mercredi 17 septembre 2014

700 on Leo Daniel Thompson Tom Jackson Roland Ramanan Ivo Perelman Matt Shipp Paul Dunmall Tony Bianco Paul Rogers Mark Sanders


Zubeneschamali  Daniel Thompson Tom Jackson Roland Ramanan  Leo Records LR CD 700

Cette fois Leo Records a consacré son 700ème album à des artistes londoniens de la troisième et quatrième génération, alors que le label a des Braxton, Léandre, Maneri, Perelman, Gratkowski, Nabatov  et une ribambelle de Russes , Baltes etc…  Masis on ne peut pas toujours écouter les mêmes valeurs sûres ( héros, têtes de file, vedettes…). Roland Ramanan est un trompettiste remarquable  dont Emanem a produit deux albums de « jazz libre » en compagnie du batteur Mark Sanders,  du contrebassiste Simon H Fell et du violoncelliste Marcio Mattos  (Shaken et Cesura) , excusez du peu.  Il est, depuis le début, un pilier essentiel du London Improvisers Orchestra qui a rassemblé et rassemble encore un véritable who’s who de la scène radicale improvisée londonienne depuis 1999. Son excellent Tentet publié par Leo Records (LR  556) et qui comprenait Tony Marsh Alex Ward Robert Jarvis Dom Lash Simon Rose Javier Carmona Marcio Mattos Ian Smith et Ricardo Tejero ne laissait pas préjuger de son attirance pour la liberté intégrale , librement improvisée. Roland Ramanan a trouvé chez ses « cadets », le guitariste acoustique Daniel Thompson  et le clarinettiste Tom Jackson, une entente parfaite pour développer une musique de chambre libertaire faite de nuances , de couleurs et de traits tous azymuths. Dans la scène londonienne actuelle, Daniel  Thompson se révèle être un animateur  activiste de premier plan à travers les concerts qu’il organise dans les lieux plus excentrés que la partie Nord Est où se situent le café Oto, le New Vortex à Dalston – Hackney  et la Stoke Newington High Street . On l’a vu programmer les concerts à la Shoreditch Church à proximité de la City ou dans l’extrême Est ,  accessible par le nouveau métro aérien ( Arch One). C’est maintenant à Foley Street dans le lointain Ouest qu’il officie essayant d’étendre la toile de l’impro libre dabs cette ville grouillante.  Dans la mouvance de Daniel , on compte quelques musiciens vraiment passionnants parmi lesquels le violoniste alto Benedict  Taylor et le clarinettiste Tom Jackson dont le disque Songs for Baldly Lit Rooms est un des meilleurs duos improvisés « British Made » jamais enregistrés ( Incus Emanem Bead Ogun Matchless etc..).  Sans aucune exagération de ma part. Et donc ce beau trio est plus qu’une tentative. Daniel Thompson est en train de construire un univers personnel à l’écart des John Russell Roger Smith etc… dans une dimension collective. La guitare n’est pas un instrument facile et depuis qu’il s’est jeté à l’eau son évolution est concluante. Quant à Tom Jackson, il est devenu un clarinettiste de premier plan comme son collègue Alex Ward ou le français Xavier Charles. Et surtout, ce qui me réjouit ici c’est cette qualité d’écoute , cette construction collective qui échappe autant à l’univers régit par les valeurs / balises du jazz libre, au paramétrage « musique contemporaine XXème ou à la sacro-sainte vulgate « non-idiomatique » pour pigiste à la cuiller à pot ainsi qu’à tout genre musical qu’on veut définir.
Donc, voici un beau document qui met  en valeur le travail collectif au bénéfice de chaque individu. Pour y arriver, ils exploitent une excellente recette : chercher en soi-même ce qu’il y a de meilleur à offrir dans le moment même en utilisant toutes leurs ressources musicales et instrumentales et sans essayer de prouver quoi que ce soit.  Cela commence par un thème presque swinguant  lancé spontanément par le trompettiste et qui rebondit sur les phrasés aux intervalles disjoints de la guitare traitée comme une percussion libérée. Le clarinettiste a embouché la clarinette basse et s’en sert comme pivot harmonique / contrepoint affolé. Roland Ramanan ne se contente pas d’enfiler des chapelets de note mais phrase réellement avec un véritable lyrisme et un beau contrôle du son sur des intervalles inusités. C’est un trompettiste original, ce qui est assez logique, avec des collègues comme Harry Beckett, Kenny Wheeler, Henry Lowther et Ian Smith en ville, ça doit vous donner des idées.  Si vous ne comprenez pas ce que je viens d’écrire à propos de « phraser », un souffleur de haute volée et honnête vous l’expliquera. En plus c’est vraiment beau. Les 12 morceaux portent chacun des noms de constellations étoilées et développent des idées différentes au fil de la session.  La contribution personnelle de chaque personnalité et leurs différences s’interpénètrent avec une réelle bonne volonté assumée : Ramanan a eu une pratique du jazz contemporain confrontée à l’impro libre, Thomson fut un élève de John Russel l et a trouvé sa voie personnelle et Jackson a un parcours contemporain qui n’ignore pas le jazz. Ici sa contribution à la clarinette basse n’atteint pas les sommets instrumentaux d’un Jacques Foschia ou d’un Rudi Mahall mais apporte un son empreint d’une réelle corporalité et une couleur qui entre parfaitement dans l’univers du trio. Thompson trace ses arabesques décomposées sur  le découpage rythmique envoyé par Ramanan, en assument son style écartelé et cela fonctionne.  Non content d’établir un son de groupe, chaque musicien s’échine à le subvertir dans une ou deux pièces à l’allure minimaliste ou bruitiste. Au final, une belle expérience et comme je ne connais pas d’album avec guitare acoustique, trompette et clarinette qui poursuive un réel aboutissement de ce genre, ce Zubenschamali figurera en bonne place dans ma liste des bons albums de 2013-2014-2015. Un très beau numéro 700 pour Leo Records.

Ivo Perelman The Other Edge Matthew Shipp Michael Bisio Whit Dickey Leo Records LR 699

Leo Records aurait pu programmer ce disque-ci, The Other Edge, au numéro 700 de leur extraordinaire catalogue. Leo Feigin a été chic, il a laissé la place à ces musiciens britanniques que beaucoup ne connaissent pas encore(cfr chronique plus haut). Mais voilà, c’est le numéro 699 pour Perelman et son équipe ! Et quel numéro de lotterie ! Ivo Perelman est aujourd’hui un des saxophonistes ténor les plus attachants, les plus sensuels, avec une pratique tournée vers la libre improvisation d’essence jazz. Donc pas de thèmes, de rythmiques pré-établies, de solos etc… Sa musique en groupe, comme tous les duos , trios et quartets qu’il enregistre ( à la pelle, profitez-en) pour Leo est créée dans l’instant, sans fixer quoi que ce soit à l’avance, et basée sur l’écoute mutuelle, intuitive. Ses albums présentent chaque fois une nouvelle congrégation de ses fidèles, le pianiste Matthew Shipp, les batteurs Gerald Cleaver ou Whit Dickey, les bassistes William Parker, Joe Morris (aussi guitariste) ou Michaël Bisio. Cette session de janvier 2014 vient à la suite d’autres sessions très souvent réussies, et comme les précédentes, elle se concentre sur la qualité d’un dialogue intimiste, subtil où le saxophoniste sollicite la microtonalité de manière aussi authentique que feu Lol Coxhill et Joe Maneri. Je pense sincèrement que Perelman est un souffleur aussi singulier que peut l'être Roscoe Mitchell. Son phrasé, ses inflexions, son entêtement mélodique, son « système » se détachent entièrement de la vulgate du jazz-libre. Je vais pas faire de comparaisons avec d’autres artistes nommément, car c’est un procédé indigne des efforts consentis par ces combattants de la liberté musicale et du partage. Mais on ne risque pas beaucoup en déclarant qu’une telle originalité au saxophone se compte sur les doigts d’une main par décennie de l’évolution du jazz libre. Apparu dans les années nonante, Ivo Perelman s’était distingué par un expressionnisme exacerbé, tout en étant subtil et musical, et dont le paroxysme a été atteint dans l’inoubliable For Helen F de son Double Trio sur le label Boxholder ( Gerry Hemingway et Jay Rosen, Mark Dresser et Dominic Duval).  Soit une situation où ses collègues bassistes et contrebassistes le propulsent  en tant que souffleur soliste, cracheur de feu. Très rarement un souffleur a rallumé aussi bien la flamme d'Albert Ayler en personne. Depuis lors, son travail a évolué et s'est focalisé sur un dialogue, une conversation à trois ou quatre, où chaque instrumentiste surpasse les rôles respectifs d’accompagnateurs et de solistes vers plus d’égalité. Une démarche naturelle et logique voisine de celles des Evan Parker, Paul Lytton, John Stevens, Paul Rutherford et compagnie. Les structures créées spontanément transitent entre liberté totale assumée et déconstruite et des cadences rythmiques trouvées dans l’émotion de l’instant, produit ludique de l’improvisation collective, sans aucun calcul. Matthew Shipp est un pianiste extraordinaire avec une technique superlative et un énorme bagage musical. Avec Perelman, il fait presque oublier tout cela, car ce qui compte ici par-dessus tout est l‘émotion, la beauté fugitive, la spontanéité. Et l'équilibre de l'édifice ! Point ne sert de trop dire , il faut savoir parler à bons escient. L'art de la conversation en quelque sorte. Whit Dickey joue avec un drive impressionnant et une lisibilité maximale. Son foisonnement bien découpé reste translucide et révèle le superbe jeu de contrebasse de Michael Bisio et les nuances du toucher du pianiste. Le free-jazz peut se révéler être une musique à clichés et c’est bien tout l’intérêt, le charme et la beauté irrévocable des groupes d’Ivo Perelman. Ils incarnent l’essence de l’improvisation collective radicale dans l’univers du jazz afro-américain libéré. Un vrai plaisir.

Paul Dunmall Tony Bianco Spirits Past and Future Duns Limited Edition 062

Au ténor et au saxello (héritage de son ami Elton Dean), Paul Dunmall partage une nouvelle fois cet enregistrement de décembre 2007 avec le batteur polyrythmicien Tony Bianco. Le morceau titre Spirits Past and Future s’écoule durant cinquante minutes de pur bonheur intense « à-la- Coltrane & Rashied Ali dans  Interstellar Space. On va me dire que ce sont des vieilleries pour nostalgiques du « free-jazz ». Soyons sérieux, il n’y a pas dix saxophonistes ténor comme Paul Dunmall qui maîtrise toutes les facettes possibles du « post Coltranisme » et l’instrument en tant que tel comme notre héros à tous nous a quitté sans avoir trouvé beaucoup de challengers à sa suite, on se réjouira de pouvoir l’écouter  dans les infinies variations entièrement improvisées des dédales harmoniques et du travail du son. Les harmoniques encore , mais ce vocable désigne ici le son produit au-dessus de la tessiture normale en soufflant plus fort. Cette technique semble accidentelle et parfois erratiques chez de bons techniciens mais depuis Coltrane et aussi Steve Lacy, « la crème des saxophonistes ténor » jongle  avec elle ( cette technique dite des » harmoniques » ) car c ’est en fait une possibilité naturelle de l’instrument qui figurait sous forme de curiosités techniques dans les manuels. Parmi les « clients » de la descendance de Coltrane, on compte un Pharoah Sanders, un Joe Farrell, artistes qui se sont trop englués dans des projets « professionnels ». Parmi ceux qui ont gardé doit devant l’idéal exploratoire et révolutionnaire de Coltrane, on citera feu David S Ware aux USA et Evan Parker en Europe. J’ai surpris des conversations sur Face Book d’amis saxophonistes ténor incontournable et pour eux c’est clair : parmi les plus « grands saxophonistes » du « monde » , on cite un prof et Evan Parker. Evan Parker lui –même dit à ses camarades musiciens en riant dans sa barbe : Paul est le plus grand saxophoniste du monde. Son triple tonguing échevelé ne modifie jamais  le son droit durant la moindre infime fraction de seconde. Le son, les intervalles et tous les sons dans tous les intervalles à la vitesse lumière. Surtout on entend clairement qu’il improvise à 100%, ce qui n’est pas toujours le cas des pointures de l’instrument qui trustent l’intérêt des médias, en récitant des séquences prédigérées et avec une parcours quasi télécommandé. Dunmall invente ses séquences mélodiques sur le moment même et les développe avec une minutie maniaque. Dans ce Spirits Past and Future n’y a pas un recoin qui ne soit exploré , trituré, ressassé, sublimé . Incendiaire…Dès la huitième minute le son apaisé de l’intro s’est fait brûlant, hypnogène et torturé et le musicien conserve le matériau mélodique. Il enchaîne des variations sur toute la tessiture en sollicitant les harmoniques supérieures, les overtones.. en torturant de plus en plus les extrapolations des intervalles comme une armée de jongleurs. Et cela ne s’arrête.. pour ainsi dire jamais .. Je suis encore pantelant passé la vingtième et unième minute où ils se met à gémir – hurler  , choisissant quelques notes au hasard pour repartir et  conclure.. Solo de batterie à la 23ème   , polyrythmique en diable  et  prélude à un hymne jeté aux éléments… on est alors dans la transe de la sensibilité et de l’émotion dans la surenchère énergétique, flottant sur les vagues telluriques de Bianco.  Alors si vous ne l’avez pas encore écouté, Paul Dunmall, essayez de trouver cet album et vous allez tomber par terre. Il reste encore quelques copies de Spirits Past and Future, un des derniers cd’s encore disponibles du label personnel de Paul Dunmall et de Phil Gibbs, son fidèle compagnon guitariste. Cet album se concentre justement sur le sax ténor et  ayant écouté une très grande quantité de ses productions, je suis frappé de n’être jamais lassé de ses improvisations d’un disque à l’autre sur cet instrument. On peut aussi l’entendre en duo avec le batteur Miles Levin dans Miles Above, toujours disponible sur Duns. Plutôt que de créer un style « Dunmall » typé caractéristique, Paul tente avec le plus grand bonheur d’intégrer un éventail  très étendu de possibles liés aux spécificités du sax ténor et de son histoire. Des échos très denses de Trane (bien sûr) mais aussi de Wayne, Warne, Gordon, Griffin, Rollins, Evan Parker et, même, une synthèse de l’esprit de Jimmy Giuffre et de Sam Rivers dans un de ses albums sur le label FMR. Avec lui, un véritable monstre de la batterie dans une approche voisine de celle de Rashied Ali : profusion de rythmes croisés et de frappes en roulement infernal.  Tony Bianco a la capacité de jouer en 36ème de temps sans faiblir. C’est un des plus fantastique drumming free jazz qu’il est donné d’entendre. Evidemment cela va fort… et Dunmall souffle avec une puissance….  Pour conclure, une pièce de 5 minutes plus apaisée, Istah.  Un géant. Celui qui parle encore de Coltranisme, qu’il aille empester les jurys de conservatoires. Vive Dunmall et Vive Bianco !! Plus que ça tu meurs !!

Deep Whole Trio : That Deep Calling Paul Dunmall Paul Rogers Mark Sanders FMR 370-0214

Deep Whole trio est le nom du groupe constitué par Paul Dunmall, saxophoniste ténor et soprano exceptionnel, le contrebassiste à 7 cordes Paul Rogers et le percussionniste Mark Sanders. Les deux Paul faisaient partie du quartet Mujician avec Keith Tippett et le batteur Tony Levin, disparu il y a quelques années. Ce quartet moins Tippett se déclinait en un trio inoubliable immortalisé par le quadruple cd «Deep Joy » édité par Duns Limited Edition (à 100 copies) et enregistré au tournant des années 90 et 2000. Ce Deep Joy trio n’existe plus, mais voici le Deep Whole. Par rapport à Tony Bianco, un poids lourd de la batterie, Mark Sanders fait plutôt figure de poids plume. Mais quelle élasticité, quel drive tout en nerfs, soubresauts et démarrages au quart de tour, mais sans (presque) jamais interférer dans les fréquences du sax et de la contrebasse. Contrebasse ? Celle de Paul Rogers est une espèce d’hybride de la contrebasse, du violoncelle et de la viole de gambe. On se souvient de la puissance toute mingusienne de Rogers à la quatre cordes traditionnelle et de son coup d’archet supersonique. Dans le Deep Whole trio, il y a la puissance profonde, énorme et cette légèreté fluide qui permet les nuances de timbres  chères à l’improvisation britannique depuis les ateliers et gigs de John Stevens. Et donc à l’instar des trios d’Evan Parker avec Guy et Lytton ou de Schlippenbach avec Parker et Lovens, on atteint là le fin du fin de la liberté free-jazzistique assumée , celle qui a profité de l’expérience de l’improvisation libre sans se casser la tête avec le virus non-idiomatique, invention sémantique plus que réalité musicale. D’ailleurs Lovens Lytton et Parker ont été à l’avant-garde de ce mouvement et l’un n’empêche pas l’autre. Il n’y a que des imbéciles et de « moins bons » musiciens. Partagé en trois parties, cet enregistrement du 30 mai 2013 à la Lamp Tavern de Birmingham offre un excellent exemple de la pratique musicale la plus significative de Paul Dunmall avec Rogers et Sanders. FMR, SLAM et Duns Limited ont publié une quantité invraisemblable des « side projects » du saxophoniste avec Rogers  et le guitariste Philipp Gibbs, mais aussi  le flûtiste Neil Metcalfe, le batteur Tony Marsh qui lorgnent vers l’improvisation libre avec des guitaristes « à effets ». Dunmall semble ouvert à tout et aime se commettre avec des collègues jeunes et encore inconnus. Il faudrait presqu’un guide du Dunmall pour les nuls afin de s’y retrouver. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce prodige du saxophone et sur cet extraordinaire trio et que l’ étendue du catalogue dunmallien effraye, voici le maître achat.
Commençant comme un disque de jazz où il établit spontanément une thématique sans même y penser  et suivi par le tandem  Sanders – Rogers qui swingue à tout va. En toute indépendance l’un de l’autre et avec une cohésion profonde. On songe à Wayne, jusqu’à ce que le rythme se fasse plus pressant, que le motif se décline et se métamorphose, se dilate, se contracte…  Très vite s’installe l’exploration d’idées qui seraient advenues lors d’un précédent concert et qui s’imposent à nouveau. L’excellence de l’enregistrement  de Chris Trent permet de goûter les nuances de la frappe de Sanders alors que Dunmall étire ces notes de ténor une à une. Un court solo mi-basse mi-cello de Rogers, permis par son instrument à cordes sympathiques, introduit un trilogue éthéré d’où surgissent des pointes de triple tonguing avec lesquelles le bassiste dialogue en pizzicato. La pâte se lève et nos trois camarades racontent l’histoire jusqu’au bout. Ensuite, Rogers plonge dans le travail à l’archet dans plusieurs dimensions, propulsé par Sanders. Là-dessus, Dunmall trace un enchaînement aussi cartésien que sensible de volutes enchevêtrées avec un son de plus en plus chaleureux. That Deep Calling s’arrête après plus de 22 minutes sans que la durée se fasse ressentir. Deuxième morceau, Can You take it est introduit par Rogers à l’archet et le bassiste développe une improvisation où différents registres sont exploités jusqu’à ce qu’un rythme naisse. Le batteur se joigne à lui tout en laissant au cordiste l’initiative de tailler des sonorités lumineuses. Dunmall reprend avec le saxello hérité d’Elton Dean et le trio crée un univers sensible en rassemblant une à une chaque note nécessaire à son improvisation tandis que Sanders martelle ses toms en sourdine. Les spirales, stries, tangentielles, dérivées s’emboîtent dans un flux charnel et ludqiue….  Des perfectionnistes de l’improvisation qui prennent tous les risques sur la durée en ne laissant rien au hasard dans le relevé du terrain arpenté par la tangente ou l'hyperbole. Je vous laisse là : avec  cette musique on oublie les jazz magazine, les campagnes de com, le blah blah des critiques et les interviews bidon dont nous assaisonne la presse musicale… Deep Whole, profond et entier …Une musique libre et fascinante.

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