement en collant des micro contacts au milieu de ses objets. Avec cet assemblage, il n’hésite pas à affronter tous les instrumentistes qui se présentent à lui. Steve Beresford est un des plus fervents supporters d’Adam Bohman et de son frère Jonathan (The Bohman Brothers Band !) Adam est aussi des piliers du London Improvisors Orchestra dont Steve est le pianiste attitré et un conducteur assidu et particulièrement brillant. Il a développé une approche de l’électronique « low –fi » avec mettant en batterie une kyrielle d’instruments vintage. Tout comme les deux inséparables compères du duo FURT, ses performances électroniques font preuve d’un sens aigu du timing et du rythme. Le duo FURT s’est produit à plusieurs reprises avec Adam Bohman. Le premier enregistrement de FURT associait Adam et tout récemment, ils devaient partager la scène du Freedom of The City 2010 jusqu’à ce que Richard Barrett, indisponible, fût remplacé par Phil Marks. Phil est le percussionniste de l’excellent trio Bark avec Paul Obermayer.

Comme ce projet d’interviews croisées semblait impraticable, j’ai opté pour livrer des portraits de chaque individualité au départ d’une interview dont voici le texte de Steve traduit par mes soins. Il est suivi par une série de questions qui tente de cerner certains éléments de sa démarche.

Steve Beresford



J-M Van Schouwburg :    Où, quand et comment as-tu commencé avec la musique, un premier(s) instrument(s) et une activité musicale ( écouter, jouer, à l’école, études, plaisir) ?

Steve Beresford 
Il y avait en permanence un piano à la maison et les deux côtés de ma famille aimaient la musique. Mon grand-père maternel avait joué du cornet dans un groupe de jazz des débuts avec son frère qui jouait du piano et de l’accordéon. Plus tard mon grand-oncle rejoignit le Debroy Somers Orchestra, joua pour Gaumont British Films et on raconte qu’il a joué avec Louis Armstrong à Londres au début des années trente. Mon grand-père abandonna le jazz au bout d’un moment et se mit à jouer du violon classique à la place.
Mes père et mère étaient de grands amateurs de swing et allaient beaucoup danser. Lui avait fait partie d’un chœur et plus tard chanta avec l’orchestre local. La maison était pleine de disques. Le premier disque que j’achetais était un 78 tours : ‘Good Golly Miss Molly’ de Little Richard.
Je pense que j’expérimentai avec des clusters au piano quand j’étais tout jeune et je commençai des leçons de piano à l’âge de huit ans. Mon intérêt pour certain type de musique n’était pas du goût de mon prof de piano  ou de mon prof de musique ; dès les 13 / 14 ans, j’écoutais Coltrane et Cage ainsi que du jazz plus conventionnel. La plupart de mes tentatives pour apprécier la musique classique occidentale impliquaient Tchaikovsky et Chopin. Mais je ne les aimais pas. Plus tard, j’entendis le Prélude en Mi bémol Mineur de l’Op. 48 et la Tallis Fantasia de Vaughan Williams et j’aimais beaucoup cela.

Comme la BBC avait un programme jazz avec un répertoire très étendu, j’entendis des choses à la radio comme Steve Lacy et Cecil Taylor dans ‘Johny Come Lately’ et j’adorais.
Plus tard, il y eut Albert Ayler et un session live du Spontaneous Music Ensemble. Cela devait être aux alentours de 1968. Je jouais alors de l’orgue Hammond et de la trompette dans un sould band local. J’achetais tous les disques d’improvisation libre of free improvisation que je trouvais et que je pouvais m’offrir.

JM VS : Où, quand et comment t’es-tu mis à improviser. Etait-ce un choix délibéré de faire de l’improvisation ou quelque chose qui a grandi petit à petit de l’intérieur?
Aussi dans le cas d’études musicales, était-il alors facile de découvrir cet intérêt musical fondamental qui devait être bien différent de la norme.... Comment es-tu devenu complètement convaincu par l’improvisation, tout en étant impliqué dans la composition  ou d’autres genres musicaux?

SB : Je trouvais qu’improviser était très difficile au début. Quand j’entendis le Green Onions de Booker T and The MGs’, c’était suffisamment simple pourque je puisse travailler sur ce qui se déroulais. C’était dans le contexte du soul band que nous avions à l’école. Je pense que probablement, j’en acquis l’idée assez rapidement, mais restais dans le brouillard au sujet des techniques du piano jazz durant mon séjour à l’université; personne ne pouvait m’expliquer quoi faire de ma main gauche.

Après avoir quitté I’Université de York en 1971, je restai en ville et formai un trio d’ improvisation appelé ‘Bread and Cheese’ avec deux musiciens US. Nous aimions particulièrement Derek Bailey, Evan Parker, Elvin Jones, Don Cherry et Luciano Berio. L’instrumentation de départ était guitare, piano et batterie, mais nous utilisions souvent nos voix et j’avais de petits instruments aussi. Le guitariste du groupe - Neil Lamb – écrivit un morceau pour Derek Bailey, qui vint à l’université la jouer en concert avec quelques impros libres.

Derek interpréta la composition de Neil de manière relâchée, si je me souviens, and le département musique présenta son improvisation comme si c’était un petit bonus à l’œuvre sérieuse ( parce qu’écrite).

Par la suite, Martin Mayes et moi avons présenté quelques concerts d’improvisation libre à l’Université :  Evan Parker, Han Bennink, Derek Bailey, Peter Brötzmann et Fred Van Hove. Je commençais à prendre le train de minuit vers Londres pour jouer au Little Theatre Club et aussi avec  The Portsmouth Sinfonia, un orchestre plutôt hétéroclite qui comprenait Michael Parsons, Brian Eno, Gavin Bryars et pas mal d’artistes visuels.

Au Little Theatre Club, je rencontrai à nouveau Derek et Evan et aussi des musiciens plus jeunes. Quelques-uns d’entre eux se retrouvèrent sur Teatime, le LP Incus que nous fîmes en 1975 : Dave Solomon, Nigel Coombes, Garry Todd et John Russell. Je jouais énormément avec eux et d’autres comme Terry Day, Mongezi Feza, Roger Smith et ainsi de suite.

J’emménageai à Londres en 1974. A cette époque, il y avait régulièrement des concerts de la Musicians’ Co-Op à l’ Unity Theatre au Mornington Crescent et j’y jouais avec la plupart des improvisateurs de Londres. (Excepté John Stevens avec qui je jouai seulement à deux reprises, ce que je regrette).

Je jouais aussi avec un orchestre soul que nous avions lancé à York. Il incluait Stuart Jones à la guitare, Stuart était aussi dans Gentle Fire qui jouait du Cage et du Stockhausen. 

J’aimais mélanger tout cela et je continuais de jouer de la musique populaire et de danse, mais c’était bien sûr toujours l’improvisation libre qui était la partie la plus importante de ma vie. Je ne me souviens pas  quand j’en ai pris la décision mais le professeur et compositeur Bernard Rands m’avait dit deux ou trois choses très encourageantes, spécialement dans le contexte de l’Université de York où chacun essayait intentionnellement de vous décourager par tous les moyens.

Durant quelque temps, je jouais de la guitare basse dans un groupe appelé Roogalator, qui ajustait ensemble quelques idées rythmiques très intenses et variées. Je préférais la musique de danse comme celle-là. Plus tard, cela m’a amené à travailler sur des morceaux de Dub jamaïcains avec  Adrian Sherwood,

Nous avons ensuite formé le London Musicians’ Collective et cela a créé encore une plus grande ouverture. Nous avions un lieu (NDT situé Gloucester Avenue) et beaucoup sont venus nous rendre visite du monde entier.

JMVS  Etant déjà pianiste et aussi trompettiste et bassiste, pourquoi t’es – tu mis à jouer avec des jouets, des objets et des instruments jouets : absence de piano ? ( je me souviens très bien de ton concert solo de Bruxelles en 1977)...... Peux-tu expliquer cette pratique depuis le début jusqu’à son évolution récente vers l’électronique ? Tu as aussi réalisé des installations.
C’est une composante important de ta personnalité où interviennent des qualités rythmiques, quelque chose de spécifique avec le timing ? Tu peux un peu expliquer cela.

SB Je suis un admirateur inconditionnel des stand-up comedians et je pense que le timing est quelque chose de fondamental autant en comédie qu’en impro libre. Nous n’utilisons pas un temps métrique mesuré, mais nous sommes tout à fait bons avec un temps psychologique, comme dirions-nous, Stewart Lee, un comédien avec qui je travaille sur un projet pour l’instant. 

Initialement, je collectionnais de petits instruments parceque de nombreux endroits étaient sans piano. Ma collection s’est beaucoup transformée au fil des décennies, mais je me suis arrêté à la technologie des années mi- 80’s pour le moment. Peut-être, je vais faire évoluer cela d’ici peu. Les  pianos jouets étaient le subterfuge évident à la non-existence de piano dans la plupart des lieux, mais toutes sortes d’autres choses apparurent, partiellement parce que je joue aussi des cordes pincées et des trucs à souffler autant que des claviers. Actuellement, je n’utilise plus aucun clavier avec mon installation électronique. (On se souvient de ses Farfisa et Casio durant les années 80 – ndla).

L’installation que j’ai réalisée– à l’occasion du show collectif lors la récente ouverture de l’ Usurp gallery – était une version fort ritualisée du matériel qui me sert par ailleurs en concert. J’en ai réduit l’assemblage, déposé sur une table d’école Thaï, à des objets bruiteurs en plastique bon marché. C’était excessivement coloré et fort grésillant. Un court enregistrement de moi jouant cette collection était diffusé par des casques audio.

Je ne sais pas si je parviendrais à en expliquer des interrelations musicales. Je pense que cela doit être amusant et que cela produit une nouvelle musique à chaque fois.


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Alterations  (Terry Day, Peter Cusack, David Toop, Steve Beresford 1979 - 1986)

Voici un groupe essentiel de la scène improvisée qui tranche complètement sur les idées et les définitions répandues. Les musiciens utilisaient beaucoup d’instruments : Terry Day : percussions, sax alto, violoncelle, pipeaux, voix et textes, Peter Cusack, guitares, ukélélé,  bouzouki, David Toop : flûtes de concert, flûtes inventées, basse électrique, guitare , Steve Beresford : piano, claviers électroniques, pianos jouets, jouets, trompette, basse électrique. Ils passaient fréquemment d’un instrument à l’autre travestissant plusieurs styles musicaux en les faisant coexister subtilement ou collisionner de manière abrupte ou … idiote. Au fil des ans, la musique est passée de l’acoustique vers l’amplification. Elle était parfois indescriptible. Dans l’interview ci-dessous, il semble que SB s’exprime peu sans doute parce qu’il ne trouve les mots pour expliciter ce qu’il y avait de particulier dans ce groupe que lui-même juge primordial dans sa vie musicale.

Albums : Alterations Bead 9 1979 / Up Your Sleeve Quartz 1981 / My Favourite Animals Nato 1984/ Voilà Enough 1981 Atavistic / Alterations Live Live Recordings 1980 1983 Intuitive Records IRCD 001.

J-M VS : Je viens enfin de trouver le CD Intuitive d’Alterations et j’adore le concert de  Copenhagen : c’est un morceau fantastique! J’ai aussi écouté Voilà Enough sur Atavistic .
Ce groupe était très particulier : Est-ce que l’expérience d’Alterations, et le fait d’avoir travaillé avec eux, a une influence sue ce que tu fais maintenant ?

SB : Je pense que jouer dans  Alterations a influencé tout ce que j’ai fait depuis, mais pas nécessairement de manière très évidente. Il y avait une situation unique de relations dans le groupe qu’il serait impossible à recréer. Pour moi, c’était de loin plus important que le matériau musical employé. Cela explique aussi pourquoi les gens du rock ne pouvaient s’identifier à cela – la façon dont nous travaillions était très éloignée des procédés conservateurs et rétrogrades de presque tous les groupes de rock.

De toute façon, je n’aime pas trop la rock music. Funk, pop, reggae, country, etc – excellent !  Mais je possède à peine trois disques de ce que  la plupart des gens décriraient comme du « rock »


 J-M VS : J’ai entendu le groupe trois fois: en 79 au  Palais de Beaux Arts à  Bruxelles ( la deuxième face d’ Up Your Sleeve /Quartz) et au Festival Incus en 1986  au Arts Theatre Club Great Newport street . C’était votre dernier concert, je pense. Combien de concerts avez-vous fait en dehors de Londres ?  

SB Alterations a joué pas mal en Allemagne, aux Pays Bas et en Belgique, aussi loin que je puisse me souvenir.


J-M VS  Je ne comprends pas pourquoi les gens de la scène rock alternative (RIO  Musiques de Traverse, nowave) n’ont pas fait appel au groupe. Alterations était  parfait pour ouvrir les choses et très plaisant au niveau scénique.... Sa musique a bien résisté  au temps, je  ne suis pas sûr qu’un autre groupe allait si loin avec autant de légèreté.
Une qualité qui me fait penser à ce que Derek décrivit pourquoi il aimait le fameux album solo de Paul Rutherford,  Gentle Harm of The Bourgeoisie... Sérieusement pas sérieux.

SB  C’est très chouette à entendre ! J’aime penser que c’est quelque chose que je pourrais faire de temps à autre.

JM VS Vous apportiez un tas d’interrogations, c’était parfois inconfortable et un peu délibérément idiot (silly en anglais)  ?  Est-ce que chacun dans le groupe partageait le même avis concernant la direction de la musique ?
Quand Pete, David et toi jouaient des guitares, cela sonnait comme une véritable musique d’ensemble. Etait-ce préparé à l’avance ou discuté ?

SB Jamais.

J-M VS  Est-ce que la musique du groupe avait une relation avec cette définition de la musique improvisée libre comme étant "non-idiomatique" ?

SB  Non !

JM VS Voilà enough ! (titre du CD d’Alterations 1981 Atavistic)

SB J’avais une boîte avec ces enregistrements sur CD’s et le titre sur la boîte était “Viola Enough!”.

J-M VS J’apprécie sincèrement ce groupe Alterations ...

SB (en français) :  Moi aussi.

Steve Beresford.

Pour les improvisateurs étrangers de passage à Londres, Steve Beresford est un visage familier qu’on croise fréquemment dans les nombreux lieux de la ville dévolus aux musiques improvisées et expérimentales. Visiblement, après plusieurs décennies sur les scènes européennes en compagnie de personnalités aussi remarquables qu’Han Bennink, Derek Bailey, Eugène Chadbourne, John Zorn, Lol Coxhill, Tony Coe, Benat Achiary, Tristan Honsinger, Roger Turner etc… sans oublier de multiples productions professionnelles (studio, cinéma, etc), il a gardé intact l’enthousiasme d’auditeur et de découvreur de musiques qui l’ont plongé dans l’univers naissant des musiques improvisées et expérimentales au début des années 70. Steve adore se retrouver dans l’atmosphère des concerts et semble avoir autant de plaisir à écouter ses collègues et amis qu’à jouer lui-même. Il soutient activement les series de gigs sous l’égide d’un club en s’y rendant autant que le permet son emploi du temps. Une série de concerts « londonienne » accueille une fois par mois trois sets avec trois groupes différents, parfois 4 et le responsable du club est souvent lui-même musicien. La rémunération est « aux entrées », chaque participant recevant une part égale du montant de la caisse. Steve Beresford était un inconditionnel du Bonnington Arts Center au sud de la Tamise, une salle minuscule à l’étage d’un restaurant végétarien. Adam Bohman, le responsable du Bonnington, a emménagé non loin de là au Battersea Arts Centre, une structure professionnelle qu’il vient d’ailleurs de quitter récemment. Parmi les organisateurs légendaires, il faut citer John Russell et son Mopomoso au Vortex, la chanteuse poétesse Sybil Madrigal au Boat Ting sur un bateau ancré dans la Tamise, Alan Wilkinson au Flim Flam dans un pub de Stoke Newington, non loin de l’ancien Vortex. Les musiciens qui entourent Eddie Prévost (Sébastian Lexer, Seymour Wright etc..) jouent habituellement au Goldsmith College.  Et last but not least, Hugh Metcalfe qui vient de quitter Londres mettant fin à plus de 25 ans de transhumance de son délirant Klinker Club bi-hebdomadaire dans les pubs du Nord-Est. Steve se félicite de découvrir un nouveau venu original et la capacité d’un musiciens à assembler un groupe qui ouvre de nouvelles perspectives. Ces gigs servent de banc d’essai et nombre de musiciens jouent jusqu’à plusieurs concerts par semaine. Il ne suffit pas d’être un « excellent » improvisateur. Le fin du fin est de réussir le pari d’ un nouveau groupe qui se rencontre pour la première fois et donne à entendre une performance originale. 
Pour Steve, la scène de la musique improvisée ce sont tous ces femmes et ces hommes avec un talent original et qui partagent ce besoin d’expression collective au fil des saisons depuis l’époque du Little Theatre Club jusqu’à aujourd’hui. A la base de ce tissu de relations, il y a un sentiment de sympathie naturel, un chaleureux welcome pour quiconque apporte sa contribution, même modeste, à l’édifice. Et cela, au-delà des sexes, des générations, des backgrounds, des nationalités, origines ethniques, etc… Dès qu’un improvisateur étranger vient s’établir à Londres, même par intermittence, il est aussitôt adopté par cette communauté, forte de plusieurs centaines d’individus. Il y a quarante ans c’étaient l’américain Jim Dvorak et le brésilien Marcio Mattos, lequel à peine arrivé en 1969 jouait le lendemain avec John Stevens dans un Arts Lab. Aujourd’hui, le contrebassiste français Guilaume Viltard est fréquemment demandé et le madrilène Javier Carmona est un des deux batteurs habituels du London Improvisors Orchestra, un job qui a déjà été partagé par Louis Moholo, Steve Noble, Mark Sanders et Tony Marsh. (Tout récemment, Javier Carmona s’est établi à Barcelone).
Depuis 1999, ce très grand orchestre à géométrie variable rassemble une quarantaine de membres et chacun d’eux a la possibilité de proposer une direction. Steve Beresford en est le pianiste attitré et un de ses membres inconditionnels. Il est remplacé par Veryan Weston en personne lequel attend paisiblement que Steve dirige l’orchestre pour monter sur scène. Les concerts ont lieu au Café Oto à proximité du Vortex, lui-même trop exigu pour accueillir la moyenne des 25/30 musiciens - jamais les mêmes ! - qui se présentent à chaque rendez-vous mensuel. Steve improvise sa conduite généralement comme un concerto avec un soliste tout en tirant parti des personnalités présentes et des sections instrumentales. Outre les cuivres où officiaient Paul Rutherford et Harry Beckett, aujourd’hui disparus, il y a une impressionnante section de cordes avec Phil Wachsmann, Sylvia Hallett, Susanna Ferrar, Charlotte Hug, Hannah Marshall, Marcio Mattos,  David Leahy, Simon H Fell et BJ Cole, légendaire steel guitariste de studio. Dans ce contexte, SB se révèle un véritable maestro livrant à chaque concert une des pièces les plus consistantes musicalement. Sous sa conduite, le LIO dépasse la problématique improvisation/composition : de la grande musique. Son travail consiste à mettre en évidence les qualités et le potentiel de l’orchestre.
Parmi ses groupes favoris, on peut compter le trio avec le tromboniste Alan Tomlinson et Roger Turner (Trap Street/ Emanem), des duos avec John Butcher (Freedom of The City 2001 Emanem) et Han Bennink (Live in Edam /ICP), et une très intéressante collaboration avec Tania Chen où les deux pianistes dialoguent avec des objets, des jouets, l’électronique (Ointment/ Rossbin). Son entente avec Lol Coxhill est plus que musicale : humaine et chaleureuse avec ce qu’il faut de non sense british pour réellement détendre l’atmosphère (on pense aux stand-up comedians évoqués plus haut). Durant les années 80, il fut un des artistes associés au label Nato entre autres avec les Melody Four, un trio focalisé  sur la relecture des standards de tout poil et de toute origine combinée avec des versions chantées. Steve a tourné dans toute l’Europe avec le soprano lunatique de Coxhill et la clarinette délicieuse de Tony Coe. Tony jouait aussi du sax ténor et Lol est un chanteur de chansons qui aurait fait une brillante carrière de crooner dans une autre vie.
Emanem vient de rééditer Teatime, un 33 tours publié en 1975 par Incus, le label d’Evan Parker et Derek Bailey. Teatime réunit outre Beresford, Nigel Coombes, le violoniste éternel du Spontaneous Music Ensemble de 1976 à 1993, Dave Solomon le batteur qui avait joué dans les Roogalators et un vrai spécialiste du drumming Tamla Motown, Garry Todd, un saxophoniste ténor particulièrement original et le guitariste John Russell, alors à la guitare électrique. Le  disque contenait différents sous – groupes avec des titres délirants : European Improvised Music Sho’Nuff Turns You On. C’est un excellent document sur l’activité de musiciens dit « de la deuxième génération » qui ont eu une influence non négligeable sur la scène improvisée radicale. Steve Beresford fut un des premiers musiciens européens à collaborer avec John Zorn, Tom Cora, Eugene Chadbourne, Toshinori Kondo etc… Ce qui l’a amené à enregistrer pour Tzadik, le label de Zorn, avec les albums Cue Sheets et Cue Sheets II où on retrouve des collègues de la scène londonienne. Beresford a même enregistré un de ses albums avec Zorn et l'équipe du quartet Masada (Dave Douglas, Greg Cohen et Kenny Wollesen) : Signals for Tea  (avant Japan). Il en a écrit tous les titres et chante les lyrics écrit par son pote Andrew BrennerFoxes Fox est un quartet énergétique rassemblant Louis Moholo, Evan Parker , John Edwards et SB et qui fut fréquemment à l’affiche du Vortex avant le départ de Moholo pour l’Afrique du Sud (Naan Tso)/ Psi. Du free – jazz costaud avec Parker au ténor et la propulsion effervescente de Moholo, mais à l’anglaise : complètement improvisé et avec une écoute mutuelle au service du collectif. Leur nouveau CD pour Psi est une pure merveille : Live at The Vortex (Psi 12.01) est un extraordinaire concert de 2006 dans lequel Steve mouille sa chemise en faisant preuve d'imagination et Evan Parker à son meilleur pressé par les roulements infernaux de Louis Moholo - Moholo. En prime Kenny Wheeler pour un long morceau.













Tout récemment Check for Monsters (Emanem 5002) s’impose par le dialogue époustouflant qu’il livre avec deux « monstres » de leurs instruments respectifs : la violoncelliste Okkyung Lee et le trompettiste Peter Evans. Dans cet album où tout semble pouvoir arriver, Steve Beresford nous dévoile ses capacités de pianiste et d’improvisateur en compagnie de deux phénomènes. Peter Evans et  Okkyung Lee développent des lignes contrapuntiques quasi polyphoniques souvent ahurissantes. Elles rivalisent avec les possibilités du clavier pour créer une multiplicité de lignes.  Il faut toute l’intelligence de SB pour créer des liens et des transitions de manière à créer l’ossature de cet organisme vivant en métamorphose perpétuelle.  Parmi toutes les pistes des musiques auxquelles SB a participé et qui sont évoquées ici, Check For Monsters, est une des plus fertiles. C’est aussi l’enregistrement que je recommande spécialement si vous croyez plus en la sélection qu’en la collection. Un trio qu’on aimerait glisser dans la boîte à suggestions d’organisateurs de festival éclairés. Aussi le duo avec Bennink "Live In Edam" (ICP) est particulièrement réussi : Steve fait mieux que se défendre avec sa table à malices. Etrangement , la musique de ce duo hétéroclite est envahie par une symbiose indéfinissable, mais très réussie entre les rythmes du batteur qui fusent dans tous les sens et les sonorités feux d'artifices de Beresford . Le grand Han Bennink, un grand du rythme et du jazz à tous les étages, a trouvé là un interlocuteur parfait avec un sens du timing exceptionnel : Steve Beresford.
J-M VS paru dans Improjazz 2010.

PS : Un cédé curieux a été publié dans les années nonante par le label Scàtter : Fish of the Week !
Steve Beresford, Alexander Balanescu, Clive Bell, Francine Luce, John Butcher et Mark Sanders. Aujourd'hui introuvable et à recommander !!

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