27 août 2025

Derek Bailey & John Stevens / Trance Map+ Evan Parker Matthew Wright Robert Jarvis/ Udo Schindler Erhard Hirt Ove Volquartz

The Duke of Wellington Derek Bailey & John Stevens Confront Records core 52
https://confrontrecordings.bandcamp.com/album/the-duke-of-wellington

Providentiel ! Les enregistrements parus de Derek Bailey et de John Stevens deviennent « sold out » au fil du temps. Bien qu’ils aient souvent joué ensemble en duos ou trios et au sein du Spontaneous Music Ensemble, leur unique CD précéent en duo est aujourd’hui indisponible (une copie ou deux sur discogs > 25 €) : Playing Incus CD 14. Pour votre info, il y a trois CD’s où Derek et John jouent en trio. « Dynamics of the Impromptu » avec Trevor Watts au sax soprano fut enregistré au Little Theatre Club en 1973/74 (CD label Entropy, réédité par FMR), Once A Time avec le contrebassiste Kent Carter (CD Incus 22) et Hello Goodbye (Emanem 4065 1992) où John joue de la batterie au lieu de son mini-kit « SME » et Frode Gjerstad au saxophone alto. Comme tous ces enregistrements sont aujourd’hui indisponibles et au cas où vous n’auriez pas pu les écouter, la démarche vaut vraiment la peine de s’y intéresser pour de multiples raisons et en vous dépêchant prestement si vous voulez acquérir le CD à 300 copies( !). Le concert a été enregistré le 24 mars 1989 au pub The Duke of Wellington, Ball’s Pond Road à Dalston lors d’un concert organisé par the Makeshift Club (Stuart Wilding, Nick Smith et Geoff Collins). L’ingé – son : Michael Gerzon, un génial inventeur de microphones (le Soundfield) et ingénieur acousticien qui a fait avancer la technologie stéréo de Blumlein dans la troisième dimension. Michael Gerzon (1945-1996) est un incontournable scientifique connu pour son travail sur les Ambisonics et l’audio numérique, mais aussi un ami personnel et supporter inconditionnel des improvisateurs londoniens, fortement attaché à l’esprit de ces clubs où tous ces artistes, légendaires ou inconnus (des médias) aimaient à se rencontrer pour le plaisir et y entretenir leurs sens aigus de la création sans intermédiaires prescripteurs. L’enregistrement live est d’excellente qualité, mais il reproduit aussi les conséquences matérielles et sonores de la mise en place de la mini- batterie de Stevens (SME-kit en jargon musique improvisée British). En effet, comme tous ses contemporains pionniers du free-drumming « européen » (Bennink, Lovens, Lytton, Turner etc..), John Stevens s’était inventé une batterie de percussions simplissime adaptée à sa démarche musicale de manière à jouer au même niveau sonore et avec la dynamique voulue face à des collègues qui sculptaient et disséquaient le fonctionnement mécanique de leurs instruments (saxophones , guitares etc…) et l’articulation « atomistique » ou pointilliste de leurs flux sonores. Une caisse claire ou un étroit tambour à une peau, une ou deux cymbales, une mini grosse caisse et un hi-hat avec deux petites cymbales. À l’âge où pas mal de batteurs d’improvisation des nouvelles générations semblent restés « accrochés » aux tics et tocs du batterisme issu de l’apprentissage conventionnel, écouter à nouveau ou carrément découvrir le jeu de John Stevens sera bénéfique. Pas de roulements et de figures, mais un flux de frappes assez diversifiées par leur intensité et jetées en grappes mouvantes, cellules rythmiques atomisées en cadences élastiques et volatiles. On ajoute à ça sa trompette de poche qui surgit inopinément.. Dans cet enregistrement, les frappes violentes sur la caisse sont amplifiées sourdement à cause du contact direct des pieds de la batterie sur le sol. Les autres chocs s’égaient eux dans l’espace évoquant une peinture abstraite comme John aimait à créer. Il faisait partie de cette génération de musiciens britanniques formés dans les écoles d’art, tels ses amis Charlie Watts, Terry Day, Keith Rowe, etc… et la pratique des arts graphiques l’a inspiré. Derek Bailey appréciait beaucoup de jouer avec John Stevens si on en juge par leurs nombreux gigs dans le réseau des clubs londoniens et des séries organisées par des bénévoles. Autre témoignage du duo : London 1992-1993 publié par Liam Stefani sur scatter archives.
Pour les amateurs de Derek Bailey, il s’agit d’un album intéressant des années 80 durant lesquelles l’art de l’alors cinquantenaire est arrivé à son apogée créative avant que sa notoriété croissante attire un tas d’autres artistes de jazz, drum n’bass, noise, etc… à collaborer avec lui et que plusieurs de ces projets d’un jour défraient la chronique internationale. Ici, pour celui qui a écouté de près Derek Bailey et ses nombreux enregistrements, on distingue clairement les phases de jeu où il injecte des fragments de morceaux tels qu’on les entend précisément dans d’autres disques ou bien, il réagit à fleur de peau en inventant des réparties cinglantes ou abruptes que vous n’entendrez pas ailleurs. Derek Bailey avait une mémoire très précise d’enchaînements de figures aux intervalles atonaux et aux formes complexes et biscornues, certains ayant été enregistrés qu’il ressortait au bon moment à une autre occasion. En fait, Derek Bailey est un grand compositeur et en même temps un improvisateur génial. Un de ses meilleurs collègues et pionniers d’envergure m’a un jour dit que Derek Bailey (outre son extraordinaire virtuosité) excellait à jouer complètement différent de ses interlocuteurs en duo tout en faisant sonner son jeu comme un évident dialogue d’une grande subtilité. Je le décris comme un compositeur suite à l’écoute attentive de ses albums solos tels que Lot 74 Solo Improvisations, Aïda et Notes parus chez Incus entre 1974 et 1986. La face A de Lot 74 (Incus 12), qui dure 22 minutes et semble être une improvisation libre hasardeuse, est quasiment identique à une autre prise de Lot 74 parue dans le CD Incus CD60 « More 74 » en 4 mouvements aux digits de 7 à 10. C’est d’ailleurs indiqué sur la pochette de ce CD. Comme s’il en connaissait la partition par cœur. Un autre indice flagrant : un curieux passage du morceau Niigata Snow paru sur la face B du LP Aïda (Incus 40) entièrement à la guitare acoustique et enregistré à l’ICA le 3 août 1980 se retrouve dans une version très similaire enregistrée par la BBC un peu plus tard et parue dans la réédition vinyle en 2LP du même album qui contient deux morceaux inédits en face C et D. Ce passage paraît assez simple avec son rythme claudiquant/ hésitant et est assez difficile à reproduire avec précision étant joué avec des harmoniques obtenues en bloquant des cordes près du chevalet avec des intervalles dissonants très précis en jouant sur deux ou trois cordes entre le chevalet et le cordier. Il a fallu qu’il répète souvent ce passage pour le mémoriser aussi bien autant que Steve Lacy répétait inlassablement ces enchaînements d’harmoniques au- dessus du registre du sax soprano et ces notes calibrées ultra-précises qui sont à la base du travail de COMPOSITEUR de Steve. Tout ça pour dire : écoutez de très près des improvisateurs de ce calibre aidera quiconque de motivé à comprendre le processus et à se situer. Personnellement, c’est ce qui m’a motivé à trouver ma voie avec la voix. On aime réentendre ces deux copains de toujours se concerter aussi bien en toute spontanéité et se batailler comme des chiffonniers pour un lambeau d’éternité.

Grounded Abstraction Trance Map+ Evan Parker Matthew Wright Robert Jarvis FMRCD0647-822

Sorry pour le retard, cet album a été publié en 2022, mais le Brexit et les mesures douanières ralentissent le flux des CD’s british vers l’Europe (et …. un envoi égaré !). Depuis l’époque de son imposant Electro Acoustic Ensemble, Evan Parker a réduit ses groupes «électro-acoustiques » à un duo « modulable » en compagnie de l’artiste électronique Matthew Wright avec le projet Trance Map. Avant de cesser ses activités, son label Psi avait publié Trance Map en duo en 2011 : https://www.discogs.com/release/2857223-Evan-Parker-Matthew-Wright-Trance-Map avec des enregistrements datés de 2008, 2009, 2010 et 2011. Pour info les deux musiciens étaient crédités ainsi : Matthew Wright : Sampler [Live Sampling], Turntables, Composed By [Co-composition], Sounds [Sound Design] et Evan Parker Soprano Saxophone, Sampler [Sample Collection], Composed By [Co-composition]. J’ai assisté à un concert de Trance Map+ avec le percussionniste Toma Gouband en février 2009. Par rapport à la dense complexité de l’Electro – Acoustic Ensemble (avec Casserley, Ryan, Barrett, Obermayer etc…) on est passé de l’intrication absolue et aux machinations cybernétiques de la quatrième dimension à une plane juxtaposition étalée dans le temps et suspendue dans l’espace entre le flux électronique (Live electronics et sound design de Wright) et les boucles en souffle continu jouées au saxophone soprano par Parker, sa démarche la plus reconnue. Avec l’excellent tromboniste Robert Jarvis agrégé à ce tandem, on obtient d’intéressantes propositions en contrepoint ou en empathie absolue qui enrichissent la musique « planante » du groupe, jusqu’à ce qu’elle se fragmente de manière ludique où Robert Jarvis dialogue admirablement un utilisant tous les effets de souffle, dérapages, staccatos. Et là, enfin se détachent d’excellentes trouvailles. Il faut entendre les manipulations elliptiques et contorsionnées qui surgissent des mains de Matthew Wright, pour s’en convaincre. Ce n’est peut-être pas LE disque par excellence d’Evan Parker, mais il vaut surtout pour toutes les variations sonores, mélodiques, conversations spontanées très précises et autres transmutations que les trois musiciens intègrent dans leurs deux longues improvisations Grounded (33’30) et Abstraction (34’52).

Shifting Types of Amazement Udo Schindler Erhard Hirt Ove Volquartz FMR CD0719-0215 FMR Records

Le guitariste « électronique » Erhard Hirt avait déjà enregistré Floating in Green avec le souffleur Udo Schindler. Les voici avec un collaborateur relativement régulier de Schindler, le clarinettiste basse et contrebasse Ove Volquartz, lequel joue aussi des saxophones et flûtes tout comme son collègue Udo. Ayant parcouru une (petite) partie de la production discographique d’Udo Schindler, je pense que ce multi-instrumentiste donne souvent le meilleur de lui-même à la clarinette basse en duo ou trio avec Ove Volquartz. Un bon exemple de cette collaboration sont leurs enregistrements en duo « Answers and Maybe a Question » et « Tales about Exploding Trees and Other Absurdities » (FMR) ou leur « ArtToxin » avec le subtil guitariste Gunnar Geisse. Leur « Shifting Types of Amazement » se situe dans le même sillage créatif que leurs précédents opus qu’il faut rechercher dans l’imposant catalogue de Schindler. À mon avis, leurs duos nous offrent pratiquement le meilleur de ce que Schindler peut nous offrir musicalement parmi les dizaines de CD’s et albums digitaux qu’il a produits. Si ces deux clarinettistes basse (et contrebasse) cultivent réciproquement une entente parfaite avec leurs souffles graves conjugués, leurs alternances grasseyantes, boisées, venteuses ou mordorées, la présence du guitariste Erhard Hirt est providentielle. Erhard est assurément un des guitaristes « trafiqués » électroniques essentiels avec une riche palette d’extrapolations sonores, d’effets pressurisés, d’agrégats de fréquences inouïes, de timbres rares,… Il est véritablement unique. Avec le matériel de pédales électroniques dispionibles et tous les effets et applications qui circulent, un bon guitariste intéressant parvient à créer quelque chose d'intéressant. Mais avec Erhard Hirt, ces sons électroniques et toutes ses extrapolations manipulatoires opèrent dans une autre réalité, créant des amalgames rarissimes dans cette table de Mendeliev exponentielle de densités sonores et de facettes et agrégats de couleurs inconnues ailleurs. Je ne vais pas déclarer qu’il s’agit ici d’une œuvre « indispensable » au top du métier d’improviser librement, mais je goûte avec un vrai plaisir à écouter les échanges des deux clarinettistes basses et contrebasses avec les sonorités électroïdes de cet OVNI de la six-cordes, le contraste entre vents et électricité se révélant bénéfique aux destinées de ce trio pas comme les autres.

7 août 2025

Simon Rose & Nicolas Hein/ Constellation Ensemble/ Larry Stabbins & Mark Sanders/ La cloche qui résonne Vincent Martial

Moon Simon Rose & Nicolas Hein Confront Recordings core
https://confrontrecordings.bandcamp.com/album/moon

Une guitare microtonale sept cordes électrocutée en sustain affrontant les grondements graveleux et ondulants d’un sax baryton sous tension. Musiques de drones oscillants en parallèles, en tuilage venteux, parfois crépitants. Simon Rose, un souffleur British établi à Berlin, la métropole où ça joue, s’est créé un univers secret de souffles prêt à s’inscrire dans des aventures sonores inédites, bruissantes ou décapantes. Avec le guitariste Nicolas Hein, entendu avec Paul Lytton, Matthias Muche, Robert Dick, Nicolas Souchal et bien d’autres, ils déclinent patiemment toutes les options de frictions, tensions, disruptions, que le permet le trafic radical des pédales, effets électroniques et manipulations des cordes et micros face aux intonations flottantes ou mordantes du souffle rêveur suspendu par-dessus les abîmes. Cette approche linéaire d’étalement de nappes sonores, d’oscillations vaporeuses ou caustiques ou de fractures abruptes et machiniques se meut dans un allongement quasi infini de l’inspiration, de variations d’intensités, de métamorphoses instantanées. On passe du statique opaque au tournoiement ludique, strates vivantes de vibrations sonores qui se différencient, se complètent, s’agrègent, suspendues dans le vide intersidéral ou crépitantes dans l’urgence. Une collaboration fructueuse dans la recherches de sons insolites et décapants (guitare) et de souffles charnels et oniriques (sax baryton). Depuis ses débuts free avec Mark Sanders, Steve Noble et Simon H. Fell, Simon Rose a évolué vers la radicalité, entre autres aux côtés de souffleurs prodigieux comme Michel Doneda et Philippe Lemoine. Avec Nicolas Hein, il s’inscrit dans la fascination sonique extrême tout en gardant sa dimension terrienne et lyrique, créant un contraste du meilleur effet.

Constellation Ensemble Dove Morde La Taranta FMR CD670-423
https://muzicplus.bandcamp.com/album/dove-morde-la-taranta-constellation-ensemble

Constellation Ensemble est un orchestre à géométrie variable de neuf musiciens qui s’unissent tous ensemble pour Dove Morde la Taranta qui donne son titre à l’album en 1° et pour Terzo Mare en n°8, s’égaient ensuite en sous-groupes pour les six autres compositions instantanées (signées par trois ou quatre d’entre eux) de cet album intéressant au niveau des formes et sincèrement collectif. Pas de « soliste », mais bin des constructions spontanées de pièces où chacun s’exprime égalitairement avec un sens de l’écoute et une dose d’invention. Un collectif sous-jacent : OSIMU. Quatre souffleurs : Alice Tanganeli : clarinette, Pino Colonna : sax ténor, ciaramella et chalumeau, Emiliano Marrochi : trompette, Carlo Mascolo : No – input trombone. Organetto diatonico de Donatello Pisanello, Piano et synthé de Marco Oliveri. Le contrabotto de Sandro Perdighe est une sorte d’instruments à cordes tendues entre un bidon métallique et un manche fixé au bidon style gaffophone de Gaston Lagaffe. Et puis, Vito Basile à la basse électrique et Sem Devigus à la batterie complètent l’édifice. Bien qu’il y ait sans doute un niveau inégal dans le savoir-faire instrumental au sein de cette constellation, il y a surtoutune profonde cohérence collaborative et un taux de réussite dans les improvisations collectives+. Cela est dû à un beau sens de l’écoute et à l’auto discipline de chaque musicien dans leurs interventions individuelles avec un maximum de lisibilité et de coordination des efforts. L’individu est au service de la dimension orchestrale. Et si l’un deux est une solide pointure, l’accordéoniste diatonique Donatello Pisanello, il s’efforce avec succès à insérer discrètement des couleurs sonores et des interventions qui enrichissent l’ensemble. Comme dans ce duo avec le contrabotto de Sandro Perdighe. Et on dira cela aussi du trompettiste, de la clarinettiste ou du tromboniste, mais tous œuvrent pour donner du sens à chacun des morceaux sublimant leurs moyens dans l’inspiration collective transmise à chacun. Le n°8 , Il Terzo Mare, est une superbe improvisation collective, nuancée, chatoyante et contrastée. Cet orchestre est natif de la région d’Altamura - Monopoli dans les Pouilles où l’œuvre été enregistrée. Dans ces provinces italiennes, pullulent des musiciennes – musiciens free qui ont le feeling de collaborer, investiguer, se réunir, travailler localement pour le plaisir. En voici un document probant.

Cup and Ring Larry Stabbins & Mark Sanders Discus 191CD.
https://discusmusic.bandcamp.com/album/cup-ring-191cd-2025

Il s’agit du deuxième album du saxophoniste ténor & soprano Larry Stabbins en duo avec un percussionniste à cinquante ans d’intervalle après son LP séminal Fire Without Bricks (Bead Records) avec Roy Ashbury, lui-même un collaborateur de la première heure de John Russell. Un point commun entre Fire Without Bricks et Cup and Ring : la pochette de chacun des albums est illustrées par des artefacts préhistoriques datant de -3000 avant J-C. Des figurines d’argile trouvées dans l’Eye Temple de Tel Brak en Syrie au recto et des gravures rupestres scandinaves au verso pour l’album Bead 4 publié en 1977. Des marques de tasses et d’anneaux sur des roches de Kilmartin Glen en Écosse.
La différence : dans Fire Without Bricks, Larry se concentrait sur ses deux instruments habituels les sax ténor et soprano, mais c’est avec d’autres instruments à anche qu’il parcourt ces six Cups et ces cinq Rings : flûte alto, concert flute, sax alto et clarinette basse, sans doute la première fois qu’il enregistre avec d’autres instruments. Chacune des onze morceaux cultivent une ambiance, une thématique, un matériau mélodique différents face au drumming free superbement expressif, lisible et coordonné de Mark Sanders, le quel joue aussi de l’archet avec ses cymbales en vibrant la surface d’un gong accompagnant une mélopée mélancolique et éthérée à la flûte. Sa clarinette basse se fait tumultueuse et mordante, voire hargneuse et en un bref instant son sax alto évoque Ornette. Il s’agit donc d’un magnifique duo où de multiples approches sonores et pulsatoires sont envisagées avec une inspiration lyrique et un vécu transcendants, renouvelant l’intérêt de l’auditeur. La maîtrise des percussions est phénoménale… Un bel album à écouter sur la terrasse un soir d’été ou au coin du feu.

La cloche qui résonne Vincent Martial avec Marc Siffert Camille Émaille Bertrand Fraysse Jean-François Oliver Fabien Nicol et Elsa Jauffret. Mazeto Square 570 569-5
https://vincentmartial.com/la-cloche-qui-resonne
https://www.mazeto-square.com/product-page/la-cloche-qui-r%C3%A9sonne-cd

Voilà un bien inhabituel projet animé par un compositeur doublé luthier créateur d’instruments hybrides, Vincent Martial. Flûtiste, il a mis au point un instrumentarium expérimental fait de tubes où vibrent l’air, de résonnateurs et où intervient la robotique et une étonnante innovation. Les images publiées sur son site sont très impressionnantes. On peut essayer de le décrire, mais il vaut mieux assister à une performance scénique plutôt que d’en imaginer leurs configurations défiant la norme des instruments connus et nécessitant une logistique poussée vu la multiplicité des tubes, tuyaux, mécanismes disposés sur une large scène. Incroyable ! pour parvenir à réaliser ces machines à sons improbables, il faut y croire et oser, car cela représente le travail de toute une vie et un défi matériel ardu à surmonter. Déjà, sans avoir écouté déjà, je salue l’originalité et l’audace. Les autres musiciens participants sont des instrumentistes « normaux ». Dans ce projet, ils sont tenus d’explorer les possibilités des instruments de Vincent Martial en en interprétant – créant leur fonctionnement personnel afin de jouer les compositions avec leur sensibilité et leur imagination personnelle. Au fil des 17 compositions, la musique flotte, s’étale, vibre, remue, résonne suspendue dans le silence ou sifflant, grinçant, produisant toutes les manières percussives : toute un gamme de cloches et objets métalliques tintinabulants, friselis cuivrés, frappes sourdes, scintillements de cymbales ou crotales, battements africains circulaires, bruits de moteurs ou harmoniques soufflées comme un ou des bagpipe(s) détraqué(s), drones organiques, harmoniques..., cordes pincées de guingois, vibrations inconnues. Le résultat ser évèle d'une grande richesse sonore et une kyrielle d'idées et de formes diverses toutes autant achevées les unes que les autres en allant du soigné méticuleux au sauvage.. Sans nul doute, une brillante réussite dans le domaine trop galvaudé de la musique expérimentale tout court, fascinante, atavique, déroutante et bien curieuse. Le champ des sonorités possibles est très large vu les registres étendus des machineries en présence.