27 février 2012

Some great memorabilia of the Euro Improv scene !


Globe Unity Orchestra 1975 Gérard Rouy 
Paul Hubweber : " oh my god! i was the co-organizer those days. the organizer forgot to bring the piano. for the bandleader! can one imagine alex' reaction? anyway, two of us checked one and so lovely Gérard Rouy could make this photo. other story is the audience. colon miners who just leave their hell. never before in contact with that kind of music or arts, anyway. misunderstanding, shaked heads, some are interested...have you ever been in that kind of hell ? for to touch it go there. its possible these days....Peter Sokoll knows...,cheers "



ICP label flyer 1972
A great time when artists put some advertising/ information leaflets inside their vinyle albums ! 
This one shown here on both sides, i think , is very nice : Han Bennink spontaneous dutch imagery ....  These two leaflets were found in an ICP album issued 40 years ago. Guess which one ....


Guess in which album these flyers were found out, please.


Fred Van Hove & Cel Overberghe

Barry Guy Paul Lytton Evan Parker George Lewis january 1983 Picture by I. Seeberg.
Evan Parker Paul Rutherford Kenny Wheeler Barry Guy John Stevens Trevor Watts : Spontaneous Music Ensemble 1966 


already in the early eighties , Eddie performed with "remarkable saxophonists" like his recent recordings on Matchless.
Flyer of the first gigs of John Zorn in Japan handwritten by JZ and re-sent to drummer Sabu Toyozumi who arranged the gigs.....


Concert flyer for the late Mal Dean who made the artwork used for Incus 9 LP Duo Derek Bailey & Han Bennink 1972 Performances at Verity's Place.
Ovary Lodge : Keith Tippett Julie Tippetts Harry Miller Frank Perry




24 février 2012

Spectral Soprano : the Inimitable LOL COXHILL


Tristes nouvelles de Lol Coxhill ! Il a joué il y a quelques mois à Bruxelles avec Max Eastley et Steve Beresford aux Ateliers Claus. Son ami Veryan Weston vient de m’informer que Lol Coxhill, âgé de 79 ans, est hospitalisé depuis quelques semaines dans un triste état, mais il semble que sa forte constitution prenne le dessus au moment où je corrige ces lignes. Atteint d’une affection rare qui a mis du temps à être diagnostiquée, il a de sérieux problèmes pour conserver ses repères de la vie quotidienne. Inutile de vous dire qu’il en souffre, car sa conscience est toujours aussi vive. Sa compagne Ulrike a dû interrompre une bonne partie de ses activités professionnelles, sa présence étant indispensable à ses côtés. Il a obtenu l’aide du Musician’s Benevolent Fund, car ne jouant plus, il n’a plus de revenus.  Veryan et Steve Beresford, deux parmi ses plus fidèles amis et collaborateurs depuis les années 70, m'informent que cela va mieux ces derniers jours (25fév. 2012). Fin 2001, Lol Coxhill eût déjà une sérieuse alerte et, contre toute attente, il se produisit en Belgique quelques jours après sa sortie d’hôpital dans un projet mémorable à l’organisation duquel j’avais contribué. Il est arrivé et est reparti le même jour, car sa situation était critique. Après le concert, il était complètement épuisé et inquiet. En 2006, il n'avait pu rejoindre son camarade Michel Doneda dans une tournée qui fût annulée et dont je fus le seul organisateur à maintenir la tenue du concert. Paul Lytton l’a remplacé à la dernière minute. Un des motifs de cette décision le fut par honneur et respect pour Lol Coxhill, un des artistes les plus profondément sincères du monde de la musique. Savoir que le concert était annulé, l’aurait encore mis plus mal à l’aise : the show must go on. Le public fût enchanté ! Veryan Weston m’expliqua que c’est très dur pour Lol Coxhill de refuser un gig, même le plus insignifiant, et cela même s’il a un grave problème de santé. A croire qu’il préfèrerait mourir sur scène.
 
Lol Coxhill est un artiste aussi légendaire qu’il est timide et pas (très) entreprenant question business, même s’il vivait de son art. Alors que ses collègues et des organisateurs l’invitent souvent à jouer dans son pays et à l’étranger, son statut de légende vivante ne le perturbe pas le moins du monde. Il semble le musicien le plus accommodant qui existe et pas prétentieux pour un sou. D’une simplicité à toute épreuve ! En fait, Lol Coxhill est le sommet du sax soprano comme ses deux amis Steve Lacy et Evan Parker dont il est le fan le plus inconditionnel. Il disait combien il aimait leur enregistrement en trio, « Three blokes », un sommet de sa vie musicale (FMP CD63 1992). Les trois sopranistes, Lacy, Parker et Coxhill y croisent leurs voix au point qu’il est difficile de les distinguer l’un de l’autre. Lol Coxhill lui accorde une grande importance surtout parce qu’il y fait des efforts démesurés pour s’inventer une surprise par rapport à sa « routine ». Evan Parker m’a déclaré avoir été marqué par ses concerts solos de saxophone dont il est le premier initiateur dans la scène du jazz contemporain avant Braxton (1968), Lacy (1972), Larry Stabbins (1973) et Parker lui-même (1975). Il y a été contraint dès le début des années 60, car, à cours d’argent, il faisait la manche dans la rue. Un de mes amis l’a croisé soufflant sur un trottoir près de Beaubourg, il y a une trentaine d’années. Aussi, bien avant le développement de la scène improvisée, Lol Coxhill expérimentait avec son saxophone et collaborait spontanément avec des poètes, des performers, des acteurs de façon complètement souterraine et informelle. On célèbre aujourd’hui le trio Joseph Holbrooke de Derek Bailey et Tony Oxley (64-67), la genèse d’AMM (1965), les beaux jours du Little Theatre Club et les moindres faits et gestes de Sun Ra à Chicago dès les années 50. Mon ami Massimo Ricci attire l’attention sur les haut faits précoces d’Alfred 23 Harth (à 17 ans). Je n’ai jamais rien lu à propos des premiers pas de Lol Coxhill dans l’expérimentation sonore : je vous promets d’investiguer.
On imagine mal que derrière son humour parfois délirant et son refus de mettre en scène sa musique avec des compositions, un discours esthétique, une attitude d’artiste « intéressant qui a quelque chose à dire », se cache un musicien exceptionnel. Quand il échauffe son instrument avant un concert, on croit entendre la sonorité la plus diaphane et "classique » possible à la Dave Liebman ou un son aussi expressif que celui d'un Bechet. Son style en glissandi microtonaux permanents (quasi sur chaque note) est véritablement délibéré. Jouer avec un timbre aussi « chargé » et autant de glissements aussi précis par rapport aux intervalles tempérés dans toutes les gammes en gardant le contrôle du son tout en restant spontané, en bref souffler aussi faussement "faux" comme il le fait, est vraiment très, très difficile. Coxhill a une oreille absolue et est capable d'adapter son jeu exactement sur toutes les variations d’hauteur même les plus infimes quant elles sont dues à un mauvais accordage, à une température glaciale ou à une acoustique capricieuse. Bien qu'il baigne avant tout dans la musique populaire et que ses connaissances sont avant tout basées sur son expérience, c'est un saxophoniste et un musicien de l'envergure d'un Steve Lacy et aussi original que lui par rapport à la tradition du jazz. Avec la seule différence, c’est que Lol n’a pas eu l’occasion de faire son expérience avec les géants de la scène New Yorkaise. Steve a côtoyé et joué avec Sonny Rollins, Thelonious Monk, Cecil Taylor, Mal Waldron, Gil Evans, Ornette, Cherry, Rex Stewart, Elvin Jones, Henry Grimes, Billy Higgins, Wayne Shorter etc… Lol Coxhill a joué dans un pick-up band accompagnant Rufus Thomas, un chanteur de soul music en tournée en Grande Bretagne et des gens comme Alexis Korner. Rufus Thomas ne s’en souvient même pas. Il était aussi un familier du légendaire Joe Harriott, ce saxophoniste jamaïcain qui jouait « avant-garde » avant qu’on ait entendu parler d’Ornette Coleman. Son approche mélodique dérive des biguines et des calypsos antillais, musiques qu’il a pratiquées avec de musiciens jamaïcains de Londres. Sa sonorité et ses inflexions font rêver à un air de biguine disséqué par un peintre expressionniste. La scène New Yorkaise nous a fait découvrir Joe Maneri, comme étant un prodige « microtonal » méconnu durant toute sa vie. C’est en effet un clarinettiste très original, mais au saxophone il ne tient pas du tout la comparaison avec notre britannique. Aucun saxophoniste aussi « abstrait » n’arrive à faire « chanter » ainsi ses sons extrêmes et ces aigus difficiles à émettre et qui émaillent ses improvisations comme les cailloux blancs du Petit Poucet.
Alors qu’il s’est fait connaître avec Kevin Ayers et le groupe Delivery et qu’il est lié à la scène de Canterbury (Wyatt, Soft Machine, Caravan etc..), ces références ne l’ont pas vraiment aidé à s’imposer internationalement comme Brötzmann ou Gustafsson. C’est pourquoi la récente initiative du label Nato, ce beau CD en trio avec JT Bates et Barre Phillips, The Rock on the Hill, vient à point pour mettre en évidence l’universalité de cet artiste attachant. Nato et Jean Rochard ont publié des albums 10 cm des Melody Four (Coxhill, Tony Coe et Steve Beresford) avec des standards les plus improbables du répertoire réunis sous des thématiques farfelues. Car Lol Coxhill, pouvait chanter n'importe quelle chanson du répertoire des Rodgers, Cole Porter, Irving Berlin etc… en survolant la partoche d'un coup d'oeil avec une belle voix aussi assurée qu'un Tony Bennett ou un Sinatra (au point de vue technique). Comme acteur, il est absolument incroyable, il aurait pu faire une carrière au théâtre ou au cinéma. Jadis, un 33 tours 10 cm est paru où on l’entend jouer tous les rôles d’un thriller de série Z (Murder in the Air). Il n'y a aucun saxophoniste continental européen qui peut lui être comparé, même si un Breuker était un solide client et Brötzmann est un artiste absolument original.  La plupart de ses confrères sont des amateurs à côté de ce type. Lol Coxhill, quoi qu’il joue, projette sa personnalité unique, que ce soit du jazz swing, de la variété, avec Kevin Ayers, Robert Wyatt ou Rico Rodriguez, avec les Damned, Derek Bailey ou dans ses duos récents souvent aussi abrupts que l’était Evan Parker au milieu des années 70. Boundless /Emanem avec le pianiste Veryan Weston ou son duo avec Stevie Wishart (violon et vièle à roue) dans Alone & Together en sont de bons exemples. Très peu de saxophonistes ont une voix aussi originale et aussi personnelle et de ce point de vue il partage cette caractéristique avec Steve Lacy, Ornette Coleman, Roscoe Mitchell, Gerry Mulligan, Sonny Rollins ou Lester Young : on le reconnaît indubitablement dès les premières secondes, quoi qu’il joue. Au blindfold test, ceux qui ont un peu écouté reconnaissent de suite Coltrane ou Evan Parker. Même les plus grands spécialistes hésitent souvent à distinguer la plupart de leurs confrères, même un Charlie Rouse chez Monk ou un solo de ténor de Roland Kirk sans ses stritch et manzello.
Mais sans doute les critiques « sérieux », ceux qui accordent de l’importance avant tout aux artistes « sérieux », ceux-là qui véhiculent une image culturelle et un profil d’innovateur indiscutable (comme Lacy, Bill Dixon, Cecil Taylor, Braxton, AMM), se méfient-ils de ce comédien ingénu. Son concert solo à l’Unity Theatre était entièrement constitué d’entrées en scène et de faux départs devant un public qui se tenait les côtes de rire. Un artiste qui fit longtemps équipe avec le musicien le plus provocant de la scène londonienne, Hugh Metcalfe, guitariste « sommaire » (Bobby Lapointe) et excentrique agitateur du Klinker Club. Tous deux remettent les pendules à l’heure au sein de Birdyak avec le poète sonore Bob Cobbing. Raconte-t-il ses débuts musicaux, il relate son premier gig d’enfant dans son jardin, quand il fit fuir les voisins invités avec une installation de percussions d’avant-garde suspendue au fil à linge. Aussi son prénom est Lowen ; LOL sont les initiales de Lots Of Love, expression utilisée sur les cartes postales adressées aux amis et à la famille. Ce surnom lui a été attribué dès l’enfance car son amabilité désarmante faisait le bonheur des enfants du quartier. Un jour, alors qu’il était en compagnie de Veryan Weston, il dût choisir sa place dans des lits superposés : celui du haut ou celui du bas. La réponse fut immédiate : “I sleep in the bed UP because my father was in the Navy “. Le père de Veryan, lui, s’est distingué héroïquement dans l’armée de terre lors de la 2eme guerre mondiale.
Il lui est impossible de parler de lui-même, de ses projets, de sa carrière, sauf par allusion à des anecdotes étonnantes. Il disait simplement le bonheur qu’il avait à jouer avec un de ses musiciens ou amis préférés. De même, Lol Coxhill a horreur d’imposer sa virtuosité. Certains artistes la condamnent.... parfois parce qu'ils ont des lacunes… Lui, vraiment, il se refuse à en mettre plein la vue, si cela ne cadre pas avec l’aspect émotionnel et le sensible que lui dicte le moment présent. Pour s’exprimer, il savait prendre son temps ou nous surprendre sans crier gare. Alors qu’il reconnaît avoir eu du mal à se détacher du contexte mélodique et d’une approche « jammeuse » de l’impro liée à la tradition du jazz, c’est sur le tard que son propos se radicalisera comme le témoignent ses récents CDs pour Emanem. Il faut faire aussi une mention spéciale à ses disques nato tels les superbes Dunois Solos, Chantenay 80 avec Raymond Boni et Maurice Horsthuys et Café de la Place où on l’entend avec l’accordéoniste Mike Adcock, sans oublier Lid, un concert solo de 1978 publié par Andrea Centazzo sur son label Ictus, et les French Gigs en duo avec Fred Frith (AAYA).


Sans l’insistance de Jean Rochard et nato, l’activité de Lol Coxhill aurait été mal documentée. Martin Davison, le boss d’Emanem, a l’entière confiance de Lol Coxhill, que le projet soit initié par Coxhill lui-même ou par Davidson. C’est pourquoi on y trouve une mine coxhillienne indispensable des années 90 et 2000 et qui couronne toute sa carrière.
Voici de quoi vous régaler : 
SPECTRAL SOPRANO 1954-2000  une anthologie improbable (Emanem 4204)
DIGSWELL DUETS avec Simon Emmerson électronique interactive et Veryan Weston piano  (Emanem 4052 1977)
BOUNDLESS & WORMS ORGANISING ARCHDUKES  Avec le pianiste Veryan Weston (4021 et 4074) fantastique !
ALONE & TOGETHER : solo et duos avec Marcio Mattos (cello) et Stevie Wishart (violon et vièle à roue) (4034) On l’y entend au sopranino : la différence est à peine perceptible !
OUT TO LAUNCH : solos + 1 morceau avec the Unlaunched Orchestra (4086)
MILWAUKEE 2002 solo, duos et trio avec Paul Rutherford trombone & Torsten Müller contrebasse  (4097). Les solos de Out To launch et le concert de Milwaukee ont été enregistré durant une rare tournée de LC aux USA.
MORE TOGETHER THAN ALONE :   Duos avec Pat Thomas, Hugh Davies, John Russell, Henry Lowther (4136)  foisonnant ! Hugh Davies est un inventeur d'instruments amplifiés et le pianiste Pat Thomas a joué très souvent en duo avec Lol Coxhill : one night in Glasgow (scatter 03:cd 1994) devenu introuvable.
SUCCESS WITH YOUR DOG avec le percussionniste Roger Turner  (5010) superbe  !
et bien sûr, THE EARLY YEARS du trio Coxhill - John Edwards - Steve Noble sur le label Ping Pong et le duo avec le guitariste italien Enzo Rocco "Fine Tuning The Gradisca Concert " (Amirani AMRN024 2008)deux cédés dans lequel son jeu est toujours aussi intense et délicieux.

http://www.lolcoxhill.com/    www.emanemdisc.com

http://soundcloud.com/jean-michelvanschouwburg

Below the poster of the Brussels 2001 Concert included in Emanem cd Worms Organising Archdukes.
The artwork was made by the great Kris Vanderstraeten with whom J-M VS & Jean Demey is singing in Sureau trio.



1 janvier 2012

Free - Folk, folklore imaginaire authentique

 Vous me direz que le jazz ou les jazz sont/proviennent d'une musique "folk - traditionnelle". Ici, quelques albums curieux et inspirés à la croisée des chemins et pour lesquels le terme "folklore imaginaire" chers aux improvisateurs français des années septante et quatre-vingt convient comme un gant. Manquent provisoirement à l'appel l'extraordinaire Bagpipes de Paul Dunmall (FMRCD 118-0603) ou le duo de Trevor Watts et du violoniste Peter Knight (Reunion : Live in London/ Hi 4Head 007). Sans parler de The Geographers de Clive Bell et Sylvia Hallett (Emanem) que j'ai chroniqué en son temps et qu'il me faut encore "taper", le fichier ayant disparu suite au vol de mon précédent portable.

Yellow Bell Raymond Strid & Roland Keijser  Live Sessions at the Glenn Miller Café 3CD Umlaut UMLADA 2 UMCD 0016 -0017 -0018   http://www.umlautrecords.com/album/yellowbell 

Les voies de la créativité sont très souvent impénétrables et résistent aux préjugés. Raymond Strid, percussionniste suédois connu pour son travail aux côtés de Mats Gustafsson, Sten Sandell, Marylin Crispell et Barry Guy retrouve ici un des inspirateurs « locaux » de la scène suédoise, le saxophoniste et clarinettiste Roland Keijser. A l’époque où Raymond découvrait la musique vivante à la croisée du jazz, du rock et du folk, Roland Keijser est devenu un de ses héros. Saxophoniste dans le légendaire groupe Blå Tåget connu pour leur engagement politique radical, Keijser avait une solide expérience jazz dès le début des années soixante. Les trois cédés de Yellow Bell nous font découvrir un souffleur unique et original pour les nuances et les inflexions qu’il imprime à un répertoire de mélodies et de thèmes d’origine folklorique aussi bien suédois, que moyen-oriental (turc principalement) en passant par la polka et la musique indonésienne. Pas d’exotisme de bazar, mais un travail en profondeur sur les intervalles, le timbre, les microtons, la métrique et le rythme digne d’un véritable musicien traditionnel. Un folklore imaginaire au plus près d’une tradition « inventée » avec une réelle capacité à improviser issue du jazz coltranien. Une bonne partie des pièces sont de sa plume et quelques-unes ont été enregistrées deux fois, les trois cédés s’écoutant quasiment d’une traite. Le percussionniste emmène le souffle de son camarade sur un véritable coussin d’air et celui-ci a une inspiration d’une fraîcheur renouvelée. Une superbe découverte pour les amateurs de musique qui savent prendre du plaisir là où il se trouve. Rafraîchissant. Le contrebassiste Joël Grip qui travaille pour Umlaut réside à Paris et y joue assez fréquemment, ce qui devrait faciliter vos recherches.

Elliott Sharp The Velocity of Hue Emanem 4098   http://www.emanemdisc.com/E4098.html 

 Membre influent de la scène downtown (Knitting Factory, Tonic, John Zorn), guitariste et compositeur, Elliott Sharp a un penchant électrique exacerbé et un penchant pour le blues du Delta du Mississipi. Un de ses groupes s'appellent Terraplane, en hommage à un blues fameux de Robert Johnson. The Velocity of Hue est un superbe disque de guitare solo acoustique et une très agréable surprise. D'inspiration modale avec des lueurs bleues, les quatorze pièces, enregistrées, mixées et masterisées par Sharp lui-même, dévoilent toute sa maîtrise et son intelligente sensibilité. Toute la musique est conçue et jouée dans le même esprit, la même ferveur et en maintenant le même cap esthétique. Pas d'éclectisme et d'influences diverses, Elliott Sharp a quelque chose à dire et joue ici une musique d'un seul tenant jusqu'au bout. C'est la somme de trente années de travail à triturer le picking des anciens (Gary Davis, Skip James, Blind Willie Johnson) et à lui donner une vision de contemporaine et tout-à-fait vivante. Il utilise un modified Godin Duel Multiarc dont j'ignore tout mais qui lui permet de produire aussi des sons inhabituels (les photos du livret ne sont d'aucun secours pour élucider ce mystère). L'usage qu'il en fait enrichit considérablement la musique et lui donne parfois une allure fantomatique. En résumé , 68 minutes de blues intersidéral servi par un doigté infernal et durant l'écoute desquelles j'ai pris beaucoup de plaisir. A ranger aux côtés d'Hans Reichel, John Fahey ou Gilbert Isbin. Un chef d'oeuvre. 
Paul Dunmall Philip Gibbs Paul Rogers
All Sorts of Rituals Duns 020 Gwinks Duns 009  The State of Moksha Duns 022 Live at The Quaker Center Duns 023 The State of Moksha Live Duns 024 Log Cabins Duns 033 http://www.mindyourownmusic.co.uk/paul-dunmall.htm 

   C'est dans son cottage du Gloucestershire que Paul Dunmall conçoit et réalise les disques Duns Limited Edition avec l'aide du guitariste Philip Gibbs. Trente six CD-R ont été publiés depuis quatre ans lorsqu'il a mis en vente Bagpipes. Les peintures colorées et les gravures sur bois du saxophoniste ornent les pochettes et la musque excellemment enregistrée offre toutes les combinaisons possibles de Dunmall avec le contrebassiste Paul Rogers, les batteurs Tony Marsh, Mark Sanders et Tony Bianco, le tromboniste Hillary Jeffries, les pianistes Keith Tippett et Andrew Ball, le flûtiste Neil Metcalfe et les guitaristes John Adams et Philip Gibbs qu'on entend qu'en sa compagnie. 
   Souffleur passionné et incendiaire, il cultive son jardin secret. Quasiment aucun des témoignages de cette passion mystérieuse qu'il entretient lors des sessions Duns ne transparaît dans sa discographie officielle chez Slam, FMR, Emanem etc... Depuis Master Musicians of Mu en duo avec Gibbs publié par Slam, Dunmall Rogers et Gibbs ont développé un intrigant free folk de chambre un peu fou dans le quel vient parfois poindre la spiritualité (The State of Moksha). Le saxophone ténor y est proscrit au bénéfice du soprano et des cornemuses et autres woodwinds.Phil Gibbs a trafiqué sa guitare ou son autoharp, allez savoir. Avec la contrebasse à sept cordes et cordes sympathiques de Paul Rogers, ce trio concte une mixture étrange et assez rare. Le gopichand indien, le sitar keyboard, l'ocarina, le vibraphone, la tampura contribuent à créer une ambiance surréelle. Sans parler des bagpipes de Dunmall et des instruments qu'il invente tel le dunclart. Après un texte lu par Dunmall en introduction de The State of Moksha, Rogers développe un extraordinaire solo à l'archet dans l'atmosphère fantomatique créée par ses deux compères avec leurs étranges instruments. Moksha live et Quaker Center présentent chacun un seul très long morceau de concert. La cornemuse intervient de manière dramatique dans le final de Quaker Center, chacun des albums se distinguant par une direction et une interaction spécifiques. Deux voyages à travers une nature d'Arcimboldo.
   All sort of Rituals est une suite de douze duos de Dunmall et Gibbs complètement hors du temps. Il n'y a pas de saxophone , mais on y entend des "guitars - un son unique -, indian banjo, theremin, autoharp, ukele banjo, woodwinds, percussion, harmonica, gopichand, voice, keyboard sitar" , sic ! L'effet en est indescriptible. Dunmall et Gibbs se transforme en Douanier Rousseau de l'impro. La démarche est délibérément ludique, heuristique et insouciante. Un innocente pureté préside à ses escapades. Il s'en dégage un parfum méconnu et mystérieux.
Log Cabins est une étude de soicxante minutes dans les graves des clarinettes et de la contrebasse, tout à fait décomplexée, sorte de clin d'oeil sympathique à la démarche drone minimaliste. Le doigt de certains se dirige vers leur tempe avec un sourire entendu. Sérieux s'abstenir.

Paul Dunmall Philip Gibbs Paul Rogers  Nimes Duns 036   http://www.pauldunmall.com/ 

Encore ?! Oui, Oui, trois fois oui ! Je viens de recevoir ces quatre disques rassemblés dans un coffret par Paul Dunmall sous l'étiquette Duns. Remarquable collection d'improvisations allant dans de multiples directions avec beaucoup de cohérence, Nîmes prolonge la musique des précédents albums du trio chroniqués ci-dessus mais en plus folâtre comme si on avait voulu nous égarer encore plus de l'état d'esprit et du cheminement de  ces albums où le trio avance vers un but précis, même s'il est découvert en cours de route. Allez savoir ! 
   Chacun des quatre disques de Nîmes contient quatre improvisations d'environ un quart d'heure. Chaque titre est un nom de personnage imaginaire, réel ou déformé. Dans cette suite de noms à coucher dehors, on retrouve celui de votre serviteur à raison de 24'22". Du jazz libre sans batterie, avec une contrebasse à six cordes et et cordes sympathiques souvent jouée à l'archet et une guitare folle au son étrange et peu amplifié mettant en valeur un des plus authentiques souffleurs de la scène internationale. Habitant Nîmes où il s'est fait faire cette contrebasse peu ordinaire par Alain Leduc (A.L.L.), Paul Rogers apporte la lumière solaire du Midi dans le jeu de guitare unique de ce farfadet excentrique qu'est Phil Gibbs. Refus de la brillance et des effets, accordage mystérieux, harmonies bizarres, jeu mélodique faussement naïf, sonorité étragement acoustique de la guitare (peu) amplifiée, cordes détendues, Gibbs apporte la démesure et un vent de folie dans la relation déjà passionnelle des deux inséparables amis. Ses guitares font très peu appel à l'électricité et à ses artifices. Cela n'affecte nullement la dynamique cinglée qu'il insuffle à la musique.
   Il arrive que ces univers en expansion deviennent imprévisibles, voire délirants. Les vibrations des cordes de la basse, colorées par les cordes sympathiques on un réel effet enivrant sur le timbre de la guitare qui en boudonne d'aise. La richesse inouïe du son est favorisée par l'absence de batterie, les cordes frottées évoquant le sarangi du Rajasthan, le sorud baloutche ou le guitchak ouïghour. Dunmall y joue beaucoup de soprano, du ténor dans le disque B et aussi des corne muses au même niveau d'énergie que ses camarades. Ces interventions à la cornemuse, toujours bienvenues, ajoutent un air de mystère à une musique dont la logique est parfois impénétrable. Le disque D contient des moments loufoques, indescriptibles.. Ces musiciens ne se prenant pas au sérieux, on a plaisir à écouter Nîmes d'une traite. Ceux qui voudraient acquérir ce coffret peu banal doivent faire vite ( 85 exemplaires ).
Note datée de 2012 : c'est épuisé depuis 2004 !
NB : les pochettes sont toutes ornées de dessins, pastels, gravures ou peintures de Paul Dunmall.
World Sonic  Trevor Watts  alto sax solos Hi4Head 004
Live In Sao Paulo  Trevor Watts – Jamie Harris Hi4Head 005
Mutuality   Enjambre Acustico Urukungolo (Watts Harris & Gibran Cervantes FMR CD 0197-0206)

Suite à la publication de ses Six Dialogs (Emanem) avec Veryan Weston, et des rééditions de No Fear (Hi4Head 001) et d’Interaction (Hi4Head 002) ainsique de Prayer For Peace et Innovation de son groupe Amalgam (FMR) avec John Stevens, Trevor Watts repart dans une nouvelle aventure dans la droite ligne de son Moiré Drum Orchestra mais en réduisant la voilure. En solo (World Sonic), en duo (Sao Paulo) et en trio (Mutuality), il poursuit sa démarche syncrétique où rythmes africains et caraïbes côtoient reel écossais, échos de la Méditerranée orientale et mode pelog indonésien. World Sonic fut enregistré à la demande insistante de Nick Dart, le patron de Hi4Head. Musicien « collectif » plutôt que soliste, Watts n’avait jamais envisagé de faire un album solo, même après quasiment un demi-siècle de carrière. Les dix-huit pièces de ce recueil dont certaines en respiration circulaire sont inspirées par de nombreuses musiques du monde. Il est tellement imprégné de ces musiques qu’elles viennent naturellement sous ses doigts sans qu’on devine un procédé ou que cela fasse un effet de citation. Passionato établit une référence subliminale aux gushé de ney persan dans la tradition du génial Hasan Kasaï même si l’auteur songe au Ney de l’Atlas marocain, Sliding Reel est une fausse gigue celtique en 6/8,  Jakarata évoque les lueurs des gong indonésiens , etc… Ce qui passerait pour un exercice de style chez beaucoup est complètement assumé grâce à une des plus belles sonorités de sax alto qui existent et une grande fraîcheur mélodique. Certaines pièces ont été travaillées soigneusement alors que d’autres ont été improvisées sur le champ en studio. Pour les étudiants avancés en saxophone qui veulent s’essayer à autre chose que les plans « jazz » enseignés dans les écoles, World Sonic pourrait être une excellente référence. Dans Live in Sao Paulo, enregistré au pays des rythmes, le duo n’a aucune peine à subjuguer son auditoire brésilien. Le sens mélodique des improvisations de Watts s’articule avec une superbe évidence sur les pulsations multipliées de Jamie Harris, prenant appui avec une précision exemplaire sur les subdivisions des temps du percussionniste. Celui-ci bat ses tambours et congas exclusivement avec ses mains, prolongeant ainsi le travail de Trevor Watts avec les maîtres Mamadi Kamara (Nigéria) et Nana Tsiboe (Ghana) dans le Drum Orchestra vers une sensibilité proche des traditions antillaises et latino. Les différentes influences modales coexistent ici de façon harmonieuse et naturelle. On est frappé d’entendre se mélanger les parfums celtiques et l’ivresse moyenne orientale avec les senteurs africaines dans une  symbiose organique. Les éléments culturellement disparates de la musique du duo Watts - Harris participent d’une totalité homogène. Transparaît l’universalité des traditions musicales dont un Coltrane s’était fait le chantre. En ces temps où pointent de façon inquiétante racisme, « chocs » des civilisations et repli sur soi (sans parler de la haine religieuse), cette démarche a un côté salutaire.  L’Enjambre Acustico Urukungolo du percussionniste et constructeur d’instruments mexicain Gibran Cervantes emploie nos duettistes britanniques pour le plus grand bonheur. Cervantes a réalisé un nouvel instrument en accordant plusieurs berimbau brésiliens disposés sur un cadre et qu’il a baptisé l’Urukungolo. Le résultat sonore de cet instrument de « percussion à cordes » est saisissant. Se rapprochant d’une basse slappée, il s’intègre parfaitement avec le tandem Watts – Harris en élargissant leurs possibilités mélodiques et rythmiques. Alternant alto et soprano, le saxophoniste de Hastings, bientôt septuagénaire, projette son lyrisme chaleureux et sincère dans une manière de blues polymodal qui embrasse les cultures. Avec l’Enjambre Acustico Urukungolo, le cauchemar de la world-music frelatée s’évanouit au bénéfice d’un vrai dialogue nécessaire à la coexistence des populations (« Mutuality ») sur cette bonne vieille croûte terrestre. Exemplaire. Trois excellents compacts.
P.S. J’ajoute que je tiens le Prayer for Peace d’Amalgam (enregistré en 1969 avec Trevor Watts au sax alto, Jeff Clyne à la basse et John Stevens à la batterie) pour  un chef d’œuvre du jazz libre des années 60. Cette suite polymodale écrite par Trevor Watts et son jeu de sax alto dans ce disque placent le saxophoniste pas très loin de Dolphy et Ornette. http://www.myspace.com/trevorwatts2  http://www.jazzcds.co.uk/artist_id_163 

Jean Michel Van Schouwburg   http://soundcloud.com/jean-michelvanschouwburg

9 décembre 2011

Violon et Cordes : Jon Rose Double Indemnity on Johannes Rosenberg 's Double Violin


Jon Rose   Double Indemnity 
Hermes Discorbie HDCD 005 Produced by Jozef Cseres, Director of the Rosenberg Museum. Enregistré à St Ouen en janvier 2002. Double Violon du Dr Johannes Rosenberg (1921-1992).
www.jonroseweb.com

    Le célèbre Double Violon à Dix Cordes du Dr Johannes Rosenberg fût prêté exceptionnellement à Jon Rose  par le Rosenberg Museum de Violin en Slovaquie à l'occasion de sa Résidence d'Artiste et Compositeur à Mains d'Oeuvre à Saint Ouen en janvier 2002.
    Cet instrument remarquable fût inventé par le génial musicologue, ethnographe, violoniste et compositeur Johannes Rosenberg (1921 - 1992). Suite à l'étude approfondie qu'il fit des chants et danses des joueurs de vielle jumeaux siamois du peuple Wiyapawiya en Nouvelle - Guinée (World Music Journal, 1971), il créa son Double Violon afin d'étudier le complexe de la dualité chez les instrumentistes à cordes frottées. Les musiciens insulaires Wiyapawiya avaient fabriqué une double vielle avec deux caisses de résonance semblables reliées par un pont sur le quel est fixé la touche. Les cordes de l'instrument étaient attachées aux deux extrémités et tendues par deux chevalets posés sur chacune des caisses à hauteur des ouïes respectives. La double-vielle des Wiyapawiya se joue couchée sur les genoux des musiciens lors des fêtes dansées. Chacun des jumeaux siamois actionne un arc sur les cordes, l'autre main adaptant la position de frettes mobiles fixées par la tension des cordes sur la touche.
      L'instrument du Dr Johannes Rosenberg reprend les mêmes principes de base : il est fabriqué par deux violons relié par un seul cou. Dans cet enregistrement, Jon Rose manipule deux archets simultanément. Il en tire une musique à plusiers voix qui évoque celle des ensemble de flûtes de pan Are-Are des îles Salomon (Le Chant du Monde LDX 274 961.62) enregistrés par l'éminent collègue du Dr Rosenberg, le Dr Hugo Zemp du CNRS et du Musée de l'Homme. La musique enregistrée ici s'articule autour de courts motifs mélodiques récurrents. Jon Rose procède par ajouts et altérations. Tout l'intérêt réside dans l'impact sonore particulier obtenu par la pression de l'archet, des hauteurs absolument non tempérées et, je pense, la vibration des cordes sympathiques. Le croisement des sonorités produites par le double jeu d'archets renforce le côté complètement irréel de cette musique. Vers la quatorzième minute, il évoque pour mon plus grand plaisir le son de l'ajaeng, la cithare à archet coréenne. Un peu plus tard, un dombra kazakh ou un concertina. Il obtient des sons complétement freak out à plusieurs reprises. Le comble est atteint après un remarquable crescendo d'accords microtonaux. A partir de la minute 35, on croit entendre un kayageum coréen joué alternativement avec les doigts et l'archet. On peut se référer au vinyle d'anthologie Korean Folk and Social Music ( Lyrichord Stereo LLST 7211 produit par le fameux musicologue John Levy) : la similarité des sons est étonnante, même s'il s'agit d'une coïncidence. Le final a qualité vocale troublante : des voix irréelles semblent venir de l'espace.

   Il faut un artiste consommé comme Jon Rose pour transcender un instrument aussi particulier que le Double Violon à Dix Cordes du Dr Johannes Rosenberg. En effet, les cordes ne sont pas pincées sur la touche et elles sont frottées continuellement comme une vielle-à-roue et barrées par deux chevalets mobiles maintenus par la tension des cordes. JR les déplace latéralement d'une main pour modifier la hauteur des cordes, tout en poursuivant le jeu à l'archet de l'autre main.
   Nous savions que Rose est un artiste très impliqué dans la vie et la culture de son continent, l'Océanie. Parvenir à exprimer l'esprit d'une musique aussi particulière des Are - Are, qui habitent une île au grand large de l'Australie, avec un instrument occidental, voilà qui démontre que Jon Rose dépasse la curiosité organologique pour atteindre l'universel. Il s'est imprégné de la culture ancestrale des populations autochtones. Il n'y a rien d'étonnant à cela, car depuis plus d'une décennie notre violoniste australien s'est plongé dans l'étude des Principes de l'Improvisation Emancipée du Dr Johannes Rosenberg dont il a retrouvé une copie du manuscrit dans une pharmacie de Darwin. La pochette du CD contient une étude du Dr Willy Orwig qui trace un parallèle intéressant avec les siamois Wiyapawiya et les soeurs Blasek, violonistes siamoises célèbres dans le monde du music-hall, il y a une centaine d'années. Tout cela est fascinant et vous pourrez en savoir plus sur ce sujet en consultant le site www.jonroseweb.com . Cela permettra aussi de vous faire une idée de l'étendue des activités musicales de cetv artiste exceptionnel qu'est Jon Rose.
J-M Van Schouwburg  http://soundcloud.com/jean-michelvanschouwburg

PS' : Remerciements à la direction du Rosenberg Museum et au gestionnaire du Fonds Rosenberg à Brisbane pour la communication sue la vielle Wiyapawiya.

PS" : Etant donné les différentes orthographes des noms propres néo-guinéens dues aux différentes provenances tribales, et donc linguistiques, du collectage en pays Bati-Bati, il semble que l'usage correct du nom de la tribu Wiyapawiya soit Payawipaya, comme l'utilise le Dr Willy Orwig dans son étude The Generic Tendency in Violin Music et le Dr Joseph K. Rosenberg dans son texte Twins, ces deux remarquables travaux étant insérés dans le livret du présent CD. La terminologie Wiyapawiya m'est parvenue par un autre informateur. Il semble que la musique de double-vielle, qui est au centre des cultures Payawipaya et Bati-Bati, ait de multiples conséquences sur plusieurs aspects de la vie de cette population, entre autres linguistiques. Dans le cas précis, elle engendre un effet miroir sur certains vocables utilisés qui se traduit par l'inversion des syllabes. (Henri Tournelle, Vie Sociale et Fêtes  des indigènes en pays Bati-Bati. Twins Press/Bratislava University, 1974.

7 décembre 2011

Strings en cordée : Malcolm Goldstein/LaDonna Smith- M Feigin/Arc : S Hallett - G Garside - D Kingshill/M Werchowski -E Rodrigues/Szilard Mezei- Albert Markos/G Gottschalk- P Jacquemyn

   Voici une deuxième fournée d'improvisations cordistes enregistrées que les Archives du Rosenberg Museum ont sélectionnées. Cette série de commentaires se focalise sur des ensembles à cordes frottées, mais il y a le violon avec le piano (Soil) et la guitare (Stringtrek). 

Malcolm Goldstein & Barre Phillips : Live in Puget-Ville   Bab Ili Lef 1

Doux Jésus Rosenberg ! Enfin ! Malcolm Goldstein, le violoniste libre par excellence ! Sa retraite dans une authentique log-cabin perdue parmi les monts sauvages du Vermont l’éloigne de la scène internationale depuis des lustres. J’avais reçu son splendide vinyle « Sounding The Violin » vers 1985 en cadeau d’un copain américain (référence MG1), une somme !  Ensuite, j’ai  assisté à un concert solo mémorable en 1986. De temps à autre, on publie un enregistrement de lui par-ci par-là. Par exemple : Live at Fire in The Valley (Eremite) en solo et : Soil (Emanem) avec le pianiste Masashi Harada. Que les amis d’In Situ me pardonnent, je n’ai pas encore écouté leur compact de Goldstein, Hardscrabble Songs. Dans ce Live in Puget-Ville, le duo est remarquable de connivence et de subtilité. Je vous l’accorde, avec Phillips à la barre, le contraire eut été étonnant. C’est, je pense, son premier duo enregistré avec un violoniste. Il ne pouvait pas mieux choisir. Question d’esprit ! On ne présente plus Barre Phillips au lectorat hexagonal. Quant à Goldstein, il partage avec le contrebassiste une très longue expérience de scène avec des danseurs : il travailla longtemps pour le Judson Dance Theater à New York. Aussi, leurs retraites à l’écart du monde. Ornette Coleman (avec qui Barre joua il y a cinquante ans !) et John Cage ont dédié des œuvres au violoniste. Etc… Mais Malcolm est surtout un improvisateur sensible et intransigeant et un pionnier de l’impro libre depuis les années soixante. Chez lui, le bruit et la matière font corps avec les élans et les vibrations. Son attaque à l’archet est à nulle autre pareille : immédiatement reconnaissable ! Ayler a ouvert une autre dimension d’une manière radicale au niveau de l’attaque : le souffle, l’anche et le bec. Il y a plus de trente-cinq ans, Goldstein fut un des premiers à repenser l’attaque de l’archet sur les cordes de façon radicale, en y introduisant une dimension bruitiste. Sans pédales, ni effets (Phil Wachsmann) et en évacuant la « joliesse » du son « violinistique » (toujours présente chez un Carlos Zingaro). Une comparaison au niveau de la radicalité est à établir avec les premiers hymnes noisy du saxophone que sont les Aerobatics d’Evan Parker (Saxophone Solos 1975, Chronoscope 2002 / Psi) et le premier solo de Brötzmann, (Brötzmann /Solo FMP 0360 1976), une démarche dont Daunik Lazro fut le champion de la première heure en France. Rien d’étonnant qu’un des cédés de Goldstein (The Seasons Vermont) fut produit par XI, le label de l’eXperimental Intermédia Foundation de Phill Niblock, le pape du noise (anti) post-académique. Cette approche sonore est alliée à une grande imagination dans la création des formes et à une musicalité à la hauteur de cet artiste exceptionnel qu’est Barre Phillips, lui aussi un pionnier incontournable. Le Journal Violone de ce dernier, (Music Man 1968) réédité par notre ami Gérard Terronès  en 1971 (Basse Barre / Futura), est un des témoignages fondateurs de la scène d’improvisation radicale. Le moindre geste de Barre sur le manche, tout simple à première vue, peut concentrer toute l’évidence de son immense talent. Ce superbe album numérique « à deux faces » témoigne des premières rencontres fructueuses de nos deux cordistes essentiels, une face en concert chez Bleu Bœuf dans la banlieue de Toulon (www.mdlc-lef.com) et l’autre dans la chapelle Ste Philomène du contrebassiste. La communication entre eux est excellente et elle ne demande qu’à se renouveler lors de futurs concerts.  Ce micro label méridional nous propose ainsi l’art d’improviser avec cordes et archet exclusivement, un genre spécifique que nous aimons encourager. Comme l’écrivit Johannes Rosenberg dans un essai légendaire, c’est entre « eux » que les instruments à cordes frottées révèlent le mieux leur nature profonde et spécifique. Une bonne mention supplémentaire pour l’esthétique de l’emballage – pochette plastique. Plus qu’un document, un objet de pur plaisir !

François de Montrose  & Joachim Rosenberg
Soil      Malcolm Goldstein & Masashi Harada Emanem.

Retiré dans les montagnes du Vermont, Malcolm Goldstein est un improvisateur rare. Et un violoniste prodige pour qui Ornette Coleman et John Cage ont écrit spécialement une œuvre. Avec Phil Durrant et Jon Rose, Malcolm Goldstein est un des ultimes magiciens de l’archet de la planète improvisation. Je dis bien l’archet, car dans le violon , il y a l’archet et le violon. La spécificité du jeu de Goldstein, qu’on retrouve chez Durrant, tient à une sensibilité spéciale dans la pression de l’archet sur les cordes. Elle leur permet d’obtenir des agrégats de notes et de sons injouables. Ces qualités sont aussi partagées par Jon Rose et Carlos Zingaro, mais ceux-ci travaillent avec une vision différente. On pense aussi à la violoniste alto Charlotte Hug (Neuland /Emanem). Masashi Harada, dont on connaît déjà les qualités de conducteur – danseur (condanction) à travers les deux remarquables cds Emanem « Enter the Continent » et « Enterprising Mass of Cilia », a tenu à faire un concert à Boston avec Goldstein avant d’émigrer pour Hiroshima. Ce concert est la matière de ce compact et Harada s’y révèle un excellent improvisateur au piano, même s’il n’est pas le partenaire « parfait » pour Goldstein. En effet, il y a un contraste marqué entre les deux voix instrumentales et cela est dû aux particularités du violon et du piano. La manière du violoniste ne fait qu’accentuer cette différence et cela crée une tension supplémentaire bienvenue. Cette séance nous rappelle le cd Two To Tangle (Emanem) avec Steve Beresford et le violoniste Nigel Coombes ou Ebro (Nurnichtnur) avec le violoniste Christof Irmer et Agusti Fernandez. Malcolm Goldstein a peu de témoignages enregistrés à son actif. Comme son Soundings the Violin (MG 1), vinyle autoproduit au début des 80’s, est impossible à se procurer bien qu’il soit répertorié par la Johannes Rosenberg Foundation dans la nomenclature des Trésors Intangibles du Violon, cet excellent Soil est parfaitement bienvenu. Il fait suite au solo Live at Fire in The Valley (Eremite MTE 16) et au trio avec le percussionniste John Heward et la guitare couchée de Rainer Wiens paru chez Ambiances Magnétiques.
Ici l’état second du violoniste est à son comble alors qu’il dilate démesurément le contact entre les fils de l’archet et les cordes du violon. On est saisi par l’intensité de la musique de Malcolm Goldstein dans ces trois contextes et particulièrement dans Soil. Il y retrouve la pureté de l’écriture automatique originelle des surréalistes. La vie extraordinaire des sons sous la pression de l’archet de Goldstein est une chose inouïe, inénarrable. Après les phrasés déments et microtonaux de Jon Rose avec les Kryonics et Temperaments (cfr cds Emanem), le fameux morceau de Phil Durrant 303 202 101 qui ouvre son cd solo Sowari (Acta), Soil est un autre grand moment de méta-violon. Hautement recommandable. 
Joachim Rosenberg  et  François de Montrose

Floating Bridges  String Trek :  LaDonna Smith – Misha Feigin   transmuseq 17
L’altiste – violoniste de Birmingham, Alabama, ici en duo avec Misha Feigin, un excellent guitariste acoustique d’origine moscovite et résident du Kentucky, est un / une des trois ou quatre phénomènes du violon de la scène improvisée. Des noms comme Malcolm Goldstein, Jon Rose ou Leroy Jenkins nous viennent à l’esprit. Ou aussi l’incroyable violoncelliste Tristan Honsinger. Le son du violon et de l’alto de Ladonna Smith est aux antipodes du classique. Sa projection sonore est assez extraordinaire : on pense aux violonistes tziganes, indiens (du sud) ou country, comme si le bois de son instrument  était un organe vivant, doué de vie et gorgé de sève. Misha Feigin lui donne la réplique sur une guitare « cordes nylon » et un balalaïka à trois cordes. Son jeu est très logique et l’articulation de ses lignes forme un excellent contrepoint au jeu enflammé de la violoniste. Pour LaDonna, le duo Stringtrek est un retour aux sources. Il y a dans la musique de ces deux artistes installés au sud de la Dixie Line, une extraordinaire joie de vivre et une vitalité qu’on trouve dans la musique populaire  sudiste, qu’elle soit bluegrass, country, blues, cajun, zydéco etc…. Ayant assisté à un concert du duo, je fis inconsciemment un rapprochement évident avec le violon country au point de vue du feeling rythmique et du son. On sait que le violon country est un emprunt aux violonistes immigrés d’origine slave, principalement ukrainiens. La boucle est pour ainsi dire bouclée et Floating Bridges a une saveur, une robustesse, un allant typiquement «  Amérique profonde ». Mais au pays des cous rouges, LaDonna et Misha sont les freak ultimes.  A leurs brillants échanges, les deux complices ajoutent des histoires et des chansons. Leur auditoire à l’échelon local doit sûrement déborder les cénacles d’impro libre et de musique nouvelle pour rencontrer les faveurs des écoles, des théâtres et de tout ce qui bouge dans l’associatif et le culturel alternatif, voire la scène folk « far-out » en vogue actuellement. Hautement recommandable.

Drain  Mathieu Werchowski violon , Ernesto Rodrigues alto , Guilherme Rodrigues cello   Creative Sources 075 -2006. 
Graduation, la première plage est un remarquable exercice vibratoire des sons les plus ténus qui mène à un lent glissando expressif. Ce trio, où on distingue clairement les sons de chaque instrument sans trop savoir lequel, est dans le prolongement des albums de l’année 2002 d’Ernesto et Guilherme Rodrigues. Sudden Music (CS 002), Ficta (CS 005), Assemblage (CS 007) et le quartet de cordes de Contre Plongée (CS 011- 2003) mettaient en valeur les attaques très particulières des cordes du violon et du violoncelle jusqu’au bord du silence. Un son sec, toute la gamme des col legno, coll’arco (sous tous les angles), sul ponticello, sul tasto, avec la mèche, saltellato,  battuto, des pinçages, piquements, frottages, harmoniques, l’étirement du son vers un aigu inouï, crissant, évocation du travail des boisselleries dans un atelier d’ébénistes sadiques. Le violon est préparé sur la touche, les cordes vibrent peu, l’archet frotte la pique, les clés, le chevalet, les cordes « avant » les doigts sur la touche. Le ventre de l’instrument crie ou murmure. Une approche sonore inspirée de la musique électronique, reproduisant ses nuances spécifiques. Drain, c’est la quintessence de l’art des Rodrigues illuminé par des pointes de lyrisme  (Mathieu Werchowski ?). J’ai toujours le sentiment que les instruments à cordes de la famille des violons se révèlent mieux leur nature profonde qu’en restant entre eux. Drain le conforte une fois de plus.  Le très beau Light transite depuis les vitesses concurrentes de chacun à travers des frottements ralentis à l’unisson. Dans la galaxie des improvisateurs radicaux éclairés par l’ex-réductionnisme de Berlin (Axel Dörner, Burkhard Beins), l’ex-London New Silence (Rhodri Davies, Mark Wastell, Phil Durrant), la personnalité  de Radu Malfatti et la quartertone trumpet de Franz Hautzinger, Ernesto et Guilherme Rodrigues sont des personnalités de choix et cet album en est une excellente illustration.  Ernesto a une longue expérience de la musique contemporaine qui l’a mené à l’improvisation totale. Il en découle une véritable réflexion esthétique. Bien qu’ils aient des idées et une approche très pointues, les deux Rodrigues s’adaptent avec une véritable ouverture à la musique d’autres improvisateurs. C’est manifeste dans Drain où leurs manipulations bruitistes s’ouvrent naturellement à la personnalité de Mathieu Werchowski. En considérant l’évolution de la musique d’Ernesto Rodrigues et de sa fratrie à travers les compacts Creative Sources, on peut dire que Drain, leur dernier, est tout à fait bienvenu. Ce serait aussi la meilleure introduction à l’univers de nos deux cordistes portugais pour ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de les découvrir.
the pursuit of happiness Arc : Sylvia Hallett Danny Kingshill Gus Garside Emanem 

Trio à cordes absolument remarquable. Contrebasse (Garside), violoncelle (Kingshill), violon (Hallett), voix et électronique. Un excellent album de bout en bout qui montre combien la scène locale londonienne recèle de groupes exceptionnels. Onze pièces se suivent sans se ressembler et me donnent l’envie de les réécouter. Ce groupe joue ensemble depuis 1992 comme les trois doigts de la main. L'émotion est retenue et l'approche du trio est proche de la musique contemporaine. Un vrai régal ! Emanem est bien quasiment le seul label qui publie des enregistrements de groupes exclusivement cordistes. Après Angel Gate avec Wastell/ Durrant/Wren/Hug, The Kryonics (Jon Rose, Alex Kolkowski et Matthias Bauer) et le trio de Kent Carter, voici le trio ARC qui poursuit le bonheur pour notre plus grand plaisir et le Stellari Quartet chroniqué précédemment. Sous le nouveau pavillon Emanem (pochettes cartonnées soignées et série 5000), la conjonction de personnalités aussi peu notoires est un gage de qualité musicale. Le propos de ce trio n’est pas d’étaler des moments ébouriffants de technique instrumentale, mais de faire vibrer leurs instruments dans une réelle empathie et un esprit de découverte constructive. Avec eux Improvisation rime avec Invention et Imagination. C’est pourquoi je décrète que leur musique est merveilleuse et étrangement belle. J’en fais mon bonheur (happiness) et ce goût me poursuit longtemps après l’écoute. Vive Emanem !!
PS  Depuis lors, Martin Davidson a publié le très ludique trio Barrel avec Allison Blunt, Igor Kallinn et Hannah Marshall à la grande joie de Joachim Rosenberg, couvrant ainsi plusieurs affects du tout violon.
Korom Szilard Mezei - Albert Markos Creative Sources CS 123 CD

Ce duo alto-violoncelle hongrois enregistré à Novi Sad est un des joyaux du label Creative Sources. A la fois contemporaine, lyrique, et audacieuse, la musique de ce duo est tour à tour lumineuse, inquiète, délicate ou énergique. Cette région de l’Europe est réputée pour la qualité et l’originalité toute spéciale de ses violonistes, qu’ils soient classiques ou issus de la musique populaire. Le violoncelliste Albert Markos et le violoniste Szilard Mezei proviennent respectivement de Transylvanie en Roumanie et de Vojvodine en Serbie, mais  sont tous deux de langue et de culture hongroises. Szilard Mezei vient de faire découvrir sa musique au travers d’enregistrements récents (Draught & Cerkno / Leo) et un beau compact de son Ensemble est paru chez Creative Sources (Sivatag CS 115).  Ces deux improvisateurs semblent proches par l’esprit aux Jon Rose, Carlos Zingaro, Marcio Mattos ou Phil Wachsmann. Répartie en une suite de dix-huit Korom improvisés, la musique se développe comme s’il s’agissait d’une grande composition tant la communauté d’intention et d’échange entre les deux musiciens est entière. S’ouvrant par deux pièces de quinze et de neuf minutes, la suite Korom se fragmente en une série de miniatures, de 20 et 40 secondes pour la plupart. L’abondance et la multiplicité des idées, des sons et des couleurs utilisés renforcent paradoxalement l’homogénéité de la musique. Certaines des miniatures (Korom 6 - 9) s’ouvrent sur un silence qui s’allonge vers la pièce suivante. On oublie dès lors qui joue quoi pour se pencher dans la douceur ou se redresser avec un sursaut. Les miniatures ( de Korom 3 à Korom 15) défilent à toute allure alors que les musiciens prennent tout leur temps pour jouer avec une véritable décontraction. L’avant-dernier morceau de neuf minutes qui clôture presque Korom est superbe par l’effusion et la retenue combinées en toute simplicité. Les pizzicatos de la finale effectuent un curieux pas de danse. Des idées donc, sans excès de technicité, et une excellente qualité sonore pour un dialogue vraiment réussi. Creative Sources nous fait découvrir des musiciens des horizons les plus variés et nous avons droit ici au superlatif. 

Baggerboot   Gunda Gottschalck Peter Jacquemyn Ute Völker    Henceforth 102

Ce nouveau label californien du sud , Henceforth (San Diego), nous présente la musique du trio où officie une vieille connaissance pour qui est un peu familier avec la scène improvisée belge. Le contrebassiste Peter Jacquemyn est un gars bâti comme un roc et détenteur d’une énergie physique phénoménale qu’il traduit à travers son instrument dans un jeu particulièrement vitaminé. Tout comme Gunda Gottschalck et Ute Völker, respectivement violoniste et accordéoniste basées à Wuppertal (oui vous y êtes !), il est un peu orphelin de feu Peter Kowald, musicien de la rencontre et du partage ( comme Doneda, Lê Quan, Eddie Prévost, John Stevens, John Russell, Veryan Weston, Paul Lovens). Ce trio donc, a enregistré au village de Flobecq (en Wallonie, un région récalcitrante à l’impro radicale bien que chaleureuse et surréaliste) une suite intitulée Cascade 1, Cascade 2 et Cascade 3. En ce qui me concerne, les cascades ont coulé depuis longtemps lorsque cette rivière impétueuse franchit gorges et collines et contourne méandres et bancs de pierre. Elle finit par s’éclater sur les rocs où se posent les arches du pont duquel on contemple le déferlement ininterrompu qui charie branches et feuillages arrachés, pierres en quantité et d’éternels lambeaux d’écume blanche. Une fois déroulée, on devine l’élargissement de la vallée et le parcours plane et libre d’accidents dans Cascade 2. Malgré l’absence d’obstacles, le flux en apprence assagi et ralenti du cours d’eau recèle quelques surprises. Il se métamophose en étangs cachés, canaux d’épandage et jeux d’eau. Nous sommes surpris par l’eau s’engouffrant dans des précipices invisibles. De temps en temps, l’élément liquide déborde les berges, déposant le limon et les matières organiques sur les étendues cultivées. Nos trois apôtres s’arrosent aussi à satiété, se rafraîchissant à l’occasion, le besoin se faisant sentir ! Avec une telle dépense d’énergies, ils doivent être en nage. Baggerboot est une aventure du son et des gestes, délibérée et assumée par trois artistes de haut vol. Malgré la rudesse des éléments et son parcours imprévisible, ils maintiennent leur canot dans la direction voulue avec force coups de rame. J’aime particulièrement la Cascade 2,  quand le soleil se lève, il y a de beaux arc – en ciel. Bravo, c’est vraiment épatant et c’est aussi l’avis de Pauline Oliveiros, accordéoniste et compositrice légendaire qui signe les notes de pochette. 
J-M VS 
textes parus dans la revue Improjazz http://improjazz.pagesperso-orange.fr/mag/magazine.html