19 juin 2013

Sureau and MouthWind Brussels 29 june

Sureau : Jean-Michel Van Schouwburg- Jean Demey - Kris Vanderstraeten

MouthWind :  Lawrence Casserley - Mick Beck 

- Phil Wachsmann - J-M Van Schouwburg.

Samedi 29 juin 20h (doors) 20h30 : Ateliers Mommen 37 rue de la Charité 1210 Bruxelles Madou.  Entrée libre - free entrance  organised by Inaubible and Ateliers Mommen.
Sureau : Jean Michel Van Schouwburg, voix / Jean Demey, contrebasse / Kris Vanderstraeten, percussion.
MouthWind : Lawrence Casserley, live signal processing / Mick Beck basson /Phil Wachsmann, violin & electronics / J-M Van Schouwburg voix.
live free improvisations. 
MouthWind : Lawrence Casserley a développé un système unique de traitement du son des musiciens et de la voix humaine de son invention avec 14 canaux en temps réel, des laptops, un kaospad, des logiciels complexes et un réseau inextricable de câbles et boîtiers. Il travaille avec Evan Parker et Barry Guy (5 CD's ECM)et dirige l'installation géante ColourScape. La voix de Jean Michel Van Schouwburg se métamorphose de manière ahurissante du falsetto enfantin aux jodels et aux chants de gorge inimitables avec une expressivité visuelle et sera trafiquée par le dispositif de Casserley. Phil Wachsmann est un violoniste de premier plan dans la scène improvisée. Il collabore avec ses artistes les plus significatifs : Evan Parker, Barry Guy, Fred Van Hove, Tony Oxley, Derek Bailey, Paul Rutherford, Irene Schweizer, Paul Lytton, Radu Malfatti, Phil Minton etc... Il a développé des live electronics conjointement avec son instrument. Mick Beck, sax ténor, joue du basson dans MouthWind apportant des couleurs particulières en contorsionnant les sonorités de cet instrument traditionnel de la musique classique. Un improvisateur incontournable en Grande Bretagne. Sureau : trio voix - contrebasse - percussions formé en 2007 lors d'un concert imprévu en plein air à Anvers, frottements et extension sonores des cordes d'une contrebasse organique- Jean Demey, poésie ludique d'une batterie bricolée et d'objets détournés - Kris Vanderstraeten, gosier en folie/ voix explosée / parole sans mots - J-M Van Schouwburg . Construction spontanée, dérive surnaturelle, musique chantier vivante et insaisissable.

Sunday 30 june 17 h 30  Loft EX-I-T  7 rue Scheutveld 1070 AnderlechtMouth Wind & the Cosmophonics    entrance 7 euro

Lawrence Casserley, Phil Wachsmann and Mick Beck will meet the unbelievable free improvising vocal ensemble the Cosmophonics with singer Pierre Michel Zaleski and fellows Marco Loprieno , Claude Colpaert, Anael Honings, Sonia Paço Rocchia, Pat Lugo, Kostas Tatsakis led by J-M Van Schouwburg. voices and instruments ( Kostas dms, Marco sax ténor, Sonia bassoon, Claude trombone). 

Sureau trio : CD Sureau recorded 2007 on Creative Sources , CD the Leuven concert 2009 on Setola di Maiale : JM Van Schouwburg voice / J Demey double bass / Kris Vanderstraeten percussion.
MouthWind : CD MouthWind 2010 on He(a)rme(ye)s : Lawrence Casserley live signal processing @ J-M Van Schouwburg voice



17 juin 2013

summer listenings


Keith Tippett Giovanni Maier Two For Joyce Live in Trieste Long Song Records LSRCD 127/2013
Un duo enregistré dans la banlieue industrielle de Venise en hommage à James Joyce. Un piano magistral et un contrebassiste qui relève le défi durant les 49 minutes de cet excellent concert. Giovanni Maier est un proche du contrebassiste Roberto Bellatalla (ils ont enregistré un superbe trio avec le batteur Michele Rabbia). Comme Roberto Bellatalla  fait lui-même partie de la fratrie londonienne Tippett – Moholo et compagnie depuis des lustres, au sein de Dreamtime, avec qui Keith Tippett a souvent joué et enregistré, cette association de Giovanni Maier avec le légendaire pianiste britannique est tout à fait naturelle. Une belle contrebasse puissante et sensuelle pour épauler avec beaucoup de classe et de retenue un de nos pianistes favoris tout en énergie, en nuances et avec son extraordinaire articulation.  Les deux partenaires nous convient à un parcours de l’univers tipettien dans toutes ces déclinaisons. A la fois improvisateur de l’instant et compositeur dans la durée, le pianiste nous livre une construction tour à tour intime, étincelante et assumée. Après une brillante envolée scandant des motifs africains, nos deux partenaires ménagent un passage introspectif où les harmoniques à l’archet et le jeu dans les cordes se rejoignent. Une comptine au piano préparé se mêle à des pluckings délicats, les cordes graves résonnent dans la table d’harmonie, alternant subtilement deux modes de jeux sans crier gare. Keith Tippett et Giovanni Maier ont fait ici un superbe concert et comme les albums de Keith dédiés au piano en solo ou duo se font rares au fil d’une très longue carrière, on ne boudera pas notre plaisir.

Home John Russell - Fred Lonberg-Holm Peira

Ce sympathique micro-label chicagoan nous présente un magnifique duo de deux personnalités incontournables de l’improvisation libre. Le guitariste John Russell et le violoncelliste Fred Lonberg-Holm se sont rencontrés dans l’appartement du guitariste à Walthamstow pour un superbe échange. Voilà pourquoi Home. L’enregistrement réalisé par Russell a une qualité technique remarquable quand on connaît les circonstances de celui-ci : une petite pièce encombrée de livres, d’étagères de cd’s, ordinateurs, archives etc… La musique est superlative : la distinction du guitariste et les sonorités particulières de son jeu, intervalles dissonnants issus du dodécaphonisme, harmoniques obtenues avec des plectres en pierre, etc… n’ont d’égales que les nuances et la dynamique du violoncelliste. Cet album est un témoignage merveilleux, s’il en est, de tout ce qu’il y a moyen de partager, de jouer et de vivre en improvisant librement sans contrainte avec deux instruments à cordes.  

Southville Summer Dominic Lash – Ricardo Tejero Clamshell records CR 11
Contrebasse (Lash) et saxophone tenor / clarinette (Tejero, …plus sifflets) pour une belle mise en commun de deux camarades associés depuis des années au sein de la communauté improvisée londonienne et du London Improvisors Orchestra dont ils sont des piliers incontournables. Chacun des sept morceaux de l’album enregsitré en 2012 est consacré à un mode de jeu spécifique et des tournures précises qui donnent à ces échanges une identité forte. Le contrebassiste joue à égalité avec le souffleur qui sollicite une belle variété d’effets sonores intégré dans un discours construit qui va du mélodique (Allfoxton), au bruitisme intelligent (Fernleaze) en passant par le classique vingtiémiste (Grittleton). J’apprécie particulièrement l’excellent travail de Dom Lash à la contrebasse aussi bien à l’archet qu’au bout des doigts et auquel les souffles conjugués de Ricardo Tejero offrent une belle contrepartie. Le parti-pris « efficace » de consacrer chaque pièce à une direction musicale différente concentre l’attention de l’auditeur pour le meilleur. Rien ne se perd et au bout du compte, on a parcouru un beau voyage. Des partisans de la musique honnête du partage et de l’écoute.

Songs From Badly-Lit Rooms Tom Jackson & Benedict Taylor Squib-Box 2013-06-09
Songs from Badly-Lit Rooms cover art
Wouf ! Un superbe duo clarinette et (violon) alto par deux jeunes musiciens qui sont à la proue de la relève des improvisateurs britanniques. Dès la première écoute, il est clair que l’altiste Benedict Taylor est sans nul doute un des violonistes les plus intéressants de la scène improvisée à s’être révélé récemment. Avec l’excellent clarinettiste (virtuose) Tom Jackson, il forme un duo remarquable et leur Songs From Badly - Lit Rooms est déjà un enregistrement de référence pour tous les membres du Comité d’Evaluation de la Violonnerie Improvisée de la Fondation Johannes Rosenberg. Benedict Taylor fait littéralement gonfler, distendre les paramètres des sons de son instrument avec un jeu très détaillé de pression de l’archet sur les cordes. Un raffinement sensuel et inouï avec les harmoniques, les transformations du son dans le même coup d’archet surviennent avec un savant mélange de logique et d’intuition, l’altiste tirant magnifiquement parti de la tessiture du violon alto dans des méandres micro-tonaux. Les intervalles sont étirés ou distendus de manière très personnelle voire intime, fruit d’une oreille musicale finement exercée. Une colorisation inédite des timbres. Tom Jackson joue avec précision et inventivité de superbes contrechants, inventant une contrepartie subtile dans un style proche de la musique contemporaine. Son jeu à la clarinette relativement « classique » se met de temps en temps à étirer les intervalles, faisant bonne mesure avec son partenaire. On entend poindre ça et là des écarts avec le chromatisme qui entrent en sympathie agissante avec les soubresauts soniques de son partenaire. Il peut aussi bien naviguer sur un autre plan en se concentrant sur son phrasé « contemporain » très droit laissant son acolyte s’échapper dans de merveilleux glissandi. Pour toutes ces raisons et le fait qu’ils essayent plusieurs points de vue dans les échanges, il s’agit d’un superbe premier album.  Enregistré live dans des lieux différents et avec des acoustiques parfois imparfaites sans que cela soit gênant. Peu importe, la musique est super-réussie et la qualité acoustique n’infère en rien sur mon parti-pris et mon plaisir d’écoute pour leur superbe musique. Voici donc deux improvisateurs vraiment talentueux engagés dans l’improvisation libre dont je me dois de saluer l’arrivée providentielle dans la scène britannique.
Je répète, superbe, voire indispensable si vous aimez le violon et l’alto improvisés.

Gongfarmer 36 Jim Mc Auley LongSong Records.

Ce label italien vient de frapper fort avec ce superbe témoignage  solo d’un guitariste exceptionnel, Jim Mc Auley. Remarqué il y a plus de dix ans dans un album en trio de guitares avec Nels Cline publié par Derek Bailey sur son label Incus, Jim Mc Auley manie aussi bien la guitare classique que le dobro ou la national métallique, instruments emblématique du blues. Un morceau est dédié à John Carter, un autre revisite le saltarello. Des objets sont utilisés dans les cordes en en tirant les meilleurs effets.
Gongfarmer 36 est un témoignage de  de ce qu’un improvisateur / instrumentiste de haut niveau est capable de faire avec des guitares. Plutôt que de « spécialiser » dans un style ou une démarche, Jim Mc Auley réussit tout ce qu’il entreprend, nous offrant un panorama vivant et convaincant de son talent en travaillant le son en profondeur, l’articulation, les intervalles, l'exploration... Il trouve le ton juste avec chaque instrument et chaque approche. Un guitariste improvisateur radical qu’on écoute et réécoute avec plaisir et un intérêt renouvelé : on a l’impression de n’avoir pas fait le tour. Oubliez les références citées dans le texte de pochette (Bailey, Fred Frith) et écoutez la musique. Une surprise de première classe, catégorie « musique honnête ».

FluiDensity Brian Groder Tonino Miano Latham Records Limited Edition Impressus IR Records.
Brian Groder est un de ces fantastiques trompettistes qui pullulent en Amérique et qui s’est, lui, créé un style jazz contemporain personnel et intéressant. Je vous passe les détails de sa carrière, rien que d’avoir enregistré un superbe quartet avec le légendaire Sam Rivers (un musicien que j’adorais étant jeune) est en soi une référence peu commune (Torque / Latham Records). Selon les notes de pochette signées George Grella, la musique du duo de Brian Groder avec le pianiste Tonino Miano se rapporte autant à la tradition du jazz « jusqu’à Cecil Taylor » qu’à la « musique nouvelle » d’origine classique. Ces deux musiciens, instrumentistes superlatifs avec un très solide bagage musical, ont une approche distanciée par rapport à l’engagement physique qui sous-tend l’improvisation libérée issue du jazz et  cette qualité des improvisateurs qu’est la fantaisie. Etant plongé dans l’univers des improvisateurs et de l’improvisation  depuis des décennies au point d’en être devenu un moi-même, je ne ressens pas le feeling de l’improvisation dans cette musique excellemment jouée, avec une justesse toute classique, pensée et réfléchie en profondeur. Pour faire court, on pourrait qualifier leur musique d’une sorte de troisième courant de chambre. Il s’agit plus de variations sur une composition que d’improvisations. Le son de la trompette est éminemment classique et balance merveilleusement le jeu orchestral du pianiste, d’une très grande finesse.  C’est en quelque sorte une musique jazz pour amateurs de musique classique jouée magistralement et, de ce point de vue, c’est une réussite incontestable. Je serais curieux d’entendre Groder en compagnie de Blaise Siwula, François Grillot etc.. ( ils viennent de travailler ensemble), car notre trompettiste a une technique et un contrôle du son de première. Et je suis certain que dans ces contextes, il fera un superbe travail. On peut donc féliciter ces musiciens pour leur excellence.
Toutefois, la référence « Cecil Taylor » citée dans notes de pochette me semble absente dans le travail du pianiste. Etant personnellement un passionné des Cecil Taylor, Paul  Bley, Mal Waldron, Randy Weston, Jaki Byard et Thelonious Monk et un inconditionnel de Fred Van Hove et Alex Schlippenbach depuis ma tendre jeunesse, j’ai personnellement des difficultés à apprécier le piano tempéré « plain vanilla » et son expressivité. J’ai trop écouté Howlin Wolf, John Coltrane, Ornette Coleman, Skip James, Jimi Hendrix, Duke Ellington et Charlie Mingus, la musique des pygmées, celles d’Inde du Nord et du Sud, les musiques africaines, javanaises etc… et donc mon oreille est déformée à tout jamais. Je m’en excuse.
Un super duo quand même.

12 mai 2013

Aerobatically Yours


Black Sky K-Space : Gendos Chamzyrin Tim Hodgkinson Ken Hyder Setola di Maiale SL2410
BLACK SKY
Ce concert avait été organisé et enregistré à Catania en Sicile par le centre Alan Lomax le 18 avril 2009 par Luca Recupero. Alan Lomax est une personnalité enngagée et incontournable dans le domaine des musiques populaires traditionnelles. Le travail qu’il a effectué dans le domaine des racines du blues et de la condition sociale et humaine des Afro – Américains du Delta du Mississipi dans les années quarante et cinquante est une contribution essentielle. Rien d’étonnnant que le centre qui porte son nom ait invité K –Space : Gendos Chamzyrin est un authentique chanteur, lutiste et artiste chaman de Tuva. Le trio qu’il partage avec Tim Hodgkinson et Ken Hyder situe sa pratique musicale aux confluents de la musique traditionnelle de Touva, du post-rock électrique, de la free-music, des modes et des rythmes en phase avec la pratique de la musique traditionnelle. A l’heure où les musiciens classiques Turcs, Iraniens, Kurdes et Indiens développent des formules plus « accessibles » de « cross-over » en simplifiant / standardisant leur héritage multi centenaire au détriment de la finesse inhérente et du sens profond des musiques traditionnelles, Gendos Chamzyrin nous prend à rebrousse poil sans concession. Sous des dehors débonnaires, plaintifs et machos, le blues afro-américain cache bien le jeu de la subversion et sa critique sociale voilée. Je ne comprends pas le sens des paroles de Chamzyrin, mais le timbre unique de sa voix (de « gorge ») a une profondeur, un vécu, exprime une rage de vivre et une détermination. Ken Hyder bruite ou percute ses peaux dans des cycles rythmiques adaptés à la métrique du chant Touvin de Gendos, caractérisé par cette voix de gorge grave d’une épaisseur gutturale irréelle. On découvre ces harmoniques affûtées par une technique « pointe de la langue contre les gencives intérieures » maîtrisée. Interviennent aussi deux cymbales épaisses et bulbées, semblables à celles utilisées dans les rites tibéthains et le luth dombra qui ponctue le chant. Tim Hodgkinson joue en loops ou en direct de sa steel guitar trafiquée ou souffle superbement dans sa clarinette avec les modes requis. Le groupe joue « ensemble » ou « séparement », comme si leurs univers respectifs se côtoyaient sans se croiser ou se toucher  et /ou, soudainement, s’interpénêtrent. Ces deux démarches sont inspirées par les croyances chamaniques. Un groupe parfaitement soudé qui joue une musique engagée et spirituelle, à la fois terrienne et céleste sans le moindre apprêt ni faux-semblant. Leur démarche radicale, l’urgence du chant et du cri sont en phase avec l’improvisation collective la plus sincère et engagée.

Vaincu ! Va Evan Parker Live at Western Front1978.
Vaincu.Va!
L’association Western Front a effectué un travail de présentation des musiques contemporaines, expérimentales et improvisées à Vancouver. En 1978, ils avaient accueilli le dernier concert de la première tournée d’Evan Parker en Amérique du Nord et réalisé l’enregistrement de manière acceptable. Voici que Western Front publie le concert en album vynile ! Au milieu d’une production pléthorique d’albums et de rééditions des « pionniers » , au premier chef, Brötzmann et Parker, qui viennent gonfler leur documentation exponentielle, l’amateur éclairé pourrait se dire : cette fois – ci, je passe ! Et bien, si vous n’avez pas sous la main les quelques albums parus sur musique d’Evan Parker des années 70, certains sold-out, précipitez-vous ! La musique enregistrée est dans la ligne des Saxophone Solos de 1975, par exemple (Psi), de Monoceros de 1977 (non réédité) et du duo avec Paul Lytton (Collective Calls 1972 et Live at Unity Theatre 1975/ Incus réédition Psi). Je me souviens très bien de l’interview où Parker soulignait que l’aspect intéressant de son travail résidait dans la « physicalité » du son. Les harmoniques puissantes et les glissandi furieux s’affirmaient comme un cri de guerre contre la bienséance tonale ou sérielle. Cette démarche est précisément documentée dans les aerobatics des Saxophone Solos, dans Monoceros, Unity Theatre ou dans Three Nails Left du quartet d’Alex Schlippenbach avec Lovens et Kowald (FMP). Une  radicalité novatrice indiquait une voie nouvelle qui fascina Daunik Lazro, Urs Leimgruber, Wolfgang Fuchs, Michel Doneda et beaucoup d’autres. Pour reprendre les mots d’un chroniqueur français de l’époque, « une violence inouïe ». Qui dépasse l’imagination ou l’entendement. Ses doigtés croisés font alterner / juxtaposer des sons inouïs, harmoniques suraiguës et résonances fantômes, glissandi et multiphoniques irréelles. Deux années plus tard, en améliorant sa technique, déjà hallucinante à l’époque, et en raffinant sa démarche vers une «  illusion de polyphonie », Evan Parker créait une contrepartie aérienne et extraordinairement physique aux démarches « minimalistes » d’un Steve Reich ou d’un La Monte Young. Ici, Evan Parker est sauvage et insaisissable. Par bonheur, son concert et sa durée semblent avoir été conçu pour deux faces de 33t. A recommander  absolument.

Schmetterling Simon Rose NotTwo Records MW855-2
Simon Rose (2) - Schmetterling
Un album solo de saxophone baryton qui met en évidence cette physicalité radicale du son dont Evan Parker avait parlé à propos de son travail. Simon Rose qu’on a entendu avec plaisir au saxophone alto avec Simon H Fell et Steve Noble dans le trio Badland (Society of Spectacle / Emanem et Axis of Cavity / Bruce’s Finger), explore le registre graveleux et terrien du sax baryton en exploitant les nuances du cri et des harmoniques, de vibrations timbrales, de glissements microtonaux, de slaps en pointillés, des barissements. Quatorze pièces bien détaillées où Simon Rose travaille distinctement  et en profondeur chaque idée, chaque association de sons en prenant son temps. Sa spontanéité n’empêche aucunement la logique et et la construction intelligente. Un lyrisme sonique, des boucles qui évoquent le meilleur de Joe Mc Phee ou de Daunik Lazro, une approche vocalisée du gros saxophone, qualités qui toucheront nombre d’amateurs de jazz libre et d’improvisation sincère. Les Brötzmanniaques de tout poil trouveront là leur contentement, les autres tout autant et même plus (Panopticon). La respiration circulaire jointe aux staccatos de graves dans South on Squirrel est irrésistible. Il redispose ces éléments avec surprise dans Eel Feeler et ensuite Boxhagener. Chaque plage apporte son bonheur. A la fin, vous vous trouvez comblés et rassasiés. C’est un superbe album que le label polonais NotTwo a eu la témérité et la présence d’esprit d'inclure dans son catalogue. Simon Rose est un de ces représentants inconditionnels de la musique « honnête », comme me l’a si heureusement décrite son ami Paul Dunmall, qu’on soutiendra de manière inconditionnelle tout aussi bien. L’art de l’invention et de la conversation sonores dans ce qu’elle a de plus authentique. On boit du Schmetterling comme du petit lait ou comme un vin de Moselle imaginaire…

Blind Date Quartet Angelika Sheridan Ulrike Stortz Scott Roller John Hollebeck GPE records timezone TZ 794
L’instrumentation. Flûtes (dont une flûte basse) : Angelika Sheridan. Violon : Ulrike Stortz. Violoncelle : Scott Roller. Percussion : John Hollenbeck. Contemporain « classique » : visiblement la pratique de Sheridan, Stortz et Roller. Improvisation : une foi aveugle. Jazz : la batterie d'Hollenbeck Blind Date privilégie le jeu chambriste parce qu’il permet d’entendre chacun dans les moindres détails tous ensemble avec un rare équilibre. Ces quatre musiciens nous font entendre une version superlative de cette musique improvisée libre dont on parle souvent mais qui semble se cacher derrière les concepts, les assemblages de fortune ou la routine. Le souffle d’Angelika Sheridan et les nuances infinies de son jeu donnent le la et ses trois partenaires (deux femmes et deux hommes) réalisent des tours de passe-passe sonores, musicaux, de travail sur les timbres, dynamiques, avec un équilibre supérieur. Ils travaillent une multiplicité d’idées et d’éléments tout au long des superbes quatorze pièces de Blind Date avec un vrai feeling narratif. En plus, il y a l'élan d'un swing naturel, d'un flux rythmique intériorisé qui tire son origine dans l'amour du jazz et de la musique spontanée. Voici un collectif musical basé sur l’écoute mutuelle et le partage intégral du temps, de l’espace et des fréquences ( !) qui ferait sourire un Evan Parker les yeux fermés dans sa barbe. Une véritable vision humaniste de la musique. Enregistré au Loft de Cologne par des musiciens du cru, ce superbe album nous rappelle que cette partie de la Rhénanie est au même titre que Londres ou Berlin, une « capitale » de l’improvisation radicale. On leur décernera le prix John Stevens Serial Idealism, un award imaginaire que je viens d'inventer !

15 avril 2013

Objets musicaux et nouveaux instruments auto-inventés : Martin Klapper, Hal Rammel

Recent Croaks  Martin Klapper – Roger Turner Acta Records 1997
ROT / ROH Ulli Boettcher – Martin Klapper NurNichtNur  2007
Boettcher Klapper – Rot / Roh - Cover

A dix ans d’intervalle, deux enregistrements révélateurs de l’art de la table recouverte d’une kyrielle d’instruments électroniques d’un autre temps et de jouets en compagnie de deux improvisateurs parmi ceux chez qui le don d’improviser confine à l’urgence immédiate et à une intuition infaillible. Le percussionniste vif-argent Roger Turner a trouvé chez l’objétiste tchèque Martin Klapper une capacité à répondre, anticiper, imaginer et détourner  (à) toutes les associations de sons qui peuvent / doivent survenir. Cela dépasse les limites du dialogue, de l’interaction ou même de l’entendement dans les liens de causes à effets, soulignés par le contraste saisissant entre la fine sensibilité du percussionniste et l’aspect brut de décoffrage des bruitages de son acolyte. Recent Croaks est une rencontre aussi imagée et joyeusement ludique qu’elle requiert un sens très aigu de l’acte d’improviser basé sur une réflexion profonde et imaginative. Artiste visuel praguois impliqué dans le cinéma expérimental et danois d’adoption, Martin Klapper a sillonné les scènes nordiques et allemandes avec tout ce qui compte dans la scène improvisée active de base de Hambourg à Vienne et de Berlin à Amsterdam et Londres. Depuis le début des années nonante, il a croisé les Butcher, Chris Burn, Jeffrey Morgan, Birgit Uhler, Ulli Philipp, Roger Turner, Adam Bohman, Clive Graham, Ray Strid, etc... Contraint par l’urgence des situations, il a développé une capacité à se servir de ses objets amplifiés, gadgets électroniques, vieux tourne-disque, thérémine d’avant-guerre, dictaphone et cassettes pré-enregistrées avec un à propos ludique et une dynamique remarquable. Dans Recent Croaks, l’imagination de Roger Turner et sa frappe hyper-kinétique font des merveilles pour inventer les agrégats de sons qui semblent jaillir des bruitages de Martin Klapper. Celui-ci conserve un sang-froid admirable en contenant / contournant ce qui simule une activité débordante dans le chef du percussionniste virtuose. On rentre dans l’intimité de la complémentarité des contraires. Bon nombre de commentateurs sont obnubilés soit par l’hyper-virtuosité d’improvisateurs renommés (Evan Parker, Derek Bailey, Barry Guy ou Paul Lovens) ou la maîtrise de la concentration zen (Eddie Prévost, John Tilbury) et ne conçoivent pas qu’un virtuose brillant comme Roger Turner puisse faire sens avec un « non-musicien » devenu au fil des ans un solide artiste sonore. L’aspect humoristique « bandes dessinées » des inventions de Klapper ne doit pas occulter la conscience partagée de toutes les possibilités d’agencement spontané des sons au fil de leurs improvisations. Recent Croaks en est un véritable guide pratique. J’ajoute encore, qu’à Copenhagen, Martin Klapper dispose d’un arsenal effarant de jouets étalés sur deux tables de quatre mètres et qu’il ne peut pas transporter en voyage.
Autre percussionniste, passé celui-là dans le camp de l’électro-acoustique, Ulli Boettcher est un vétéran du collectif très pointu de Wiesbaden qui a fédéré bien des énergies autour de leur Humanoise Festival. Il a utilisé le système LISA mis au point par le STEIM d’Amterdam pour l’adapter à sa conception rythmico-pulsatoire du live-signal-processing.  Cela consiste à transformer les sons d’un instrumentiste improvisateur en temps réels et pour celui-ci à dialoguer avec des éléments transformés de sa propre musique, parfois au-delà de l’imaginable. On l’a entendu en duo avec le tromboniste Paul Hubweber et leurs inventions méritaient mieux qu’une distribution confidentielle (Schnack ! NurNichtNur). Paul Hubweber est un improvisateur exceptionnel et un collaborateur de prédilection de Paul Lovens et John Edwards depuis plus de dix ans (PaPaJo). Le duo Boettcher/Hubweber est un sommet d’intégration interactive de tous les paramètres musicaux / sonores dans le cadre électro-acoustique live. L’exemple parfait de la symbiose la plus intelligente qui puisse exister dans ce domaine. C’est pourquoi, je pense, il faut écouter Rot/ Roh avec deux grilles de lectures. Les sons inventifs complètement fous de Klapper ont un côté potache évident qui amusera la galerie. Mais la construction de l’album, composé de 15 pièces distinctes, est munie de 59 ID qu’on peut utiliser en mode aléatoire en zappant d’un moment à un autre au gré de sa fantaisie. Il en résulte une cohésion dans le mariage des timbres et l'enchaînement des actions alors que la démarche semble aléatoire. Fort heureusement, Martin Klapper joue ici avec de nombreux jouets qui apportent une dynamique différente. La musique de son partenaire est réalisée en temps réel en captant et transformant les échantillons des sons de l’objétiste danois. Le duo atteint un degré de sophistication inouï dans les échanges / emprunts qui rend cette rencontre d’un type nouveau naturellement spontanée.  Le sens du timing du tandem Martin Klapper – Ulli Boettcher est impressionnant. Mais qui joue quoi ? On s’en fiche ! Hautement recommandable.
Klapper* - Küchen* - Irregular
Au rayon des collections, un sympathique vinyle 10 cm 33t, Irregular dévoile deux faces du duo Martin Küchen - Martin Klapper (Fylkingen FYSP 1006). Küchen joue ici du sax baryton. L’enregistrement date de 2001 bien avant que le vinyle ne fasse sa réémergence.

Agog  Hal Rammel Penumbra CD016 / Fractures and Phantoms Matt Turner & Hal Rammel Penumbra CD 017
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Une palette amplifiée construite par un artiste visuel dont on admire les photographies qui agrémentent les productions soignées de Penumbra. Le nom du label fait songer aux nuances ombrées des photos noir et blanc dont Hal Rammel est un véritable virtuose. Ce don de l’image l’a amené à construire un instrument amplifié au moyen d’une palette de peintre ovoïde hérissée de multiples tiges et lames métalliques verticales qu’il manipule avec un archet, des baguettes, des brosses, etc... La face interne du CD Agog. Music for Amplified Palette est ornée d’une photo très rapprochée de cet instrument particulier dont les sons évoquent ceux d’Harry Partch. On y aperçoit des lames de scies électriques. Ces tiges sont elles-mêmes barrées par des tiges plus fines créant des hauteurs / intervalles non tempérés. Effets de sonnailles, de sanza céleste, frottements, harmoniques, percussions accordées, harpe métallique, marimba chromé, les occurrences de la musique composite de Rammel s’étendent dans dix-sept miniatures qui détaillent les possibilités de ce curieux instrument. Une citation est reprise au bas d’une belle photo de la palette insérée dans le CD : the palette is set in accord with spectrum band (Robert Henri , The Art Spirit, 1923). Son premier album, The Devil is in the Detail, était accompagné de notes de pochette de Radu Malfatti, dans lesquelles cet improvisateur et compositeur exigeant faisait une exégèse enthousiaste de la démarche de Rammel. Avec Fractures et Phantoms, on peut mesurer la sensibilité et la musicalité de ce véritable improvisateur en compagnie du violoncelliste Matt Turner, un instrumentiste équipé de moyens considérables. Le dialogue et l’interpénétration des sonorités en sont absolument remarquables. Contrepartie visuelle de l’invention sonore, l’image photographique noir et blanc de la pochette est décrite comme étant des Pinhole Photograms. Cette image est un tirage photo de Rammel lui-même, tout comme l’image d’Agog. Fractures and Phantoms est publié à 144 copies numérotées.  L’adresse postale de Penumbra est localisée à Grafton, Illinois, une localité où, durant les années 20, des bluesmen de légende ont enregistré des faces mythiques pour le label Gennett : Skip James, Blind Lemon Jefferson.

Midwest Disquiet  Hal Rammel Penumbra CD 015. 99 copies en édition limitée numérotée et 201 copies en version standard.
 
On croirait avoir fait le tour du propriétaire avec Agog et Fractures. Ce serait méconnaître les ressources d’Hal Rammel. Il semble préparer son instrument en modifiant la dynamique de l’amplification. Il privilégie une dimension introvertie faite de pressions sur les tiges, de frottements avec une activité rythmique assez dense qui entraîne la musique dans une polyphonie de sons sourds, flûtés et glissés (Lost Bridge 7 :55). Un motif de cloches en boucles évolue insensiblement avec un charme plein d’hésitations qui enrichit la rythmique (The Undiscovered I 4 :29). Une évocation de sifflements de flûtes d’habitants d’une forêt vierge imaginaire (Dust of Details 10 :28). Cette impression est accentuée comme si cette polyphonie était entraînée par un cours d’eau invisible (Throttle and Disregard 8 :27). Soubresauts de marimba ou xylophone accordé dans une échelle improbable (The Undiscovered II 4 :25) qui aboutit à un tournoiement final de timbres percussifs assez étonnant. Sa musique se réfère indirectement à des racines africaines et ce n’en est pas le moindre paradoxe. Une musique réalisée avec soin et précision et une grande dynamique. On retrouve ces qualités au niveau des superbes pochettes et illustrations. Comme dans la série des Lost Data, trois 45t édités en édition limitée à 99 copies numérotées pour célébrer le 10 ème anniversaire du label, Penumbra Music. Lost Data, First Sleep et Next Memory (45-01/ 45-02/45-03), elles sont illustrées chacune d’œuvres d’art de Rammel ou du cliché d’une sculpture en céramique sa compagne Lilian (First Sleep). Un autre de ces instruments, l’Interocyter est documenté dans le 45t Song of the Interocyter (Penumbra 45-04). Entre art sonore et galerie d’art, Hal Rammel est un activiste connu de la planète improvisation pour les concerts du Woodland Pattern Book Center à Milwaukee.


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Cette manie de l’édition artistique soignée et limitée est poussée au paroxysme par les albums du trio Audiotrope auquel participent Rammel, le guitariste Thomas Gaudinsky et le saxophoniste soprano Steve Nelson-Raney, dont deux enregistrements figurent au catalogue de Penumbra (Improvisations for saxophone and organ avec Gary Verkade Penumbra CD 12 et Cutting Off The Edge avec le percussionniste  Jon Mueller Penumbra CD 011). Les albums d’Audiotrope font l’objet des publications tout aussi léchées du label Necessary Arts dont Gaudinsky est le maître d’œuvre. Veuillez attendre patiemment une prochaine page d’Orynx Blog, que je retrouve ma plume et vous serez servis.
J-M VS 

11 avril 2013

Steve Beresford pianist and sonic table improvisor

Steve Beresford. Interview and overview













Dans le but de réunir quelques artistes impliqués dans l’électronique au sens large et les objets amplifiés et avec des parcours et des centres d’intérêts variés, j’avais sollicité Steve Beresford, Adam Bohman et les deux musiciens du groupe FURT, Richard Barrett et Paul Obermayer pour se livrer à une interview à quatre voix via e- mail et qui se voulait interactive. Bien que très différents, ces musiciens partagent de nombreuses choses en commun et, surtout, une véritable admiration réciproque. Aussi les quatre artistes ont développé l’électronique et les sons amplifiés un peu à l’écart des tendances fashionables d’aujourd’hui.
Alors que Richard Barrett est un compositeur réputé (élève de Brian Ferneyhough) et a développé une conception sophistiquée des manipulations du son électronique avec Paul Obermayer, Adam Bohman est l’archétype de l’autodidacte qui n’a pas froid aux yeux. Il étale un bric-à-brac délirant sur une table et l’amplifie empiriquement en collant des micro contacts au milieu de ses objets. Avec cet assemblage, il n’hésite pas à affronter tous les instrumentistes qui se présentent à lui. Steve Beresford est un des plus fervents supporters d’Adam Bohman et de son frère Jonathan (The Bohman Brothers Band !) Adam est aussi des piliers du London Improvisors Orchestra dont Steve est le pianiste attitré et un conducteur assidu et particulièrement brillant. Il a développé une approche de l’électronique « low –fi » avec mettant en batterie une kyrielle d’instruments vintage. Tout comme les deux inséparables compères du duo FURT, ses performances électroniques font preuve d’un sens aigu du timing et du rythme. Le duo FURT s’est produit à plusieurs reprises avec Adam Bohman. Le premier enregistrement de FURT associait Adam et tout récemment, ils devaient partager la scène du Freedom of The City 2010 jusqu’à ce que Richard Barrett, indisponible, fût remplacé par Phil Marks. Phil est le percussionniste de l’excellent trio Bark avec Paul Obermayer.

Comme ce projet d’interviews croisées semblait impraticable, j’ai opté pour livrer des portraits de chaque individualité au départ d’une interview dont voici le texte de Steve traduit par mes soins. Il est suivi par une série de questions qui tente de cerner certains éléments de sa démarche.

Steve Beresford



J-M Van Schouwburg :    Où, quand et comment as-tu commencé avec la musique, un premier(s) instrument(s) et une activité musicale ( écouter, jouer, à l’école, études, plaisir) ?

Steve Beresford 
Il y avait en permanence un piano à la maison et les deux côtés de ma famille aimaient la musique. Mon grand-père maternel avait joué du cornet dans un groupe de jazz des débuts avec son frère qui jouait du piano et de l’accordéon. Plus tard mon grand-oncle rejoignit le Debroy Somers Orchestra, joua pour Gaumont British Films et on raconte qu’il a joué avec Louis Armstrong à Londres au début des années trente. Mon grand-père abandonna le jazz au bout d’un moment et se mit à jouer du violon classique à la place.
Mes père et mère étaient de grands amateurs de swing et allaient beaucoup danser. Lui avait fait partie d’un chœur et plus tard chanta avec l’orchestre local. La maison était pleine de disques. Le premier disque que j’achetais était un 78 tours : ‘Good Golly Miss Molly’ de Little Richard.
Je pense que j’expérimentai avec des clusters au piano quand j’étais tout jeune et je commençai des leçons de piano à l’âge de huit ans. Mon intérêt pour certain type de musique n’était pas du goût de mon prof de piano  ou de mon prof de musique ; dès les 13 / 14 ans, j’écoutais Coltrane et Cage ainsi que du jazz plus conventionnel. La plupart de mes tentatives pour apprécier la musique classique occidentale impliquaient Tchaikovsky et Chopin. Mais je ne les aimais pas. Plus tard, j’entendis le Prélude en Mi bémol Mineur de l’Op. 48 et la Tallis Fantasia de Vaughan Williams et j’aimais beaucoup cela.

Comme la BBC avait un programme jazz avec un répertoire très étendu, j’entendis des choses à la radio comme Steve Lacy et Cecil Taylor dans ‘Johny Come Lately’ et j’adorais.
Plus tard, il y eut Albert Ayler et un session live du Spontaneous Music Ensemble. Cela devait être aux alentours de 1968. Je jouais alors de l’orgue Hammond et de la trompette dans un sould band local. J’achetais tous les disques d’improvisation libre of free improvisation que je trouvais et que je pouvais m’offrir.

JM VS : Où, quand et comment t’es-tu mis à improviser. Etait-ce un choix délibéré de faire de l’improvisation ou quelque chose qui a grandi petit à petit de l’intérieur?
Aussi dans le cas d’études musicales, était-il alors facile de découvrir cet intérêt musical fondamental qui devait être bien différent de la norme.... Comment es-tu devenu complètement convaincu par l’improvisation, tout en étant impliqué dans la composition  ou d’autres genres musicaux?

SB : Je trouvais qu’improviser était très difficile au début. Quand j’entendis le Green Onions de Booker T and The MGs’, c’était suffisamment simple pourque je puisse travailler sur ce qui se déroulais. C’était dans le contexte du soul band que nous avions à l’école. Je pense que probablement, j’en acquis l’idée assez rapidement, mais restais dans le brouillard au sujet des techniques du piano jazz durant mon séjour à l’université; personne ne pouvait m’expliquer quoi faire de ma main gauche.

Après avoir quitté I’Université de York en 1971, je restai en ville et formai un trio d’ improvisation appelé ‘Bread and Cheese’ avec deux musiciens US. Nous aimions particulièrement Derek Bailey, Evan Parker, Elvin Jones, Don Cherry et Luciano Berio. L’instrumentation de départ était guitare, piano et batterie, mais nous utilisions souvent nos voix et j’avais de petits instruments aussi. Le guitariste du groupe - Neil Lamb – écrivit un morceau pour Derek Bailey, qui vint à l’université la jouer en concert avec quelques impros libres.

Derek interpréta la composition de Neil de manière relâchée, si je me souviens, and le département musique présenta son improvisation comme si c’était un petit bonus à l’œuvre sérieuse ( parce qu’écrite).

Par la suite, Martin Mayes et moi avons présenté quelques concerts d’improvisation libre à l’Université :  Evan Parker, Han Bennink, Derek Bailey, Peter Brötzmann et Fred Van Hove. Je commençais à prendre le train de minuit vers Londres pour jouer au Little Theatre Club et aussi avec  The Portsmouth Sinfonia, un orchestre plutôt hétéroclite qui comprenait Michael Parsons, Brian Eno, Gavin Bryars et pas mal d’artistes visuels.

Au Little Theatre Club, je rencontrai à nouveau Derek et Evan et aussi des musiciens plus jeunes. Quelques-uns d’entre eux se retrouvèrent sur Teatime, le LP Incus que nous fîmes en 1975 : Dave Solomon, Nigel Coombes, Garry Todd et John Russell. Je jouais énormément avec eux et d’autres comme Terry Day, Mongezi Feza, Roger Smith et ainsi de suite.

J’emménageai à Londres en 1974. A cette époque, il y avait régulièrement des concerts de la Musicians’ Co-Op à l’ Unity Theatre au Mornington Crescent et j’y jouais avec la plupart des improvisateurs de Londres. (Excepté John Stevens avec qui je jouai seulement à deux reprises, ce que je regrette).

Je jouais aussi avec un orchestre soul que nous avions lancé à York. Il incluait Stuart Jones à la guitare, Stuart était aussi dans Gentle Fire qui jouait du Cage et du Stockhausen. 

J’aimais mélanger tout cela et je continuais de jouer de la musique populaire et de danse, mais c’était bien sûr toujours l’improvisation libre qui était la partie la plus importante de ma vie. Je ne me souviens pas  quand j’en ai pris la décision mais le professeur et compositeur Bernard Rands m’avait dit deux ou trois choses très encourageantes, spécialement dans le contexte de l’Université de York où chacun essayait intentionnellement de vous décourager par tous les moyens.

Durant quelque temps, je jouais de la guitare basse dans un groupe appelé Roogalator, qui ajustait ensemble quelques idées rythmiques très intenses et variées. Je préférais la musique de danse comme celle-là. Plus tard, cela m’a amené à travailler sur des morceaux de Dub jamaïcains avec  Adrian Sherwood,

Nous avons ensuite formé le London Musicians’ Collective et cela a créé encore une plus grande ouverture. Nous avions un lieu (NDT situé Gloucester Avenue) et beaucoup sont venus nous rendre visite du monde entier.

JMVS  Etant déjà pianiste et aussi trompettiste et bassiste, pourquoi t’es – tu mis à jouer avec des jouets, des objets et des instruments jouets : absence de piano ? ( je me souviens très bien de ton concert solo de Bruxelles en 1977)...... Peux-tu expliquer cette pratique depuis le début jusqu’à son évolution récente vers l’électronique ? Tu as aussi réalisé des installations.
C’est une composante important de ta personnalité où interviennent des qualités rythmiques, quelque chose de spécifique avec le timing ? Tu peux un peu expliquer cela.

SB Je suis un admirateur inconditionnel des stand-up comedians et je pense que le timing est quelque chose de fondamental autant en comédie qu’en impro libre. Nous n’utilisons pas un temps métrique mesuré, mais nous sommes tout à fait bons avec un temps psychologique, comme dirions-nous, Stewart Lee, un comédien avec qui je travaille sur un projet pour l’instant. 

Initialement, je collectionnais de petits instruments parceque de nombreux endroits étaient sans piano. Ma collection s’est beaucoup transformée au fil des décennies, mais je me suis arrêté à la technologie des années mi- 80’s pour le moment. Peut-être, je vais faire évoluer cela d’ici peu. Les  pianos jouets étaient le subterfuge évident à la non-existence de piano dans la plupart des lieux, mais toutes sortes d’autres choses apparurent, partiellement parce que je joue aussi des cordes pincées et des trucs à souffler autant que des claviers. Actuellement, je n’utilise plus aucun clavier avec mon installation électronique. (On se souvient de ses Farfisa et Casio durant les années 80 – ndla).

L’installation que j’ai réalisée– à l’occasion du show collectif lors la récente ouverture de l’ Usurp gallery – était une version fort ritualisée du matériel qui me sert par ailleurs en concert. J’en ai réduit l’assemblage, déposé sur une table d’école Thaï, à des objets bruiteurs en plastique bon marché. C’était excessivement coloré et fort grésillant. Un court enregistrement de moi jouant cette collection était diffusé par des casques audio.

Je ne sais pas si je parviendrais à en expliquer des interrelations musicales. Je pense que cela doit être amusant et que cela produit une nouvelle musique à chaque fois.


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Alterations  (Terry Day, Peter Cusack, David Toop, Steve Beresford 1979 - 1986)

Voici un groupe essentiel de la scène improvisée qui tranche complètement sur les idées et les définitions répandues. Les musiciens utilisaient beaucoup d’instruments : Terry Day : percussions, sax alto, violoncelle, pipeaux, voix et textes, Peter Cusack, guitares, ukélélé,  bouzouki, David Toop : flûtes de concert, flûtes inventées, basse électrique, guitare , Steve Beresford : piano, claviers électroniques, pianos jouets, jouets, trompette, basse électrique. Ils passaient fréquemment d’un instrument à l’autre travestissant plusieurs styles musicaux en les faisant coexister subtilement ou collisionner de manière abrupte ou … idiote. Au fil des ans, la musique est passée de l’acoustique vers l’amplification. Elle était parfois indescriptible. Dans l’interview ci-dessous, il semble que SB s’exprime peu sans doute parce qu’il ne trouve les mots pour expliciter ce qu’il y avait de particulier dans ce groupe que lui-même juge primordial dans sa vie musicale.

Albums : Alterations Bead 9 1979 / Up Your Sleeve Quartz 1981 / My Favourite Animals Nato 1984/ Voilà Enough 1981 Atavistic / Alterations Live Live Recordings 1980 1983 Intuitive Records IRCD 001.

J-M VS : Je viens enfin de trouver le CD Intuitive d’Alterations et j’adore le concert de  Copenhagen : c’est un morceau fantastique! J’ai aussi écouté Voilà Enough sur Atavistic .
Ce groupe était très particulier : Est-ce que l’expérience d’Alterations, et le fait d’avoir travaillé avec eux, a une influence sue ce que tu fais maintenant ?

SB : Je pense que jouer dans  Alterations a influencé tout ce que j’ai fait depuis, mais pas nécessairement de manière très évidente. Il y avait une situation unique de relations dans le groupe qu’il serait impossible à recréer. Pour moi, c’était de loin plus important que le matériau musical employé. Cela explique aussi pourquoi les gens du rock ne pouvaient s’identifier à cela – la façon dont nous travaillions était très éloignée des procédés conservateurs et rétrogrades de presque tous les groupes de rock.

De toute façon, je n’aime pas trop la rock music. Funk, pop, reggae, country, etc – excellent !  Mais je possède à peine trois disques de ce que  la plupart des gens décriraient comme du « rock »


 J-M VS : J’ai entendu le groupe trois fois: en 79 au  Palais de Beaux Arts à  Bruxelles ( la deuxième face d’ Up Your Sleeve /Quartz) et au Festival Incus en 1986  au Arts Theatre Club Great Newport street . C’était votre dernier concert, je pense. Combien de concerts avez-vous fait en dehors de Londres ?  

SB Alterations a joué pas mal en Allemagne, aux Pays Bas et en Belgique, aussi loin que je puisse me souvenir.


J-M VS  Je ne comprends pas pourquoi les gens de la scène rock alternative (RIO  Musiques de Traverse, nowave) n’ont pas fait appel au groupe. Alterations était  parfait pour ouvrir les choses et très plaisant au niveau scénique.... Sa musique a bien résisté  au temps, je  ne suis pas sûr qu’un autre groupe allait si loin avec autant de légèreté.
Une qualité qui me fait penser à ce que Derek décrivit pourquoi il aimait le fameux album solo de Paul Rutherford,  Gentle Harm of The Bourgeoisie... Sérieusement pas sérieux.

SB  C’est très chouette à entendre ! J’aime penser que c’est quelque chose que je pourrais faire de temps à autre.

JM VS Vous apportiez un tas d’interrogations, c’était parfois inconfortable et un peu délibérément idiot (silly en anglais)  ?  Est-ce que chacun dans le groupe partageait le même avis concernant la direction de la musique ?
Quand Pete, David et toi jouaient des guitares, cela sonnait comme une véritable musique d’ensemble. Etait-ce préparé à l’avance ou discuté ?

SB Jamais.

J-M VS  Est-ce que la musique du groupe avait une relation avec cette définition de la musique improvisée libre comme étant "non-idiomatique" ?

SB  Non !

JM VS Voilà enough ! (titre du CD d’Alterations 1981 Atavistic)

SB J’avais une boîte avec ces enregistrements sur CD’s et le titre sur la boîte était “Viola Enough!”.

J-M VS J’apprécie sincèrement ce groupe Alterations ...

SB (en français) :  Moi aussi.

Steve Beresford.

Pour les improvisateurs étrangers de passage à Londres, Steve Beresford est un visage familier qu’on croise fréquemment dans les nombreux lieux de la ville dévolus aux musiques improvisées et expérimentales. Visiblement, après plusieurs décennies sur les scènes européennes en compagnie de personnalités aussi remarquables qu’Han Bennink, Derek Bailey, Eugène Chadbourne, John Zorn, Lol Coxhill, Tony Coe, Benat Achiary, Tristan Honsinger, Roger Turner etc… sans oublier de multiples productions professionnelles (studio, cinéma, etc), il a gardé intact l’enthousiasme d’auditeur et de découvreur de musiques qui l’ont plongé dans l’univers naissant des musiques improvisées et expérimentales au début des années 70. Steve adore se retrouver dans l’atmosphère des concerts et semble avoir autant de plaisir à écouter ses collègues et amis qu’à jouer lui-même. Il soutient activement les series de gigs sous l’égide d’un club en s’y rendant autant que le permet son emploi du temps. Une série de concerts « londonienne » accueille une fois par mois trois sets avec trois groupes différents, parfois 4 et le responsable du club est souvent lui-même musicien. La rémunération est « aux entrées », chaque participant recevant une part égale du montant de la caisse. Steve Beresford était un inconditionnel du Bonnington Arts Center au sud de la Tamise, une salle minuscule à l’étage d’un restaurant végétarien. Adam Bohman, le responsable du Bonnington, a emménagé non loin de là au Battersea Arts Centre, une structure professionnelle qu’il vient d’ailleurs de quitter récemment. Parmi les organisateurs légendaires, il faut citer John Russell et son Mopomoso au Vortex, la chanteuse poétesse Sybil Madrigal au Boat Ting sur un bateau ancré dans la Tamise, Alan Wilkinson au Flim Flam dans un pub de Stoke Newington, non loin de l’ancien Vortex. Les musiciens qui entourent Eddie Prévost (Sébastian Lexer, Seymour Wright etc..) jouent habituellement au Goldsmith College.  Et last but not least, Hugh Metcalfe qui vient de quitter Londres mettant fin à plus de 25 ans de transhumance de son délirant Klinker Club bi-hebdomadaire dans les pubs du Nord-Est. Steve se félicite de découvrir un nouveau venu original et la capacité d’un musiciens à assembler un groupe qui ouvre de nouvelles perspectives. Ces gigs servent de banc d’essai et nombre de musiciens jouent jusqu’à plusieurs concerts par semaine. Il ne suffit pas d’être un « excellent » improvisateur. Le fin du fin est de réussir le pari d’ un nouveau groupe qui se rencontre pour la première fois et donne à entendre une performance originale. 
Pour Steve, la scène de la musique improvisée ce sont tous ces femmes et ces hommes avec un talent original et qui partagent ce besoin d’expression collective au fil des saisons depuis l’époque du Little Theatre Club jusqu’à aujourd’hui. A la base de ce tissu de relations, il y a un sentiment de sympathie naturel, un chaleureux welcome pour quiconque apporte sa contribution, même modeste, à l’édifice. Et cela, au-delà des sexes, des générations, des backgrounds, des nationalités, origines ethniques, etc… Dès qu’un improvisateur étranger vient s’établir à Londres, même par intermittence, il est aussitôt adopté par cette communauté, forte de plusieurs centaines d’individus. Il y a quarante ans c’étaient l’américain Jim Dvorak et le brésilien Marcio Mattos, lequel à peine arrivé en 1969 jouait le lendemain avec John Stevens dans un Arts Lab. Aujourd’hui, le contrebassiste français Guilaume Viltard est fréquemment demandé et le madrilène Javier Carmona est un des deux batteurs habituels du London Improvisors Orchestra, un job qui a déjà été partagé par Louis Moholo, Steve Noble, Mark Sanders et Tony Marsh. (Tout récemment, Javier Carmona s’est établi à Barcelone).
Depuis 1999, ce très grand orchestre à géométrie variable rassemble une quarantaine de membres et chacun d’eux a la possibilité de proposer une direction. Steve Beresford en est le pianiste attitré et un de ses membres inconditionnels. Il est remplacé par Veryan Weston en personne lequel attend paisiblement que Steve dirige l’orchestre pour monter sur scène. Les concerts ont lieu au Café Oto à proximité du Vortex, lui-même trop exigu pour accueillir la moyenne des 25/30 musiciens - jamais les mêmes ! - qui se présentent à chaque rendez-vous mensuel. Steve improvise sa conduite généralement comme un concerto avec un soliste tout en tirant parti des personnalités présentes et des sections instrumentales. Outre les cuivres où officiaient Paul Rutherford et Harry Beckett, aujourd’hui disparus, il y a une impressionnante section de cordes avec Phil Wachsmann, Sylvia Hallett, Susanna Ferrar, Charlotte Hug, Hannah Marshall, Marcio Mattos,  David Leahy, Simon H Fell et BJ Cole, légendaire steel guitariste de studio. Dans ce contexte, SB se révèle un véritable maestro livrant à chaque concert une des pièces les plus consistantes musicalement. Sous sa conduite, le LIO dépasse la problématique improvisation/composition : de la grande musique. Son travail consiste à mettre en évidence les qualités et le potentiel de l’orchestre.
Parmi ses groupes favoris, on peut compter le trio avec le tromboniste Alan Tomlinson et Roger Turner (Trap Street/ Emanem), des duos avec John Butcher (Freedom of The City 2001 Emanem) et Han Bennink (Live in Edam /ICP), et une très intéressante collaboration avec Tania Chen où les deux pianistes dialoguent avec des objets, des jouets, l’électronique (Ointment/ Rossbin). Son entente avec Lol Coxhill est plus que musicale : humaine et chaleureuse avec ce qu’il faut de non sense british pour réellement détendre l’atmosphère (on pense aux stand-up comedians évoqués plus haut). Durant les années 80, il fut un des artistes associés au label Nato entre autres avec les Melody Four, un trio focalisé  sur la relecture des standards de tout poil et de toute origine combinée avec des versions chantées. Steve a tourné dans toute l’Europe avec le soprano lunatique de Coxhill et la clarinette délicieuse de Tony Coe. Tony jouait aussi du sax ténor et Lol est un chanteur de chansons qui aurait fait une brillante carrière de crooner dans une autre vie.
Emanem vient de rééditer Teatime, un 33 tours publié en 1975 par Incus, le label d’Evan Parker et Derek Bailey. Teatime réunit outre Beresford, Nigel Coombes, le violoniste éternel du Spontaneous Music Ensemble de 1976 à 1993, Dave Solomon le batteur qui avait joué dans les Roogalators et un vrai spécialiste du drumming Tamla Motown, Garry Todd, un saxophoniste ténor particulièrement original et le guitariste John Russell, alors à la guitare électrique. Le  disque contenait différents sous – groupes avec des titres délirants : European Improvised Music Sho’Nuff Turns You On. C’est un excellent document sur l’activité de musiciens dit « de la deuxième génération » qui ont eu une influence non négligeable sur la scène improvisée radicale. Steve Beresford fut un des premiers musiciens européens à collaborer avec John Zorn, Tom Cora, Eugene Chadbourne, Toshinori Kondo etc… Ce qui l’a amené à enregistrer pour Tzadik, le label de Zorn, avec les albums Cue Sheets et Cue Sheets II où on retrouve des collègues de la scène londonienne. Beresford a même enregistré un de ses albums avec Zorn et l'équipe du quartet Masada (Dave Douglas, Greg Cohen et Kenny Wollesen) : Signals for Tea  (avant Japan). Il en a écrit tous les titres et chante les lyrics écrit par son pote Andrew BrennerFoxes Fox est un quartet énergétique rassemblant Louis Moholo, Evan Parker , John Edwards et SB et qui fut fréquemment à l’affiche du Vortex avant le départ de Moholo pour l’Afrique du Sud (Naan Tso)/ Psi. Du free – jazz costaud avec Parker au ténor et la propulsion effervescente de Moholo, mais à l’anglaise : complètement improvisé et avec une écoute mutuelle au service du collectif. Leur nouveau CD pour Psi est une pure merveille : Live at The Vortex (Psi 12.01) est un extraordinaire concert de 2006 dans lequel Steve mouille sa chemise en faisant preuve d'imagination et Evan Parker à son meilleur pressé par les roulements infernaux de Louis Moholo - Moholo. En prime Kenny Wheeler pour un long morceau.













Tout récemment Check for Monsters (Emanem 5002) s’impose par le dialogue époustouflant qu’il livre avec deux « monstres » de leurs instruments respectifs : la violoncelliste Okkyung Lee et le trompettiste Peter Evans. Dans cet album où tout semble pouvoir arriver, Steve Beresford nous dévoile ses capacités de pianiste et d’improvisateur en compagnie de deux phénomènes. Peter Evans et  Okkyung Lee développent des lignes contrapuntiques quasi polyphoniques souvent ahurissantes. Elles rivalisent avec les possibilités du clavier pour créer une multiplicité de lignes.  Il faut toute l’intelligence de SB pour créer des liens et des transitions de manière à créer l’ossature de cet organisme vivant en métamorphose perpétuelle.  Parmi toutes les pistes des musiques auxquelles SB a participé et qui sont évoquées ici, Check For Monsters, est une des plus fertiles. C’est aussi l’enregistrement que je recommande spécialement si vous croyez plus en la sélection qu’en la collection. Un trio qu’on aimerait glisser dans la boîte à suggestions d’organisateurs de festival éclairés. Aussi le duo avec Bennink "Live In Edam" (ICP) est particulièrement réussi : Steve fait mieux que se défendre avec sa table à malices. Etrangement , la musique de ce duo hétéroclite est envahie par une symbiose indéfinissable, mais très réussie entre les rythmes du batteur qui fusent dans tous les sens et les sonorités feux d'artifices de Beresford . Le grand Han Bennink, un grand du rythme et du jazz à tous les étages, a trouvé là un interlocuteur parfait avec un sens du timing exceptionnel : Steve Beresford.
J-M VS paru dans Improjazz 2010.

PS : Un cédé curieux a été publié dans les années nonante par le label Scàtter : Fish of the Week !
Steve Beresford, Alexander Balanescu, Clive Bell, Francine Luce, John Butcher et Mark Sanders. Aujourd'hui introuvable et à recommander !!