16 août 2026

Damon Smith & Ivo Perelman/ Florian Stoffner solo / Karen Willems Nicola Lancerotti Thomas Olbrechts/ Sestetto PsicoGeografico: Andrea Bini, Enrico Caimi, Sergio Fedele, Mariangela Martini Davide Negrini et Raffaelo Ugo

The Core of Existence Duologues 6 Damon Smith & Ivo Perelman Squid Note Digital
https://squidnote.bandcamp.com/album/duologue-6-core-of-existence

La plateforme de vente d’albums de jazz d’avant-garde Squidco LLC, la marque au calamar, vient de lancer son label digital Squidnote avec entre autres le pianiste Joel Futterman, le violoncelliste Daniel Levin et commence à documenter les nouveaux albums à venir du duo Matthew Shipp et Ivo Perelman à travers la série des Duologues du saxophoniste ténor Brésilien. Avant de passer au Duologue 7 de Shipp Perelman qui vient de m’arriver, j’attire l’attention sur le Duologue n° 6 de Perelman avec le contrebassiste Damon Smith, un artiste avec un appétit de découvertes et de collaborations étendues avec de nombreux improvisateurs : Wolfgang Fuchs, Roscoe Mitchell, Burton Greene, Georg Gräwe, Fred Van Hove, Jaap Blonk, Guillermo Gregorio, Marco Eneidi, Peter Kowald, Phil Wachsmann, Martin Blume, John Butcher, Joe Mc Phee, Joëlle Léandre, Bertram Turetsky, Frank Gratkowski, Gianni Gebbia, Peter Evans, Weasel Walter, Sandy Ewen, Bob Moses, Birgit Uhler, etc… Comme on sait , Ivo Perelman n’est pas en reste. Il est aussi prêt à tout au niveau rencontre, même si la plupart de ses collaborateurs proviennent plus du jazz libre et un peu moins de l’improvisation radicale. Néanmoins, si Damon Smith explore ici toutes les facettes expressives, sonores et techniques « avancées » de la contrebasse, sa pratique et sa démarche coïncide merveilleusement avec l’expressivité vocalisée du saxophoniste ténor, influencé par Albert Ayler à l’aide d’une étude en profondeur du souffle des maîtres de l’instrument (Ben Webster, Don Byas, Stan Getz, Coltrane, Mobley, Henderson). Et ce duo fonctionne en toute liberté dans un échange dans lequel chacun s’exprime selon son cœur tout en créant une symbiose créative. Si son coup d’archet boisé et vibratile a un côté « contemporain » , les pizzicati sur la touche ont cette élégance subtile de cette école post La Faro. Tout cela cadre bien avec cette manière toute personnelle et superbement originale qu’a Ivo Perelman à étirer les notes hautes et les harmoniques au-delà de la tessiture du ténor fragmentant des éléments mélodiques évoquant bien des musiques brésiliennes. L’intérêt de l’auditeur balance entre des pièces courtes , miniatures élégantes autour des une minute et plus, voire deux ou quatre minutes et des improvisations plus étendues qui racontent une histoire qui prend son temps à se développer. Le contrebassiste n’hésite d’ailleurs pas à chahuter quelque peu la rêverie de son collègue qui comme un chat, retombe sur ses pattes en sursautant de plaisir ou mordant à pleines dents son bec, articulant des staccatos et glissandos énergiques mais minutieux qui s’emboîtent par magie. Une fois passé le miroir d’Alice, il étire cette sonorité ultra aiguë dans l’éther remué par la friction mouvante de l’archet sur les cordes au-delà de tout ordonnancement logique d’ « intervalles » tempérés. C’est tout bonnement magnifique spontané, généreux. Si ces deux musiciens ont chacun une orientation musicale différente l’un de l’autre, ils aiment à créer une démarche collective qui dépassent leur esthétiques respectives en imaginant instinctivement comme se mettre en valeur mutuellement poussé par l’admiration de la musicalité et la surprise de leurs inventions. Un superbe duo !

Bijou Florian Stoffner solo Relative Pitch Records CD RPRSS056
https://relativepitchrecords.bandcamp.com/album/bijou

Il y a toujours quelque chose qui m’a embêté avec certains critiques du passé . C’était de transposer / comparer la démarche d’un « nouveau venu » ou d’un artiste moins connu avec des réflexions du genre « Ah oui ce pianiste « free » est un suiveur de Cecil Taylor » …. Pour la seule raison qu’il joue « free » , « atonal » ou que sais-je ? Ou encore avec les guitaristes , ramener à un artiste de référence tel que Derek Bailey, même pour Roger Smith qui jouait de la guitare espagnole ou d’autres guitaristes alors que des gens comme Keith Rowe, Fred Frith, Raymon Boni, Hans Reichel, Andreas Willers, etc… ont un univers sonore et des conceptions bien différentes de celles de DB. John Russell s’est mis à développer une approche acoustique avec une guitare avec chevalet vers 1975 la même année quand Derek Bailey s’est mis à jouer lui aussi acoustique avec une guitare similaire tout en ignorant que l’un et l’autre aient fait ce choix. Toutefois, si un guitariste a bien des accointances stylistiques proches de celles de Derek, c’est bien notre ami Florian Stoffner avec sa guitare amplifiée, amplification qu’il a un malin plaisir à contrecarrer et à pervertir avec l’aide d’une pédale de volume et le placement des doigts entre autres pour obtenir des harmoniques et juxtaposer avec un sens de la surprise lees sons purement acoustiques de la hollow-body avec des sons électriques dans un dédale d’intervalles en dehors des tonalités. Une articulation magique de textures les plus diverses dans un seul jet créatif.
Juste une remarque en passant. En écoutant attentivement ces déambulations digitales sur les frettes et les interventions avec quelques pédales d’effets, on découvre une logique, une esthétique un penchant qui s’il devait être comparé à celles de Derek Bailey remonterait à l’époque antérieure des années 70 comme on peut l’entendre dans les improvisations éclatées sur une face de l’album « Solo » Incus 2 (ou Incus 2R) ou Improvisations Lot 74 ou encore Improvisation publié en 1975 par le label Italien Cramps. Si vous écoutez les albums solo suivants comme Aïda ou surtout « Notes » , on entend que DB a évolué et passe à autre chose. Certains vont dire que c’est pas « original » ... mais je rétorque qu’il y a vraiment un plaisir à écouter Florian Stoffner tant sa démarche et son jeu sont ludiques, fantaisistes autant que logiques et qu’il manie sa guitare avec la maîtrise des grands improvisateurs en renouvelant continuellement le flux de ses inventions et des accidents de parcours dans ses six extemporisations baptisées bijou t – bijou a – bijou p – bijou f – bijou e – bijou r (tapfer ?) …. Des sons foncièrement métalliques, acides, scories électriques, voilés, aigres ou bruts… Et finalement si ça sonne à la Derek, on finit bien par entendre clairement sa différence. Florian est moins goguenard. D’ailleurs, c’est avec Florian que Paul Lovens a terminé sa longue carrière.

III – IV – II Karen Willems Nicola Lancerotti Thomas Olbrechts. Seminal Records CD
https://seminalrecords.bandcamp.com/album/iii-iv-ii

Trio intrigant orienté électronique et bruitisme radical improvisé avec Karen Willems: electronics, voice, pan flute, percussion... Nicola Lancerotti: modular synthesizer, Thomas Olbrechts: alto saxophone. Plusieurs niveaux de jeu superposés, juxtaposés, contradictoires ou coïncidant par miracle. On découvre petit à petit un univers sonore mutiple traversé de frictions bruitistes dont les susurrements extrêmes ou les articulations incisives du saxophoniste Thomas Olbrechts, la voix voilée de Karen Willems et cette électronique mystérieuse, ésotérique, pulsatoire, décalée, croassante et montée sur ressorts, ostinatos bruissants, bruits de vagues et de ressacs... on en a pour son compte…. Nicolas Lancerotti ou Karen Willems (?) . Au fil de l’écoute de ces trois pièces excellement calibrées et curieusement narratives, substantielles (durées : 21’20’’, 14’27’’ et 13’38’’ ) on est emporté dans un rêve éveillé de textures opaques, crachin industriel , dérive industrielle onirique où les moteurs refroidissent en relâchant une d’étranges vapeurs (III). À la profusion de signes et de sons succèdent des séquences minimalistes qui finissent par dégager une tension en se métamorphosant étrangement comme dans IV où intervient la flûte de pan de Karen Willems en apesanteur ou le saxophone fantôme de Thomas. Et toujours les textures électroniques en mutation constante … C’est excellemment réalisé, attachant et nous fait comprendre par le menu que les voies les plus curieuses de l’improvisation et de la recherche sonore sont impénétrables. Un trio à recommander pour tout programme sérieux de festival attaché à l’innovation musicale et aux musiques expérimentales.

Sestetto PsicoGeografico Vortex : Andrea Bini, Enrico Caimi, Sergio Fedele, Mariangela Martini Davide Negrini et Raffaelo Ugo. Setola di Maiale CD SM 5090
https://www.setoladimaiale.net/catalogue/view/SM5090

Ce n’est pas la première fois que je chronique un album de Sergio Fedele ou simplement un enregistrement d’un groupe dans le quel il intervient. Il y eut le Duo PsicoGeografico Iskra Andrea Bini & Sergio Fedele.l’ Ecatorf Trio de Sergio Fedele Piero Bittolo Bon Francesco Bucci et le premier de la série, Le Melancolie di Tifeo qui nous fit découvrir cet instrument improbable, l’Ecatorf. Voici mon commentaire à propos de cet instrument hybride à vent avec tuyaux anches, embouchures de trompes, pavillons, glissières et clés : disposé sur une armature de soutien, l’Ecatorf est un instrument de souffle à anche avec plusieurs tuyaux et trois pavillons qui a été conçu pour en métamorphoser les sons, graves en général, et en exprimer des nuances sonores et des effets de timbre - glissandi – harmoniques – bourdonnements - etc …. Le CD contient un livret très explicatif en italien qui s’adresse à ceux qui ont des solides notions d’organologie et de musicologie. Il y a aussi toute une mythologie qui s’inscrit dans ce projet, un univers poétique et sémantique original. Bien que j’ai acquis une connaissance approfondie de l’italien, ce serait tout un travail pour moi d’essayer de traduire et de décortiquer le contenu des notes fournies par le compositeur instrumentiste, Sergio Fedele. … Avec un tel instrument, impossible de jouer « vite », car il faut contrôler l’émission du son dans la colonne d’air par chacun des différents tubes et pavillons avec les mécanismes. Donc il s’agit d’une musique « lente » où l’auditeur prend son temps pour écouter ces sonorités se transformer, glisser, grasseyer, siffler, gronder, cracher, trembler et n’en rater aucune nuance. Comme j’en ai une vision photographique, je ne réalise pas bien comment cela fonctionne. Mais une chose est certaine, cela fonctionne merveilleusement pour produire de curieux timbres avec une précision étonnante et des techniques diversifiées basées essentiellement sur un contrôle minutieux du souffle, en utilisant les principes sonores de base d’un instrument de souffle à tubes tel qu’on le connaît depuis la nuit des temps`.
Comme cela vous êtes averti. Vortex est à mon sens un des (ou LE) albums les plus réussis avec l'Ecatorf, car l’instrument se mêle adroitement à cinq « Sequenze » improvisées avec un sens aigu du travail collectif, une solide écoute mutuelle et un travail sur les sons, les timbres, la dynamique, l’interaction. Chaque morceau navigue autour des dix minutes. Sergio Fedele joue aussi de la clarinette contra alto en sus de l’Ecatorf et est le seul souffleur du sextet. Andrea Bini joue du piano et du gong, Enrico Caimi de la batterie, Mariangela Martini du violoncelle Davide Negrini des percussions et Raffaelo Ugo de la contrebasse, et tous dans une orientation de musique de chambre librement improvisée relativement pointilliste, détaillée et kaléidoscopique. Au point de vue percussions – batterie, tout est joué en nuances, voire délicatesse dans le but de créer un espace sonore où chaque instrument dispose d’assez de « place » dans le champ auditif pour être entendu clairement dans différents registres. Idem pour le pianiste très « contemporain » et les deux cordistes. Dans ce contexte ludique, on entend le moindre détail de chaque instrument et l’ensemble évolue dans différentes configurations ou mises en tension au niveau de la dynamique et des échanges/ partages avec un sens de la discrétion individuelle au profit de l’ensemble. C’est de la bonne improvisation libre sujette à ouvrir la sensibilité et l’appréhension auditive et musicale pour un public curieux et ouvert. Mission accomplie. Dans la foulée « psico-géographique, on goûte l’apport mystérieux des sonorités de l’Ecatorf qui interviennent avec des couleurs et des textures graves mouvantes et très particulières.

Jean-Michel Van Schouwburg CD's on sale

CD’s de Jean Michel Van Schouwburg


On the Shore of Dreams : Yoko Miura piano & Jean Michel Van Schouwburg voix. Enregistré à Paris en 2015 par Jean-Marc Foussat. Setola di Maiale 2016 (Italie). - 8 €
Overlapping Layers : Jean Michel Van Schouwburg voix, Phil Gibbs guitare & Dominic Lash contrebasse. Enregistré à Llansoy, Wales 2019.label Intrication (France) 2020 - 11 €
Before the Wedding : John Russell guitare acoustique & Jean Michel Van Schouwburg voix. Enregistré au Club Gromka, Ljubljana avril 2018. Empty Birdcage Records (UK) 2024 - 11 €
Sureau : Jean Michel Van Schouwburg voix - Jean Demey contrebasse - Kris Vanderstraeten percussion. Enregistré en octobre 2007 Studio Odéon par Michel Huon, Bruxelles. Creative Sources (Portugal) 2018. - 10 €
Sureau Live in Bxl : Jean Michel Van Schouwburg voix - Jean Demey contrebasse - Kris Vanderstraeten percussion. Enregistré en concert à Bruxelles en 2011 et 2013 par Michel Huon. Setola di Maiale (Italie) - 10 €
The Leuven Concert : Sureau : Jean-Michel Van Schouwburg voix - Jean Demey contrebasse - Kris Vanderstraeten percussion. + Gianni Mimmo sax soprano & Enzo Rocco guitare . Enregistré à Louvain en 2009 par Michel Huon. Setola di Maiale - 10 €
Rustrel & Paluds : Sabu Toyozumi percussion vièle er-hu & Jean Michel Van Schouwburg voix. Enregistré à Rustrel et à Paluds (Provence). Juin 2012 par Stefano Fogher. Setola di Maiale (Italie) 2015. - 10 €
Otto Sette Sei : 876+ : Jean-Michel Van Schouwburg voix, Matthias Boss violon, Marcello Magliocchi percussions + Roberto Del Piano electric bass. Enregistré au Mu-Rec studio , Milan par Paolo Falascone décembre 2014. Label improvising beings (France) 2015. Some copies left - 11 €
MouthWind : Lawrence Casserley live signal processing & Jean-Michel Van Schouwburg voix. He(a)rme(ye)s CD 2011 Some copies left 12 €
Corps et Biens : MouthWind : Lawrence Casserley live signal processing & Jean-Michel Van Schouwburg voix. Enregistré à Oxford en 2024. Creative Sources 2025 (Portugal) - 11 €
Isla Decepcion Sverdrup Balance : Lawrence Casserley live signal processing, Yoko Miura piano & Jean-Michel Van Schouwburg voix. Enregistré en 2018 à Bruxelles . Setola di Maiale (Italie) 2019 - 12 €
the Mercelis Concert : John Russel & J-M Van Schouwburg duo + Jean Demey double bass solo Recorded may 2005 in Thèâtre Mercelis Ixelles by Michel Huon and same year Russell & Van Schouwburg at Bonnington Arts Centre by Tim Fletcher. Inaudible label. Artwork Kris Vanderstraeten . Two Mint & sealed copies left . 20 €
Other Items will be added at the list. Please tell me what in comments section. Best - J-M

14 août 2026

Larry Stabbins Duets w. Keith Tippett & Louis Moholo-Moholo/ Gianni Mimmo Adriano Orrú Silvia Corda/ Lao Dan & Vasco Trilla/ Emiszatett : Elisabeth Coudoux Markus Schmickler Pegelia Gold Matthias Muche Philip Zoubek Robert Landfermann Etienne Nillesen

Larry Stabbins Duets with Keith Tippett & Louis Moholo-Moholo And the Birds Sang Jazz in Britain JIB 95-S-CD
https://jazzinbritain1.bandcamp.com/album/and-the-birds-sang-duets-with-keith-tippett-and-louis-moholo-moholo

Consacrée au jazz moderne et aventureux britannique, Jazz in Britain se risque ici à nous livrer de magnifiques échantillons de free – music intense et sans concession. Keith Tippett est assurément un des grands noms du jazz contemporain britannique depuis la fin des années 60, un pianiste exceptionnel et un créateur d’envergure. Le voici en duo avec son ami d’enfance , le saxophoniste ténor et soprano Larry Stabbins avec qui il a souvent travaillé après qu’Elton Dean a continué sa carrière avec ses propres groupes … auquels Keith et Louis ont participé. La première manifestation discographique de Stabbins avec Tippett et Moholo est cet extraordinaire album paru sur le label FMP – SAJ au début des années ’80 : TERN, la seconde est le double album en sextet A Loose Kite paru quelques années plus tard chez Ogun. Récemment, Ogun a publié un concert inédit exceptionnel de ce trio : Live in Foggia ! Pour l’info, je signale que le quatrième album du légendaire label British Bead Records est un très remarquable duo de Larry Stabbins avec le percussionniste Roy Ashbury : Fire Without Bricks, duo dont j’ai assisté à un concert mémorable https://corbettvsdempsey.bandcamp.com/album/fire-without-bricks.
Les voici tous les trois en duos : Stabbins – Tippett dans les morceaux 1 – 4 – 7 (Clay 15’11’’, The Rains Came and The Birds Sang 10’08’’ et Inside and Outside 8’34’’) et Moholo Stabbins en 2,3,5 et 6 (Savannah 8’57’’, Steppe 7’26’’, Montane 11’36’’ et Acacia 7’14’’) . La première session avec Keith et Larry fut enregistrée aux Studios Maida Vale à Londres en octobre 1983, par contre le duo avec Louis Moholo-Moholo est enregistré novembre 2000 par notre grand copain Tim Fletcher, un supporter présent à tous les concerts avec son enregistreur et ses micros. Et cela au fabuleux Klinker Club au mémorable Sussex Pub « organisé » par F… O.. Batman himself Hugh Metcalfe, qui d’ailleurs figure aussi au catalogue de Bead Records. Si le premier morceau en duo Tippett Stabbins évoque du chef de Stabbins, un souffleur comme Archie Shepp, on découvre petit à petit l’étendue du talent d’improvisateur free audacieux de Stabbins au saxophone soprano spécialement dans les aigus, les harmoniques et les doigtés fourchus qui lui font projeter des multiphoniques hardies et .. inouïes. À l’époque, fin année 70 et début eighties, Larry Stabbins est un des très rares saxophonistes à explorer ce territoire voisin de celui d’Evan Parker bien avant que Michel Doneda et Urs Leimgruber se lancent dans ce type de recherches. Aussi , il fut le premier saxophoniste de la scène londonienne à se produire en solo de saxophone en concert ( Ronnie’s Scott first floor en 1973).
À propos de Louis Moholo : si le public le connaît surtout pour son rôle historique dans la diaspora sud africaine avec son engagement dans les Blue Notes , la Brotherhood of Breath, et ses propres ensembles Viva La Black, Five Blokes, Quartet Sextet ou Octet, ses collaborations avec Keith Tippett et Elton Dean ou encore Brötzmann, Louis Moholo est un membre de la communauté des improvisateurs libres londoniens qui s'adapte spontanément à une situation d'improvisation libre instantanée . On l'a entendu avec Derek Bailey ou le guitariste acoustique Roger Smith avec un jeu épuré plein de nuances, de vibrations et de détails sonores plus proche d'un John Stevens au sein du SME que dans le déferlement auquel il est coutumier s'il joue avec Peter Brötzmann ou Evan Parker ou encore avec Irene Schweizer et Rudiger Carl dans les années 70. C'est donc le cas ici dans ce duo "léger" avec Larry Stabbins où Louis offre une autre facette de sa personnalité. La capacité de ce dernier à articuler des détachés en modifiant la texture de l’instrument ou en respiration circulaire fait de lui un souffleur de haut vol. The Rains Came and the Birds Sang signé Tippett Stabbins est de toute évidence un morceau d’anthologie. On aimera aussi les conversations intimes entre le souffle intériorisé de Larry Stabins et les pulsations organiques de Louis Moholo qui ancrées dans la musique et la danse africaine, se développent à la fois comme des improvisations lyriques pour se transformer insensiblement en expressions sonores spontanées sur le travail des sons et des vibrations rythmiques. On entend aussi l’influence de la tradition du jazz au niveau de sa sonorité au sax ténor. S’il existe une poignée de saxophonistes sidérants comme Coltrane, Ayler, Braxton, Evan Parker, Coxhill ou Dunmall, Larry Stabbins s’affirme comme un véritable original, même si sa carrière dans la scène free a connu des éclipses durant lesquelles il a mené une autre vie. L’album Tern du trio Stabbins - Tippett - Moholo est resté un document inoubliable à la mesure du quartet Mujician de Keith Tipett avec Dunmall Rogers et Levin. Mais comme Stabbins a finalement publié peu d’albums sous son nom, je peux vous jurer que la plupart d’entre eux sont des pièces de collection enviables, celles dont on ne se sépare pas. Pour terminer And the Birds Sang, une improvisation suspendue dans l’espace au sax soprano avec un Keith Tippett magique dans la « harpe » du piano, sollicitant directement la vibration des les cordes et de merveilleux glissandi quand son ami susurre dans la hanche ou asticote les harmoniques avant de décliner un Everytime We Say Goodbye mélancolique. Goodbye Louis , Goodbye Keith !

Gianni Mimmo Adriano Orrú Silvia Corda Clairvoyance : Chapters Day. Rosebud Relevant RRR03
https://www.rosebudrelevant.com/record/chapters-of-a-day

Concert enregistré à Plaisance – Piacenza le 22 février 2025 et dédié à la mémoire d’Artemio Cavagna, un fervent supporter de la musique créative et improvisée à qui le public de la ville peut être reconnaissant d’avoir organisé des concerts en faisant découvrir les musiques de nombreux improvisateurs locaux, italiens et étrangers. J’ai envie d’y associer moi-même feu le tromboniste Angelo Contini, récemment disparu, un habitant de Piacenza avec Gianni Mimmo a joué et enregistré à plusieurs reprises. C’est le troisième album du trio Clairvoyance après Clairvoyance (amirani 2018) et Transient (amirani 2022), toujours égal à lui – même avec ce supplément d’âme et de surprise acquis au fil des concerts. Pour info, le label Rosebud Relevant fait suite à Amirani, étiquette fétiche de Gianni Mimmo particulièrement remarquable. La pianiste Silvia Corda et le contrebassiste Adrian Orrú font une excellente paire d’improvisateurs jouant et cherchant en phase et avec une profonde empathie sonore et émotionnelle dans une dimension plus « contemporaine » que « free-jazz ». Avec Gianni Mimmo, un remarquable saxophoniste soprano friand de spirales polytonales et dépositaire d’une magnifique sonorité partagée entre construction méthodique, suavité lyrique et énergie déchirante. La musique de Clairvoyance évolue dans l’improvisation totale avec une dimension lyrique, un brin introvertie, tirant parti des possibilités sonores de chaque instrument autant que de l’expérience d’une musique plus formelle. Il n’y a donc aucune « composition » ou « partition ». Il s’agit plutôt de composition instantanée inspirées mutuellement et interactivement par les choix et options spontanées de chacun. Trois morceaux : As Pages Drift – 16:46 , Chapters of A Day - 27:30, et After The Stirring - 7:52. Par rapport à leurs deux précédents albums, la musique du trio a gagné en profondeur, étendant sa recherche collective de sonorités aux confins de surprises bruissantes et mystérieuses.

Lao Dan & Vasco Trilla New Species No Business NBCD 181
https://nobusinessrecords.bandcamp.com/album/new-species

Lao Dan entame ce duo avec son camarade percussionniste Vasco Trilla en mode blues – jazz – free typiquement afro – américain au sax alto mordant pour la circonstance. Le jeu percussif du batteur s’exprime tout à fait dans le sillage avec une magnifique maîtrise des frappes à la fois aérienne et foisonnante. You Are You : chacun son turf, sa personnalité. Mais le but de la rencontre est de construire un véritable narratif d’une rencontre sincère où il s’agit de mettre en valeur leurs capacités d’improvisateurs en étendant le spectre sonore et leurs possibilités instrumentales et l’évolution des échanges dans l’instant. C’est ce qu’on entend dans les morceaux suivants : New Species 1 et 2. Vasco Trilla est un de ces percussionnistes doués qui explorent avec autant de méthode que de fantaisie, frappes, techniques, sonorités, articulation de pulsations combinées à de multiples sources sonores. À l’écoute de plusieurs de ses albums avec Yedo Gibson, Marina Dzukljev, Luis Vicente, Ernesto et Guilherme Rodrigues, etc… on mesure le potentiel de ce jeune percussionniste révélé il y a une dizaine d’années. Il était temps car la génération des Lovens – Lytton – Turner – Lé Quanh – etc… a fait … son temps. Même s’il y a eu par la suite Steve Noble et Mark Sanders, on reste un peu sur sa faim alors qu’une kyrielle d’improvisateurs haut de gamme se sont révélés sur d’autres instruments. Tout récemment un magnifique duo avec le trompettiste Luis Vicente s’est révélé un univers sonore très original en soit : Ghost Strata(Cipsela), parmi un flot de nouvelles productions. Celle – ci a été enregistrée au Old Heaven Books à Shenzhen City, un lieu qui a accueilli et publié en CD des concert de Brötzmann en compagnie de Sabu Toyozumi et de Jason Adasiewicz, le duo de Pat Thomas et Hamid Drake, ainsi que de la musique indienne du Nord et un extraordinaire double CD du Muqam des Dolan du Xinjiang, une musique complètement dingue. Dans cet ordre d’idées, il faut signaler que notre souffleur Lao Dan (qui a aussi enregistré avec le percussionniste précité Sabu Toyozumi, lui-même un héros du label No Business) joue ici très bien de deux flûtes chinoises. Bien sûr la classique flûte dizi à sept trous dont un est occulté par une feuille de papier de riz qui génère de remarquables effets sonores et qui sert dans la musique de chambre confucéenne avec la cithare gucheng , le luth pipa et la vièle Er-hu. Mais il souffle aussi dans une flûte diy (do it yourself) avec laquelle il produit des effet sonores plus étonnants tout en se référant aux schémas mélodiques de la musique traditionnelle chinoise. Outre le talent de percussionniste, Vasco Trilla cultive une largeur de vue esthétique spontanée qui l’habilite à dialoguer valablement avec son collègue chinois, lui-même un sérieux client. Il suffit d'appréhender sa voix rageuse à l'alto et les subtilités aux deux flûtes. La pratique de l’improvisation libre provient de sources multiples telles que le jazz « libre », la musique « contemporaine » occidentale et les musiques dites « ethniques » ou « traditionnelles » de tous les continents et latitudes, surtout dans le chef des pionniers de cette pratique révolutionnaire entre 1965 et les années 70. Cette série d’improvisations s’inscrit d’ailleurs dans la stratégie gagnante de ce label très ouvert qu’est No Business qui cultive une véritable diversité globale, dont ces New Species sont un excellent exemple.

Emiszatett Vestis Elisabeth Coudoux Markus Schmickler Pegelia Gold Matthias Muche Philip Zoubek Robert Landfermann Etienne Nillesen Impakt Köln digital
https://impakt-koeln.bandcamp.com/album/emiszatett-vestis

Un super orchestre de facture “contemporaine” d’avant-garde d’aujourd’hui rassemblant Pegelia Gold – voice, Marcus Schmickler – electronics, Matthias Muche – trombone, Philip Zoubek – piano, harmonium, Robert Landfermann – bass, Etienne Nillesen – snare, Elisabeth Coudoux – cello, composition. Pas de « solistes », ni une quelconque obédience « free », mais simplement une musique créatrice de formes, d’agrégats sonores inédits ou inouïs…. Où chacun exploite minutieusement un aspect sonore particulier, une couleur, un sifflement, des oscillations, des gestes mesurés, des timbres rares, des bruitages discrets dans une dimension orchestrale unitaire et cohérente tout en laissant ouverte des effets de surprise qui montent graduellement à la surface ou surgissent de nulle part. L’écoute n’est pas attirée par un instrumentiste particulier mais seulement par cet ensemble de production sonore entre « machine » et « rêve » . Vouloir pondre une exégèse de cette musique est bien vain : elle ne demande à être écoutée attentivement avant tout à plusieurs reprises sans qu’on puisse définir, évaluer ou ergoter. La créativité individuelle ou collective de ces musiciens est un champ de conjectures émises par des idiots. Je cite ici la remarque de notre ami John Russell, un incontournable pionnier de l’improvisation libre avec une très longue expérience : « Sometimes, I feel like an idiot ». Outre la magnifique réussite musicale de cet orchestre Emissatett et ces deux pièces worn shawl (20 :09) et knotted wrap (20 : ) elle a un avantage certain elle permet à une artiste atypique comme la chanteuse sculptrice et musicienne de rue Pegelia Gold de s’intégrer à une équipe d’improvisateurs instrumentistes très spécialisés tels que Schmickler, Coudoux, Landfermann, Nillesen, Muche et Zoubek. Cet esprit collaboratif ne fait qu’ouvrir la scène radicale d’improvisation contemporaine à des artistes provenant de tous les horizons, car il n’y a aucune limite dans cette pratique musicale. Un fantastique album qui vous fera rêver par l' ensemble Emissatett qui n'est pas à son premier coup d'essai, la violoncelliste Elisabeth Coudoux est sincèrement une compositrice à suivre!

Quatre introuvables publiés par Jean-Marc Foussat et Daunik Lazro à vingt copies pour les amis. Mais avant tout, chercher du côté de FOU Records et les CD's de Daunik Lazro ici : https://www.fourecords.com/ Il y a des enregistrements de concerts hallucinants à l'époque où Daunik soufflait dans un sax alto brûlant d'énergie incandescente ... (j'ai mis les liens de chacun des trois CD's en dessous de chaque image de pochette. Pls note FOU Records = Jean-Marc Foussat, le preneur de sons bénévole qui a enregistré une tonne de concerts depuis les années 70/80 à ce jour pour nous rendre service à tous !!



CD's "legit" FOU RECORDS à recommander absolument .. aaaaie !! Plus que ça tu meurs !! Et c'est FOU !!

https://www.fourecords.com/FR-CD55.htm


https://www.fourecords.com/FR-CD68.htm


https://www.fourecords.com/FR-CD68.htm