4 janvier 2018

Mise au point avec les producteurs et artistes pour qui j’ai le plus profond respect.

Mise au point avec les producteurs et artistes pour qui j’ai le plus profond respect.
En effet, j’ai un profond respect pour tous ceux qui tentent ou réussissent à s’exprimer dans le domaine (ou les domaines) de la musique improvisée (radicale) et collatérales (jazz plus ou moins libres, variante électronique, composition alternative, etc…). Cela représente un travail intense de la part des musiciens, du producteur et des collaborateurs, d’un investissement coûteux, et pas mal d’amour et de passion. Je reçois des albums, principalement des compact discs, d’un peu partout. Souvent en provenance d’artistes qui pratiquent une musique assez ou très semblable à la mienne : la musique improvisée libre, celle que Derek Bailey a « baptisé » (un peu malencontreusement) de non-idiomatique. Mais, aussi des choses trop éloignées d'un point de vue formel. Par exemple, deux albums de "free" convenus avec un improvisateur "free" "intéressant" dans un cadre rythmique régulier relativement conventionnel avec thèmes "swinguants" voire "chantables" et un autre "soliste" qui maîtrise moyennement son instrument. Pfff.... non ! Non ! 
Donc, bien sûr, qui trop embrasse mal étreint ! On ne peut pas écrire valablement sur tous les sujets qui se présentent.
J’écris avant tout dans ce blog parce que :
1/ j’ai commencé à le faire bien avant de me produire (fréquemment) sur scène.
2/ des musiciens/collègues, et non des moindres, me demandent d’écrire à propos de leur musique. On m'a demandé aussi de rédiger des notes de pochette : albums solos de Fred Van Hove (Journey) et de John Russell (Hyste) pour Psi, Garuda de Lawrence Casserley et Philipp Wachsmann pour Bead Records.
3/ les magazines et websites dédiés à cette musique exigent des articles calibrés et courts (voire censurés) et j’en ai rien à faire (je refuse de le faire, mon but n’étant pas de me faire reconnaître dans ce milieu).
Si cette musique est "libre" et sans contrainte, je ne vois pas pourquoi celui qui écrit à son propos devrait se restreindre et limiter sa liberté outrageusement (dix lignes maximum!). Il faut parfois , souvent, étendre sa pensée et ses arguments pour être signifiant.
Alors, je suis souvent (très) embarrassé de devoir écrire sur ce qui ressemble à du jazz « tout terrain » (avec souffleurs, basse et batterie avec ou sans piano), que ce soit composé avec thèmes, solos etc…  mêmes « free » ou du free-free jazz "à fond la caisse" ou d’autres idiomes (dits) d’avant-garde. La raison est que mon temps d’écriture est limité et que je me concentre sur mes choix : l’improvisation libre « radicale», soit un domaine pour lequel j’estime avoir les compétences. 
Si je choisis d’écrire sur des musiques qui font partie du champ du jazz (free) ou d’autres expressions, c’est que leurs auteurs ont assimilé les valeurs de l’improvisation libre collective à l’écart de toute hiérarchie au sein de l’orchestre et que la musique est en (très) grande partie entièrement improvisée (pas de thèmes, de compositions, de répétitions etc…dans le cas du free-jazz). Et que ces artistes produisent des choses incontournables.
Exemples : Ivo Perelman, Paul Dunmall, Itaru Oki, John Carter et Bobby Bradford, ces derniers dans des albums du label Dark Tree. Dark Tree publie aussi des albums très improvisés avec Daunik Lazro, Benjamin Duboc ou Eve Risser. Récemment, j’ai chroniqué le trio jazz traditionnel « subversif » du guitariste Duck Baker avec Alex Ward et John Edwards, un jazz de « puriste avisé » ou les solos du pianiste vétéran François Tusquès, qui respirent le blues authentique. On dira peut-être que je suis sectaire et puriste ou élitiste.
Mais c’est surtout que je n’ai pas le temps de me consacrer plus avant à l’écriture et qu’il y a assez de journalistes qui écrivent à ce sujet. J’ai un standard personnel d’une certaine qualité (toute relative) et je n’ai pas envie du tout d’écrire en dessous de celui-ci. L'inspiration ne se commande pas d'un jour à l'autre. Il faut me limiter dans mes choix en suivant le motto affiché de ce blog pour mettre en évidence les démarches exemplaires de mon point de vue. En outre, la scène de la libre improvisation est déjà assez envahie par ce que j’appelle le free free-jazz et une attitude relativement trop mercantile ou trop sommaire selon mes propres critères, pour que je contribue à la confusion. Sans parler du tout venant électronique, noise, post-rock, expérimental, minimaliste etc… 
Comme il m’arrive que je reçois des choses qui ne cadrent pas (du tout) avec « ma ligne éditoriale », je suis un peu peiné pour les artistes. Si je devais en faire la critique, ça risquerait d’être assez … dur et cela je n’ai pas envie. En tant qu’écriveur, je ne m’intéresse qu’à la musique qui me passionne ! Je fais déjà quelques concessions, surtout lorsque le patron du label est super honnête, sincèrement généreux et engagé jusqu’au cou et que les artistes sont talentueux et profondément sincères. Je me dis aussi qu’il y a des gens très sensibles et fins qui découvrent et qu’il faut bien un début à tout.
Si j’ai décrit favorablement un album « improvisé » du label XYZ, ce n’est pas pour cela que je vais écrire sur les autres productions du label XYZ qui émanent d'autres sphères musicales trop éloignées. Je passe du temps à réfléchir quand j’écris, on pourrait alors réfléchir quand on me propose quelque chose à chroniquer. Un peu professionnel, quand même !
Quand je dis que « je n’ai pas assez de temps », c'est la stricte vérité : je dois en consacrer à planifier et organiser mes concerts/gigs (+ ou – 25 par an) et à voyager assez loin pour pouvoir m’exprimer.  Cela prend un temps fou pour préciser une quantité de détails anodins (avions, trains et bus, jours de départ et de retour, où dormir, conditions, confirmations qui se font attendre etc…).
Je m’exprime musicalement comme chanteur improvisateur parce que je pense contribuer valablement à cette musique et qu’il n’y pas pléthore de vocalistes / chanteurs improvisateurs masculins. En Europe, avec Phil Minton, Jaap Blonk,  et quelques autres (Andreas Backer ou mon copain Pierre-Michel Zaleski), on est une poignée. Et bien sûr, Benat Achiary. Pour ceux qui l’ignorent, je me suis produit en Grande Bretagne : une trentaine de gigs ou festivals rien qu'à Londres (Mopomoso/ Red Rose et Vortex, I’Klectic, Hundred Years Gallery, Klinker, Arch 1, Horse Improv, ColourScape, FOTC) mais aussi à Norwich, Brighton, Oxford, Bristol, Liverpool, Sheffield, Newcastle et Edinburg. En Allemagne : Bremen, Göttingen, Berlin, Wuppertal, Essen, Hannover et Aachen. En Italie, à Turin, Milan, Bologne, Piacenza, Gênes, Livourne, Bari, Modugno, Noci, Altamura, Fasano et Taranto. En France, à Paris, Lille, Roubaix, Toulouse et en Provence (avec Sabu Toyozumi) grâce à mes camarades Pascal Marzan, Luc Bouquet et Claude Colpaert. À Madrid, Rotterdam, Vienne et Copenhagen. En Tchéquie, à Opava et Ostrava et en Slovaquie à Nitra. En Hongrie, une quinzaine de concerts à Budapest, à Szeged et à Eger. À Limmitationes en Autriche. En Belgique, j’ai contribué à presque deux cents concerts et « petits » gigs et certains ont été publiés en CD’s (Evan Parker, Paul Lytton, Paul Rutherford & Hannes Schneider, Lol Coxhill & Veryan Weston, Jon Rose & Veryan Weston, John Butcher & John Edwards, Paul Dunmall & Paul Lytton, Nicolà Guazzaloca, Hannah Marshall & Gianni Mimmo, Paul Hubweber & Phil Zoubek). Je me produis à l’étranger, souvent à mes frais (de voyage), car je trouve trop peu d’opportunités dans mon pays, devant y organiser souvent moi-même mes prestations à Bruxelles. Mais pour parcourir 5.000 km en voiture (Citroën Berlingo),  dans huit pays en douze jours en novembre à quatre (avec Marcello Magliocchi, Jean Demey et Matthias Boss,) et une contrebasse pour huit concerts (dont certains « aux entrées ») de Bruxelles à Budapest, il faut être un peu dingue. Où loger, qui nous attend sur place ? Partager la chambre, le repas, la voiture etc... et attendre ! 
J’ai la grande chance de me produire avec des musiciens improvisateurs de grand talent et d’expérience, certains «on and off» des personnalités merveilleuses : Jean Demey et Kris Vanderstraeten (lui, en Belgique), Marcello Magliocchi et Matthias Boss, Lawrence Casserley, Zsolt Sörès, Oli Mayne et Adam Bohman, Audrey Lauro, John Russell, Phil Gibbs, Yoko Miura, Pierre-Michel Zaleski et, maintenant, Benedict Taylor. Je parle évidemment seulement des groupes avec lesquels j’ai chanté de nombreuses ou plusieurs fois et qui perdurent. Il y a aussi mes autres potes de Bruxelles (JJ Duerinckx, Jacques Foschia, Mike Goyvaerts, Willy Van Buggenhout et Sofia Kakouri), en Italie (Guy-Frank Pellerin), à Londres (Adrian Northover, Dan Thompson, Tom Jackson), en France (Pascal Marzan) et des rencontres qui se sont révélées fructueuses. Par exemple, Philip Wachsmann et moi-même aimerions continuer à collaborer après plusieurs concerts (avec e.a. Casserley). Mais cela semble vraiment difficile. J’aimerais chanter avec Elke Schipper et Günter Christmann suite à notre récente rencontre à Hannovre. Je crains fort que cela soit (très) difficile de trouver un lieu soit en Belgique ou ailleurs avec des conditions décentes.
Notez bien que je ne me plains pas du tout : je constate ! Cela ne me fait ni chaud ni froid. N’ayant jamais envisagé de devenir un artiste, ignorant pendant très longtemps mes capacités vocales, je suis devenu improvisateur « professionnel » « apprécié » une fois passé l’âge de cinquante ans. Et j’ai travaillé dans le secteur tertiaire 41 ans avant d’arriver à la retraite en 2016. Donc cet aspect des choses ne me désole pas. C’est comme cela : AMM a joué longtemps pour des clous à la London School of Economics et Derek Bailey, John Stevens et Trevor Watts devant une ou deux personnes au Little Theatre Club. La question économique est surtout importante pour mes collègues dont les revenus proviennent de la musique. Entre parenthèses, je déteste la démarche qui consiste à chercher à jouer avec des « pointures » ou « famous names » pour se créer une carrière (illusoire). Le désir mutuel est la chose la plus importante.
Quand j’observe que Günter Christmann, lui-même, le tromboniste et pionnier important des années 60/70’s, auto-produit ses propres enregistrements en CDr’s en édition limitée, je trouve qu’en comparaison de nombreux artistes qui publient nombre (trop?) d’albums en CD (à 500 copies) ont quelques lacunes question bien-fondé de leur démarche artistique. On assiste chez certains à une hyper-production et à un manque de contenu créatif. Depuis plus de 25 ans, Günter Christmann n’a trouvé  que trois labels bien distribués pour diffuser sa musique. FMP : TRIO ! (avec Lovens et Gustafsson), Creative Sources : Core (avec Alex Frangenheim et Elke Schipper) et Moers Music : Sometimes Crosswise, une anthologie. J’allais oublier One To (Two)… un duo avec Gustafsson en édition limitée chez Okkadisk : sold out depuis très longtemps. Le reste se trouve sur le label assez confidentiel d'Alex Frangenheim, Concepts of Doing, à l’arrêt depuis 2001. Quand je considère le jeu de violoncelle vif, accidenté et pleins de détails nuancés de Christmann et qu'il concentre magistralement une foule d'idées en 3 minutes, je trouve le jeu de nombre de ses collègues trop linéaire, prévisible, trop peu spontané … systématique etc… voire interminable.  Je me dis que certains sont soit obsédés par une forme de succès et sont encore loin du compte par rapport à un tel artiste à qui on doit, outre son travail de musicien innovateur, l'organisation de concerts payés durant plus de 40 ans à un très haut niveau à Hannovre. Ce n'est pas seulement une question de virtuosité, mais surtout d'engagement, de qualité, de foi, d'authenticité. 
Or dans ce blog, je m’intéresse, à l’improvisation proprement dite, à sa spontanéité audacieuse et imaginative. Et non pas à son imitation ou à son évocation distanciée, ou encore à la démonstration / régurgitation d’une formation musicale issue du classique, qu’il soit académique ou contemporain, proche du simulacre. Ou encore, à la mise en pratique d’idées toutes faites sans prendre le recul nécessaire. Je ne me détourne jamais de musiciens « entre les deux » lorsque je suis dans une salle de concert, car il y a quelque chose à en tirer et qu’il faut encourager les tentatives et que certains évoluent ensuite de manière surprenante. Mais de là à écrire pour des improvisateurs du dimanche après-midi, …
Je pose la question « Où se trouve l’essentiel ? ».
De même, le jeu exceptionnel de Michel Doneda surnage largement dans la masse des saxophonistes par son extrême acuité et son excellence. Le fait que son travail est trop peu reconnu en dit long sur la dilution de la qualité qui est advenue ces dernières années dans ce milieu et un manque de sens critique face à la simplification outrancière des caractéristiques de la « free-music » improvisée de la part d'organisateurs, spécialistes etc.... Sans parler de l’icônification systématique de certains musiciens "légendaires", attitude qui brouille les pistes, et à qui l’admiration béate pardonne beaucoup, face aux « inconnus » qui, eux, ne sont jamais assez bons (parce que trop peu visibles ?). 
C’est d’ailleurs pour ces raisons que ce blog existe et que j’évite absolument de devoir rédiger des pensums – encensoirs.
Comme d’autres critiques le font déjà en suffisance, je m’abstiens de suivre et commenter une série d’artistes qui ont un don d’ubiquité étonnant et qui sont programmés partout, alors que d’autres aussi valables ou même plus intéressants ou essentiels sont aujourd’hui trop peu visibles et entendus. La richesse de cette musique réside plus dans le nombre important d’artistes quasi-inconnus de haut niveau qui en garantissent une véritable bio-diversité que dans la quinzaine de noms fameux qui sont censés représenter cette musique dans les médias. Car écouter les mêmes, tout excellents qu’ils soient, devient lassant à un moment donné. Pourquoi toujours le saxophone (avec basse et batterie ou guitare électrique à pédales d'effets) ? Il y a d'autres instruments et d'autres combinaisons instrumentales, je pense.
Cette musique libre est en fait un genre aussi difficile et exigeant qu’elle a l’air spontanée et naturelle. Elle n’est d’ailleurs jamais assez bonne.  Or, j’entends un peu trop souvent : « Oh that was great ! » (le/la musicien/ne), alors que je me suis un peu ennuyé, même s’il y avait des choses appréciables. Certains de mes propres concerts, chaleureusement et copieusement applaudis par le public, ne me satisfont pas entièrement ou me laissent un peu perplexe.  Il y a ce moment où j’ai chanté de trop, ou une intervention n’était pas à la hauteur à un instant donné, où un détail me semble faite tache etc… Je suis assez difficile avec moi-même, tout en foutant la paix à mes comparses de scène quand leur potentiel réel et la bonne volonté s’y trouvent, car les choses finissent par venir.
Je peux être bon public, mais il ne faut pas exagérer. 
Lecteurs, prenons de la distance.
Tout çà pour dire qu’Orynx -Improv’andsounds est « consacré aux musiques improvisées (libre, radicale,totale, free-jazz ( jazz free quand celui-ci est vraiment original), aux productions d'enregistrements indépendants, aux idées et idéaux qui s'inscrivent dans la pratique vivante de ces musiques à l'écart des idéologies »
  

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