Industriesalon Marina Dzukljev Christian Weber Michael Griener Trouble in The East Records
https://www.troubleintheeast-records.com/product/dzukljev-weber-griener/
Trio “Classique” du jazz contemporain piano contrebasse percussions enregistré le 16 avril 2025 à Industriesalon Schöneweide, Berlin, l’un des très nombreux lieux où jouer et écouter ce jazz improvisé d’avant-garde, ici résolument contemporain improvisé et « exploratoire » dans trois pièces : 1/ Glimmstabilisator 08:10 2/ Resistor 31:48 3/ Empty Gloves 12:20 .
Marina Dzukljev est une pianiste de Novi Sad qui après avoir étudié le piano et la musique s’est lancé dans les musiques improvisées les plus pointues tout en s’investissant à organiser workshops, concerts collectifs en Serbie. Présente sur les scènes allemandes, hongroises, slovènes etc…, elle a travaillé avec des artistes comme son compatriote l’altiste Szilard Mezei et des chercheurs radicaux comme Noid, Ilya Belorukov, Dieb13. Michael Griener provient de la scène musique improvisée du nord de l’Allemagne, Berlin, Hanovre etc.. et y est sans doute un des percussionnistes les plus actifs tant avec Günther Christmann que Rudi Mahall, Jan Roder, Axel Dörner. Le contrebassiste suisse Christian Weber est un des nombreux improvisateurs de ce pays qui ont pris le relais de la première génération comme Irene Schweizer. Leur trio est particulièrement soudé et ouvert au niveau des sonorités étendant les acquits du jazz libre vers la dimension « nouvelle musique contemporaine », des formes nouvelles extensibles et une qualité d’explorations dans les échanges et les techniques instrumentales. Trois pièces lumineuses de 8 :10, 31 :48 et 12 :19. La première, une véritable pièce d’anthologie, Glimmstabilisator, ouvre le bal avec la sonorité cristalline et un toucher magique arpentant vivement le clavier en tourbillons par-dessus les ostinatos de la contrebasse de Christian Weber et toute la finesse des frappes métalliques délicates, scintillantes ou effervescentes de Michael Griener. Une carte de visite lumineuse et contemporaine mettant en valeur une personnalité exceptionnelle du piano d’avant-garde. La longue et puissante improvisation sollicité l’écrasement manuel des super graves telluriques, le sciage des cordes la contrebasse et les friselis, cliquetis et vibrations de cloches intergalactiques aux percussions. Après la furie, on descend d’un cran au niveau dynamique avec ce jeu agressif dans les cordes bloquées du piano de biens curieux sons, des attaques crépitantes sur la percussion préparée et la contrebasse survoltée par instants. L’interaction – interpénétration des sonorités, actions et timbres surnaturels est magnifiée par ce sens inné de la télépathie et cette justesse dans l’audace. Si je me replonge dans les années 70, 80, 90 de l’improvisation radicale, je ne pense pas avoir perçu ce niveau de conscience créative et cette furia froide, rageuse et sonique en matière de trio piano – contrebasse – percussions, sauf chez Lovens avec un zèbre comme Martin Theurer. D’ailleurs, je crois bien que Griener a eu le déclic très jeune en assistant à des concerts de Paul Lovens. Mais chez lui, ce n’est pas le fait de suivre une route, mais clairement de s’adonner à son propre culte de la percussion libérée. Avec une pianiste comme Marina Dzukliev, toutes ses qualités sont propulsées dans la quatrième dimension. Cette dame nous vient perpétuellement avec de nouvelles idées sonores fusionnées avec le « contemporanéisme » pianistique studieux métamorphosé en folie expressive maniaque. Le courageux Christian Weber s’immerge entièrement dans cette fabrique sonore surréelle aspiré entièrement dans leurs machinations ou assénant des pizz désespérés en écho aux claquements des marteaux sur les cordes graves bloquées par la fée du logis. Et il s’en tire magistralement jusqu’à ce que silence un instant, et c’est à son tour de dominer l’espace vibratoire au note à note au milieu des sonorités évanescentes du magique clavier et des frissons des cymbales. L’évolution de ce Resistor au-delà des 31 minutes est sidérante, surtout lorsqu’on écoute cela au casque. La qualité d’enregistrement est exceptionnelle. Ne vous en privez pas. On découvre ici une belle facette de l’art de chacun de ces trois improvisateurs resituée dans une magnifique et inespérée occurrence. Je vous reçois six sur cinq.
Dots and Dashes Floros Floridis Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues Michael Vorfeld. Creative Sources
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/dots-and-dashes
Un enregistrement au Kuhlpot Social Club de Berlin en bonne compagnie l’année dernière. Je n’aurai de cesse de commenter autant que se peut les aventures de l’altiste Ernesto Rodrigues tant notre homme, le cerveau derrière les opérations du label Creative Sources (plus de 860 Cd’s au compteur !), ne soit convié sur les scènes auxquelles son extraordinaire talent le destine. En compagnie de son fils, le violoncelliste Guilherme Rodrigues, ils ont tous deux incarné l’avant-garde pointue du réductionnisme dans las années 2000-2010 tout en évoluant vers une musique de chambre exploratoire, raffinée et résolument contemporaine, subtile et miroitante. Ce qui est exemplaire ici, et finalement très intéressant, est qu’un clarinettiste méditerranéen et lyrique à souhait comme le grec Floros Floridis dialogue ici avec la paire des Rodrigues. Floros Floridis est un superbe clarinettiste et saxophoniste actif dans des contextes plus « free-jazz » comme on a pu l’entendre aux côtés de Gunther Sommer, Peter Kowald, Louis Moholo, Andrew Cyrille, ou le joueur de lyra Ilya Papadopoulos etc… mais aussi avec Paul Lytton dans les années 80. Ces rencontres d’artistes aux parcours et backgrounds différents sont en fait une ouverture et requièrent sensibilité, savoir-faire et intuition pour improviser collectivement et créer ce territoire commun qui met en valeur la musicalité intrinsèque de chacun au-delà des « écoles » et des idées toutes faites.
Pour bonne mesure, le chercheur de sons et percussionniste allemand Michael Vorfeld complète l’équipée pour colorer et commenter adroitement cette triade boisée. J’avais déjà bien apprécié le travail de Vorfeld en duo avec son compatriote Wolfgang Schliemann, autre percussionniste de choix ou le platiniste Von Bebber ou en trio avec un autre percussionniste, Burkhard Beins et le saxophoniste Dirk Marwedel. Il s’agit donc d’un musicien « pointu » d’un point de vue radical.
Alors, je m’émerveille de cette musique de chambre à la fois concertée et dérivante, faite d’ombres et de lueurs, introvertie autant qu’expressive. La gémellité des deux cordes aux mains des Rodrigues et leur sens du tissage moiré, de frottements en crescendo étirés, en phase avec le timbre boisé de la clarinette et des spirales en clair obscur ou des coups de bec dignes d’un pivert dans les ramures. Je n’insisterai jamais assez sur le sens aiguisé de la dynamique de leur musique, des nuances infinies et une belle inventivité dans les formes mouvantes. Cette convivialité subtile est souvent placée dans une autre perspective lorsque s’étalent par instants choisis les vibrations métalliques de l’instrumentarium de Vorfeld ou ses frictions crépitantes souterraines. J’avais déjà écouté et chroniqué un précédent recueil Creative Sources intitulé Xafnikes Synantiseis de Floridis/ E & G Rodrigues en compagnie du bassiste Ulf Mergensen, un opus aussi convaincant que ce Dots and Dashes. Ernesto et ses acolytes nous servent une musicalité toujours renouvelée au fil des très nombreuses parutions incluant vétérans au long cours (comme Floros Floridis) et d’excellents « jeunes » nouveaux venus et illustrant pour le meilleur la créativité collective de cette improvisation dite libre à son plus haut niveau. Fantastique ! Je ne m’en lasse pas tout en ayant l’embarras du choix.
Marco Eneidi Quintet - Wheat Fields of Kleylehof Botticelli Records 1018 / bpaltd27027
https://balancepointacoustics.bandcamp.com/album/wheat-fields-of-kleylehof
Marco Eneidi - alto saxophone, compositions, Darren Johnston – trumpet, John Finkbeiner – guitar, Damon Smith - double bass, Vijay Anderson – drums
Marco Eneidi (R.I.P. 1956 – 2016) est un saxophoniste alto de « jazz libre » resté un « outsider » actif mais trop méconnu de la scène du « free-jazz » dans ce qu’elle a de plus authentique. Basé en Californie, il s’est révélé comme une composante incontournable de la scène de la West- Coast biberonné à la Jimmy Lyons post Ornette, dans cette musique issue du parkérisme survolté. Jimmy Lyons a été le partenaire privilégié de Cecil Taylor depuis 1961 jusqu’à sa mort et il avait autant d’exigences musicales que son camarade pianiste. Tous deux ont incarné ce free-jazz sans concession en jouant au maximum de leurs capacités. Ce quintet de Marco Eneidi nous livre du jazz contemporain fait de thèmes et compositions dans le droit fil d’Ornette et de Lyons de meilleure facture, mais aussi des idées nouvelles comme ce Wheat Fields of Kleyehof Part 2. Ces Wheat Fields of Kleyehof est une suite avec différents mouvements (Part 1 jusque Part 6) étalés dans six morceaux individuels. Un court Prélude initie le CD qui ferme sur deux Alternate Take.
Le quintet se compose du trompettiste Darren Johnston qui brille par ses inventions soniques et son style distinctif, le guitariste polyvalent John Finkbeiner à la palette imprévisible, du très solide et merveilleux contrebassiste Damon Smith et du batteur Vijay Anderson qui à l’art de jouer vraiment free tout en cadrant précisément son propos sur les sursauts et écarts du groupe et quels roulements. Et le boss, Marco Eneidi, un as de l’alto surchauffé qui laisse à chacun de ces quatre collègues l’espace et le temps adéquat pour s’exprimer. Son souffle emporté tortillonne les intervalles peu usités dans des spirales croisées qui se chevauchent et s’interpénètrent par la magie d’une articulation insolemment et sauvagement parkérienne. Darren Johnston est un partenaire challenger parfait, risqué soulful et inspiré, toujours prêt à déraper par-dessus le tourbillon percussif de Vijay Anderson. Le guitariste a quelques superbes envolées asymétriques et il arrive que la musique soit rageuse, mordante ou lyrique cool à la Ornette. Tout l’ancrage terrien est mené de main de maître par Damon Smith pour tenir ensemble ce thème patchwork de la Part 6. Et je répète les caméos qui surgissent brièvement dans l'intervalle entre deux séquences sont du meilleur effet. Eneidi est un "leader" éclairé, c'est évident. Cette suite de champs de blé offre un beau programme de compositions et d’improvisations qui rassemblées dans ce recueil résume bien l’aventure historique du free- jazz avec autant d’urgence que de variations dans la musique qui se développe.
New Thing 1968-1972 Just Music and Friends Alfred Harth Dieter Herrmann, Johannes Krämer, Thomas Stöwsand, Frans Volhard, Peter Stock, Thomas Cremer, Nicole Van den Plas, Michael Sell, Dieter Scherf, Gerhard König, Ralf Hübner, Peter Kowald, Peter Brötzmann, Wilfried Eichhorn, Rudi Theilmann, Wolfgang Schlick.
https://alfred23harth.bandcamp.com/album/new-thing-1968-1972
In 1968, shortly before graduating from high school, eighteen-year-old Alfred Harth was interviewed about his group Just Music: How was this music received at school, how did it relate to examples of New Classical Music?
This Frankfurt radio production is the first of three early studio productions with Harth & Just Music on Hessischer Rundfunk in 1968, 1970 and 1971.
In 1970, the second jazz studio production took place on Hessischer Rundfunk under the direction of Dr. Ulrich Olshausen:
Just Music meets the Free Jazz Group Wiesbaden with Alfred Harth, Franz Volhard, Thomas Cremer, Nicole van den Plas, Michael Sell, Dieter Scherf, Gerhard König, as well as Ralf Hübner and Peter Kowald, tuba, as guests. The recordings are in the archive of the Hessischer Rundfunk.
In 1971 he formed various duos with Thomas Cremer and Alfred Harth and with Dieter Herrmann and Alfred Harth, all three of whom were members of the group Just Music. And the piece Wind In The Pillow with the pianist and vocalist Nicole van den Plas, Alfred Harth, Franz Volhard, all three from the LP January 4, 1970, or Just Music, Peter Brötzmann, also with Wilfried Eichhorn and Rudi Theilmann from the Modern Jazz Quintet Karlsruhe, as well as Wolfgang Schlick from the Free Jazz Group Wiesbaden. This third jazz studio production on Hessischer Rundfunk also took place under the direction of Dr. Ulrich Olshausen.
In 1971 he formed further duos with Nicole van den Plas and himself.
In 1972 a live recording of De Spiegel in Bruges/Belgium with Nicole van den Plas, Alfred Harth, Peter Kowald and Paul Lovens. In addition to the recording of the LP 4.Januar 1970 and the duo Nicole van den Plas/Alfred Harth, this line-up is a bridge from Just Music (1967 - 1972) to the group EMT (1972 - 1975) with Nicole van den Plas, Alfred Harth, Sven-Ake Johansson and guests.
Sand nul doute, Just Music est une des formations - tribus des débuts de la musique improvisée européenne les moins connues et référencées parmi les amateurs, même les plus pointus. Même, John Corbett n'a pas consacré un seul de ces albums de rééditions ou d'inédits dans ces séries Unheard Music chez Atavistic ou Corbett vs Dempsey. Pour beaucoup, il y en a que pour Globe Unity, Machine Gun, Karyobin, Topography of The Lungs, Brötzmann Van Hove Bennink, AMM,Bailey/ Parker, Schlippenbach Trio, Spontaneous Music Ensemble, Wim Breuker, Mengelberg, Tippett, Coxhill, Barry Guy etc...
Mais en se penchant un peu sur des informations d'archives , on obtient une bien différente prespective.
Just Music a débuté vers 1965 à Francfort quand Alfred Harth avait juste quinze ans. En faisaient partie Alfred Harth (saxophones, clarinettes) Dieter Herrmann (trombone), Johannes Krämer (guitare), Thomas Stöwsand (violoncelle), Frans Volhard (violoncelle), Peter Stock (contrebasse) et Thomas Cremer (batterie). Pour plus de détails : https://en.wikipedia.org/wiki/Just_Music
Just Music a enregistré et publié le deuxième album du label ECM, alors naissant (ECM 1002 1970), "sans titre" si ce n'est le nom du groupe Just Music. Cet album contenait deux longues improvisations sur chacune des faces du disque avec des phases de jeu où il y a autant de folie expressive/ expressionniste que de recherches sonores subtiles avec toute la palette des deux violoncelles, du trombone, de la percussion et de la guitare électrique. Une musique qui métamorphose dans l'instant en équilibre instable . Très souvent les titres de leurs enregistrements se limitent aux dates d'enregistrement. Leur inspiration musicale opérait est une convergence de courants tels le free-jazz, des compositions d'avant-garde écrites ou en notations "graphiques" (dessins, signes, mots etc...), des éléments proches de Dada, de Fluxus ou des "happenings". Leur musique était essentiellement expérimentale, rendant toute classification quasiment impossible, et présentait une extrême variété de timbres et de dynamiques au service d'une expression spontanée. Le processus importait plus que le résultat. Just Music intégrait en partie son public. Mais n'allez pas croire qu'il s'agissait d'amateurs : Peter Stöwsand, le violoncelliste est devenu par la suite un des managers d'ECM et organisateur de tournées. D'ailleurs, Manfred Eicher, le "boss" d'ECM et contrebassiste, a participé à quelques uns de leurs concerts. Quant à Thomas Cremer, il s'est révélé être un excellent batteur dans de nombreux groupes de jazz contemporains des années 70-80
Alfred Harth, lui, a fait une "carrière internationale. Il s'est associé avec Heiner Goebbels (piano, accordéon) vers 1976 dans un duo à caractère politiquement engagé : " LP's: Hommage / Vier Fäuste Für Hanns Eisler SAJ-08, Vom Sprengen Des Gartens SAJ-20 et Live À Victoriaville (Victo 04). Dans les années 80, il s'associe avec Chris Cutler et ses deux potes Goebbels et Christoph Anders pour créer Cassiber dans la mouvance Rock In Opposition expérimentale vosine d'Henry Cow. Puis Harth s'implique dans Gestalt & Jive un groupe mi-free jazz mi Rock In Opposition avec Uwe Schmidt, Ferdinand Richard, Steve Beresford, Peter Hollinger, Anton Fier : LP's Nouvelle Cuisine - Moers Music et Gestalt & Jive - Creative Works (1985-86). Même époque, le projet Duck & Cover avec Goebbels, Cutler, Fred Frith, George Lewis, Dagmar Krause et Tom Cora À cette époque, son nom d'artiste devient Alfred 23 Harth ou A23H. On l'entend aussi aux côtés de John Zorn, de musiciens coréens. Plus tard, le trio Trabant in Roma (CD FMP) le réunit avec Phil Minton et Lindsay Cooper, souffleuse et compositrice dont il devient un collaborateur épisodique. Enfin, il travaille aussi avec Otomo Yoshihide New Jazz Ensemble et enregistre un CD duo avec Peter Brötzmann. Cette trajectoire multiforme fait de lui un artiste inclassable engagé dans un mouvement perpétuel de recherches hybrides et de rencontres tout azimut sans rechercher la moindre reconnaissance "téléphonée" carriériste pour allonger un curriculum vitae avec X, Y ou Z.
Surtout, ils sont sans doute parmi les tout tout premiers groupes à jouer en public des improvisations complètement libres dès 1965-66 et cela ne plaisait pas à quelques musiciens de jazz très confirmés qui s'adonnaient pourtant au "free jazz".L'activité de Just Music des premières années consistaient en une plate-forme d'échange entre artistes de différentes discplines, poètes, graphistes, musiciens. En tant que saxophoniste, Alfred Harth devait bien être un des improvisateurs parmi les plus audacieux avec ses expérimentations : Harth a co-créé un concept d'instrument à vent sans tonalité lors d'une production en studio à la Hessischer Rundfunk. Il a expérimenté l'étouffement de ses saxophones avec toutes sortes d'objets, allant jusqu'à recouvrir l'instrument de vêtements pour agir au-delà des clés, et a intégré des enregistrements d'accordéon passés à l'envers, diffusés en direct sur cassette. Johannes Krämer, quant à lui, utilisait une grande variété d'accordages de guitare peu orthodoxes et "préparait" ses guitares avec des objets tels que des baguettes de batterie ou des tournevis afin d'en altérer le timbre.
Aussi, plusieurs concerts eurent lieu en collaboration de nombreux musiciens dont le clarinettiste Tony Scott (!), Anthony Braxton, Peter Brötzmann, Peter Kowald et Paul Lovens, pour citer des "références incontournables". Des performances improvisées de Just Music eurent lieu avec les musiciens des groupes allemands orientés "free improvisation". Just Music et ceux-ci furent un jour rassemblés au 12th German Jazzfestival 1970 à Frankfurt/Main, festival dont des extraits furent publiés dans le triple LP "Born Free". Récemment, un label en a publié la totale dans 9 CD. Je cite les noms de ces groupes et de leurs musiciens. C'est leur activité intensive à l'échelon local dans les années soixante et début septante qui a créé cet extraordinaire réseau pour musiciens improvisateurs dans de nombreuses villes allemandes.
Il y avait Phil Woods, Albert Mangelsdorff Quartet, Manfred Schoof Trio, Klaus Doldinger, Dave Pike Set, Frederic Rabold Crew, le Tentet de Brötzmann (jouant Fuck de Boere), Joachim Kuhn Group, Gunther Hampel Group avec Jeanne Lee, Wim Breuker W. Van Mannen et Jack Gregg, Pierre Favre Group avec Irene Schweizer, Jurg Grau et Trevor Watts et le grand orchestre de Lester Bowie avec les musiciens de l'Art Ensemble et une forte délégation germanique.
Parmi les groupes "régionaux" "quasi inconnus", je cite :
"Just Music" : Alfred Harth (sax, cl) Dieter Herrmann (tbone), Johannes Krämer (guit), Thomas Stöwsand (violcell), Frans Volhard (vicello), Peter Stock (cobass) et Thomas Cremer (dms)-
Jazz Workers : Axel Hennies (t. sx, fl), Michael Thielepape (a.sax, s.sax), Ulrich Maske (guit.), Günter Christmann (cbass), Rainer Grimm (dms)
Free Jazz Group Wiesbaden : Michel Sell (tp), Dieter Scherf (a. & s. sax, piano), Gerhard König (guit.), Wolfgang Schick (dms)
Modern Jazz Quintet Karlsruhe : Herbert Joos (flugelhorn mellophon), Wilfried Eichhorn (ts, ss, fl, bcl), Helmut Zimmer (piano), Claus Bulher (cbass), Rudi Theilmann (dms)
Frankfurt Trio for Improvisation avec Christian Möllers (cl), Wolf Burbat (fl), Klaus Hennig Usadel (bass)
Limbus 4 avec les multi instrumentistes (percussions flûtes violons etc...) Odysseus Artner, Bernd Henniger, Mathias Knieper et Gerd Kraus
Entre nous, quelqu'un comme Günter Christmann a été instrumental en organisant une kyrielle de concerts et en relayant les artistes programmés par FMP à Berlin au Workshop Freie Muzik et Total Music Meeting dans ses Hohe Üfer Konzerte à Hannovre Il y a assuré une programmation régulière durant des décennies. Et on retrouve des équipes de musiciens activistes à Wiesbaden, Köln, Wuppertal, Essen, Münster, Bielefeld, Bremen, Hamburg, Frankfurt, Karlsruhe etc... encore aujourd'hui, les semences dispersées par ces activistes de la première heure n'ont pas été perdues...
Au noyau de base de Just Music sont venus s'ajouter épisodiquement quelques musiciens belges, comme la pianiste Nicole Van den Plas avec qui A. Harth et le batteur Sven-Åke Johansson ont joué et enregistré dans le trio E.M.T. (lp Canadian Cup of Coffee SAJ-2 1971) après avoir collaboré conjointement, Just Music et le Nicole Van den Plas trio avec son frère le bassiste Jean Van den Plas et le batteur Ronnie Dusoir, entre autres dans un mémorable festival de Jazz à San Sebastian en 1969. Récemment, E.M.T s'est réuni à Oostende en 2025.
Par la suite, le parcours d'Alfred Harth (A23H) qui vit aujourd'hui en Corée, est sans doute un des plus déroutants... impossible de classifier cet artiste avec des définitions, une quelconque étiquette.
Pour conclure, Just Music a été un groupe quasiment aussi important que le furent le Spontaneous Music Ensemble, AMM, M.I.C., Globe Unity, b
Brötzmann et cie etc...
Consacré aux musiques improvisées (libre, radicale,totale, free-jazz), aux productions d'enregistrements indépendants, aux idées et idéaux qui s'inscrivent dans la pratique vivante de ces musiques à l'écart des idéologies. Nouveautés et parutions datées pour souligner qu'il s'agit pour beaucoup du travail d'une vie. Orynx est le 1er album de voix solo de J-M Van Schouwburg (1996 - 2005). https://orynx.bandcamp.com
18 février 2026
6 février 2026
Christoph Gallio & Phil Durrant/ Il Fiore Blu Marco Colonna & Enzo Rocco / Ecatorf Trio Sergio Fedele Piero Bittolo Bon Francesco Bucci/ John Butcher Away I Was SOLO Relative Pitch
Christoph Gallio & Phil Durrant cha tug e ach dà fhichead bliadhna, Empty Birdcage Records EBR 015
https://emptybirdcagerecords.bandcamp.com/album/cha-tug-e-ach-da-fhichead-bliadhna
Phil Durrant - electric mandolin and electronics Christoph Gallio - alto, soprano and c-melody saxophone CD and Download EBR015 Recorded on 21st and 22nd May 2024 in Baden, Switzerland at PERCASO Studio Engineered by Phil Durrant and Christoph Gallio. Mixed and mastered by Michael Brändli at Hardstudios in Winterthur. Thanks to Gianna Schneeberger, City of Baden, Susanna Wittwer and Eileen Kennedy All music by Phil Durrant and Christoph Gallio Design and production by Daniel Thompson for Empty Birdcage Records
Phil Durrant, connu pour son travail au violon avec John Butcher et John Russell dans les années 80 et 90, a évolué dans de nouvelles formes d’improvisations radicales avec l’électronique, entre autres avec le Trio Sowari et Thomas Lehn / Radu Malfatti. Depuis plusieurs années, il a acquis une mandoline, ainsi qu’une octave mandola, et développé sa musique vers la dimension « pointilliste » de ses jeunes années entre autres avec Pascal Marzan, Emil Karlsen, Daniel Thompson, et un nouveau trio avec John Butcher et Mark Wastell. Le suisse Christoph Gallio est un goûteux saxophoniste adepte des soprano , alto et C-melody et un créateur entêté publiant ses super albums sur son label autoproduit PerCaso Productions depuis de nombreuses années, à la fois improvisateur free et compositeur de talent. Son trio Day and Taxi a tourné partout depuis des décennies. Récemment, Christoph a fait un séjour productif à Londres, dans la communauté d’improvisateurs la plus ouverte du monde dans laquelle les collègues de talent n’hésitent pas à se commettre sans arrière-pensée avec quiconque pour le plaisir de jouer et de découvrir dans les clubs et séries mensuelles de cette énorme agglomération reliée par le plus formidable réseau de transports en commun qu’on puisse rêver.
Il en est résulté un super album free en duo avec Roger Turner « You Can Blackmail Me Later » publié par ezz-thetics 1055. Wow !. On y entend ce qui fait le sel de la terre , la sensibilité d’un activiste sincère , original qui avec son bagage instrumental personnel pousse la créativité instantanée vers le haut , la sensibilité et un regard en coin sur les choses saxophonistiques. Disons que personnellement, je trouve qu’il y a un peu trop de faiseurs qui utilisent ce médium sans le faire vraiment, improvisationnellement parlant. Mais alors ce duo avec Phil Durrant sera une belle surprise : Phil a amplifié sa mandoline et l’a branchée sur un dispositif électronique rappelant de loin le Derek Bailey des débuts quand il était « atrocement bruitiste » . Ceux qui ont écouté Improvisations for Cello and Guitar avec Dave Holland (ECM 1013 1971), un des rares documents enregistrés dans le légendaire Little Theatre Club, vont sans doute comprendre. Le Tony Oxley du début des années 70, s’adonnait aussi à l’électronification des sons acoustiques de la percussion. Voilà pour le point de repère. Ce duo n’est pas un déballage / avalanche de virtuosité (on pense au London Concert de Bailey Parker de 1975 – Incus 16), mais un travail méticuleux dans le dialogue où tout sonne juste, organique, très attachant et rare. Rare, car c’est une affaire compliquée d’interconnecter valablement un instrument à cordes (et lequel : une mandoline !) avec un dispositif électronique qui transforme prolonge, déforme, manipule , extrapole , parasite l’action instrumentale comme si cela coulait de source. Pour rappel, la mandoline a un manche court, une caisse bombée comme un luth et quatre paires de cordes accordées en quintes : sol, ré, la, mi. Originaire de Naples, c’est un des instruments roi du bluegrass. Face à lui, Phil a affaire à un vieux routard du free avec une expérience qui surclasse son solide bagage instrumental et l’engagement physique de son souffle. Ses sons, scories fantomatiques ou expansions métamorphiques de fréquences électrogènes éclosent et frémissent indépendamment des tracés et les motifs volatiles de son souffleur de camarade. Obstiné à poursuivre et persécuter les interrelations de notes et intervalles / commas en insistant chaque instant avec une tension frénésie/ fantaisie, Christoph a sa manière bien à lui et transforme la lingua franca du sax « free » dans un univers personnel. La complicité des deux est irrésistible et tout autant bonhomme. Si vous avez du cœur, une perception émotionnelle, une certaine expérience et un esprit ouvert, il y a là tout un univers peu commun, ludique , savoureux et interloquant sur lequel votre écoute peut divaguer à souhait et avec émerveillement. Fantastique ! Un grand bon point à Empty Birdcage !!
Il Fiore Blu Marco Colonna & Enzo Rocco
https://enzorocco.bandcamp.com/album/il-fiore-blu
https://marcocolonna.bandcamp.com/album/il-fiore-blu
Écoutant de la free-music / free-jazz depuis des décennies, j’ai eu très vite la conviction que Derek Bailey était devenu le guitariste improvisateur number one comme le déclarait Anthony Braxton vers 1974. Il y avait aussi Hans Reichel , Sonny Sharrock, Raymond Boni …. Tous tranchant littéralement avec l’influence du jazz même avancé. NB : les positions des doigts de Derek découlent des accords de jazz qu’il a intelligemment subverti (Webern etc…) et il y a ajouté des harmoniques, des effets et l’incorporation de bruitages. J’ai un jour produit un CD commun avec Enzo Rocco : The Leuven Concert (Setola di Maiale 2009). Une moitié pour notre trio Sureau avec moi à la voix, Kris aux percussions et Jean à la contrebasse. Une moitié pour le tandem Enzo Rocco guitare et Gianni Mimmo sax soprano. Passez commande, j’en ai encore des copies ! J’en ai reçu deux commentaires élogieux pour notre trio et dépréciatifs pour ce duo. Motif : on connaît la chanson « ce n’est pas non-idiomatique » ou « trop sage ». Un musicien et un chroniqueur. Le preneur de son, Michel Huon, qui a passé son temps à mixer l’enregistrement, lui y a pris beaucoup de plaisir. Et Michel n’est pas n’importe qui : enregistrements classique comme les œuvres complètes de Frederic Rzewski au piano par Frederic lui-même en 7 volumes pour Nonesuch, preneur de son de Was It Me ? de Lovens – Lytton, Braxton, Fred Van Hove, Derek Bailey, Evan Parker, Jon Rose et beaucoup d’autres. Pour lui le travail d’Enzo avec Gianni, ça a été une gâterie, mais il a une écoute extraordinaire et une oreille absolue. Et donc, il n’ y a rien d’autre à dire que ce guitariste, Enzo Rocco est un as pour improviser au départ de la pratique du jazz moderne élargie dans un univers tonal libre et un flux rythmique élastique, accidenté et fluctuant. Son toucher des cordes est cristallin et lumineux. Son compagnon, le superbe clarinettiste Marco Colonna, sans doute un des deux ou trois « meilleurs » souffleurs de cette sympathique et généreuse scène italienne, possède un timbre chatoyant et diaphane dans le registre piano et peut enfler, dilater ou rugir en force avec un crescendo de nuances entre les deux. Clarinette soprano et clarinette basse où il excelle comme mes amis Ove Volquartz et Jacques Foschia ou Chris Cundy. Indépendamment des tracés et les motifs volatiles de son camarade, il improvise dans un enchaînement de contrepoints, spirales ou morsures véhémentes, relié seulement par la tension et leur humeur communes. C’est une forme d’improvisation libre « mélodique » inspirée et aventureuse focalisée sur une puissante expression lyrique. Comme je ne vais pas me taper systématiquement et exclusivement l’écoute de musiques « radicales » bruitistes, soniques, conceptuelles, pointillistes ou lower case etc… je prend mon plaisir d’écoute autant que si je réécoutais Ornette Coleman ou Steve Lacy. Et je dois dire qu’il y a autant de poésie que de sincérité, de sens ludique que de contenu musical basé sur une profonde expérience que la musique s’impose d’elle-même. Enzo n’a rien à envier à un James Emery ou un Joe Morris. La cohérence de son propos est irrévocable, son jeu transitant intelligemment de motifs lumineux vers des saccades abruptes avec une belle élégance . Deux pièces de 34:22 (Il Fiore Blu) et de 8:07 (Ultimo Petalo) qui coulent comme dans un rêve en dehors du temps, le temps de s’apercevoir que celui-ci s’est évaporé.
Je me plains de ce qu’on entend sous l’étiquette « free-jazz » depuis de longues années : cela ressemble souvent à une resucée embarrassante. Alors quand deux musiciens amoureux à ce point de la musique collective se singularisent avec un tel talent, je suis tout ouïe. Superbe !!
Ecatorf Trio Sergio Fedele Piero Bittolo Bon Francesco Bucci Benthos Setola di Maiale SM 4980
https://www.setoladimaiale.net/catalogue/view/SM4980
Ce n’est pas la première fois que j’aborde un enregistrement avec cet instrument prototype, l’Ecatorf (cfr le Melancolie di Tifeo) . Il s’agit d’un hybride d’un instrument de souffle à anches avec une anche et une embouchure identique à la clarinette contrebasse et d’un instrument à vent type trombone trompette avec coulisse, pistons et pavillon. L'Ecatorf descend plus bas que la note la plus grave du piano (27,5 Hz) à la limite de l’audible (approx.16 Hz) tout en allant un poil plus grave que 11 Hz. C’est l’unique exemplaire existant et Sergio Fedele en est l’actuel spécialiste. Il s’est adjoint le clarinettiste Piero Bittolo Bon et le tromboniste – tubiste Francesco Bucci. Ci-dessous le détail : Sergio Fedele, ecatorf, contra alto clarinet, flute, piccolo, rhombus
Piero Bittolo Bon, bass clarinet, alto clarinet, bass flute,
Francesco Bucci : tuba in F, trombone
Fort heureusement, si cet extraordinaire instrument aux sonorités et capacités polymorphes est au centre de cet album, les trois musiciens jouent d’un large panorama sonore qui met très bien en valeur les spécificités de l’Ecatorf. Celui-ci intervint dans cinq morceaux sur dix dont une version aérienne de Round Midnight, la seule incursion dans l’univers du jazz per se de l’album. Ces cinq pièces totalisent 22 :67 soit la majorité du temps d’enregistrement. Benthos lui-même illustre parfaitement cette musique ultra-grave de notes tenues et de soubresauts – clapotis borborygmiques. Mimesis est un beau canon trombone – ecatorf autour d’un thème par-dessus lequel la clarinette alto joue en boucle spiralée alors que les deux autres dérivent vers le sonore.On trouve ici un remarquable choix de pièces élégamment calibrées et visitant différents types de paysages sonores comme les sifflements gazouillis de Wild Whistle Tones. Ou le trio fragile et concerté d'Improvvisazione 1 pour trombone clarinette basse et flute basse. Avec Il Terzo suono c'est au tour du tuba de tenir un drone grave planant allégé par les souffles intermittants des deux flûtes dont une basse. Cette idée est exploitée dans l'introduction à Round Midnight avec l'ecatorf, la clarinette basse et le trombone égrenant subtilement des éléments mélodiques de cette composition iconique de Thelonious Monk tout en flottant dans l'espace sonore. C'est sans doute une des versions la plus étonnamment cool de cet hymne à la nuit. Les permutations et métamorphoses de ce trio absolument atypique finissent par rendre l'entreprise fascinante. Bref, avec cet ecatorf trio, on entend des artistes donner le meilleur d'eux - mêmes dans un projet original qui sublime leurs talents individuels. Formidable...
John Butcher Away I Was SOLO Relative Pitch
https://relativepitchrecords.bandcamp.com/album/away-i-was
Au fil des années, Relative Pitch est devenu un label dont on a peine à suivre la trace. Mais, bon ! Bien qu’il soit « une valeur sûre » qui a les faveurs d’un plus large public au sein des scènes improvisées et expérimentales et qu’il est attaché à un style bien défini extrêmement personnel, John Butcher est un artiste exigeant qui veille à renouveler le contenu et les formes musicales qu’il crée en traitant – malaxant – triturant la pâte sonore qu’il exhale de son sax ténor ou de son soprano. Très méthodique, il travaille des motifs en les faisant évoluer avec précision avec des intervalles de notes peu usités, des coups de langues incisifs, des effets de timbre méticuleux, étirés, grumeleux ou bourdonnants et un sens logique de la métrique. Les pièces enregistrées longues (15:29 – 11:59) ou courtes (2:39, 1:17), purement acoustiques : Brinks , Soprano, (for Derek Bailey), (for Eliane Radigue & Lester Young), (for Joe McPhee ou amplifiées avec feedback Feedbacking Tenor & Soprano ou (for Keiji Haino). Années 2008, 2012, 2014, 2019, 2020, 2024, 2025. Un beau carnet de route alliant simplicité rigoureuse et complexité. Un art absolu dans le maniement des formes, des sons et des volutes, science exacte des growls, coups de bec tranchants, le choix des timbres et cette conception lunaire et singulière de la mélodie, quand il y en a une, et ces variations subtiles. (for Derek Bailey) – au ténor, est issu d’un transcription par Chris Burn d’une improvisation de Derek Bailey intitulée “Listening to JR” . Pricklings, une étonnante pièce en multi tracking avec deux ténors et deux sopranos simultanément. Et même un hommage croisé : (for Eliane Radigue & Lester Young. On ne redira jamais assez le goût de la bonne formule, ce sens de la forme égal à un Steve Lacy, ce lyrisme lunaire qui a l'air de retenir ses émotions, la présence charnelle de son jeu et de ses différentes sonorités, ce sens résolument mathématique à l'oeuvre dans sa musique immédiatement reconnaissable. Bref, si vous connaissez des albums de John Butcher avec ses nombreux partenaires comme Mark Sanders, John Edwards ou Rhodri Davies par exemple, vous pouvez très bien compléter la panoplie avec ce curieux et si attirant album en solitaire. En fait, un orchestre à lui tout seul.
https://emptybirdcagerecords.bandcamp.com/album/cha-tug-e-ach-da-fhichead-bliadhna
Phil Durrant - electric mandolin and electronics Christoph Gallio - alto, soprano and c-melody saxophone CD and Download EBR015 Recorded on 21st and 22nd May 2024 in Baden, Switzerland at PERCASO Studio Engineered by Phil Durrant and Christoph Gallio. Mixed and mastered by Michael Brändli at Hardstudios in Winterthur. Thanks to Gianna Schneeberger, City of Baden, Susanna Wittwer and Eileen Kennedy All music by Phil Durrant and Christoph Gallio Design and production by Daniel Thompson for Empty Birdcage Records
Phil Durrant, connu pour son travail au violon avec John Butcher et John Russell dans les années 80 et 90, a évolué dans de nouvelles formes d’improvisations radicales avec l’électronique, entre autres avec le Trio Sowari et Thomas Lehn / Radu Malfatti. Depuis plusieurs années, il a acquis une mandoline, ainsi qu’une octave mandola, et développé sa musique vers la dimension « pointilliste » de ses jeunes années entre autres avec Pascal Marzan, Emil Karlsen, Daniel Thompson, et un nouveau trio avec John Butcher et Mark Wastell. Le suisse Christoph Gallio est un goûteux saxophoniste adepte des soprano , alto et C-melody et un créateur entêté publiant ses super albums sur son label autoproduit PerCaso Productions depuis de nombreuses années, à la fois improvisateur free et compositeur de talent. Son trio Day and Taxi a tourné partout depuis des décennies. Récemment, Christoph a fait un séjour productif à Londres, dans la communauté d’improvisateurs la plus ouverte du monde dans laquelle les collègues de talent n’hésitent pas à se commettre sans arrière-pensée avec quiconque pour le plaisir de jouer et de découvrir dans les clubs et séries mensuelles de cette énorme agglomération reliée par le plus formidable réseau de transports en commun qu’on puisse rêver.
Il en est résulté un super album free en duo avec Roger Turner « You Can Blackmail Me Later » publié par ezz-thetics 1055. Wow !. On y entend ce qui fait le sel de la terre , la sensibilité d’un activiste sincère , original qui avec son bagage instrumental personnel pousse la créativité instantanée vers le haut , la sensibilité et un regard en coin sur les choses saxophonistiques. Disons que personnellement, je trouve qu’il y a un peu trop de faiseurs qui utilisent ce médium sans le faire vraiment, improvisationnellement parlant. Mais alors ce duo avec Phil Durrant sera une belle surprise : Phil a amplifié sa mandoline et l’a branchée sur un dispositif électronique rappelant de loin le Derek Bailey des débuts quand il était « atrocement bruitiste » . Ceux qui ont écouté Improvisations for Cello and Guitar avec Dave Holland (ECM 1013 1971), un des rares documents enregistrés dans le légendaire Little Theatre Club, vont sans doute comprendre. Le Tony Oxley du début des années 70, s’adonnait aussi à l’électronification des sons acoustiques de la percussion. Voilà pour le point de repère. Ce duo n’est pas un déballage / avalanche de virtuosité (on pense au London Concert de Bailey Parker de 1975 – Incus 16), mais un travail méticuleux dans le dialogue où tout sonne juste, organique, très attachant et rare. Rare, car c’est une affaire compliquée d’interconnecter valablement un instrument à cordes (et lequel : une mandoline !) avec un dispositif électronique qui transforme prolonge, déforme, manipule , extrapole , parasite l’action instrumentale comme si cela coulait de source. Pour rappel, la mandoline a un manche court, une caisse bombée comme un luth et quatre paires de cordes accordées en quintes : sol, ré, la, mi. Originaire de Naples, c’est un des instruments roi du bluegrass. Face à lui, Phil a affaire à un vieux routard du free avec une expérience qui surclasse son solide bagage instrumental et l’engagement physique de son souffle. Ses sons, scories fantomatiques ou expansions métamorphiques de fréquences électrogènes éclosent et frémissent indépendamment des tracés et les motifs volatiles de son souffleur de camarade. Obstiné à poursuivre et persécuter les interrelations de notes et intervalles / commas en insistant chaque instant avec une tension frénésie/ fantaisie, Christoph a sa manière bien à lui et transforme la lingua franca du sax « free » dans un univers personnel. La complicité des deux est irrésistible et tout autant bonhomme. Si vous avez du cœur, une perception émotionnelle, une certaine expérience et un esprit ouvert, il y a là tout un univers peu commun, ludique , savoureux et interloquant sur lequel votre écoute peut divaguer à souhait et avec émerveillement. Fantastique ! Un grand bon point à Empty Birdcage !!
Il Fiore Blu Marco Colonna & Enzo Rocco
https://enzorocco.bandcamp.com/album/il-fiore-blu
https://marcocolonna.bandcamp.com/album/il-fiore-blu
Écoutant de la free-music / free-jazz depuis des décennies, j’ai eu très vite la conviction que Derek Bailey était devenu le guitariste improvisateur number one comme le déclarait Anthony Braxton vers 1974. Il y avait aussi Hans Reichel , Sonny Sharrock, Raymond Boni …. Tous tranchant littéralement avec l’influence du jazz même avancé. NB : les positions des doigts de Derek découlent des accords de jazz qu’il a intelligemment subverti (Webern etc…) et il y a ajouté des harmoniques, des effets et l’incorporation de bruitages. J’ai un jour produit un CD commun avec Enzo Rocco : The Leuven Concert (Setola di Maiale 2009). Une moitié pour notre trio Sureau avec moi à la voix, Kris aux percussions et Jean à la contrebasse. Une moitié pour le tandem Enzo Rocco guitare et Gianni Mimmo sax soprano. Passez commande, j’en ai encore des copies ! J’en ai reçu deux commentaires élogieux pour notre trio et dépréciatifs pour ce duo. Motif : on connaît la chanson « ce n’est pas non-idiomatique » ou « trop sage ». Un musicien et un chroniqueur. Le preneur de son, Michel Huon, qui a passé son temps à mixer l’enregistrement, lui y a pris beaucoup de plaisir. Et Michel n’est pas n’importe qui : enregistrements classique comme les œuvres complètes de Frederic Rzewski au piano par Frederic lui-même en 7 volumes pour Nonesuch, preneur de son de Was It Me ? de Lovens – Lytton, Braxton, Fred Van Hove, Derek Bailey, Evan Parker, Jon Rose et beaucoup d’autres. Pour lui le travail d’Enzo avec Gianni, ça a été une gâterie, mais il a une écoute extraordinaire et une oreille absolue. Et donc, il n’ y a rien d’autre à dire que ce guitariste, Enzo Rocco est un as pour improviser au départ de la pratique du jazz moderne élargie dans un univers tonal libre et un flux rythmique élastique, accidenté et fluctuant. Son toucher des cordes est cristallin et lumineux. Son compagnon, le superbe clarinettiste Marco Colonna, sans doute un des deux ou trois « meilleurs » souffleurs de cette sympathique et généreuse scène italienne, possède un timbre chatoyant et diaphane dans le registre piano et peut enfler, dilater ou rugir en force avec un crescendo de nuances entre les deux. Clarinette soprano et clarinette basse où il excelle comme mes amis Ove Volquartz et Jacques Foschia ou Chris Cundy. Indépendamment des tracés et les motifs volatiles de son camarade, il improvise dans un enchaînement de contrepoints, spirales ou morsures véhémentes, relié seulement par la tension et leur humeur communes. C’est une forme d’improvisation libre « mélodique » inspirée et aventureuse focalisée sur une puissante expression lyrique. Comme je ne vais pas me taper systématiquement et exclusivement l’écoute de musiques « radicales » bruitistes, soniques, conceptuelles, pointillistes ou lower case etc… je prend mon plaisir d’écoute autant que si je réécoutais Ornette Coleman ou Steve Lacy. Et je dois dire qu’il y a autant de poésie que de sincérité, de sens ludique que de contenu musical basé sur une profonde expérience que la musique s’impose d’elle-même. Enzo n’a rien à envier à un James Emery ou un Joe Morris. La cohérence de son propos est irrévocable, son jeu transitant intelligemment de motifs lumineux vers des saccades abruptes avec une belle élégance . Deux pièces de 34:22 (Il Fiore Blu) et de 8:07 (Ultimo Petalo) qui coulent comme dans un rêve en dehors du temps, le temps de s’apercevoir que celui-ci s’est évaporé.
Je me plains de ce qu’on entend sous l’étiquette « free-jazz » depuis de longues années : cela ressemble souvent à une resucée embarrassante. Alors quand deux musiciens amoureux à ce point de la musique collective se singularisent avec un tel talent, je suis tout ouïe. Superbe !!
Ecatorf Trio Sergio Fedele Piero Bittolo Bon Francesco Bucci Benthos Setola di Maiale SM 4980
https://www.setoladimaiale.net/catalogue/view/SM4980
Ce n’est pas la première fois que j’aborde un enregistrement avec cet instrument prototype, l’Ecatorf (cfr le Melancolie di Tifeo) . Il s’agit d’un hybride d’un instrument de souffle à anches avec une anche et une embouchure identique à la clarinette contrebasse et d’un instrument à vent type trombone trompette avec coulisse, pistons et pavillon. L'Ecatorf descend plus bas que la note la plus grave du piano (27,5 Hz) à la limite de l’audible (approx.16 Hz) tout en allant un poil plus grave que 11 Hz. C’est l’unique exemplaire existant et Sergio Fedele en est l’actuel spécialiste. Il s’est adjoint le clarinettiste Piero Bittolo Bon et le tromboniste – tubiste Francesco Bucci. Ci-dessous le détail : Sergio Fedele, ecatorf, contra alto clarinet, flute, piccolo, rhombus
Piero Bittolo Bon, bass clarinet, alto clarinet, bass flute,
Francesco Bucci : tuba in F, trombone
Fort heureusement, si cet extraordinaire instrument aux sonorités et capacités polymorphes est au centre de cet album, les trois musiciens jouent d’un large panorama sonore qui met très bien en valeur les spécificités de l’Ecatorf. Celui-ci intervint dans cinq morceaux sur dix dont une version aérienne de Round Midnight, la seule incursion dans l’univers du jazz per se de l’album. Ces cinq pièces totalisent 22 :67 soit la majorité du temps d’enregistrement. Benthos lui-même illustre parfaitement cette musique ultra-grave de notes tenues et de soubresauts – clapotis borborygmiques. Mimesis est un beau canon trombone – ecatorf autour d’un thème par-dessus lequel la clarinette alto joue en boucle spiralée alors que les deux autres dérivent vers le sonore.On trouve ici un remarquable choix de pièces élégamment calibrées et visitant différents types de paysages sonores comme les sifflements gazouillis de Wild Whistle Tones. Ou le trio fragile et concerté d'Improvvisazione 1 pour trombone clarinette basse et flute basse. Avec Il Terzo suono c'est au tour du tuba de tenir un drone grave planant allégé par les souffles intermittants des deux flûtes dont une basse. Cette idée est exploitée dans l'introduction à Round Midnight avec l'ecatorf, la clarinette basse et le trombone égrenant subtilement des éléments mélodiques de cette composition iconique de Thelonious Monk tout en flottant dans l'espace sonore. C'est sans doute une des versions la plus étonnamment cool de cet hymne à la nuit. Les permutations et métamorphoses de ce trio absolument atypique finissent par rendre l'entreprise fascinante. Bref, avec cet ecatorf trio, on entend des artistes donner le meilleur d'eux - mêmes dans un projet original qui sublime leurs talents individuels. Formidable...
John Butcher Away I Was SOLO Relative Pitch
https://relativepitchrecords.bandcamp.com/album/away-i-was
Au fil des années, Relative Pitch est devenu un label dont on a peine à suivre la trace. Mais, bon ! Bien qu’il soit « une valeur sûre » qui a les faveurs d’un plus large public au sein des scènes improvisées et expérimentales et qu’il est attaché à un style bien défini extrêmement personnel, John Butcher est un artiste exigeant qui veille à renouveler le contenu et les formes musicales qu’il crée en traitant – malaxant – triturant la pâte sonore qu’il exhale de son sax ténor ou de son soprano. Très méthodique, il travaille des motifs en les faisant évoluer avec précision avec des intervalles de notes peu usités, des coups de langues incisifs, des effets de timbre méticuleux, étirés, grumeleux ou bourdonnants et un sens logique de la métrique. Les pièces enregistrées longues (15:29 – 11:59) ou courtes (2:39, 1:17), purement acoustiques : Brinks , Soprano, (for Derek Bailey), (for Eliane Radigue & Lester Young), (for Joe McPhee ou amplifiées avec feedback Feedbacking Tenor & Soprano ou (for Keiji Haino). Années 2008, 2012, 2014, 2019, 2020, 2024, 2025. Un beau carnet de route alliant simplicité rigoureuse et complexité. Un art absolu dans le maniement des formes, des sons et des volutes, science exacte des growls, coups de bec tranchants, le choix des timbres et cette conception lunaire et singulière de la mélodie, quand il y en a une, et ces variations subtiles. (for Derek Bailey) – au ténor, est issu d’un transcription par Chris Burn d’une improvisation de Derek Bailey intitulée “Listening to JR” . Pricklings, une étonnante pièce en multi tracking avec deux ténors et deux sopranos simultanément. Et même un hommage croisé : (for Eliane Radigue & Lester Young. On ne redira jamais assez le goût de la bonne formule, ce sens de la forme égal à un Steve Lacy, ce lyrisme lunaire qui a l'air de retenir ses émotions, la présence charnelle de son jeu et de ses différentes sonorités, ce sens résolument mathématique à l'oeuvre dans sa musique immédiatement reconnaissable. Bref, si vous connaissez des albums de John Butcher avec ses nombreux partenaires comme Mark Sanders, John Edwards ou Rhodri Davies par exemple, vous pouvez très bien compléter la panoplie avec ce curieux et si attirant album en solitaire. En fait, un orchestre à lui tout seul.










