21 décembre 2017

Five players and more in free improvisation

Chers lecteurs ,
généralement, comme vous pouvez le constater, la très grande majorité des groupes de musique improvisée libre fonctionnent en (très) petite formation, du duo ou trio jusqu'au quintet et rarement au-delà. Pour des raisons qu'on devine : matérielles et économiques (cachets, logement et voyages !) et aussi esthétiques. En effet, trouver six ou sept musiciens qui partagent un idéal musical commun et une esthétique/ démarche compatible etc... n'est pas évident. Surtout dans une musique où chacun est libre de s'exprimer comme il l'entend à tout moment, même si cette musique est basée sur l'écoute. Dès que le groupe est plus étendu, l'éventuel responsable propose souvent un système avec parties prévues, indications, un peu de composition, une conduite...

Improviser librement (totalement) à plus de cinq offre d'autres perspectives, qui peuvent parfois se révéler inouïes. Pour une expression qui se veut éminemment collective où tous partagent le temps et l'espace sonore de manière démocratique à l'écart de toute hiérarchie, réussir à jouer ensemble dans un groupe plus large (cinq musiciens et au-delà) en créant les modes de jeux adéquats revient à assumer publiquement les idées et les belles déclarations en les mettant effectivement en pratique. 

Spontaneous  Parmi les quintets fameux (historiques) qui ont été enregistrés et publiés, il faut citer le Spontaneous Music Ensemble et ses trois éditions en quintet : Karyobin en 1968 (John Stevens, Evan Parker Derek Bailey Dave Holland et Kenny Wheeler(Island/Emanem nouvellment réédité !!), So What Do You Think We Are en 1971 (John Stevens Trevor Watts Derek Bailey Dave Holland et Kenny Wheeler/Tangent) and The Quintessence/ a/k/a the Eighty Five Minutes en 1974 (John Stevens Trevor Watts Derek Bailey Evan Parker et Kent Carter/Emanem). Durant sa longue existence, le trio d'Alex von Schlippenbach avec Paul Lovens et Evan Parker a été augmenté par Peter Kowald entre 1974 et 1977 et plus tard vers les années 80's avec Alan Silva. Or, les archives révèlent que s'y est ajouté le tromboniste Gunther Christmann à plusieurs reprises et les enregistrements révélés via inconstant sol sont vraiment convaincants.
On pense aussi aux Musica Libera de Fred Van Hove dont les quartets de base avec Phil Wachsmann, Marc Charig  et Gunther Sommer (MLDD) ou Paul Rutherford, Radu Malfatti et Marc Charig (MLA BLEK) pouvaient se croiser et être augmentés par Maarten Altena, Maurice Horsthuys, Wolfgang Fuchs, Gunter Christmann ou Ernst Reyseger.  Mais nous n'avons que les deux quartets ci-nommés comme uniques témoignages de l'art le plus radical de ce grand pianiste qui fêtait ses 80 ans cette année (Was Macht Ihr Denn ? SAJ 42 et M.L.A. Blek SAJ 32).

Juste pour prouver qu'il n' y a pas de raison que cette formule sextet, ou plus, est viable et conduit à d'autres façons de jouer basée sur l'écoute et l'imagination avec un consensus démocratique de partage très fort, je vous livre les exemples que j'ai pu trouver.
Pourquoi ? 
Parce que, une fois maîtrisé l'art de l'improvisation libre et collective, un improvisateur expérimenté et bien sur ses pattes (pro si on veut dire) n'a pratiquement plus aucun problème à réussir un concert en duo ou en trio, si les musiciens partagent cette faculté de s'entendre, de se comprendre et s'ils se sont choisis mutuellement. Ou même de trouver son chemin et réussir à communier avec des collègues encore inconnus la veille. C'est dans ce contexte de groupe élargi qu'on mesure le talent, l'intuition, la maîtrise, le self-control, la qualité d'écoute d'un improvisateur expérimenté et que ça nous change du sempiternel trio sax-basse-batterie qui commence à me barber, malgré l'imagination et le savoir faire de certains que je n'hésite pas à relever dans ce blog. Certains excellents improvisateurs ne se distinguent peut-être pas par une voix personnelle très originale qui feraient alors d'eux des artistes très demandés (etc...), mais au sein de tels groupes, ils font merveille par un don inné de l'à-propos.

Sven-Åke

Gérard Rouy, le journaliste et photographe dévoué à la cause, déclare toujours que son album d'improvisation favori est : Idyllen und Katastrophen sur le label Po Torch avec Sven Åke Johansson en poète à l'accordéon, Paul Lovens percussions, Wolfgang Fuchs sax sopranino et clarinette contrebasse, Maarten Altena contrebasse , Gunther Christmann trombone, Derek Bailey guitar, Candace Natvig violon et Alex von Schippenbach piano. Un chef d'oeuvre non réédité comme tout le catalogue Po Torch de Paul Lovens. 

Dans le coffret de Sven Ake Johansson, the 80's selected concerts, comprenant cinq CD's, se trouve la Splittersonata qui réunit sur le SAJ CD-35, quelques uns des participants à Idyllen & Katastrophen : Alex von Schippenbach piano, Sven Åke Johansson batterie, Wolfgang Fuchs sax sopranino, Günter Christmann trombone, Törsten Müller contrebasse, Tristan Honsinger, violoncelle. S'il y a des parties en solo ou duo dans Idyllen Katastrophen  et un invisible arrangement, la Splittersonata est un enchaînement d'une grande logique qui se décline en duos, trios et quartets spontanés au sein de 12 morceaux (extraits ?) d'une grande concision où chacun respecte volontairement sa dose de silence en intervenant par touches ou par jets avec des cadences, pulsations et vitesses diversifiées. Une véritable stratégie de jeu spontanée et très réfléchie, une science de l'instinct musical, qu'anime les éructations de SAJ. Énergétique, mais aussi nuancé avec un travail sur plusieurs éléments, sonores, texturaux, motifs et apports mélodiques (Honsinger et Schlippenbach). Chacun y trouve son compte et l'auditeur peut distinguer clairement ce que joue chaque musicien, tous ayant une voix caractéristique, une signature sonore très personnelle. Impossible de rater les voix si particulières de Fuchs, Honsinger et Christmann, le style pianistique de Schlippenbach et les facéties percussives de Sven Åke Johansson. Quant à Torsten Müller, il est un des meilleurs bassistes d'improvisation connus et fut l'alter-ego de Christmann en personne avant de partir aux USA.
Par contre, l'enregistrement du Globe Unity Orchestra (dirigé par Alex von Schlippenbach) consacré à de l'improvisation complètement libre, Improvisations (Japo) souffre du trop grand nombre d'improvisateurs, surtout dans les sections de souffleurs : Brötz, Parker, Carl, Pilz pour les anches, Wheeler et Schoof aux trompettes, Christmann Mangelsdorff et Rutherford aux trombones par rapport aux autres instruments : Lovens aux percussions, Alex von S au piano, les deux contrebasses de Niebergall et de Kowald, aussi au tuba, Honsinger au violoncelle et Bailey à la guitare électrique. Derek Bailey exigeant la liberté totale, c'est donc une de ses rares apparitions dans le Globe Unity. Un peu touffu, même si intéressant.

King Übü Orkestrü 

Plus que çà tu meurs ! Wolgang Fuchs avait réuni une dizaine de potes dont Paul Lytton, Marc Charig, Radu Malfatti, Phil Wachsmann, Norbert Möslang, Erhard Hirt, Hannes Schneider, Alfred Zimmerlin, Guido Mazzon. Un soir de beuverie où l'on cherchait en vain un nom pour le groupe tout neuf, quelqu'un se leva et s'écria complètement beurré : King Übü Orkestrü ! Un album légendaire : Music Is Music Is (Uhlklang UK 6), une musique radicale, sonique, convulsive qui prolongeait les audaces du duo Parker-Lytton ou d'Iskra 1903 (Rutherford Bailey Guy) des années 71-72-73. Le personnel évolua autour d'un noyau de convaincus (Fuchs Lytton Wachsmann Malfatti) pour s'étioler dans le New Silence au début des années 2000 (ah ! Radu). Peter Van Bergen, Melvin Poore, Günter Christmann, Luk Houtkamp, Georg Katzer et Torsten Müller apparaissent en 1992 dans Binaurality (FMP CD 49) dans lequel Huit Translations égrènent les métamorphoses rageuses à froid de ce groupe sans pareil ! Souci forcené du détail et du spectre sonore, construction collective exigeante, petites touches secrètes, nuances, inventivité, irisation, renouvellement constant, lisibilité maximale, recherches de sons, complexité, mouvements imperceptibles qui finissent par soulever les ondes, détourner les courants. Un modèle du genre.

En bonne compagnie 

On savait Derek Bailey capable de tout au sein de sa Company. Le sommet du genre se trouve inclus dans l'album Epiphany, Epiphanies (Incus 46-47 1983, réédité en CD par le même label). Là, il s'est surpassé : les musiciens choisis pour des affinités individuelles, forment un  assemblage  hétéroclite en diable, certains artistes ignorant complètement leur existence réciproque. Derek Bailey guitares électrique et acoustique, Julie Tippetts, voix et guitare acoustique, Keith Tippett, piano, Fred Frith, guitare électrique couchée et trafiquée plus électronique, Phil Wachsmann, violon et électronique additionnelle, George Lewis, trombone, Akio Suzuki, un artiste sonore installateur méticuleux et minimaliste crédité Glass Harmonica, Performer [Analapos], Percussion [Spring Gong], Flute [Kikkokikiriki], Ursula Oppens, une pianiste classique ayant travaillé avec Braxton, Motoharu Yoshizawa, contrebasse et la harpiste Anne Le Baron, soit dix musiciens .... et un seul souffleur, George Lewis, alors gargouilleur en chef de la scène improvisée. Pas de sax et aucun percussionniste en titre. Sur les deux faces A et B du premier vinyle, le groupe joue en tutti deux morceaux de 20:20 et 27:51 ! Bien sûr, les artistes avaient les cinq jours de la Company Week pour s'acclimater et parvenir à communiquer. Les autres plages des faces C et D de l'autre vinyle sont consacrées à un duo, deux trios et, quand même, un quartet, un quintette et un sextette.  Ce qui est sidérant quand on écoute cet album, c'est le son caractéristique d'Epiphany, quelque soit le morceau et le nombre des musiciens. Un registre sonore unique, une manière peu commune d'interagir, une cohérence inouïe des cordes, des cordes en tout genre. Questionné en 1985, Bailey était très très enthousiaste pour cet album de Company. C'est la raison pour laquelle il a édité un double-album de cette expérience et a tenu à le rééditer par la suite. Ceux qui font grand cas d'AMM se doivent d'écouter Epiphany. Et ceux qui l'ont écouté dans le passé sont capables de le reconnaître immédiatement quelque soit la plage. Certaines parties du tentet ressemblent à un magma ou mieux à un entrelacs de coupes géologiques avec des ramifications innombrables, tranchées ou à peine perceptibles. Un modèle inouï et un genre à lui tout seul.

Vario ou l'anarchie.

Mais encore : Vario 34, la trente-quatrième édition du groupe à géométrie variable de Günter Christmann, avec lui-même au trombone et violoncelle, Thomas Lehn au synthé, Mats Gustafsson aux saxes, Alex Frangenheim à la contrebasse, Paul Lovens aux percussions et le guitariste suédois Christian Munthe. Deux albums : Vario 34 (Blue Tower 05 / edition explico) et Vario 34-2 * Water Writes Always in * Plural (Concept of Doings 1998). Le premier album Vario 34 enregistré en octobre 1993 contient pas mal de duos successifs alors que l'album de Vario 34 -2 présente le groupe au complet ou presque sur les 9 séquences enregistrées (15-7-98). Ce groupe qui défie toute comparaison, se focalise sur une recherche éperdue de sons (techniques alternatives) alliée à un sens du timing particulièrement aigu. Pour la cohérence de l'ensemble et rendre les contributions individuelles, chaque improvisateur prend soin de placer ses interventions ponctuellement, sporadiquement, en relation avec des actions précises de ses collègues en  jouant sur la longueur des silences et des interventions. L'art extrême de prendre la balle au bond. Aucun instrumentiste ne prédomine, mais chacun d'entre eux se met en avant par alternance dans le champ sonore, réagissant immédiatement avec effets de contraste, accélérations, passage statique, le volume augmentant et diminuant d'un instant à l'autre. Çà gicle, ça râcle, explose, s'évanouit, s'éparpille, se rassemble dans une métamorphose permanente, pétaradante, bruitiste. La surprise est cultivée avec soin dans une spontanéité aussi débridée que contrôlée. La colonne d'air de Gustafsson éclate et se désintègre, Thomas Lehn envoie des frictions extrêmes des fréquences désincarnées et volatiles de son synthé vintage. Lovens torture un tam-tam dans le suraigu, nous fait entendre une danse improbable des sticks sur les peaux et fait tinter ses crotales au moment exact où les autres tout-à-coup se taisent. Volatiles et insaisissables. On a inventé le vocable "non-idiomatique" pour ces gens-là.
  
Une aute option de cette improvisation à "plus que trois ou quatre" est très bien représentée par deux fortes têtes de la scène improvisée française. Le saxophoniste soprano Michel Doneda est un instrumentiste exceptionnel et adepte  de l'improvisation radicale, tout comme son frère d'armes Lê Quan Ninh, un percussionniste tout aussi exemplaire. En mai 2003, ils se sont associés à trois camarades japonais pour un projet qui fait sûrement date dans leur itinéraire personnel : Une Chance pour l'Ombre avec le guitariste acoustique Kazuo Imaï, le contrebassiste Tetsu Saitoh et la joueuse de koto Kazue Sawaï, une spécialiste de la musique traditionnelle japonaise. Ces années-là, de nouvelles tendances se pointaient dans le monde de l'improvisation autour d'artistes plus jeunes et radicalement différents : Rhodri Davies, Axel Dörner, Burkhard Beins, Mark Wastell, Jim Denley et un vieux briscard, Radu Malfatti himself. La résurgence d'AMM, Keith Rowe. New Silence, Réductionnisme, Lower Case,Soft Noise, enzovoort

Programmés à la FIMAV à Victoriaville au Québec, le 19 mai 2003, leur concert est publié par Victo (cd094) et porte le même titre qu'un autre enregistrement du groupe réalisé à Lorgues le 28 mai 2003 et publié sur le micro-label Bab Ili Lef 02. La démarche du groupe consiste en une immersion poétique dans la recherche de sons au-delà de toute structure dans une anarchie réfutant la logique élémentaire. Sensibilité écorchée, bruissements, palpitations, froissements, égrainements de cordages- épis, la musique est ravalée à l'état de nature, la forêt primitive reprend ses droits dans la friche. La musique se rapproche du silence pour que l'oreille découvre l'intimité introspective des cordes, les doigtés délicats du guitariste, et les résonances fines du koto. Par rapport à la lamination d'AMM - elle-même vision distanciée de l'instant vécu - , il y a dans cette chance pour l'ombre un empressement, une rage immédiate et la poésie subite du silence découvert par enchantement et duquel se lèvent un instant les harmoniques extrêmes du saxophone sopranino. Chez Vario 34-2 et Une Chance Pour L'Ombre, qui joue quoi (quel son) ? On est parfois bien en peine de le dire.

Un peu de direction quand même.

J'ai parlé de Radu Malfatti. On lui doit un enregistrement en grand orchestre, Ohrkiste, réunissant des anches : Wolfgang Fuchs, John Butcher, Peter Van Bergen, des cuivres : Rainer Winterschladen, Martin Mayes, Radu Malfatti, Melvin Poore, des cordes : Phil Wachsmann, Karri Koivukoski, Alfred Zimmerlin et Wolfgang Güttler, plus Fred Van Hove au piano et John Russell à la guitare acoustique (Radu Malfatti + Ohrkiste ITM 950013). Deux compositions : Grau et Notes. Un éventail sonore subtilement réparti sur 73'40'' par des improvisateurs expérimentés, quelques mouvements d'ensemble spectraux enchaînant des développements pointillistes, introspectifs, abstraits au sens où le visuel rejoint l'imaginaire auditif. Une expérience unique, synthèse de l'écriture contemporaine et de l'insect music, où l'esthétique de celle-ci est mise en évidence.
Absolument inconnu au bataillon des gloires de l'improvisation, le clarinettiste suisse Markus Eichenberger a rassemblé un jour de au sein de son Domino Concept Orchestra une phalange d'improvisateurs régionaux de Suisse et d'Allemagne : Mariane Schuppe et Dorothea Schürch voix Carlos Baumann trompette, Paul Hubweber trombone Carl Ludwig Hübsch tuba, Marcus Eichenberger clarinets Dirk Marwedel extended saxophones, Helmut Bieler-Wendt violin, Charlotte Hug viola, Peter K Frey & Daniel Studer double bass, Frank Rühl electric guitar, Ivano Torre percussion. Ils sont tous excellents musiciens et certains ont une solide réputation internationale. On pense à Paul Hubweber, C-L Hübsch ou Charlotte Hug. Mais ce qui compte ici, c'est la stupéfiante synchronisation des actions, réactions et interactions de cet orchestre qui se transforme en éventail kaléidoscopique des palettes sonores individuelles au moyen de signaux, gestes et autres indications subtilement agencées selon le mécanisme des dominos (!), permettant aux improvisateurs une liberté maximum dans des emboîtements savamment mesurés et paradoxalement peu contraignants. Auto-discipline et lisibilité. Emanem a publié l'album du Domino Concept For Orchestra (Zurich 2001) pour le plus grand bonheur des incrédules. Une pièce d'anthologie, grâce à l'aide d'un institut culturel helvétique.


On retrouve Dirk Marwedel et Marianne Schuppe dans l'Ensemble 2INCQ. pour leur album RHÖN avec un solide échantillon de la vivace scène Rhénane : Joachim Zoepf sax soprano et clarinette basse, Margret Trescher flûte traversière, Hans Tammen guitare et électronique, Ulrich Böttcher électronique, Ulrich Phillipp et Georg Wolf contrebasses, Michael Vorfeld & Wolfgang Schliemann percussions. NurNichtNur 106 02 07, label qu'il faut piocher d'urgence ! 2INCQ. est un modèle du genre à l'instar de Vario 34 où les facettes et l'apport individuel au sein de l'ensemble se déclinent au fil des secondes. Morceaux brefs et deux longues pièces justifient pleinement l'idéal collectif. Un sommet de créativité (quasi inconnu) dans la masse des enregistrements publiés.  

On pourrait aussi évoquer le plus documenté des Improvisers Orchestra, le London (plusieurs cd's chez Emanem et Psi) qui regroupait le Who'sWho de l'improvisation londonienne depuis 1999. En effet, dès 2004/2005 sont apparues des séquences librement improvisées reliant avec une grande cohérence chaque conduction. On distingue à peine la partie "composée/ conduite" dans l'instant et ce formidable orchestre en roue libre. Étonnant ! 
Evidemment, en parlant d'Emanem que pourrions nous dire de (et comment ne pas oublier) Lines un quintet d'une finesse peu commune qui fit même une tournée mémorable en Australie : Phil Wachsmann, Jim Denley, Axel Dörner, Marcio Mattos (au violoncelle!) et Martin Blume : Lines In Australia - Emanem 4075 ? Et le fin du fin : News from The Shed avec John Butcher Phil Durrant Paul Lovens Radu Malfatti & John Russell (Emanem 4121). 
Mais je voudrais finir par deux beaux exemples récents de sextettes dont voici la chronique parue il y a quelques années dans ces lignes.

Almost even further  6 i x  Jacques Demierre Okkyung Lee Thomas Lehn Urs Leimgruber  Dorothea Schurch Roger Turner. Leo Records LR CD 644. 
(publié en décembre 2012)

Chacun de ses six artistes compte parmi ces musiciens exceptionnels sur les épaules de qui peut reposer  en toute confiance les performances les plus risquées, parmi les plus inénarrables de la planète improvisation. Si la réputation de Jacques Demierre (piano), Urs Leimgruber (saxophone), Thomas Lehn (synthé analogique) et Roger Turner (percussion) n’est plus à faire, ceux qui, par exemple, écouteront Okkyung Lee improviser en solo au violoncelle, vont redécouvrir cet instrument sous un jour nouveau. Quant à Dorothea Schurch, c’est une vocaliste très prisée par ses collègues en Suisse et en Allemagne. Solistes réputés, ils sont aussi par conviction et avec la modestie la plus sincère, des partisans de l’aspect collectif de l’improvisation, celle où la voix individuelle sacrifie parfois sa singularité pour se mettre au service du tout. C’est dans cette voie difficile qu’ils nous convient avec almost even further, presqu’un peu plus loin. Presque, parce que la réussite n’est jamais totale, un musicien exigeant restant souvent insatisfait, même pour un détail. Un peu, car dans de tels groupes, le peu est aussi significatif et complexe que le nombre et la profusion. Plus loin, les limites existent pour être dépassées. 6 i x se transforme insensiblement en trio, quartet, quintet et sextet. Chaque improvisateur évolue à une vitesse différente souvent dans une réelle indépendance, créant des espaces pour autrui, intervervant au moment opportun, donnant un réel sens à des gestes simples et des sons singuliers qui se posent avec une belle évidence. Des contrastes, des presques rien appuyés, des murmures, des sons qui se meurent, tout concourt à créer un univers tactile et lisible de bout en bout. Aussi chacun excelle à interrompre ses interventions pour laisser ouvert l'espace sonore, transformé en chantier bruitiste naturel.  Les quatre pièces enregistrées (26:36, 5:52, 18:32, 8:05) s’évanouissent sans que le temps se fasse sentir. On a l’impression que leur musique de chambre puisse revêtir les métamorphoses les plus variées, l’imagination et l’imaginaire individuels se nourrissent et se dilatent au contact les uns des autres. Exemplaire. Fascinant même.

Ensemble : Densités 2008 Chris Burn John Butcher Simon H.Fell Christof Kurzmann Lê Quan Ninh Bruce’s Fingers BF 135 




Bien qu’il joue nettement moins depuis qu’il s’est établi en France, le contrebassiste – improvisateur – compositeur – chef d’orchestre Simon H Fell est loin de rester inactif sur son label Bruce’s Fingers. Après des années de valse hésitation à propos d’un mix de cet excellent concert, voici, enfin ! , la performance d’Ensemble au festival Densités 2008 publié en Digital. Faute de pouvoir produire en CD ou en LP ses multiples projets et aventures (et celles de ses protégés), SH Fell a recours au digital. À l’aide d’un casque au départ de l’appli I Tunes et avec un son très présent et détaillé, je parcours avec enthousiasme les 40 minutes de cette improvisation collective remarquablement diversifiée, soudée et exploratoire au niveau du travail des sons. Sax ténor – piano – contrebasse – percussions + électronique : on a là les ingrédients parfaits pour ne pas aller bien plus loin que le free – jazz de bon papa à l’américaine (le free free-jazz) ou la free-music tempérée issue de la pratique des conservatoires. En fait, j’ai si peu entendu d’autres enregistrements qui partent si loin dans la découverte des sons avec un groupe d’instruments aussi connotés « jazz quartet ». À l’époque de cet enregistrement, S. H Fell et le pianiste Chris Burn avaient enregistré en trio avec le pianiste Philip Thomas un remarquable opus, The Middle Distance (another timbre at24). Ici, Simon H Fell et Chris Burn se sont joints au saxophoniste John Butcher avec qui C.B. travaille depuis les premières années 80 et au percussionniste Lê Quan Ninh, un improvisateur pointu aussi incontournable et très original. Le musicien électronique Christof Kurzmanncomplète l’équipage. Ce serait sans doute un des meilleurs témoignages de l’évolution du Chris Burn Ensemble, un groupe focalisé sur l’improvisation radicale et le travail sur base de partitions graphiques initié par Chris Burn, si le groupe ne s’intitulait pas Ensemble, tout court. Je laisse libre le fait de savoir s’il s’agit dans les faits du CBE ou si le terme Ensemble est une allusion à celui-ci ou si… sans questionner les auteurs. Finalement, SH Fell me confirme qu’il s’agissait bien du Chris Burn Ensemble, mais que le pianiste a préféré l’appellation Ensemble, sans doute pour souligner qu’il n’aurait pas formulé de marche à suivre. En effet, le seul long titre de l’album, Densités 2008 me semble être une improvisation libre (40:51), même si des mouvements se distinguent au fil de l’écoute : cela pourrait être aussi une composition « très ouverte ». Impossible à déterminer !  Pourquoi fais – je référence au Chris Burn Ensemble ? Chris Burn fut le compagnon alter ego de John Butcher dès leurs débuts vers 1981/82 et son groupe, le CBE,  a compté parmi ses membres, outre Butcher et Burn, des artistes comme John Russell, Marcio Mattos, Jim Denley, Phil Durrant, Matt Hutchinson, Stevie Wishart, Mark Wastell, Rhodri Davies, Nikos Veliotis et Axel Dörner. Plusieurs albums ont été publiés depuis 1990 sur les labels Acta (Cultural Baggage et Navigations), Emanem (The Place et Horizontal White) et Musica Genera (CBE at Musica Genera 2002). Ce fut donc, pour moi, un des groupes à suivre, ne fut-ce que parce que son parcours reflète l’évolution de la scène improvisée libre depuis la cristallisation des radicaux autour du trio Butcher, Russell & Durrant,  Radu Malfatti, etc… dès les années 80 jusqu’au développement d’une autre improvisation (minimalisme, réductionnisme, lower case, EAI) dans les années 2000 (Davies Durrant Wastell Dörner). Certains de leurs enregistrements révélaient une véritable synthèse des préoccupations musicales de cette communauté  en la reliant aux investigations des Gunther Christmann, Alex Frangenheim, etc…Densités 2008 est une pièce d’un seul tenant et sans nul doute un témoignage de première main de la démarche de Chris Burn, un pianiste radical aussi à l’aise à explorer les profondeurs de la table de résonnance, des cordes et de l’armature du grand piano qu’à interpréter Charles Ives ou John Cage ou à mener le travail orchestral avec ses fidèles du C.B. Ensemble. Dans Densités 2008, chacun des participants imprime une trace très personnelle tout en intégrant l’activité collective avec une foi débordante. La circulation des timbres, des gestes, des battements des sons, de l’action se transmet immédiatement entre chaque musicien avec une immédiateté et une énergie peu communes. La présence de Lê Quan Ninh donnne une dimension organique, chamanique et ensauvagée à la dimension plus pointilliste de Butcher et Burn. Je signale un enregistrement similaire avec ce percussionniste : Une Chance Pour L’Ombre avec Lê Quan, Doneda, Kasue Sawaï, Kazuo Imai et Tetsu Saitoh (label Bab Ili Lef). Dans ce contexte collectif, John Butcher est complètement en phase avec ses collègues jouant l’essentiel dans l’instant et en symbiose, oubliant le rôle de soliste conféré au saxophoniste et assumant l’effacement de son style personnel dans le flux des actions sonores (J.B. butchérise à bon escient vers la 25ème minute). Aussi, les loops de Kurzmann étonnent par leur singularité et par la place étrange qu’ils acquièrent dans le champ sonore, intriguant l’écoute attentive. Consciemment, le contrebassiste, Simon H Fell, trace son parcours sans sauter à pieds joints sur les sollicitations faciles, contribuant ainsi à la diversité sonore. Il faut entendre les vibrations de la grosse caisse et le grondement de la contrebasse suivi des murmures de chaque instrument vers la 11èmeminute où chacun propose et l’Ensemble dispose pour reconnaître de bonne foi qu’on s’approche de l’état de grâce. Cet état de grâce ressurgit à plusieurs reprises, l’inspiration ne se tarissant pas. Certains des sons et techniques alternatives sollicitées pourraient composer dans un « herbier » désincarné de type études, mais il y a une vie intense, une grande sensibilité instantanée, des choix très subtils. Cherchez dans Youtube des associations instrumentales et personnelles de ce type avec des personnalités d’envergure de l’improvisation et filmées dans des festivals incontournables, il vous faudra chercher très longtemps pour arriver à trouver quelque chose d’aussi abouti… Si les albums du C.B.E. contenaient plusieurs compositions différentes développant différentes idées, Densités 2008 concentre et exemplifie la démarche de ces artistes en une seule pièce, unique, monolithique et aboutie, point culminant d’une aventure limitée à un seul « set » de festival. Comme s’ils avaient trouvé la meilleure voie d’une seule voix. C’est tout ce qu’il reste à faire : investiguer, gratter, frotter, comprimer la colonne d’air, pincer les cordes du piano, faire gronder celles de la contrebasse en imprimant une cadence, un mouvement, des ondulations, des accents quasi-identiques que ce soit avec la grande cymbale pressée sur la peau de la grosse caisse horizontale et frottée avec un archet, ou un autre archet faisant gronder les fréquences de la contrebasse et les lèvres pinçant le bec avec fureur  la colonne d’air ou faisant à peine vibrer l’anche, alors que la table d’harmonie chavire dans un maelström de timbres, de bruissements et de vibrations piqueté par les giclées électro. Non – idiomatique ?? Oui, sans doute. J’ai réécouté cette remarquable tranche de vie plus d’une dizaine de fois au casque sans passer le contenu via l’ampli dans les haut-parleurs, car je suis obligé alors de faire reposer le poids de mon MacBook Air sur la platine vinyle, ce qui n’est pas recommandé. Je me force ainsi à suivre tous les détails de cette musique au casque et à essayer de vous narrer une partie du menu de leur superbe cheminement en tapant sur le clavier. Une de mes meilleures expériences d’écoute de ces dernières années.
Carl Ludwig Hübsch me signale l'Ensemble X (Red Toucan) http://www3.sympatico.ca/cactus.red/toucan/   que je n'ai pas encore écouté.
Mais avec un tel personnel, vous conviendrez que cela doit être très intéressant. 
Carl Ludwig Hübsch – tuba / ensemble initiator / catalyst
Nate Wooley/Nils Ostendorf – trumpet
Matthias Muche – trombone
Xavier Charles/Markus Eichenberger – clarinets
Dirk Marwedel – extended saxophone
Eiko Yamada – recorders
Angelika Sheridan – flutes
Philip Zoubek – piano
Christoph Schiller – spinet
Nicolas Desmarchelier – guitar
Tiziana Bertoncini/Harald Kimmig – violin 
Martine Altenburger – violoncello
Ulrich Phillipp – double bass
Uli Böttcher – electronic
Olivier Toulemonde – objects
Michael Vorfeld – percussion 

12 décembre 2017

End of year wishes : my best musical moments in 2017

Playing / singing with dedicated players - improvisers is far more fun and deep than to write about music. 
So, before giving track of my best recorded works' listenings of the year 2017 (albums, CD's, DL's), I would love to quote my most surprising / unexpected improvising experiences on stage during the past 12 months with some dedicated players.
Although I value deeply the contributions of my musical mates and one evening partners, there are occurrences and moments when and where one is feeling that a new door or new can is opened. Wow ! 
Of course, very well appreciated performances doesn't always mean that you will learn something and that you get the feeling that you never experienced something new, unpredictable, very fresh.

Without order of proeminence : 
1/ the Fasano sextet 13th may. Matthias Boss/ Jean Demey/ Bruno Gussoni/ Guy-Frank Pellerin/ Dan Thompson/ J-M Van Schouwburg.
In mid-may, I was invited again at Clockstop festival in Fasano (Brindisi Puglia) by Marcello Magliocchi and I had the pleasure to sing (again) with very nice chaps after having experienced an early april North Italian tour with Marcello Magliocchi - percussion, Matthias Boss - violin, Guy-Frank Pellerin - saxophone, Bruno Gussoni - flutes and Angelo Contini. That went fine and the pinnacle came while I convened on stage Bruno Gussoni, bassist Jean Demey (my dear pal with whom I have performed dozens of gigs), Guy Frank Pellerin, Matthias Boss and guitarist Daniel Thompson. It happened a great moment and an amazing feeling of knowing when exactly we had to play and be silent one by one and all together. The great mutual listening was palpable and the audience not well informed acknowledged the feeling of something different and deeper. We heard in their warm reaction that they understood what happened : once and rarely. 

2/ Atelier Grammofon Hannover with Günter Christmann & Elke Schipper 25 november. 
Günter Christmann, the trombone and cello explorer, is one of the dozen great improvisers who actually showed up as the finest historical instigators of the sharpest directions - processes in free improvisation from the early seventies until now. Elke Schipper, his partner in life counts among the finest vocal improvisers being also an original sound poet, having met some of the greats around 1970 in Wuppertal like Peter Kowald and Paul Lovens before even Günter played with them. At my surprise, they invited me for a solo voice performance in Hannover at Jörg Hufschmidt's Atelier Grammofon. After the voice set deeply applauded by the audience members, we shared the stage in three duos and one trio who went very fine. The silence worked around our own sounds and the motions blossomed like signs    for further sighs and forward playings. Both voices of each gender are made to share and smile afterwards.
Günter is the instant player by excellence focusing on the moment, shifting sounds and knotting short duration like a minute action-painting canvas with a permanent attention to all details. 
Above all, speaking with and listening Günter 's comments on his music practice, his graphic arts, musical life and his organisation work made me aware / gave me a glimpse about the real choices / decisions one free improvisor has to deal with for his own creative evolution. Also the conversations with Elke. I had already exchanged views and conversations with some great initial creators (Bailey, Parker, Van Hove, Lytton, Wachsmann, Turner) and many other great players. Few gave me such sincerity and real conviction of his uncompromising attitude towards what to play, with whom and what is the more important stuff in this business, with such amazing dedication. Fascinating for a Christmann fan who collected all his recorded works since the mid seventies. It happened that GC 's trombone music which made me go with the voice.

3/ The Aachen trio. 10 december at Prozitron gallery  Paul Hubweber/ Benedict Taylor / J-M Van Schouwburg
I met viola player Benedict Taylor in the Shoreditch Church in may 2012. I was singing with Casserley and Wachsmann and he performed with Alex Ward and Dan Thompson who organized the gig. Bened gave me his solo cd Transit Check, a great trove fr my ears. We played some gigs later with Dan Thompson and Tom Jackson and recorded with them and Casserley in september 2015. Bened spoke about to play together as a duo because of the evident link between bowing microtonally the viola frequencies and chirping the male voice. Our first duo happened on the 18th december 2015 in Brussels. So as he spoke again about working together I fixed a Klinker Club gig with Matt Scott in an odd movie workplace in Bethnal Green on 17 november, crossing the Channel fr this only date. We did a kind of vocal/viola earthy zig-zag chase maddening the audience exposing the potential of the duo. Although quite impressive as regards to the energy, I had the clear feeling that we have to improve in more varied pulses and timings. We went deeper duetting again on the 9th december in Brussels' Sterput with a great glimpse to the potential for a trio with my mate Jean Demey. Jean understood what instantaneously on his double bass Aldegonde. My friend Pierre Michel Zaleski a nice voice artist, to sit-in. In order to offer more to my British guest, I had approached the great trombone improvisor Paul Hubweber for an eventual gig in Aachen at three hours of train to my home. Firstly, because Paul is a great player and one of the very few people to whom I could ask a duo gig without any recorded evidence and the hope of a positive answer. We both didn't expect that such ad-hoc meeting went to be our concert of the year. After the quite interesting duos, viola - voice , trombone - viola and voice - trombone, proposed by Paul, a smart and astute strategist in free improvisation, we made an astounding unexpected trio perfomance on the second set. Paul played the softest subdued sounds available on the trombone on the border of silence with a stunning sense of dynamics and expressive strength in a similar way he did with our duo during the first set. Very intriguing. Paul had placed Benedict in between us on stage and this made surely build the confident relationship throughout. All this allowed me to sing with relaxation and this slow pace which helps a singer to control breath, sounds and all the details of the voice's expressive means. The air, the white voice, the glissando, the crescendo/ decrescendo, the colours and textures, the lips and cheeks noises in a quite minute fashion. The voice and the trombone melded together in an unknown place. I am an european improvising trombone freak since decades but I couldn't even imagine what it happened. My own singing came out of the listening of both Rutherford's and Christmann's trombones, so the ring was ringed this night. This seems the real festival paid work gig when one has the feeling that the verbs merit, deserve, earn, worth it, claim have a similar and unique meaning : having done the best and most significant music following our past experience. Such kind of epiphany happens once in a while on the good years but not with such evidence on a very first spot. Unrecorded but printed in our minds. Thank you again, maestro !! 
PS : We hope to travel our voice/viola duo project and our trio with Jean Demey.


4/ The Sterput duo 30 june with dancer Sofia Kakouri. Sofia and I crossed our lives inside my voice workshop during some years and we shared a bit the stage since 2013. She is also blowing a pocket trumpet and sings while dancing. We rehearsed the performance in her squat's studio and she lectured me about moving my body. The performance was marvelous, we behave mainly communicating on unexpected levels including gestures in the stairs, with the toilet's door latch, chairs' contorsions and floor crawling, looking each other in the eyes or ignoring each other. At the end, she blasted. The responsible of the place was very much moved. What else can be said. We look for more.
Of course the pair of Ivo Perelman / Matthew Shipp @ L'Archiduc in Brussels on the 18th may with the help of Jean-Louis and Sound In Motion team Koen Vandenhoudt & Christel Kumpen. My job was to invite and to fix the concert and looking after the musicians.

Now this is the YEAR 2017 LIST of the deepest amazing recordings. I heard great things but I will quote only the ones who bring me/us the water to the mill, actually. And acoustic !

Firstly, the two Kimmig/ Studer/ Zimmerlin string trio on Hat Art : Im Hellen and on Leo : Raw with John Butcher. The trio Im Hellen sounds complex with a special recording approach. Think about Xenakis improvised. Issued on the contemporary classical branch of Hat Art.
My affinity to viola : Nicola Guazzaloca and Szilard Mezei : the Lucca and Bologna concerts on Amirani records.  Physical 
And Benedict Taylor : Pugilism and Purposelessness on his own Subverten Imprint.
Stratum Elke Schipper & Günter Christmann edition explico 21 : the unique voice work with the greatest dynamics from trombone & cello 
Steve Noble & Yoni Silver Home on Aural Terrains 2017  : the other side of Steve 's percussion
Sonata Erronea  Gunda Gottschalk Dusica Cajlan-Wissel acheulian handaxe aha1701 
Paul Rutherford Sabu Toyozumi The Conscience NoBusiness records NBCD 99 : the best for an European Trombone Freak
Sceneries Christoph Erb & Frantz Loriot Creative Sources CS 356 CD
Among the Ernesto Rodrigues' recorded galaxy : 
Gravity : String Theory Creative Sources CS 301 CD

piccola orchestra artigianale Valdapozzo/ Günter Christmann & Alberto Braida/ The Remote Viewers/Will Connor & Anton Mobin/RhrodriDavies David Sylvian & Mark Wastell/Chris Cundy & Benedict Taylor

piccola orchestra artigianale degli improvvisatori di valdapozzo .
stella*nera  dethector spm ivan illich
non in vendita / offerta libera e responsabile
Voici un très beau livret écrit en bon italien qui relate un croisement d’initiatives dans la « cascina » di Valdapozzo , une sorte de ferme artistique utopique située dans les collines de Monferrato à proximité  d’Alessandria, une ville de la plaine du Pô. Jointes au livret co-produit par les structures stella*nera, dethector et SPM Ivan Illich, un CD d’enregistrements de conduites collectives de La piccola orchestra artigianale degli improvvisatori di valdapozzo. Cet orchestre à la fois cohérent et hybride produit une musique collective remarquable par ses jeux d’ensemble, sa diversité sonore, le développement des idées et des propositions avec la participation  de deux musiciens de haut-vol, le pianiste compositeur Nicolà Guazzaloca et le clarinettiste Luca Serrapiglio qui ont rédigé deux textes de présentation/ historique du projet et une brochette d’activistes talentueux comme Claudio Lugo ou Sofia Erika Sollo et des musiciens qui se définissent comme « artisanaux ». La pratique de cet orchestre est orientée vers la coopération spontanée de musiciens/ nnes de niveaux différents dans une tentative très réussie d’inclusivité. Serrapiglio et Guazzaloca font profiter du travail intense au sein de leurs ateliers / laboratoires respectifs, au sein du Conservatoire A Vivaldi d’Alessandria et à la Scuola Popolare di Musica Ivan Illich de Bologne. Plusieurs des musiciens présents proviennent de ces laboratoires musicaux au sein des quels ils ont travaillé intensivement. Il est évident que la musique enregistrée est remarquablement jouée d’un point de vue collectif et du sens profond des choses et partagée durant dix sections qui totalisent 61:15. Lisibilité, audace formelle et sonore, cohérence, émotion, alternance de passages délicats et de moments emportés, esprit ludique, qualité de l’écoute et auto-discipline. Une véritable démocratie participative en musique. Certains des musiciens jouent des percussions diversifiées, du saxophone, violon, violoncelle, claviers, piano, voix, une embouchure. Chaque participant a publié un petit témoignage inclus dans le livret sans qu’on sache qui joue quoi.  Mais peu importe, ce qui compte c’est la musique et celle-ci est valable et témoigne de l’engagement des musiciens dans le processus créatif.

Alberto Braida & Günter Christmann in time edition explico 16


Enregistrement de 2010 que j’avais acquis bien tard et cité dans une chronique consacrée aux albums Vario 41 et Vario 44 et In Time sans détailler les merveilles de ce dernier. Donc voilà ! Publié à 120 copies en 2011, on peut espérer que cet In Time  est encore disponible parce que cela vaut vraiment la peine. 14 pièces en duo entre 6:12 maximum jusqu’à 2:32 pour la pièce la plus courte et généralement dans les trois ou quatre minutes. Pochette illustrée collage évoquant les panneaux de bandes fléchées noires et blanches des autoroutes … Dites-vous que chaque CD’r est une œuvre en soi et numéroté : les pochettes varient d’un numéro à l’autre.  La forme de la musique est concentrée et fourmille de détails, car les deux improvisateurs font mouvoir les paramètres de jeu, le toucher des instruments, la dynamique, la vitesse d’exécution, avec accélérations, ralentandos, …. Le pianiste attaque le clavier et les cordes de manière faussement brutale,  pinçant simultanément les cordes en actionnant les touches. Entre chaque doigté, de brefs espaces de silence où viennent éclore une exquise bulle de souffle irréelle au-delà de la limite « normale » du trombone. Günter Christmann a mis au point un jeu extrême immédiatement reconnaissable, fait de bruissements, de suraigus qui glissent d’une note à l’autre avec une grâce infinie, de vocalisations irréelles. Au violoncelle, on sent bien qu’il fut un funambule de la contrebasse, comme on peut l’entendre dans ses albums des années septante (Solomüziken for Trombone und Kontrabass C/S records/Ring Rds et Topic, Hi-FI Thelen/Moers Music). Le style d’Alberto Braida défie le bon goût du piano contemporain post-classique ou surtout jazz d’avant-garde. C’est un album qui personnifie au mieux l’improvisation libre. Il y a la fantaisie et une profonde créativité ludique dans l’instant. Les musiciens n’hésitent pas à couper leurs élans pour poser des questions, chercher, raturer, approfondir, changer d’humeur, jouer avec les couleurs, les timbres et surprendre. Le titre In time signifie tout simplement que le travail sur le temps, le tempo, le fait de jouer à la fraction de seconde près est la préoccupation de tous les instants car le jeu du musicien doit coïncider avec les occurrences sonores, le relief etc… de son partenaire. Tout praticien de l’improvisation libre (radical) se doit d’écouter Günter Christmann. Il y a quelque chose qui apparaît dans sa musique qui est trop souvent absente ailleurs. Par exemple : le « Noodling », mot qui veut dire jeu continuel et linéaire à rallonges, est proscrit ici. En écoutant ceci, on se demande si certains collègues (voire, même, nombre d’entre eux)  comprennent le sens du vocable « musique improvisée libre » et son implication dans la pratique musicale. Christmann et Braida ont un malin plaisir à brouiller toutes les pistes dans une série de quatorze miniatures où la notion du temps "qui dure"  , s’évade et disparaît dans une abondance kaléidoscopique de sonorités sublimées par un sens inouï de l’épure. Alliage peu commun de l’expressionnisme (retenu) et de l’introversion. Sachant que GC est un adepte de l’action painting, on peut dire que chacune des 14 improvisations semblent être un tableau où les sons sont concentrés et disposés dans la durée comme les couleurs, les traits, les textures sur le canevas. Fantastique !

The Last Man in Europe  The Remote Viewers David Petts John Edwards Adrian Northover RV 15  http://www.theremoteviewers.com 

Un groupe singulier, énigmatique, ici réduit à sa plus simple expression : le compositeur et saxophoniste David Petts, son comparse de toujours Adrian Northover au sax soprano confronté au ténor de son camarade , … et le contrebassiste John Edwards, au son puissant, racé et sombre. La musique est faite de thèmes anguleux, faussement répétitifs autour d’intervalles dissonnants qui ont celle couleur, cette marque indélébile « Remote Viewers». Le titre « The Last Man in Europe » fait référence au livre  « 1984 » de George Orwell. Pas vraiment jazz, la musique même si la référence est incontournable. Ce qui compte avant tout c’est le timing particulier avec un décalage, un soubresaut/retard infime qui rend cette musique bancale,  en déséquilibre permanent, déséquilibre qui se rattrape par de brèves incartades free mesurées au cordeau. Les souffleurs soufflent leurs riffs à deux notes à côté de la pulsation prévisible, jouée par la basse. Parfois on pense au Roscoe Mitchell d’avant-garde de l’époque Noonah. La contrebasse vibrante avec un cœur gros comme çà inspire les deux saxophonistes. Rien que pour la prestation extraordinaire de vie et de simplicité de John Edwards à la contrebasse, on garderait cet album dans l’étagère des curiosités indispensables. D’ailleurs , à l’écoute de John dans le groupe, on pense immédiatement au fabuleux bassiste Malachi Favors de l’Art Ensemble période parisienne. Il y a quelques pièces entièrement libres, dont une au bord du silence où David agite les clés de son ténor et en martelle le cuivre du revers de ses ongles. Leur savoir-faire insuffle un élément ludique qui réjouit complètement et endiable le sérieux de leurs cadences improbables. Si les Remote Viewers ont un style très personnel absolument unique en son genre, leurs enregistrements révèlent des moments imprévisibles.  Une musique cubiste et poétique pour lutter contre l’ennui. Sans doute l’album-clé qui vous permettra de pénétrer  plus avant dans le territoire secret  de ce groupe pas comme les autres. Au fil des enregistrements précédents (November Sky 2015 – RV13 ou Nerve Cure 2011 RV9), on avait croisé, au côté du présent trio, les saxophonistes Caroline Kraabel, Sue Lynch, le batteur Mark Sanders et la pianiste Rosa Lynch-Northover. En trio, le diamant s’aiguise et la musique sublime définitivement le concept.

Will Connor & Anton Mobin Four Days for Today will be Your Lucky Day . AABA 05 middle eight recordings
Will Connor joue des percussions principalement frottées, secouées, grattées, vibrées, assourdies et les sons de l’espèce de sanza cosmique proviennent de la prepared chamber d’Anton Mobin, un des plus curieux et inclassables artistes sonores de l’Hexagone. Cette Prepared Chamber consiste en une boîte en bois dans laquelle sont fichées des objets, tiges, ressorts, membranes, fils de fer, mécanismes etc… lesquels sont amplifiés par des microcontacts bien placés et subtilement amplifiés. Cela produit des sons très intéressants avec une belle dynamique qui échappe à la logique et aux registres des instruments de musique, même quand ils sont traités « alternativement ».  Ses Prepared Chambers sont réalisées avec le plus grand soin et sont en fait de véritables œuvres d’art. Il donne aussi des workshops et des animations scolaires sur la construction et la création de tels instruments. Son travail découle de celui du génial Hugh Davies, aujourd’hui disparu et ancien compagnon de route de Derek Bailey et Evan Parker. Anton Mobin qui semble faire partie du mouvement des musiques improvisées et a un talent unique, trouve des collaborateurs et des résidences à l’étranger. On écoute cet album avec intérêt, Will Connor créant une atmosphère percussive diversifiée autour des sons de Mobin. Le duo fonctionnant bien (Nothing) en s’adaptant parfaitement à la situation. Mobin travaille aussi avec l’excellent violoniste alto Benedict Taylor, le saxophoniste JJ Duerinckx, Riipus etc... Il est grand temps qu’on lui permette de jouer avec ces créateurs et aussi avec d’autres qui lui apporteraient le jeu et l’univers idéal pour bonifier sa démarche et mettre ses étonnantes inventions dans une perspective insoupçonnée. 
Ci-dessous des photos de chambres préparées.



















Rhodri Davies / David Sylvian / Mark Wastell There is No Love. Confront Core Series / Core 01
Rhodri Davies : lap harp, table harp, vibraphone, radio
David Sylvian : voice, vocal treatments, electronics
Mark Wastell : tam tam, cracked ride cymbal, chimes, indian temple bells, singing bowls, metal chain, tubular bell, concert bass drum.
Textes de Bernard Marie Koltès dits de manière intimiste par David Sylvian, le chanteur et compositeur du groupe new wave Japan, connu pour sa collaboration avec Derek Bailey.
Je n’ai pu m’empêcher de reproduire ici les crédits indiqués de la pochette pour que vous puissiez imaginer le sujet et l’objet de l’enregistrement.
There is No Love inaugure la nouvelle série Core de l’ambitieux et attachant label de Mark Wastell, sans doute un des plus incontournables de ces dernières années pour ceux qui veulent suivre le cheminement de la scène improvisée britannique et internationale. En gros, cet enregistrement du texte There is No Love est sonorisé et mis en perspective par Mark Wastell et ses percussions métalliques avec la collaboration de Rhodri Davies. Vraiment intéressant pour ceux qui s’intéressent la démarche Ambient et aux spoken word. Mark Wastell se révèle un percussionniste « métallique » sensible et un metteur en sons de grande qualité usant de ces instruments par touches discrètes et aériennes. Les sons électroniques de Sylvian sont de belle facture. Je devrais avoir le texte en main et le lire à mon aise pour rentrer encore plus à fond dans cette création, car ma compréhension de la langue n’est pas instantanée. Une belle réalisation.

Chris Cundy and Benedict Taylor Hidden Bomba LOR091

Voici une collaboration qui coule de source : clarinette basse (Chris Cundy) et violon alto (Benedict Taylor) enregistrés dans la Francis Close Hall Chapel à l’Université de Gloucestershire. Le label, Linear Obsessional Recordings est dirigé par Richard Sanderson, un excellent créateur sonore et improvisateur britannique. On connaît ma prédilection pour l’alto ou viola en anglais, l’instrument a un registre de fréquences et une épaisseur plus riches que le violon à mon goût. Si vous n’êtes pas convaincu, recherchez le travail de Mat Maneri, Charlotte Hug, Szilard Mezei, Ernesto Rodrigues par exemple, et maintenant, Benedict Taylor, via leurs enregistrements et vous allez être servis. C’est un signe indéniable de l’importance de l’instrument et de sa spécificité toute particulière. Et donc, Benedict Taylor a acquis un style charnu et dynamique plein de glissandi microtonaux élancés et bruissants. Le clarinettiste basse Chris Cundy, un pilier de la scène régionale british, joue avec la dynamique et l’intelligence requises pour dialoguer et complémenter le travail du cordiste. Un travail épuré et stylé qui encadre son lyrisme. Une conversation éclairée utilisant les ressources sonores et instrumentales des deux instruments de manière égalitaire et entièrement partagée. Les huit morceaux se succèdent et ne se ressemblent pas, si ce n’est que Chris Cundy affectionne un agrément, une coloration qui devient récurrente au fil de l’album, comme s’il avait une idée derrière la tête. Attentif au début de la session, l’imaginatif Benedict Taylor apporte des éléments subtilement disruptifs dans le déroulement des opérations. C’est assurément un excellent album dans la lignée de l’improvisation libre dans une dimension lyrique, expressive, raffinée, sans trop d’audaces soniques appuyées, mais pleine de de sensibilité. Il faut attendre le sixième morceau Agressive Silver Lines pour pénétrer dans un domaine de recherche plus aigu et singulier. L’enregistrement et la musique sont conditionnés par le lieu, une chapelle, qui tient vraiment au cœur du clarinettiste. Bravo à ces deux improvisateurs.