Breezes Birgit Ulher & Jaap Blonk Improvisors Kontrans 472
https://jaapblonk.bandcamp.com/album/breezes
Voilà bien un duo auquel on aurait pu s’attendre, mais peut – être pas sous la forme à laquelle ils ont abouti dans cet enregistrement tout récent des 28 ou 29 août et réalisé à Hambourg, la ville de Birgit Ulher, mais de quelle année ? 2025 je suppose car je viens de le recevoir ce mois – ci (mai 26) avec un autre duo de Jaap Blonk et Ricardo Arias. Anyway. C’est superbement enregistré et l’étalagement des sons les plus curieux et divers, leur étagement, imbrication qui coule de source et évolue dans la surprise de la diversité. Jaap Blonk se présente à raison comme poète sonore, en quelque sorte un héritier de Kurt Schwitters…. Mais ici c’est la véritable poésie : l’enchaînement de sons, frictions des lèvres sur l’embouchure ou face au micro, croassements vocaux/langages imaginaires, implosion du timbre de la trompette, des zestes de bruitages parsemés face aux oscillations électroniques. Jaap Blonk est ici crédité electronics and voice. Quant à Birgit Ulher elle se partage simultanément et alternativement entre trumpet, radio, loudspeakers et objects. Je dois dire que parmi tous les trompettistes « délirants » des deuxième et troisième générations de la free music, Birgit est (avec Axel Dörner) ma préférée et je ne vous dis pas les mérites des Peter Evans, Nate Wooley, Franz Hauzinger, Masafumi Ezaki. Birgit c’est la concision dans l’éclatement des formes et des sonorités agrémentées de sourdines singulières, d’une radio, d’objets. C’est un rêve d’improviser avec elle sa personnalité est aussi forte et intransigeante qu’elle se révèle intensément complice, collective, se refusant la moindre facilité, jouant du silence et de la brisure du temps comme le plus doué des artistes graphiques. Mon copain Paul Hubweber, qui est le tromboniste le plus subtilement « silencieux » et discret qui existe, n’a que des éloges pour notre artiste hambourgeoise. La convergence improbable avec Jaap Blonk un des rares uniques vocalistes improvisateurs « masculins » (avec Phil Minton et moi-même, je suppose) se transforme en intense plaisir d’écoute... ah ces égosillements de Jaap ! Tout différents qu’ils soient l’un de l’autre, ces deux improvisateurs créent des échanges subtils, distants mais intensément complices par tout ce qu’ils évoquent, suggèrent, incitent, exposent dans l'infinie diversité de l'indéfini et de leurs voies - voix personnelles. Leur science du dosage de tous leurs moyens sonores tout au long de leurs huit improvisations singulières et uniques est en tout point sidérante. Pas une longueur, ni un pas de côté. Certains instants fulgurants sont génialement déconnectés d’une fraction de seconde à l’autre avec un sens du timing à couper le souffle. De temps à autre c’est l’urgence même du bon vieux free-jazz qu’ils transfigurent dans notre réalité d’aujourd’hui.
Vraiment, un duo plus qu'exemplaire.
Heme John Edwards Steve Noble Yoni Silver Shrike Records SRL 003
https://shrikerecords.bandcamp.com/album/heme
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Voici quelques années que j’ai reçu ce CD du label Shrike de mon ami Adrian Northover lors d’un séjour à Londres, en vue d’un article dans le courant de 2022 . Un autre de ces CD’s est resté inutilisable (Alex Ward Alan Wilkinson Jen Doulton). Quant à ce HEME récalcitrant, il m’a fallu attendre que je pense à faire couler dessus l’eau du robinet l’autre jour et ensuite l’essuyer avec un essuie-éponge, pour qu’enfin il puisse être lu sur mon lecteur HHB hyper-pro hérité de mon ami Michel Huon, un ingénieur du son génial. Ouf, car j’y tenais. En effet, cette année-là , j’avais déjà écouté un fantastique album CD de percussions solo de Steve Noble, « solo », publié par Empty Birdcage. Renversant ! Une alternative à l’univers percussif d’un Eddie Prévost tout en finesse, sustain et vibrations organiques et une extraordinaire réussite… Un peu plus tard, notre ami Thanos Chrysakis d’Aural Terrains m’envoie « Home », un duo du clarinettiste Yoni Silver (découvert sur Peep Holes en solo / Creative Sources) et de Steve Noble lui – même. Voilà enfin publié l’aspect créatif sans concession spontanément improvisé et tout en finesse exploratoire à la recherche de sonorités du batteur Steve Noble, un phénomène scénique très souvent sollicité par des souffleurs dantesques comme Peter Brötzmann tout aux antipodes des deux CD’s mentionnés avec lequel le présent HEME forme une trilogie imparable. La présence du bassiste John Edwards est providentielle, alors que lui-même est l’alter ego de Noble dans ces embardées expressionnistes énergétiques. Comme quoi, il faut éviter les étiquettes par rapport au fait « que je l’ai entendu jouer du free-jazz expressionniste ou du minimaliste ». La bonne blague. HEME se réfère au sang, la pochette à deux rabats étant entièrement couverte de clichés au microscope de plaquettes de sang rouge vif. Musique improvisée organique tant attirée par la ductilité d’articulations sonores instrumentales imbriquées dans une infinité de détails, frictions, grincements, tintinabulements, bruissements, souffles désincarnés, frottements d’harmoniques, archet sur cymbale, frappes décalées, que sais-je encore… et l’exploration de textures, densités, ombrages, stries, murmures etc… À la même époque , John Edwards avait enregistré un remarquable CD solo « Day At Home » publié par Klang. En mettant bout à bout ces témoignages enregistrés, on découvre une convergence créative remarquable, essentielle, approfondissant la démarche improvisée sans fard ni débauche « soloistique » mais focalisée sur la construction collective ou individuelle sincère. Sorry pour le retard, mais cela en vaut la peine. Et quel label !
Daunik Lazro Joëlle Léandre Paul Lovens For Baritone Sax, Double bass & Drumset 2013 Relative Pitch Records RPR 1275.
https://relativepitchrecords.bandcamp.com/album/for-baritone-sax-double-bass-and-drumset
Enregistré en 2013 aux Temps du Corps à Paris par Jean-Marc Foussat à l’invitation de Marc Fèvre dans sa légendaire série de concerts Atelier Tampon. Un super trio qu’on avait découvert au sein d’un quartet en compagnie du violoniste Carlos Zingaro dans le CD Madly You (Potlatch et réédité par FOU Records). Rebelote pour une belle écouté mutuelle. Aussi pour situer le projet, Léandre et Lazro ont aussi enregistré Hasparren en duo (No Business). Bref, ces trois artistes ont un beau parcours en commun. Il va sans dire que la présence sonore simultanée d’un saxophone baryton (Daunik Lazro) et d’une contrebasse (Joëlle Léandre) est une belle porte ouverte vers la recherche colorée de sonorités, ces instruments étant moins propices aux fulgurances qu’aux dérapages entre les notes, les sons vu la largeur plus que confortable des intervalles entre chaque note « juste » pour divaguer dans l’indéfini sonore. Déjà que les harmoniques perçantes obtenues par le souffle habile d’un Lazro ont cette plasticité, cette irrévérence au canon saxophonistique conventionnel idoine pour la free-music sans rétroviseur. Avec un sérieux contrôle du son, le champ d’investigation s’étend en faisant passer un message se miroitant dans les frottements granuleux, boisés, improbables de Joëlle Léandre inspirée par le funambulisme du souffleur même quand ses interventions se « bouclent » sur deux notes grondantes plus fixes et une autre qui bouge éternellement dans l’épaisseur du timbre. En telle compagnie, Paul Lovens épure son jeu, lequel il y a si longtemps, outrepassait une extraordinaire et inouïe profusion. Ses frappes étudiées et dosées accaparent l’écoute comme s’il racontait une histoire quasi indépendante du récit collectif tout en le commentant avec une rare acuité. On a droit aussi à quelques belles embardées avec Joëlle au mieux de sa forme et des hyper aigus époustouflants de Daunik. Joëlle sculpte patiemment le son boisé, granuleux et frissonnant de son gros violon ventru qui grince et bourdonne à souhait. Des assages presque solitaires semblent attirer la foudre ou font naître de nouvelles convergences. Trois bons points pour l’esprit d’ouverture de Paul Lovens qui évite de surjouer et propose des phases de (semi-)silences pour nous laisser entendre le détail des sons des deux autres instrumentistes. Voilà un bien bel album à la fois chercheur, lyrique, grave,… la sagesse confinée à l’amour fou. Pour notre plaisir, on y a fourré des points digitaux qui scindent cette longue suite d’un seul tenant en 4 mouvements permettant de faire tourner en boucle votre phase de jeu préférée. Très attachant et anti-compétitif.
Khabat Abas Ivor Kallin Tapsalteerie, Depicted In Echo Confront Records CORE 61
https://confrontrecordings.bandcamp.com/album/tapsalteerie-depicted-in-echo
Je ne connaissais pas la violoncelliste Khabat Abas, si ce n’est d’avoir entr’aperçu son nom dans des annonces de concerts à Londres, ville dans laquelle le nombre d’improvisateurs radicaux de toutes nationalités est devenu exponentiel. Par contre le violoniste, altiste et vocaliste Ivor Kallin est un vétéran que j’ai croisé depuis une trentaine d’années. Tout récemment, il s’est distingué dans un exercice voix / alto funambulesque et caverneux absolument unique : Bagpipe Practice Room, publié par scatter archives digital. Le titre de cet album en duo, Tapsalteerie, signifie a Scots word describes the upside world we inhabit, and our response to this chaos is depicted in an echo of rage. Tout récemment Ivor Kallin a participé au festival Voicings II à Hundred Years Gallery en duo avec la très prometteuse trompettiste Charlotte Keefe et leur performance était absolument allumée, excentrique avec un sens du timing superlatif. Aussi Ivor parsème certains de ses concerts d’interventions verbales délirantes, humour en coin non sensique.. Mais avec un lascar comme Ivor vous ne savez pas à quoi vous attendre. Avec la violoncelliste Khabat Abas dont je vous enjoint à parcourir le site pour se faire un petite idée de son univers tout aussi singulier et extrême : https://khabatabas.com/ . Cet album commence un peu n’importe comment : Est-ce de la musique ? On surprend des bruissements, des sons vocaux. Mais il faut un temps pour pénétrer cet univers de torsions sonores, griffures, crissements, frottements rageurs, astringences, éviscérations de la résonance du ventre des instruments, .. sans doute ceux-ci sont préparés … dans une seule improvisation de 40 : 16 où tous les outrages sont infligés aux sacro-saints alto et violoncelle. Capharnaüm où surnage la logique sonique de l’improvisateur radical, ses réflexes et la rage de chercher des sons hors de l’enveloppe de leurs timbres légitimes. À certains moments, on atteint un état de frénésie complètement dérangée, une furieuse explication inexplicable. Et puis vers la 34ème minute, l’atmosphère se détend au bord du silence … parfois à l’unisson avec une maîtrise de l’archet qui frotte à peine sur les cordes… filetant des glissandi irréels. N’allez pas essayer de mettre une étiquette esthétique à leur démarche. Elle est singulière et finalement londonienne, foncièrement atypique et mérite d’être écoutée en chair et en os.
Consacré aux musiques improvisées (libre, radicale,totale, free-jazz), aux productions d'enregistrements indépendants, aux idées et idéaux qui s'inscrivent dans la pratique vivante de ces musiques à l'écart des idéologies. Nouveautés et parutions datées pour souligner qu'il s'agit pour beaucoup du travail d'une vie. Orynx est le 1er album de voix solo de J-M Van Schouwburg (1996 - 2005). https://orynx.bandcamp.com
13 mai 2026
Birgit Ulher & Jaap Blonk / John Edwards Steve Noble Yoni Silver/ Daunik Lazro Joëlle Léandre Paul Lovens/ Khabat Abas & Ivor Kallin
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