20 janvier 2018

Nicolà Guazzaloca Szilard Mezei & Tim Trevor Briscoe/ Simon Rose Willi Kellers Jan Roder / Vinny Golia John Carter Bobby Bradford & Glenn Ferris / OXYOQUET by Milo Tamez / Paul Dunmall Matthew Shipp John Edwards Mark Sanders / Ulrike Brand & Olaf Rupp

Exuvia  Szilard Mezei Tim Trevor-Briscoe Nicolà Guazzaloca FMRCD456-817

Le pianiste Nicolà Guazzaloca, en solo ou avec ses deux potes Tim Trevor-Briscoe (saxophones et clarinettes) et Szilard Mezei (violon alto) multiplie les albums sur quelques labels italiens (Amirani, Aut et Setola di Maiale) au point que sa musique enregistrée est presque forcée de transhumer en Grande-Bretagne par le truchement de l’incontournable label F.M.R. , lequel déborde d’une telle d’activité que son site web n’indique plus les récentes parutions mises en vente par les musiciens eux-mêmes ou quand on s’adresse à Trevor Taylor directement. Mais je comprends bien l’urgence des musiciens à vouloir communiquer leur musique au plus vite. C’est un superbe album d’improvisation à haute teneur mélodique, intense dans ses dialogues… La complexité et la diversité des échanges virtuoses des trois musiciens sont confondantes. Esthétiquement parlant, les amateurs pointus de Berlin, Paris ou Londres vous diront que cette manière date un peu. Mais on s’en fout, en fait. D’abord, il a fallu attendre d’arriver dans les années 2000 pour entendre un tel altiste (VIOLON ALTO) atteindre le niveau musical et instrumental de Carlos Zingaro ou Phil Wachsmann sur un instrument nettement plus requérant et très différent pour ses possibilités timbrales plus étendues, plus affolantes. Avec Mat Maneri, Charlotte Hug, Ernesto Rodrigues, Benedict Taylor. Szilard Mezei en révèle le suc, la substantifique moëlle, …fabuleux ! Il affirme même son style personnel en pizzicato (duo avec la clarinette, par exemple). D’autre part, c’est la grande variété des modes de jeux dans le flux des émotions qui rend ce trio véritablement fascinant. Il y a bien un parti-pris expressionniste dans certains passages de ce concert à la SPM Ivan Illich du 27 juillet 2015, sans doute par empathie pour le public local, lequel ne cherche pas à distinguer « free » et « non idiomatique ». Mais cet aspect énergétique est remarquablement balancé par les détails subtils et la signification, les intentions profondes exprimées dans l’instant, ces histoires improbables racontées avec conviction, une approche lunaire, chambriste, intimiste. Il y a tellement de post free « free-jazz » (free-jazz entièrement improvisé – sans compositions) avec l’inévitable configuration batterie, contrebasse et souffleur(s) qu’on ne va pas bouder notre grand plaisir d’écouter un tel trio anches – violon alto – piano. Figurez-vous que Tim Trevor-Briscoe, de nationalité britannique et résident de Bologne, est un inconnu dans la scène anglaise qu’il semble méconnaître et qu’on ne lui connaît aucune autre affiliation en dehors de son intense partenariat avec le pianiste Nicolà Guazzaloca. Celui-ci est un des principaux animateurs de la vie musicale improvisée à Bologne et sans nul doute un des grands pianistes de la génération suivante des Van Hove/ Schweizer/ Schlippenbach en compagnie de Agusti Fernandez, Sten Sandell et cie… De l’improvisation libre de haute qualité , assumée, vivifiée.

New World Simon Rose Willi Kellers Jan Roder FMRCD464-1117

Un nombre croissant de musiciens improvisateurs, qu’ils soient britanniques, portugais, allemands, autrichiens, italiens, confient leurs enregistrements au label F.M.R. Voici Simon Rose, un as du sax baryton et aussi altiste résident à Berlin, en compagnie du percussionniste Willi Kellers, connu pour son travail avec les saxophonistes Ernst-Ludwig Petrowsly, Thomas Borgmann, Peter Brötzmann et le pianiste Keith Tippett, et du bassiste Jan Roder, un compagnon de route de Rudi Mahall, Alex von Schlippenbach, Axel Dörner… Je dois dire qu’à la longue je suis un peu lassé de la formule instrumentale sax – contrebasse – batterie, un véritable lieu commun, même si elle nous a occasionné bien des merveilles. C’est heureusement le cas ici : New World contient des morceaux intéressants, envoûtants et complètement improvisés dans l’instant. Rien d’étonnant pour qui suit à la trace le saxophoniste. Récemment, il a défrayé la chronique en duo avec deux pianistes : Edith’s Problem avec Deniz Peters (Leo) et Ten Thousand Things avec Stefan Schulze (Red Toucan). Des œuvres magnifiques, subtiles, physiques et intransigeantes. L’art de marier le cri primal et les subtilités de la musique de chambre. New World commence très fort avec une puissance incroyable et un souffle énergétique extrayant avec force les harmoniques du gros tuyau de cuivre, de sa boucle imposante et du gros bec qui demande au saxophoniste un cœur gros comme çà pour en faire vibrer la colonne d’air de manière aussi déchirante. Willi Kellers est un subtil polyrythmicien avec une qualité de frappe et une lisibilité qu’on perçoit bien grâce à la prise de son exceptionnelle. Un véritable batteur free avec une identité propre qui sait varier les effets et utiliser ses accessoires avec subtilité (sonnailles, sanza, cloche etc). Le bassiste agrippe les cordages avec une facilité qui lui permet de faire vibrer l’épaisseur de l’instrument dans toute sa splendeur. Chacun des sept morceaux a une orientation propre, une cadence bien distincte et un développement qui le distingue indubitablement du précédent ou du suivant. Quatre morceaux dans les cinq minutes, trois respectivement de sept, dix et quinze minutes. Bien que Simon Rose soit crédité sax baryton et alto, c’est uniquement au sax baryton qu’il étire le ruban de ses trouvailles, humeurs, sonorités, et ses boucles grasseyantes en souffle continu, créant un univers personnel complètement en phase avec ses deux partenaires. Les amateurs de power free-jazz brötzmannniaco-gustafssonistes trouveront ici un trio plus qu'à la hauteur. Les trois musiciens transcendent cette approche musicale avec un style original. Bravo pour ce bel album qui sort le free « free-jazz » hors de l’ornière dans laquelle il a tendance à se complaire. Un monde neuf.


Vinny Golia Wind Quartet – John Carter – Bobby Bradford – Glenn Ferris . Live at The Century Playhouse Los Angeles 1979. Dark Tree DT(RS)08.

Dark Tree publie des albums fignolés et passionnants au compte-goutte. Ce Wind Quartet de Vinny Golia est le deuxième album d’archives de concert mettant en valeur John Carter et Bobby Bradford. Le NoU Turn Live In Pasadena 1975 de leur Quintet publié en 2015 dans la Roots Series de Dark Tree est un de leurs deux meilleurs albums (avec Tandem /John Carter & Bradford duo – Emanem 2CD). Nous sommes alors en 1979 dans une phase créative du jazz contemporain d’alors. La première vague du free jazz des années 60 a remis en question le rythme, l’harmonie et le rôle des instruments dans le groupe avec Cecil Taylor, Sunny Murray, Albert Ayler etc… S’ensuit l’éclatement du combo conventionnel  « souffleurs – piano – basse – batterie » : les musiciens les plus avancés et audacieux explorent les formes en solitaire comme Barre Philips et son Journal Violone (Music Man 1968) . Anthony Braxton joue et enregistre en solo « absolu » (For Alto 1968)  au saxophone alto suivi par Steve Lacy et Roscoe Mitchell, Paul Rutherford et Albert Mangeldorff au trombone, Evan Parker et Lol Coxhill. Ou en duo : Albert Mangelsdorff and Friends (MPS). Duos de souffleurs : Marion Brown et Leo Smith, Joseph Bowie et Oliver Lake, Anthony Braxton et George Lewis. Des guitaristes d’avant garde explorent leurs instruments en solo : Derek Bailey, Hans Reichel, Eugene Chadbourne, Roger Smith etc… ou en duo : Bailey avec Evan Parker et Braxton ou le batteur Han Bennink. Percussionnistes en solo : Bennink, Andrew Cyrille, Tony Oxley. Duos de contrebasses de Barre Phillips et Dave Holland ou Beb Guérin et François Méchali. Sam Rivers enregistre en duo avec David Holland (IAI), Lester Bowie en duo avec Philip Wilson (Duets IAI),  Steve Lacy avec Andrea Centazzo, Jimmy Giuffre avec Paul Bley et Bill Connors. Bien sûr les échanges exponentiels de la Company de Derek Bailey. Mais aussi le World Saxophone Quartet (Hemphill Lake Murray Bluiett) et le Rova Sax Quartet. Le panorama sonore et musical des Creative et/ou Free Improvised Musics s’agrandit et s’enrichit et fascine musiciens et auditeurs, prolongeant le travail pionnier de Jimmy Giuffre avec ses trios sans batterie. C’est dans ce contexte d’intense renouvellement de formes et de conceptions musciales qu’il faut appréhender ce magnifique Vinny Golia Wind Quartet, interprétant et improvisant les remarquables compositions du souffleur multi-instrumentiste. Les notes bien documentées de Mark Weber retracent le parcours de ce peintre connu pour ses pochettes (Dave Holland/Barre Phillips, Joe Henderson) et qui faisait jouer des improvisateurs lors de ses expositions en interaction avec ses tableaux et leur dynamique dans l’espace. Vinny Golia apprit à maîtriser les différentes flûtes, clarinettes et saxophones, car il eut à apporter fréquemment une couleur supplémentaire dans plusieurs orchestres avec un piccolo, un sax sopranino, une clarinette basse ou un baryton, etc... En un temps record, il est devenu un excellent instrumentiste capable de jouer l’ensemble des woodwinds avec un professionnalisme impressionnant, une justesse et une agilité surprenantes. À défaut peut-être d’acquérir une voix très originale à l’instar des Ornette, Braxton, Roscoe Mitchell, Steve Lacy, John Carter ou Evan Parker. Mais ce qui compte surtout dans son travail, c’est l’excellence et la diversité sonore de ses orchestres et compositions pour improvisateurs. Et dans ce domaine, Vinny Golia est un artiste exceptionnel. Pour preuve, ce merveilleux quartet : Bobby Bradford au cornet, John Carter à la clarinette, Glenn Ferris au trombone et lui-même  aux différentes anches et flûtes selon les morceaux : #2 : flûte en Do et sax baryton, Views : sax baryton, Chronos I : piccolo et clarinette basse, Chronos II : clarinette basse et  flûte alto, Victims : flûte alto. Musique de chambre mouvante pour instruments à vents dans laquelle une remarquable variété de mouvements et d’événements sonores, de thèmes complexes et d’improvisations simultanées des « solistes » autant mélodiques que texturales empruntant des voies parallèles, s’enchaînant avec aisance et une extraordinaire lisibilité, avec passages en solitaire, duos … élégiaques, enlevés, sereins, enfiévrés, introvertis, expressifs, … Une West Coast évoquant les expériences de Shorty Rogers et Jimmy Giuffre dans une dimension nouvelle, libérée, évitant cliché, routine et cette linéarité lassante et prévisible de la succession des thèmes, solos, breaks et codas qui ont fait préférer l’improvisation libre radicale aux sessions free cadrées du label Black Saint avec souffleurs, basse, batterie à une génération de mordus du free-jazz. Dark Tree n’a pas tort de produire des albums de ce genre seulement tous les deux ans : Wind Quartet peut être écouté et réécouté à plusieurs reprises, car il recèle une multitude de moments précieux et des recoins qu’on est surpris de découvrir à chaque audition. Un album en tout point remarquable et sûrement un point fort de la discographie de chacun des artistes.

OXYOQUET El Volcàn Silencioso Piezas en Cadencia I-XII Milo Tamez Amirani AMRN 48

Comme souvent chez Amirani voici un produit super préparé avec notes de pochette fournies nous informant avec force détails de la genèse, du développement et des inspirations du projet, un Open Work Composed Improvisation For Extended/Prepared Drum Set / Real Time Electronics / Soundscape / Video Art. Dans ce texte de présentation très dense, le don d’observation, la poésie, l’exégèse musicologique et la précision technologique se rejoignent. Le percussionniste mexicain Milo Tamez, originaire du Chiapas, a conçu, exécuté et produit cette œuvre pour percussionniste solitaire, mûrie durant deux années (2013-15),  avec une remarquable interaction avec son propre  traitement électronique en temps réel à laquelle s’ajoutent des soundscapes. On pourrait très bien imaginer l’art vidéo tant sa musique est expressive et excellemment réalisée. D’un point de vue technique (rendu sonore, dynamique, précision, haute qualité), l’enregistrement et son contenu sont véritablement à la hauteur d’un projet aussi ambitieux qui demande une préparation et un savoir-faire qui dépassant la virtuosité peu ordinaire du percussionniste. Un artiste puissant au style original dont le jeu complexe et l’articulation des frappes sera appréciée par ceux qui suivent Milford Graves, Tony Oxley, Paul Lytton ou Pierre Favre, même si son travail est nourri de l’expérience « contemporaine ». Il faut noter l’utilisation d’accessoires accordés en bois (woodblocks, marimba) qui apportent une coloration caractéristique à sa batterie préparée et étendue. Milo Tamez a très bien assimilé comment marier l’électronique et la percussion « nue » et acoustique, et cela à deux niveaux : d’une part les frappes et le toucher semble transformé par son installation (la technique d’enregistrement favorise la résonance) et d’autre part, son système extrapole les sons instrumentaux en formant des agrégats flottants en sympathie avec les soundscapes. Certains de ceux-ci nous font parvenir des échos de la jungle, de l’eau qui coule ou des oiseaux dans le feuillage. La profusion d’éléments sonores et les pulsations foisonnantes qui surgissent tout au long de ses douze Cadencias donneront peut-être le tournis à certains auditeurs : la Partie 4 Cadencias X – XII devient à un moment endiablée, voire paroxystique. Peut-être son dispositif électronique injecte-t-il des sons percussifs qui s’ajoutent au phrasé vertiginieux qui développe de manière insistante et intrigante un motif rythmique central.  Il aurait pu se contenter de limiter cette œuvre à la percussion et à l’électronique sans ajouter les paysages sonores. Mais l’intention de l’artiste est d’inscrire son œuvre dans un lieu, un paysage, une culture, une géographie, celles du Chiapas et du peuple Totzil, célébré par Cecil Taylor (Totzil Totzil Leo Rds). Et ces soundscapes font sans doute le lien. La musique, même si elle préparée minutieusement, a cette aura instantanée, excitante du jazz d’avant-garde vivace et de la musique improvisée conséquente.  Pour introduire et conclure deux courts paysages sonores. Sans nul doute une des meilleures réalisations d’Amirani.

Paul Dunmall Matthew Shipp John Edwards Mark Sanders Live in London FMRCD445-0517

Astablieft Mossieu’ ! Potferdomme ! Ça est bien un des plus grands titans du saxophone. Paul Dunmall ! DUNMALL NUMBER ONE ! Même si la qualité de l’enregistrement de ce concert du 12 février 2010 au Café Oto est moyenne, Dunmall c’est un peu comme Coltrane et les albums pirates des tournées du géant trop tôt disparu. Il faut les écouter quasiment tous, une centaine au moins pour se faire une idée de quoi il est capable. ! Énorme saxophoniste surpris au ténor en compagnie d’un pianiste puissant et tellurique, Matthew Shipp, et les deux farfadets de la « section rythmique », la paire inséparable de John Edwards et Mark Sanders. Cela vole, déménage, crépite, explose ou bien s’élève majestueusement.  Boucles et volutes tendues vers l’infini, puissance intense et incendiaire du son, le souffle dunmallien est sans équivoque : il évoque comme personne le Coltrane des albums Transition, Sun Ship, First Meditations, Interstellar Space et Expression, avec de temps en temps des réminescences d’autres saxophonistes. Je possède un enregistrement d’il y a plus de vingt ans où c’est le Sonny Rollins d’ East Broadway Rundown qui affleure. Dans un autre, on croit entendre un hybride de Sam Rivers et Jimmy Giuffre, mais on identifie clairement le souffleur. Sous des dehors bonhommes, le saxophoniste est démoniaque. Comme Braxton ou Evan Parker, il est capable de tout ! Et son style personnel est extensible à souhait, mais reconnaissable entre mille quelque soit le mood de l’instant... et quelle diversité de moods. On peut donc dire que Dunmall est un des plus grands saxophonistes du jazz toutes époques confondues. Je n’ai jamais entendu un zèbre pareil au ténor capable de réunir aussi intelligemment les expériences de ses prédécesseurs avec une telle inspiration (Coltrane, Rollins, Joe Henderson, Evan Parker, Sam Rivers, Hank Mobley, Joe Farrell, Pharoah Sanders) en les transcendant de manière aussi puissante, naturelle. Et cette insistance à publier les enregistrements les plus improbables : ses enregistrements réunissent dans une foire complète les chefs d’œuvre les plus éblouissants et les expériences les plus diverses avec sax soprano, flûtes, clarinettes et bagpipes. Aux bagpipes, plus que çà tu meurs ! Pour ceux qui le connaissent, l’homme est aussi simple dans la vie qu’il est follement généreux en musique. Absence totale de prétention et modestie dans ses rapports avec autrui.
Revenons à l’album. Set One donne toute la gomme. Set Two commence avec Matthew Shipp qui joue dans les cordes du piano, Edwards col legno et Sanders faisant vibrer le métal sur les peaux ou griffant ses cymbales devant un Dunmall observateur. De cette situation statique, les quatre musiciens construisent un univers sonore qui s’étale progressivement et naturellement vers un climat plus tendu drivé par l’archet frénétique du bassiste. Si la première partie offrait un exutoire au souffle conquérant de Dunmall, la deuxième partie est une belle construction collective : le pianiste et le saxophoniste s’échangent leurs réflexions les plus claires au plus proche l’un de l’autre. Le pianiste se lance dans un solo emporté par la multiplication des pulsations et des roulements puissants et dynamiques de la batterie soutenus par le coup de patte caractéristique d’Edwards sur les cordes de sa contrebasse. Le piano s’envole un moment et le saxophoniste retourne au turbin articulant puissamment les notes les plus écartées de manière de plus en plus mordante, soulevé par le drumming extraordinaire de Sanders qui le pousse à fond. Je ne vous dis pas ! Mais ils relâchent la tension et décélèrent  pour un échange où le pianiste se fait entendre clairement et le saxophoniste investigue des intervalles bien choisis avec des accents qui n’appartiennent qu’au (free) jazz authentique. Après une vingtaine de minutes à ce régime, les musiciens persévèrent encore plus d’un quart d’heure traçant la route sinueuse et accidentée d’un concert d’anthologie.

Shadowscores Ulrike Brand & Olaf Rupp Creative Sources CS368cd


Reçu cet album, il y a un an de Creative Sources. N’arrive pas à suivre leurs parutions. Donc chronique tardive, sorry ! Deux univers différents s’interpénètrent, deux improvisateurs dialoguent. Olaf Rupp a développé une approche très intéressante de la guitare électrique avec une virtuosité qui lui permet de faire sens dans les moindres nuances et détails de son jeu en conjonction avec les techniques alternatives de la violoncelliste Ulrike Brand. Le guitariste déborde d’inventivité et de sonorités, et utilise l’ensemble de sa palette avec une aisance confondante, passant d’une approche sonore à une autre, souvent très différente, au cours d’un même morceau avec une belle cohérence. Une sorte de self-control. Improvisation relativement distanciée, jouée avec une grande clarté et une multiplicité d’intentions remarquablement coordonnées. La violoncelliste se concentre successivement sur des idées motifs de jeu avec application et un sens logique de leur développement. L’album du duo est très bien enregistré et les techniques utilisées pour ce faire conviennent parfaitement à leur musique. Duo tout à fait remarquable qui renouvelle constamment techniques, sonorités, idées. Musique un peu froide diront certains, mais qui s’anime et se réchauffe au fil des plages.  Ulrike Brand fait partie de ces innombrables improvisateurs allemands qui jouent à un haut niveau de qualité d’inspiration et de professionnalisme. Si j’apprécie beaucoup le travail de guitariste d’Olaf Rupp pour sa très haute qualité sans en être un fan absolu, je dirais que nombre de guitaristes improvisateurs qui jouent avec l’amplification, pédales d’effets et multiplient les techniques, doivent vraiment jeter une oreille sur son travail hyper-fignolé, lequel coule de source. Rien à voir avec le trio follement ludique de Weird Weapons avec Rupp (acoustique), Tony Buck & Joe Williamson (Emanem 4119 et Weird Weapons 2 Creative Sources CS197cd) qui décrochait les oreilles avec un parti-pris répétitif hypnotique.

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