31 août 2026

Sven Åke Johansson Seymour Wright Pierre Borel Joel Grip/ OM Urs Leimgruber Christy Doran Bobby Burri Gerry Hemingway Tony Buck/ Peter Brötzmann Steve Hubback/ Marco Fusi & Pierre – Alexandre Tremblay

Two days at Café OTO Sven Åke Johansson Seymour Wright Pierre Borel Joel Grip ROKU042 CD SAJ 10/10/24.
https://otoroku.bandcamp.com/album/two-days-at-cafe-oto

Notre bon vieux Sven-Åke Johansson, aujourd’hui disparu, avec un quartet international de « jeunes » dont deux saxophonistes atypiques et décoiffants : le British Seymour Wright et le Français « berlinois » Pierre Borel et le contrebassiste Joel Grip, un pilier du collectif Umlaut dont Borel fait partie. Seymour est assurément une coqueluche du Café OTO (Dalston, Londres) où l’enregistrement a été capté les 8 et 9 avril 2024 : Il fait partie du quartet Ahmed du pianiste « maison » le génial Pat Thomas, un des groupes les plus décoiffants et originaux de la décennie (cfr chronique récente). Deux CD’S avec chaque fois un trio de Seymour ou de Pierre avec Sven et Joel pour chaque premier morceau de chacun des 2 cd’s et trois quartets dont un seul sur le CD2. Jeu de batterie très particulier voire déroutant mais très ouvert et laissant, tout comme le bassiste, de l’espace aux canardages, growls, coups de klaxon, piquetages, sifflements des saxophoniste(s). Pour un auditeur habitué au free-jazz énergétique ou à l’improvisation libre, c’est quasiment un autre univers. Surtout que Sven – Åke joue aussi de l’accordéon dans une veine faussement mélodique et déjantée alors que Pierre Borel joue aussi de la batterie dans le morceau du CD 1 piste 2. Sa spécialité consiste à jouer simultanément du sax alto et de la batterie lors de ses performances solo (cfr ma chronique de son LP Katapult). Et là on est servi. Pas de fulgurances et d’énergie expressionniste ou un éventuel free-jazz dans la lingua franca du genre. Le propos est situé ailleurs. Dans le deuxième morceau surgissent des énoncés – riffs du be-bop parkéro-monkien qui s’entrecroisent avec des frappes pagailleuses. Les deux saxophonistes se répondent l’un à l’autre comme de faux clowns de cirque avant que Sven égaye l’assistance avec un drumming atavique. Ça ne ressemble à rien d’autre dans le fil de l’histoire du jazz et avec le côté potache amuseur, Wim Breuker est battu à plate couture. Délirant !
Une musique sans queue ni tête qui tourneboule les clichés, canarde à souhait avec effets de becs,growls, fragments de mélodie bop, absence de pathos, collision de riffs tailladés joyeusement avec une précision diabolique. Donc pas de "solos" seulement des interventions coupées en mode pseudo "répétitif" staccato, décalé contourné, découpé à la serpe surtout quand l'énigmatique Pierre Borel joue dans le Trio du CD2. Wright lui aime à transformer les sons et bruiter comme un canard et Borel excelle à jouer des intervalles décalés, des sons étirés, le tout avec une soigneuse précision rythmique et une pureté d'intention hyper originale. Chez lui le moindre son est spontanément évalué, soupesé, tracé dans une nanofraction du tempo, étiré avec une intense précision à laquelle son alter-ego réagit àl'instant le plus précis. Ces deux compères ensemble, vous êtes servis à tout jamais et .. aucune évidente "virtuosité" ne s'impose à vous ! Mais quelle esthétique ! J’ai trouvé depuis longtemps que le free – jazz issu des sixties – seventies frôlait trop souvent le cliché ou la bienséance (idem certains improvisateurs libres ou musiciens expérimentaux). Là, je dois dire que si on évacue ainsi l’apparence de la virtuosité et de l’ébullition de « l’énergie » du "free", le quartet se concentre sur un jazz libre d’un genre nouveau, d’une inspiration irrévérencieuse qui ferait prendre certains punks pour des ringards. Et écoutez le discret Joel Grip qui a très bien saisi quoi faire dans cette équipée chavirante, surtout que les moods évoluent en présence de l'accordéon et des nouvelles intentions des improvisateurs lors de la deuxième soirée. Évidemment, c’est assez dingue ! Mais pour un vieux routier comme Sven-Åke Johansson, figure illustre s’il en est, c’est absolument épatant de se retrouver au sein de ce Quartet déroutant alors qu'il est une figure historique sur laquelle d'autres feraient jouer la nostalgie FMP et quand il se met à jouer sur les fûts des toms alors que les deux volatiles du sax se disputent les grains de la basse-cour en déchiquetant tout ce qui reste des réflexex bi-baupe , il est vraiment touchant. Un effet de miroir- punching ball – chambre d’écho cubiste – surréaliste. On les entendrait volontiers avec Benjamin Péret disant ces poèmes basiques à l’insu d’André Breton qui ne supportait pas la musique. Péret était un inconditionnel de Mack Sennett (cinéma muet pré Chaplin) dont il était le tout premier critique à avoir relevé tout l'invention trépidante et non-sensique ... on pourrait faire un rapprochement avec les incartades de ce quartet infernal. Une vision non orthodoxe du jazz qu’il soit moderne ou free … Je rappelle que S.A.J. fut le batteur des Alex Schlippenbach, Peter Kowald et Peter Brötzmann de la première heure, mais aussi Günter Christmann, Tristan Honsinger, Hans Reichel, Wolfgang Fuchs etc… un poète-chanteur et expérimentateur hors-norme toute sa longue carrière. Alors et aussi, je vous en prie suivez Pierre Borel et Seymour Wright (un pote à Eddie Prévost !) à la trace. Vous allez vous marrer et être édifié. Et un bon point à Joel Grip pour tenir le coup en telle compagnie. La pagaille je vous dis, mais géniale !!
P.S. : Le Café OTO reçoit souvent les ténors de la free-music à Londres étant le club le plus important et relativement subventionné avec une programmation quasiment ininterrompue. Mais aussi, OTO est une véritable fenêtre pour les improvisateurs - trices qu'ils soient jeunes ou vieux, "notoires" ou des personnalités de la scène locale que vous n'entendrez jamais ailleurs. Cela dit malgré le grand nombre de gigs que j'ai moi-même performé à Londres ou dans plusieurs autres villes, je n'y ai jamais chanté.

OM Electro Acoustic Core Urs Leimgruber Christy Doran Bobby Burri Gerry Hemingway Tony Buck SüdPol Intakt CD 455
https://jazzgroup-om.ch/live/ https://intaktrec.ch/collections/music/products/455-om-sudpol

OM est un groupe suisse légendaire dont la musique novatrice se situait entre la « free-music » et l’ « electric jazz » et créa la joie et l’enthousiasme dans le public des festivals dès les années 73-74 et les albums se trouvaient au catalogue du label JAPO – ECM au même titre que Dollar Brand, Enrico Rava, Manfred Schoof, Elton Dean, ou le Globe Unity Orchestra et même Mal Waldron. En 2022, ils ressuscitèrent le groupe avec une autre approche intitulée « Electro Acoustic Core » pour leur cinquantième anniversaire et publièrent OM 50 sur InTakt. Mais le batteur Fredy Studer décéda entre temps. Les membres d’ Om décidèrent de continuer en adjoignant deux percussionnistes à l’entreprise : l’américain Gerry Hemingway, résident suisse connu pour son travail avec Anthony Braxton, Michael Moore et Marylin Crispell et l’australien Tony Buck. Bobby Burri joue de la contrebasse et des devices, devices aussi pour le guitariste Christy Doran, et sax soprano pour Urs Leimgruber. On entend clairement que les devices sont électroniques. Dans l’atavisme du groupe OM originel il y avait une tendance quasi rock d’avant-garde mêlée à l’orientation dire « free-jazz ». Pas loin d’Henry Cow, par exemple. Au fil des décennies, Urs Leimgruber est devenu un improvisateur free pur jus radical avec entre autres Joëlle Léandre, Barre Phillips, Jacques Demierre et Thomas Lehn, toujours prêt à se commettre avec des chercheurs « locaux » ou son copain Michel Doneda, lui aussi sopraniste redoutable. Maintenant et on l’entend clairement l’aspect free-jazz-rock des débuts a muté dans une approche contemporaine à la recherche de sonorités au sein d’une ambiance particulière qui donne à chacun des cinq morceaux enregistrés ici, une perspective, un narratif et une dynamique. que le distingue clairement des autres. Comme son nom l’indique Fast Line démarre le disque sur des chapeaux de roue. Fort heureusement et c’est un peu ça qui distingue ce groupe avec d’autres attirés par cette même orientation électrique, dans ce brouhaha qui semble chaotique mais se révèle ultra cohérent, les sons et les bribes de phrase hachées du saxophoniste nous font entendre des articulations du souffle et du timbre du sax soprano des harmoniques injouables dans le sur aigu décoiffantes avec les décalages rythmiques des deux batteurs , des as de première.
Dans le deuxième morceau l’improvisation aboutit à des harmoniques sur le manche de la guitare de Christy Doran qui évolue curieusement sur une mélodie pentatonique type du Gamelan indonésien (pelog ou slendro, je ne sais dire), mélodie soudain animée par une rythmique du même tonneau (Gamelan 12 :00). Le troisième morceau PFM/B tient un rythme soutenu et cyclique pour lequel l’auditeur doit se demander où se situe le premier temps ou le dernier, comme dans le prog-rock mais sans fon-flon : rien que des sons purs et subtils, des effets de guitare, des phrasés en spirale et des audaces au sax, jusqu’à ce que les deux batteurs entrecroisent frappent et martellements en une curieuse et réussie polyrythmie. Surtout pas d’esbrouffe, ce côté rasoir des musicos qui essaient de se situer entre jazz un peu free, rock et expérimental. On laisse au temps le temps de jouer et on n’hésite pas à pointiller avec précision et un sens du détail. Pas de balourdise.
Si ce n’est pas de la pure free-music (improvisation libre ludique « radicale » , car il y a une volonté de « cohérence orchestrale » avec parfois une volonté tout à fait libertaire comme dans A Frog Jumps In/ Im Unterholz bei Kyjiv, (le morceau le plus long à + 15 minutes), la musique est sincèrement réussie, chaque musicien trouvant sa place et en laisse aux autres. Ils ont le sens des interventions très bien placées en laissant chacun de leur camarade de l’espace et du temps et en jouant parfois au bord du silence et d’une forme de minimalisme où chaque micro-son et vibration se distinguent des autres. Les deux « cordistes », Bobby et Christy, ont un art consommé de jouer avec des couleurs sonores diffuses et ultra précises comme s’ils communiquaient par télépathie. Ce quatrième long morceau atterrit un moment sur des pulsations : la guitare déchire alors l’espace et le sax s’envole en spirales avant de plonger dans l’indéfini sonore super détaillé. Le final Behind the Eye entonne une fanfare avant de s’envoler avec les suraigus d’Urs aussi sauvages qu’injouables et les battement frénétiques des batteurs. Mention spéciale à chacun des trois fondateurs d’OM qui fusionnent très adroitement leurs personnalités musicales dans une entente parfaite alors que chacun d’eux a suivi un parcours différent ai fil des décennies et d’avoir adjoint à leur ancien quartet de super camarades percussionnistes aussi ouverts et créatifs. Je salue vraiment ces artistes « d’une autre époque » qui joue le jeu de l’improvisation et de l’écoute mutuelle pointue tout en étant « actuel ». Un super collectif.

Peter Brötzmann Steve Hubback Treforest ’82 FMRCD709-0524
https://www.squidco.com/miva/merchant.mv?Screen=PROD&Store_Code=S&Product_Code=35507


Comme le site du label FMR est intermittent , je suis en peine de vous fournir un lien. Mais quand même un duo atypique de Peter Brötzmann de 1982 avec un « alors » très jeune percussionniste, Steve Hubback, devenu un véritable chercheur de percussions expérimental avec aussi une solide connection avec le souffleur Frode Gjerstad, un collaborateur de Brötzmann lui-même. 1982 n’était pas encore la période faste de Peter où il tournait dans toute l’Europe, le Japon, les U.S.A. et c’est une belle surprise. Brötzmann est ici au paroxysme et aux prises avec un véritable free-drummer avec un sérieux potentiel qui ne tardera pas à s’affirmer par la suite. Le son du début de la bande n’est pas idéal mais il s’améliore au fil des minutes. Pour un « alors » jeune débutant, Steve Hubback en jette et envoie des rafales sur tous les recoins de ses fûts et ustensiles à toute volée avec une frénésie spontanée mais super contrôlée. Ça fait plaisir à entendre et c’est parfait pour l’énergie folle de Peter et sa stratégie du cri (en live c’est mieux !). Quel souffleur extraordinaire, le style primal dans la lignée Ayler…. À propos de Steve, ma seule théorie en musiques improvisées, c’est qu’il y a un tas de musiciens audacieux et hyper remarquables dont les médias spécialisés, collectionneurs, « concert goers », jazzfans et « groupies » n’ont pas idée. Steve Hubback est l’un d’eux. Dans ces notes de pochette, il cite des mentors comme Tony Oxley et Andrea Centazzo et les musiciens de jazz ou de free British qu’il a fréquenté dans des cours et stages. C’est donc un excellent document de 19 minutes 25 et si le son de l’enregistrement a un côté « cassette », il y a là dedans l’énergie folle des concerts des grands jours. Aussi un passage à la clarinette dans lequel Peter s’essaye à des multiphoniques et crée des interactions subites avec le percussionniste. Un air lyrique et sentimental Brötzmannien s’insinue entre des éclatements hyper expressionnistes qui ont dû ravir l’enthousiasme Steve Hubback. Jouer ainsi avec P.B. c’est pas pour les petites natures, il faut avoir l’estomac solide et cogner avec une ultra finesse multi-polyrthmique décalée et changer de cap de but en blanc avec le bec du ténor chauffé … à blanc et ses harmoniques hérissées. Essayez de chercher cela quelque part. Ici le compte Facebook de FMR : https://www.facebook.com/FMRUK et le website https://fmr-records.com/thismonth.asp dont l'activité est interrompue. Le label FMR, lui, continue.

Marco Fusi & Pierre – Alexandre Tremblay Suite Bead Records CD 54.
https://beadrecords.bandcamp.com/album/suite

Nouvelle parution du label Bead Records. Marco Fusi violon et viola d’amore et Pierre - Alexandre Tremblay bass guitar et electronics. Sous-titre A baroque encounter - A first dance. Une musique électroacoustique/ instrumentale pointue. Texte des artistes : Acoustic resonance unfolds across matter and space. Yet other forms of resonance are stirred by encounter and memories. The sounds of this album are shaped through free improvisation—dancing around one another’s gestures, swaying through shifting sonic and emotional situations. But what is improvisation, if not the magical resonances of what each performer already knows and embodies even more so when the two meet in sound for the first time. J’avoue ne pas savoir le cheminement instrumental de cette musique électroacoustique. Mais j’écoute avec intérêt et ravissement car les sonorités, textures, dynamiques, détails sonores, crissements, vibrations, grésillements sont de toute évidence de haute facture. Dignes de figurer dans l’illustre label Bead de Phil Wachsmann. Six pièces numérotées de I à VI distillent des recherches sonores, une activité instrumentale radicale dans le contexte d’un enregistrement de haute qualité « Mastered by Sam Pluta », un as de l’électronique. Surtout le maniement de la guitare basse dans ce domaine expérimental – improvisé radical est exemplaire. Je me souviens d’une démonstration de John Greaves il y a une cinquantaine d’années avec sa guitare basse trois pédales et une balle de ping-pong dans un backstage à l’époque d’Henry Cow. C’était surprenant. Et pour moi ici c’est la surprise. De même avec le mystérieux Marco Fusi étirant les frottements de son violon alors que la basse électrique préparée s’illumine de percutements cristallins. Il faut bien suivre le déroulement des six morceaux de cet album pour prendre la mesure ce leur musique qui évolue en transformant l’aspect sonore et les trouvailles au fil du temps d’écoute. On découvre des accointances avec les univers de Wachsmann et Bailey et d’autres chercheurs amplifiés qui travaillent avec des systèmes électroniques ou jouent sciemment avec les aléas de l’amplification. Des ambiances curieuses, fantomatiques, bruissantes, grondantes ou vibratiles s’insinuent dans le temps créant un univers musical distinctif et fascinant où chaque morceau a son identité sonore propre exprimant un dessein initial. Fascinant si vous êtes rompus ou sensibles à cet esprit de recherches et de créations. Suite est une belle réussite originale ! J’ajoute encore que Pierre Alexandre Tremblay a aussi enregistré Eyre avec son duo light.box avec le trompettiste Alex Bonney + le saxophoniste Tom Challenger (Bead 51), en quartet avec le trio Spaces Unfolding (Neil Metcalfe, Phil Wachsmann et Emil Karlsen Bead 50), Undanced Dance du duo light.box à nouveau + Emil Karlsen (Bead 44). Chapeau à Emil Karlsen de prolonger l’aventure du label Bead Records avec autant de créativité (fondé en 1974 !) !.

30 août 2026

Wolfgang Fuchs Damon Smith Jerome Bryerton / Ivo Perelman & Matthew Shipp/ Sabu Toyozumi & Sunny Murray / Andrea Centazzo & Zsolt Sörès

Now This was Clear Live in Berlin and Chicago Wolfgang Fuchs Damon Smith Jerome Bryerton Balance Point Acoustics CD
https://balancepointacoustics.bandcamp.com/album/now-this-was-clear

Wolfgang Fuchs a sûrement été un des souffleurs marquants de la free music depuis la fin des années 70 jusqu’à son décès en 2016. À la fois clarinettiste basse et contrebasse, il a aussi le culot de souffler entre pointillisme et expressionnisme au saxophone sopranino, un choix d’instrument difficile pour ce qui concerne la tessiture et le contrôle absolu de sa colonne d’air et de l’exactitude des intervalles précis des notes. C’était un souffleur de l’extrême aux clarinettes basse ou contrebasse et à la projection du son exceptionnelle, même quand il jouait au bord du silence. Influencé autant par le free-jazz et les musiques contemporaines d’avant-garde, son esthétique s’est servi des recherches d’Evan Parker au saxophone pour développer ses propres techniques et sa recherche sonore dans l’improvisation radicale aux côtés du contrebassiste Hans Schneider, des percussionnistes Paul Lytton, Paul Lovens et Sven Åke Johansson, d’Alex Schlippenbach et de Günter Christmann, mais aussi au sein du King Übü Örkestrü, orchestre qu'il avait fondé avec Erhard Hirt. Ce qui est épatant dans ce trio est l’heureuse jonction avec deux jeunes musiciens américains au sein du Three October Meetings trio. Écoutez seulement le percussionniste Jerome Bryerton : il propose une conception ouverte de la percussion dans une voie proche et informée par les Paul Lovens, Paul Lytton, Tony Oxley, Roger Turner, John Stevens ou Raymond Strid. Micro frappes, grattages des métaux, frottements, curieuses résonnances des percussions métalliques sur les peaux ou entre elles, elles mêmes assourdies par différents ustensiles, usage de tambours chinois, roulements éclatés ou multi directionnels. Le contrebassiste Damon Smith a une solide formation classique et jazz et aime à torturer les cordes de sa contrebasse, faisant vibrer la touche et l’antre du gros violon avec un archet volatile, forcené ou effleurant ces cordes et striant les sons boisés. Ses pizzicatos sont d’ailleurs détaillés avec un sens pertinent de la dynamique. La clarinette contrebasse bourdonne, la colonne d’air semble se liquéfier, grogne, vibre comme un moteur au ralenti. La multiplicité des sons s’agrègent, se différencient, s’interpénètrent au-delà de toute notion de pulsations ou de rythmes. On ressent secousses, frictions, murmures, griffures, implosions, glissandi, éclats de vitesse ou suspension dans l’air ambiant. Le silence est souvent présent tout comme le bruitage. Des sonorités étranges oscillent, se meuvent, s’éparpillent. C’est un processus en constante mutation qui n’a de sens que dans l’instant, le moment même de l’écoute et de l’invention. À cette époque (on est en 2002) , on parlait de réductionnisme, minimalisme ou lower-case dans les cénacles de l’improvisation radicale en suggérant que cette musique interactive était trop connotée free-jazz. Toutefois, si on suit les parutions parcimonieuses d’enregistrements de ce type d’improvisation libre, on doit convenir qu’on a affaire à un sommet du genre « non – idiomatique » lequel, il est vrai commençait à se vulgariser entre autres avec la notoriété acquise par Derek Bailey et plusieurs autres et aussi à s’écorner suite à son édulcoration par des musiciens de tout bord qui restent parfois un peu trop superficiels ou « formatés » . L’improvisation libre convaincante est un genre de musique difficile si on tint à lui doner pleinement son sens. Comment Fuchs parvient à tordre le cou à son sax sopranino avec ses faux doigtés, vocalisations, harmoniques précises, coups de langue frénétiques, growls forcenés, extrêmes aigus… est un mystère ! Il obtient ses staccatos éclatés et tous ces sons les plus extrêmes en mixant simultanément plusieurs techniques alternatives tout en contrôlant le souffle comme un chaman son rêve éveillé. C’est absolument prodigieux. Je ne connais un ou deux gars qui feraient (presque) aussi bien que notre Fuchs disparu : Stefan Keune ou Michel Doneda , deux obsédés du son pur. Mais en plus nos trois acolytes découvrent toujours de nouvelles choses au fil des neuf morceaux étalés sur deux CD’s rares. Comment faire pour commander cet album via les USA sans devoir payer la conséquence aux douanes belges des tarifs de Trump ???

Ivo Perelman & Matthew Shipp Duologue 7 : Distillation SquidNote 008
https://squidnote.bandcamp.com/album/duologues-7-distillation

Un nouvel album du duo Ivo Perelman (sax ténor) et Matthew Shipp (piano) inclus dans la série des Duologues d’Ivo logé dès aujourd’hui au sein du nouveau label digital SquidNote, un rejeton de l’incontournable plateforme de vente par correspondance Squid‘s Ear, n°1 aux USA pour ce qui est du jazz d’avant-garde et des musiques improvisées. Ce duo impénitent nous offre ici leur 19ème album en duo sous-forme de double-album digital (Volume 1 & 2) contenant pas moins de 19 improvisations relativement succinctes qui focalisent l’attention de l’auditeur sur la multiplicité d’inventions lyriques et la haute qualité de leurs dialogues instantanés. 1 heure et 49 minutes enregistrées en deux séances, les 30 décembre 2025 et 16 janvier 2026 au Park West Studio par Jim Clouse. Ces deux inséparables improvisateurs ont surmultiplié leurs rencontres, non seulement en duo, pour les quelles ils ont enregistré des double albums (Corpo, Live in Brussels) deux triples (Oneness et Tryptich) et un quadruple (Efflorescence), mais aussi une quantité avec un nombre de fidèles dévoués à chacun d’eux : William Parker, Michael Bisio, Joe Morris, Mat Maneri, Nate Wooley, Gerald Cleaver, Whit Dickey et récemment le batteur vétéran Bobby Kapp dans une kyrielle d’enregistrements en trio et quartet. Matthew Shipp est un véritable architecte de la construction musicale au piano, un champion de la composition instantanée très au fait avec les subtilités harmoniques les plus poussées. C’est un élève du légendaire professeur et théoricien Dennis Sandole (Granoff School de Philadelphie), lui – même mentor de John Coltrane. Shipp mentionne que son travail il est fortement inspiré par ce qu’il appelle la « Black Jazz Mystery School des pianistes : Monk, Herbie Nichols, Mal Waldron, Randy Weston, Andrew Hill, Jaki Byard, Cecil Taylor dans laquelle il s’insère par son originalité. Son jeu et sa musique se définissent essentiellement par lui-même et ne ressemblent à aucune autre. Tout comme son ami Ivo Perelman, il enregistre à tour de bras en solo, duo ou trio ou s’agrège à différentes collaborations. On peut le voir en quelque sorte comme un compositeur, ce qui s’entend clairement par son approche méthodique de canevas harmoniques et rythmiques cycliques se balançant dans l’espace tout en suggérant un substrat mélodique évanescent ou persistant. Parmi les quatre éléments, son approche symbolise la terre et l’océan dans une musique de sphères multiformes où les circulaires ou ovoïdes s’interpénètrent. Et pour son collègue, on pense à la vibration de l’air et au craquement du feu. La démarche de Perelman paraît plus immédiate : sa musique, du duo aux trios, quartets et basée entièrement sur l’improvisation libre spontanée avec un grand nombre d’instrumentistes différents de toute provenance. Un exemple : il a enregistré plusieurs albums en duo avec les guitaristes Elliott Sharp, James Emery, Pascal Marzan, Joe Morris, et Marc Ribot. Il traque toutes les occasions de rencontre en duo (Leo Smith ou avec une kyrielle de souffleurs ou de pianistes en tête-à-tête dans de nombreuses sessions rassemblées dans des coffrets digitaux ou compacts.
Mais surtout, si Matthew Shipp étend ses registres et structures musicales au piano, son alter ego fait évoluer sa sonorité dans un long et lent processus de recherches et de découvertes avec le souffle, les becs, les anches et cela au fil des années. Il y avait cette photo de John Coltrane déballant le contenu d’un sac de basket- ball : des dizaines de becs, d’embouchures et de boîtes d’anches étalées sur une table. Obsessionnel ! C’était déjà patent lors de la session du CD Callas (2005 Leo Records) dédié à la chanteuse Maria Callas pour laquelle il a suivi des cours de chant pour renforcer et stabiliser ses cordes vocales abîmées par sa technique de souffle spécifique. Si au départ de sa carrière free à NYC, la manière expressionniste souvent virulente d’Ivo Perelman évoque indubitablement le cri vocalisé et contorsionné d’Albert Ayler, il a évolué vers une recherche qui fait corps avec ses racines brésiliennes… et africaines issues des musiques samba, candomblé etc… recherche axée sur le travail du son proprement dit en se référant aux voix des aînés du saxophone ténor comme Coltrane, Dexter Gordon, Stan Getz, Ben Webster, Hank Mobley et toujours Ayler, car il affectionne de jouer au-delà de la tessiture du ténor en émettant de fabuleuses harmoniques qu’il module en pliant subtilement les notes pour les monter dans l’aigu avec un sens magique de la mélodie ou mieux de l’intention mélodique purement brésilienne. Écoutez la chanteuse Flora Purim ou les parfums tropicaux des Airto Moreira, Nana Vasconcelos, Hermeto Pascoal ou Sivuca, musiciens apparus il y a déjà plus d’un demi-siècle. Ensuite un virage vers un son plus liquide et plus souple en 2024 lors des deux magnifiques sessions en duo et trio avec le batteur Tom Rainey (Duologues 1 Turning Point et Truth Seeker – Fundcja Sluchaj) où il accède à un nouveau plateau de qualité sonore quasi vocale. D’un point de vue du saxophone, on peut dire qu’Ivo Perelman est devenu un maître créateur d’une stature voisine à celle d’un Steve Lacy d’un Wayne Shorter etc…
Non content d’avoir évolué sa sonorité récemment (année 2024), Ivo a adopté de nouvelles embouchures créées par le luthier Pillinger. C’est avec cette sonorité intériorisée qu’il joue le jeu plus introverti du duo en empathie avec les ballades un peu austères des premiers morceaux du Volume 1 de ce nouvel album qui porte si bien son nom : Distillation. Le profil mélodique de ses improvisations éthérées dans ces premiers morceaux relativement courts (durées 4 :58 , 3 : 39, 7 : 27, 6 :43) est mouvant, volage, accidenté, vocalisé comme s’il étalait différentes options face à l’auditeur pour en choisir une par surprise pour s’en exclamer et se mettre à rêver ensuite. Le numéro deux est une belle pièce à conviction pour saisir les interactions décalées et animées de soubresauts subtils d’échanges spiralés où les suraigus du souffleur ou ses murmures sereins contrastent avec le toucher cristallin truffé de dissonances perlées et d’assonances appuyées. Du grand art dans l’art du duo sax ténor - piano librement improvisé d’essence jazz. Les pièces deux et trois s’enchaînent à merveille pour déboucher sur une ballade en ostinato aux larges intervalles dans une "complete" communion, ouverte à ce qui va aboutir à d’autres formes dans les pièces suivantes. Leurs morceaux ne sont pas des pièces uniques fermées sur elles mêmes mais contiennent déjà des éléments qui seront retravaillés, renouvelés et prolongés sur les morceaux suivants, inventions qui sortent comme d’un chapeau duquel un joyeux lapin bondit. Durant ces improvisations, les deux musiciens ressentent le besoin de ne pas surjouer l’un autant que l’autre pour ce concentrer sur une musique unifiée sans hausser la voix, laquelle dans le chef du souffleur se languit à étirer les notes pour flotter dans l’air sur la pulsation des poignets et des doigts sur le clavier tournoyant dans un labyrinthe harmonique eschérien infini où son invention mélodique charnelle et « liquide » suit attentivement et instinctivement les volées d’escaliers, les passerelles, les voûtes multiformes, les perspectives surréelles ouvertes sur un ciel aussi bleu profond que la luminosité intense est voilée de brumes qui se dissipent au son des « accents on tenor sax », les morsures charnelles de sur aigus, des étoiles d’harmoniques hyper aiguës qui chantent dans la nostalgie brésilienne. C’est en fait un des plus brillants contrastes et / ou amalgames syncrétiques de la musique de jazz d’improvisation libre qui réunit les univers post académiques progressistes et l’expressivité afro-américaine dans un moule commun. Au fil des morceaux, véritables alambics sonores distillant l’union des antipodes, semblables à des ions , cations et anions polarisant de nouveaux écarts entre les notes, accents pointus et accords syncopés, fragments mélodiques, battements, ostinatos, articulations de la vibration intime de la colonne d’air. Tous ces éléments procèdent à la création de nouvelles compositions instantanées, nées les unes des autres en se déroulant dans un indéfini étirement de l’espace-temps aussi charnel qu’intersidéral ou plutôt en apesanteur et... humaniste. Le registre d’Ivo échappe à toute classification si ce n’est une insistante sensibilité exacerbée, soyeuse, chantante, éminemment personnelle et elliptique . Et d’un instant l’autre leurs inventions se répondent en cascades simultanées pressenties par un détail infime avant de surgir avec surprise. Le souffle sensuel d’Ivo Perelman se nourrit de l’extrême concentration créative de Matthew Shipp, toute en nuances. Sa sonorité est profondément intime, timbre velouté, voix douce, mais aussi déchirante avec ses superbes montées dans les aigus, l’art inné du rallentando brasileiro, ou l’enroulement de lestes articulations qui sursautent et se chevauchent autour de la pulsation invisible suggérée par le pianiste qui livre ici une partie au sommet de son art. Une mosaïque d'harmonies subtiles, de basses profondes, d'instants lumineux égrenés comme la rosée d'un matin sublime. Se développe une irisation lunaire et granitique parsemé de dissonances, assonances, agrégats d'accords miroitants, le tout se soulève, flotte, balance, s'entrecroise indéfiniment, dérive ou converge un instant avant de suggérer un soupçon de mélisme ou une saccade à son acolyte. Derrière les tracés géométriques polygonaux et effets de perspectives, se glisse la palpitation du moment vécu et l'émotion de l'invention spontanée.
Cette approche sonore se diversifie au bord du murmure ou dans l’écartèlement d’intervalles de notes traçant un narratif reliant le lyrisme éperdu, l’extrême aigu et le timbre soyeux d’Ivo jusqu’à un expressionisme soudain, sans éclabousser le champ auditif et cela pour maintenir un parfait équilibre entre le piano, ses balancements d’accords évolutifs, les scansions appuyées de Matthew Shipp en giration constante et les déambulations aériennes du souffleur. Les deux musiciens distillent progressivement leurs inventions en accélérant pas à pas la cadence de leurs échanges et en enrichissant leurs trouvailles mélodiques concertées comme dans ce rapide morceau « 13 » ou les effets de répétitions du « 14 » du Volume 2, lequel enrichit l’aspect apaisé langoureux du Volume 1, d’accentuations, des décalages subits, d'accidents de parcours ou le feu follet des visions soudaines du souffleur. Les titres anonymes de One , Two, Three, etc… jusqu’à Nine (Volume 1) ou Ten ( Volume 2) est une fenêtre ouverte vers la poésie visuelle du souffle charnu d’Ivo Perelman qu’on peut relier à ces réalisations graphico-picturales improvisées, face à un paysage inconnu en mouvement constant aux perspectives changeantes délimitées et activées par le style particulier « architectural » du pianiste. L’intensité se manifeste et croît au fur et à mesure que l’on avance dans le Volume 2 aux contours plus anguleux, aux insistances plus volontaires, zig-zags survoltés, mais toujours sans excès. C’est d’ailleurs dans ces plages que le souffleur tente de se surprendre lui-même. Celui qui aime l’énergie expressive et brûlante du free-jazz pourra alors écouter les albums endiablés de notre tandem en compagnie de batteurs et de bassistes de l’époque Leo Records (Serendipity / Soul) ou Ineffable Joy sur ESP, ou même le concert expectorant de Bruxelles du Duo (Live Brussels 2007 Double CD Leo). Mais ici, le projet de leur duo évolue dans une autre dimension : une plongée dans un univers de nuances, de finesses et de voluptés soyeuses. Face à la complexité mathématique et des résonnances mystérieuses du jeu au piano, le souffleur trace des digressions ludiques, des contrechants obliques avec une fantaisie assumée et un lyrisme évoquant un clivage nostalgique. Le pianiste qui semble s’affirmer comme le timonier de cette équipée lunaire a le chic extrême de relancer le dialogue en reprenant et recyclant à la volée les idées et les émotions de son camarade en un clin d'oeil. Un duo rare. Une musique dans laquelle on peut méditer, se laisser aller, distiller ses propres émotions, frôler l’intime, suivre un fil d’Ariane insaisissable, ne pas compter le temps. L’auditeur « logique » se sentira noyé par la redondance apparente de la musique tout en étant fasciné, mais libre à lui de choisir quelques unes de ces extemporisations pour s’en délecter. Le passionné qui cultive la capacité d’écoute ultime laissera se dérouler le film de bout en bout pour en saisir les nombreux moments forts agrémentés par une nonchalance rare et bienvenue et en être finalement surpris.

Sabu Toyozumi et Sunny Murray Sun’s Blessings No Business Records NBCD 185
https://nobusinessrecords.bandcamp.com/album/suns-blessings

Rencontre de percussionnistes en duo le 4 avril 1999 à Sapporo. Sunny Murray s’est immortalisé en devenant le premier batteur free de l’histoire du jazz en compagnie de Cecil Taylor et Jimmy Lyons en 1962 et avec Albert Ayler en 1963 / 64. Pour beaucoup, l’album ESP Disk 1002 « Spiritual Unity » marque l’an zéro du free-jazz. Sunny Murray a donné le signal à toute une génération de batteurs à jouer complètement libre par rapport aux rythmes plus ou moins réguliers et aux barres de mesures. Un flux de vagues rythmiques et de vibrations sonores échevelé qui semble indépendant des actions ludiques de ses camarades. Il a entraîné ses collègues Andrew Cyrille, Beaver Harris, Rashied Ali etc… Sabu Toyozumi est sans doute le premier batteur japonais qui a eu un contact direct avec un batteur free afro-américain. Il jouait dans un concert de jazz à Tokyo en 1966 lorsque le groupe de John Coltrane avec Jimmy Garrison, Alice Coltrane, Pharoah Sanders et Rashied Ali, alors en tournée au Japon, pénètrent dans le club où il officiait. Lors de la pause et après avoir été applaudi par Coltrane, Sabu voit Rashied Ali s’approcher de lui et donner un échantillon de son talent de free-drummer en s’emparant de la batterie. Sabu s’est révélé par la suite être un batteur de haut vol. À l’occasion d’une session d’enregistrement de Charles Mingus à Tokyo en 1970, le légendaire contrebassiste réclame un « meilleur batteur » que celui prévu pour la séance. Le producteur appelle les batteurs les plus capables de la ville pour une audition. Mingus décide alors d’engager le jeune Sabu Toyozumi pour l’enregistrement qui sera publié par la suite (J’en ai le CD et c’est réussi). L’année suivante il est incorporé dans les concerts de l’AACM à Chicago avec Roscoe Mitchell, Anthony Braxton, George Lewis, Joseph Jarman et Malachi Favors. Il joua également en trio avec Steve Mc Call et Don Moye. Cette rencontre improvisée de Sunny et Sabu s’étale sur 49’53’’ et 15’36’’ dans une tension infinie, les deux batteurs jouant en complète communion comme s’il y avait une seule personne présente. Durant toute le concert, ils ne font qu’un dans une cascade torrentielle de vibrations multirythmiques, de frappes de cymbales qui vibrent à l’unisson, de roulements interconnectés sur leurs battements de cœur, leurs respirations, les mouvements des corps et l’intensité musculaire. Une figure rythmique saccadée tournoie de l’un à l’autre tout en se tournant vers différents azimuts rotatifs spiralant à l’infini. Une Mischievous Saga : un malin plaisir à faire rebondir un surcroît d’énergie inexhaustible, des déflagrations de baguettes en lévitation par-dessus les peaux frappées à vif …. sans ce soucier d’un quelconque sens musical. La réalité et l’esprit de la transe dans l’instant, juste pour l’expérience et la vision d’un au-delà incertain jusqu’à son terme. À la fin, tout est dit et à nous d’en tirer parti en suivant les pulsations métrées et soigneusement évolutives de ces Brave Warriors dans leurs Sun's Blessings.

Andrea Centazzo & Zsolt Sörès A Map of Vanishing Ictus 216A CD
https://ictusrecords.bandcamp.com/album/a-map-of-vanishing

Lumen, Budapest 14 Mai 2026. Le percussionniste Andrea Centazzo, pionnier de l’improvisation radicale européenne,ajoute encore un bijou au catalogue cinquantenaire d’Ictus, son légendaire label. Dès le milieu des années 70, cet élève du percussionniste Pierre Favre s’est fait apprécier dans toute l’Europe et aux États-Unis en compagnie de Steve Lacy et Kent Carter, Derek Bailey, Guido Mazzon, Evan Parker, Alvin Curran, le ROVA sax quartet, Henry Kaiser, John Zorn, Lol Coxhill, Giancarlo Schiaffini, Toshinori Kondo, etc… Ses rencontres ont été publiées dans de mémorables LP’s par son label Ictus, lequel comptait parmi les labels insignes de cette période comme Incus, Bead, FMP, Ogun, Futura, et bien d’autres. Sa caractéristique principale réside dans tous les effets sonores et percussifs tirés de son impeccable matériel de multiples tambours, bien ordonnés , son set impressionnant de cymbales, gongs, crotales, accessoires qu’il complémente d’électronique vivante et de l’usage de Kat mallets. Il s’est aussi lancé avec succès dans la musique de films, dans ses propres compositions contemporaines au-delà de son activité d’improvisateur. Musicien très ouvert envers nombre de collègues, Centazzo a la capacité de dialoguer avec des artistes très différents et de rechercher des situations inédites et innovantes, même avec un zèbre aussi particulier que le violiste ou altiste hongrois Zsolt Sörès. Celui-ci est crédité Custom-made Polyviola & Electronics. J’ai personnellement rencontré Zsolt à Budapest, Bruxelles et Londres en compagnie de l’improbable Adam Bohman et sa table d’objets amplifiés et du vibraphoniste et électronicien Oli Mayne. Zsolt est sans doute un des musiciens expérimentaux et un activiste « clé » de Budapest, une cheville ouvrière des événements autour de l’improvisation et du cinéma underground. C’est aussi un artiste sonore et musicien inclassable. Avec le Polyviola, un alto à cinq cordes électro-acoustique créé spécialement pour lui par le luthier Sukandar Kartadinata à Berlin, Zsolt Sörès prolonge son précédent système home made et développe une autre dimension où ce nouvel instrument peut fonctionner comme un véritable sound system . Ce duo intitulé A Map of Vanishing commence très bien avec le savoir-faire percussif éclaté de Centazzo lui-même. Au fil des huit morceaux Live at Lumen #1, #2, #3 jusque #8, on assiste à un voyage extraordinaire au niveau des sons, des formes, des éclats, des trouvailles, des mystères, des interactions. Côté électronique, il ne faut pas chercher à découvrir qui fait quoi mais se laisser emporter par le flux de cette musique, surtout que le violon alto de Zsolt est incorporé à son installation électronique laquelle était absolument délirante et à l’époque posé à même une table entouré . Peut-être son dispositif a-t-il évolué, sait-on jamais. Mais le plus simple c’est de se laisser entraîner par les sons, les ambiances, cet univers onirique qui coïncide si bien et autant avec les trouvailles électroniques d’Andrea qu’avec les frappes, les pulsations du maître sur sa large batterie dont il choisit spontanément les timbres, les couleurs, les rythmes libres qui conviennent à l’instant précis. J’ai écouté il y a quelques années le double CD Protocol du duo de Centazzo et du guitariste électronique Henry Kaiser et je m’étais dit que c’était le plus fascinant duo de guitare « électronique » et de percussions que j’aie entendu. La guitare électronique avec ses multiples effets , n’est pas spécialement ma tasse de thé, mais ce duo, lui, est pour moi une œuvre très réussie. Et c’est bien le sentiment d’approbation et de délice qui me vient à l’écoute de Live at Lumen – A Map of Vanishing. Il faut dire aussi que ce club Lumen qui programme tant d’excellents concerts de musiques expérimentales (thanks to Ernö Zoltan et Dàvid Tamàs) est un lieu très inspirant et leur public est très ouvert pour autant que la musique soit sincère et de qualité face à toutes les tendances improvisées, free, contemporaines, expérimentales. Dans cet esprit, cette rencontre Andrea Centazzo et Zsolt Sörès est exemplaire et vraiment réussie et originale .

16 août 2026

Damon Smith & Ivo Perelman/ Florian Stoffner solo / Karen Willems Nicola Lancerotti Thomas Olbrechts/ Sestetto PsicoGeografico: Andrea Bini, Enrico Caimi, Sergio Fedele, Mariangela Martini Davide Negrini et Raffaelo Ugo

The Core of Existence Duologues 6 Damon Smith & Ivo Perelman Squid Note Digital
https://squidnote.bandcamp.com/album/duologue-6-core-of-existence

La plateforme de vente d’albums de jazz d’avant-garde Squidco LLC, la marque au calamar, vient de lancer son label digital Squidnote avec entre autres le pianiste Joel Futterman, le violoncelliste Daniel Levin et commence à documenter les nouveaux albums à venir du duo Matthew Shipp et Ivo Perelman à travers la série des Duologues du saxophoniste ténor Brésilien. Avant de passer au Duologue 7 de Shipp Perelman qui vient de m’arriver, j’attire l’attention sur le Duologue n° 6 de Perelman avec le contrebassiste Damon Smith, un artiste avec un appétit de découvertes et de collaborations étendues avec de nombreux improvisateurs : Wolfgang Fuchs, Roscoe Mitchell, Burton Greene, Georg Gräwe, Fred Van Hove, Jaap Blonk, Guillermo Gregorio, Marco Eneidi, Peter Kowald, Phil Wachsmann, Martin Blume, John Butcher, Joe Mc Phee, Joëlle Léandre, Bertram Turetsky, Frank Gratkowski, Gianni Gebbia, Peter Evans, Weasel Walter, Sandy Ewen, Bob Moses, Birgit Uhler, etc… Comme on sait , Ivo Perelman n’est pas en reste. Il est aussi prêt à tout au niveau rencontre, même si la plupart de ses collaborateurs proviennent plus du jazz libre et un peu moins de l’improvisation radicale. Néanmoins, si Damon Smith explore ici toutes les facettes expressives, sonores et techniques « avancées » de la contrebasse, sa pratique et sa démarche coïncide merveilleusement avec l’expressivité vocalisée du saxophoniste ténor, influencé par Albert Ayler à l’aide d’une étude en profondeur du souffle des maîtres de l’instrument (Ben Webster, Don Byas, Stan Getz, Coltrane, Mobley, Henderson). Et ce duo fonctionne en toute liberté dans un échange dans lequel chacun s’exprime selon son cœur tout en créant une symbiose créative. Si son coup d’archet boisé et vibratile a un côté « contemporain » , les pizzicati sur la touche ont cette élégance subtile de cette école post La Faro. Tout cela cadre bien avec cette manière toute personnelle et superbement originale qu’a Ivo Perelman à étirer les notes hautes et les harmoniques au-delà de la tessiture du ténor fragmentant des éléments mélodiques évoquant bien des musiques brésiliennes. L’intérêt de l’auditeur balance entre des pièces courtes , miniatures élégantes autour des une minute et plus, voire deux ou quatre minutes et des improvisations plus étendues qui racontent une histoire qui prend son temps à se développer. Le contrebassiste n’hésite d’ailleurs pas à chahuter quelque peu la rêverie de son collègue qui comme un chat, retombe sur ses pattes en sursautant de plaisir ou mordant à pleines dents son bec, articulant des staccatos et glissandos énergiques mais minutieux qui s’emboîtent par magie. Une fois passé le miroir d’Alice, il étire cette sonorité ultra aiguë dans l’éther remué par la friction mouvante de l’archet sur les cordes au-delà de tout ordonnancement logique d’ « intervalles » tempérés. C’est tout bonnement magnifique spontané, généreux. Si ces deux musiciens ont chacun une orientation musicale différente l’un de l’autre, ils aiment à créer une démarche collective qui dépassent leur esthétiques respectives en imaginant instinctivement comme se mettre en valeur mutuellement poussé par l’admiration de la musicalité et la surprise de leurs inventions. Un superbe duo !

Bijou Florian Stoffner solo Relative Pitch Records CD RPRSS056
https://relativepitchrecords.bandcamp.com/album/bijou

Il y a toujours quelque chose qui m’a embêté avec certains critiques du passé . C’était de transposer / comparer la démarche d’un « nouveau venu » ou d’un artiste moins connu avec des réflexions du genre « Ah oui ce pianiste « free » est un suiveur de Cecil Taylor » …. Pour la seule raison qu’il joue « free » , « atonal » ou que sais-je ? Ou encore avec les guitaristes , ramener à un artiste de référence tel que Derek Bailey, même pour Roger Smith qui jouait de la guitare espagnole ou d’autres guitaristes alors que des gens comme Keith Rowe, Fred Frith, Raymon Boni, Hans Reichel, Andreas Willers, etc… ont un univers sonore et des conceptions bien différentes de celles de DB. John Russell s’est mis à développer une approche acoustique avec une guitare avec chevalet vers 1975 la même année quand Derek Bailey s’est mis à jouer lui aussi acoustique avec une guitare similaire tout en ignorant que l’un et l’autre aient fait ce choix. Toutefois, si un guitariste a bien des accointances stylistiques proches de celles de Derek, c’est bien notre ami Florian Stoffner avec sa guitare amplifiée, amplification qu’il a un malin plaisir à contrecarrer et à pervertir avec l’aide d’une pédale de volume et le placement des doigts entre autres pour obtenir des harmoniques et juxtaposer avec un sens de la surprise lees sons purement acoustiques de la hollow-body avec des sons électriques dans un dédale d’intervalles en dehors des tonalités. Une articulation magique de textures les plus diverses dans un seul jet créatif.
Juste une remarque en passant. En écoutant attentivement ces déambulations digitales sur les frettes et les interventions avec quelques pédales d’effets, on découvre une logique, une esthétique un penchant qui s’il devait être comparé à celles de Derek Bailey remonterait à l’époque antérieure des années 70 comme on peut l’entendre dans les improvisations éclatées sur une face de l’album « Solo » Incus 2 (ou Incus 2R) ou Improvisations Lot 74 ou encore Improvisation publié en 1975 par le label Italien Cramps. Si vous écoutez les albums solo suivants comme Aïda ou surtout « Notes » , on entend que DB a évolué et passe à autre chose. Certains vont dire que c’est pas « original » ... mais je rétorque qu’il y a vraiment un plaisir à écouter Florian Stoffner tant sa démarche et son jeu sont ludiques, fantaisistes autant que logiques et qu’il manie sa guitare avec la maîtrise des grands improvisateurs en renouvelant continuellement le flux de ses inventions et des accidents de parcours dans ses six extemporisations baptisées bijou t – bijou a – bijou p – bijou f – bijou e – bijou r (tapfer ?) …. Des sons foncièrement métalliques, acides, scories électriques, voilés, aigres ou bruts… Et finalement si ça sonne à la Derek, on finit bien par entendre clairement sa différence. Florian est moins goguenard. D’ailleurs, c’est avec Florian que Paul Lovens a terminé sa longue carrière.

III – IV – II Karen Willems Nicola Lancerotti Thomas Olbrechts. Seminal Records CD
https://seminalrecords.bandcamp.com/album/iii-iv-ii

Trio intrigant orienté électronique et bruitisme radical improvisé avec Karen Willems: electronics, voice, pan flute, percussion... Nicola Lancerotti: modular synthesizer, Thomas Olbrechts: alto saxophone. Plusieurs niveaux de jeu superposés, juxtaposés, contradictoires ou coïncidant par miracle. On découvre petit à petit un univers sonore mutiple traversé de frictions bruitistes dont les susurrements extrêmes ou les articulations incisives du saxophoniste Thomas Olbrechts, la voix voilée de Karen Willems et cette électronique mystérieuse, ésotérique, pulsatoire, décalée, croassante et montée sur ressorts, ostinatos bruissants, bruits de vagues et de ressacs... on en a pour son compte…. Nicolas Lancerotti ou Karen Willems (?) . Au fil de l’écoute de ces trois pièces excellement calibrées et curieusement narratives, substantielles (durées : 21’20’’, 14’27’’ et 13’38’’ ) on est emporté dans un rêve éveillé de textures opaques, crachin industriel , dérive industrielle onirique où les moteurs refroidissent en relâchant une d’étranges vapeurs (III). À la profusion de signes et de sons succèdent des séquences minimalistes qui finissent par dégager une tension en se métamorphosant étrangement comme dans IV où intervient la flûte de pan de Karen Willems en apesanteur ou le saxophone fantôme de Thomas. Et toujours les textures électroniques en mutation constante … C’est excellemment réalisé, attachant et nous fait comprendre par le menu que les voies les plus curieuses de l’improvisation et de la recherche sonore sont impénétrables. Un trio à recommander pour tout programme sérieux de festival attaché à l’innovation musicale et aux musiques expérimentales.

Sestetto PsicoGeografico Vortex : Andrea Bini, Enrico Caimi, Sergio Fedele, Mariangela Martini Davide Negrini et Raffaelo Ugo. Setola di Maiale CD SM 5090
https://www.setoladimaiale.net/catalogue/view/SM5090

Ce n’est pas la première fois que je chronique un album de Sergio Fedele ou simplement un enregistrement d’un groupe dans le quel il intervient. Il y eut le Duo PsicoGeografico Iskra Andrea Bini & Sergio Fedele.l’ Ecatorf Trio de Sergio Fedele Piero Bittolo Bon Francesco Bucci et le premier de la série, Le Melancolie di Tifeo qui nous fit découvrir cet instrument improbable, l’Ecatorf. Voici mon commentaire à propos de cet instrument hybride à vent avec tuyaux anches, embouchures de trompes, pavillons, glissières et clés : disposé sur une armature de soutien, l’Ecatorf est un instrument de souffle à anche avec plusieurs tuyaux et trois pavillons qui a été conçu pour en métamorphoser les sons, graves en général, et en exprimer des nuances sonores et des effets de timbre - glissandi – harmoniques – bourdonnements - etc …. Le CD contient un livret très explicatif en italien qui s’adresse à ceux qui ont des solides notions d’organologie et de musicologie. Il y a aussi toute une mythologie qui s’inscrit dans ce projet, un univers poétique et sémantique original. Bien que j’ai acquis une connaissance approfondie de l’italien, ce serait tout un travail pour moi d’essayer de traduire et de décortiquer le contenu des notes fournies par le compositeur instrumentiste, Sergio Fedele. … Avec un tel instrument, impossible de jouer « vite », car il faut contrôler l’émission du son dans la colonne d’air par chacun des différents tubes et pavillons avec les mécanismes. Donc il s’agit d’une musique « lente » où l’auditeur prend son temps pour écouter ces sonorités se transformer, glisser, grasseyer, siffler, gronder, cracher, trembler et n’en rater aucune nuance. Comme j’en ai une vision photographique, je ne réalise pas bien comment cela fonctionne. Mais une chose est certaine, cela fonctionne merveilleusement pour produire de curieux timbres avec une précision étonnante et des techniques diversifiées basées essentiellement sur un contrôle minutieux du souffle, en utilisant les principes sonores de base d’un instrument de souffle à tubes tel qu’on le connaît depuis la nuit des temps`.
Comme cela vous êtes averti. Vortex est à mon sens un des (ou LE) albums les plus réussis avec l'Ecatorf, car l’instrument se mêle adroitement à cinq « Sequenze » improvisées avec un sens aigu du travail collectif, une solide écoute mutuelle et un travail sur les sons, les timbres, la dynamique, l’interaction. Chaque morceau navigue autour des dix minutes. Sergio Fedele joue aussi de la clarinette contra alto en sus de l’Ecatorf et est le seul souffleur du sextet. Andrea Bini joue du piano et du gong, Enrico Caimi de la batterie, Mariangela Martini du violoncelle Davide Negrini des percussions et Raffaelo Ugo de la contrebasse, et tous dans une orientation de musique de chambre librement improvisée relativement pointilliste, détaillée et kaléidoscopique. Au point de vue percussions – batterie, tout est joué en nuances, voire délicatesse dans le but de créer un espace sonore où chaque instrument dispose d’assez de « place » dans le champ auditif pour être entendu clairement dans différents registres. Idem pour le pianiste très « contemporain » et les deux cordistes. Dans ce contexte ludique, on entend le moindre détail de chaque instrument et l’ensemble évolue dans différentes configurations ou mises en tension au niveau de la dynamique et des échanges/ partages avec un sens de la discrétion individuelle au profit de l’ensemble. C’est de la bonne improvisation libre sujette à ouvrir la sensibilité et l’appréhension auditive et musicale pour un public curieux et ouvert. Mission accomplie. Dans la foulée « psico-géographique, on goûte l’apport mystérieux des sonorités de l’Ecatorf qui interviennent avec des couleurs et des textures graves mouvantes et très particulières.

Jean-Michel Van Schouwburg CD's on sale

CD’s de Jean Michel Van Schouwburg


On the Shore of Dreams : Yoko Miura piano & Jean Michel Van Schouwburg voix. Enregistré à Paris en 2015 par Jean-Marc Foussat. Setola di Maiale 2016 (Italie). - 8 €
Overlapping Layers : Jean Michel Van Schouwburg voix, Phil Gibbs guitare & Dominic Lash contrebasse. Enregistré à Llansoy, Wales 2019.label Intrication (France) 2020 - 11 €
Before the Wedding : John Russell guitare acoustique & Jean Michel Van Schouwburg voix. Enregistré au Club Gromka, Ljubljana avril 2018. Empty Birdcage Records (UK) 2024 - 11 €
Sureau : Jean Michel Van Schouwburg voix - Jean Demey contrebasse - Kris Vanderstraeten percussion. Enregistré en octobre 2007 Studio Odéon par Michel Huon, Bruxelles. Creative Sources (Portugal) 2018. - 10 €
Sureau Live in Bxl : Jean Michel Van Schouwburg voix - Jean Demey contrebasse - Kris Vanderstraeten percussion. Enregistré en concert à Bruxelles en 2011 et 2013 par Michel Huon. Setola di Maiale (Italie) - 10 €
The Leuven Concert : Sureau : Jean-Michel Van Schouwburg voix - Jean Demey contrebasse - Kris Vanderstraeten percussion. + Gianni Mimmo sax soprano & Enzo Rocco guitare . Enregistré à Louvain en 2009 par Michel Huon. Setola di Maiale - 10 €
Rustrel & Paluds : Sabu Toyozumi percussion vièle er-hu & Jean Michel Van Schouwburg voix. Enregistré à Rustrel et à Paluds (Provence). Juin 2012 par Stefano Fogher. Setola di Maiale (Italie) 2015. - 10 €
Otto Sette Sei : 876+ : Jean-Michel Van Schouwburg voix, Matthias Boss violon, Marcello Magliocchi percussions + Roberto Del Piano electric bass. Enregistré au Mu-Rec studio , Milan par Paolo Falascone décembre 2014. Label improvising beings (France) 2015. Some copies left - 11 €
MouthWind : Lawrence Casserley live signal processing & Jean-Michel Van Schouwburg voix. He(a)rme(ye)s CD 2011 Some copies left 12 €
Corps et Biens : MouthWind : Lawrence Casserley live signal processing & Jean-Michel Van Schouwburg voix. Enregistré à Oxford en 2024. Creative Sources 2025 (Portugal) - 11 €
Isla Decepcion Sverdrup Balance : Lawrence Casserley live signal processing, Yoko Miura piano & Jean-Michel Van Schouwburg voix. Enregistré en 2018 à Bruxelles . Setola di Maiale (Italie) 2019 - 12 €
the Mercelis Concert : John Russel & J-M Van Schouwburg duo + Jean Demey double bass solo Recorded may 2005 in Thèâtre Mercelis Ixelles by Michel Huon and same year Russell & Van Schouwburg at Bonnington Arts Centre by Tim Fletcher. Inaudible label. Artwork Kris Vanderstraeten . Two Mint & sealed copies left . 20 €
Other Items will be added at the list. Please tell me what in comments section. Best - J-M

14 août 2026

Larry Stabbins Duets w. Keith Tippett & Louis Moholo-Moholo/ Gianni Mimmo Adriano Orrú Silvia Corda/ Lao Dan & Vasco Trilla/ Emiszatett : Elisabeth Coudoux Markus Schmickler Pegelia Gold Matthias Muche Philip Zoubek Robert Landfermann Etienne Nillesen

Larry Stabbins Duets with Keith Tippett & Louis Moholo-Moholo And the Birds Sang Jazz in Britain JIB 95-S-CD
https://jazzinbritain1.bandcamp.com/album/and-the-birds-sang-duets-with-keith-tippett-and-louis-moholo-moholo

Consacrée au jazz moderne et aventureux britannique, Jazz in Britain se risque ici à nous livrer de magnifiques échantillons de free – music intense et sans concession. Keith Tippett est assurément un des grands noms du jazz contemporain britannique depuis la fin des années 60, un pianiste exceptionnel et un créateur d’envergure. Le voici en duo avec son ami d’enfance , le saxophoniste ténor et soprano Larry Stabbins avec qui il a souvent travaillé après qu’Elton Dean a continué sa carrière avec ses propres groupes … auquels Keith et Louis ont participé. La première manifestation discographique de Stabbins avec Tippett et Moholo est cet extraordinaire album paru sur le label FMP – SAJ au début des années ’80 : TERN, la seconde est le double album en sextet A Loose Kite paru quelques années plus tard chez Ogun. Récemment, Ogun a publié un concert inédit exceptionnel de ce trio : Live in Foggia ! Pour l’info, je signale que le quatrième album du légendaire label British Bead Records est un très remarquable duo de Larry Stabbins avec le percussionniste Roy Ashbury : Fire Without Bricks, duo dont j’ai assisté à un concert mémorable https://corbettvsdempsey.bandcamp.com/album/fire-without-bricks.
Les voici tous les trois en duos : Stabbins – Tippett dans les morceaux 1 – 4 – 7 (Clay 15’11’’, The Rains Came and The Birds Sang 10’08’’ et Inside and Outside 8’34’’) et Moholo Stabbins en 2,3,5 et 6 (Savannah 8’57’’, Steppe 7’26’’, Montane 11’36’’ et Acacia 7’14’’) . La première session avec Keith et Larry fut enregistrée aux Studios Maida Vale à Londres en octobre 1983, par contre le duo avec Louis Moholo-Moholo est enregistré novembre 2000 par notre grand copain Tim Fletcher, un supporter présent à tous les concerts avec son enregistreur et ses micros. Et cela au fabuleux Klinker Club au mémorable Sussex Pub « organisé » par F… O.. Batman himself Hugh Metcalfe, qui d’ailleurs figure aussi au catalogue de Bead Records. Si le premier morceau en duo Tippett Stabbins évoque du chef de Stabbins, un souffleur comme Archie Shepp, on découvre petit à petit l’étendue du talent d’improvisateur free audacieux de Stabbins au saxophone soprano spécialement dans les aigus, les harmoniques et les doigtés fourchus qui lui font projeter des multiphoniques hardies et .. inouïes. À l’époque, fin année 70 et début eighties, Larry Stabbins est un des très rares saxophonistes à explorer ce territoire voisin de celui d’Evan Parker bien avant que Michel Doneda et Urs Leimgruber se lancent dans ce type de recherches. Aussi , il fut le premier saxophoniste de la scène londonienne à se produire en solo de saxophone en concert ( Ronnie’s Scott first floor en 1973).
À propos de Louis Moholo : si le public le connaît surtout pour son rôle historique dans la diaspora sud africaine avec son engagement dans les Blue Notes , la Brotherhood of Breath, et ses propres ensembles Viva La Black, Five Blokes, Quartet Sextet ou Octet, ses collaborations avec Keith Tippett et Elton Dean ou encore Brötzmann, Louis Moholo est un membre de la communauté des improvisateurs libres londoniens qui s'adapte spontanément à une situation d'improvisation libre instantanée . On l'a entendu avec Derek Bailey ou le guitariste acoustique Roger Smith avec un jeu épuré plein de nuances, de vibrations et de détails sonores plus proche d'un John Stevens au sein du SME que dans le déferlement auquel il est coutumier s'il joue avec Peter Brötzmann ou Evan Parker ou encore avec Irene Schweizer et Rudiger Carl dans les années 70. C'est donc le cas ici dans ce duo "léger" avec Larry Stabbins où Louis offre une autre facette de sa personnalité. La capacité de ce dernier à articuler des détachés en modifiant la texture de l’instrument ou en respiration circulaire fait de lui un souffleur de haut vol. The Rains Came and the Birds Sang signé Tippett Stabbins est de toute évidence un morceau d’anthologie. On aimera aussi les conversations intimes entre le souffle intériorisé de Larry Stabins et les pulsations organiques de Louis Moholo qui ancrées dans la musique et la danse africaine, se développent à la fois comme des improvisations lyriques pour se transformer insensiblement en expressions sonores spontanées sur le travail des sons et des vibrations rythmiques. On entend aussi l’influence de la tradition du jazz au niveau de sa sonorité au sax ténor. S’il existe une poignée de saxophonistes sidérants comme Coltrane, Ayler, Braxton, Evan Parker, Coxhill ou Dunmall, Larry Stabbins s’affirme comme un véritable original, même si sa carrière dans la scène free a connu des éclipses durant lesquelles il a mené une autre vie. L’album Tern du trio Stabbins - Tippett - Moholo est resté un document inoubliable à la mesure du quartet Mujician de Keith Tipett avec Dunmall Rogers et Levin. Mais comme Stabbins a finalement publié peu d’albums sous son nom, je peux vous jurer que la plupart d’entre eux sont des pièces de collection enviables, celles dont on ne se sépare pas. Pour terminer And the Birds Sang, une improvisation suspendue dans l’espace au sax soprano avec un Keith Tippett magique dans la « harpe » du piano, sollicitant directement la vibration des les cordes et de merveilleux glissandi quand son ami susurre dans la hanche ou asticote les harmoniques avant de décliner un Everytime We Say Goodbye mélancolique. Goodbye Louis , Goodbye Keith !

Gianni Mimmo Adriano Orrú Silvia Corda Clairvoyance : Chapters Day. Rosebud Relevant RRR03
https://www.rosebudrelevant.com/record/chapters-of-a-day

Concert enregistré à Plaisance – Piacenza le 22 février 2025 et dédié à la mémoire d’Artemio Cavagna, un fervent supporter de la musique créative et improvisée à qui le public de la ville peut être reconnaissant d’avoir organisé des concerts en faisant découvrir les musiques de nombreux improvisateurs locaux, italiens et étrangers. J’ai envie d’y associer moi-même feu le tromboniste Angelo Contini, récemment disparu, un habitant de Piacenza avec Gianni Mimmo a joué et enregistré à plusieurs reprises. C’est le troisième album du trio Clairvoyance après Clairvoyance (amirani 2018) et Transient (amirani 2022), toujours égal à lui – même avec ce supplément d’âme et de surprise acquis au fil des concerts. Pour info, le label Rosebud Relevant fait suite à Amirani, étiquette fétiche de Gianni Mimmo particulièrement remarquable. La pianiste Silvia Corda et le contrebassiste Adrian Orrú font une excellente paire d’improvisateurs jouant et cherchant en phase et avec une profonde empathie sonore et émotionnelle dans une dimension plus « contemporaine » que « free-jazz ». Avec Gianni Mimmo, un remarquable saxophoniste soprano friand de spirales polytonales et dépositaire d’une magnifique sonorité partagée entre construction méthodique, suavité lyrique et énergie déchirante. La musique de Clairvoyance évolue dans l’improvisation totale avec une dimension lyrique, un brin introvertie, tirant parti des possibilités sonores de chaque instrument autant que de l’expérience d’une musique plus formelle. Il n’y a donc aucune « composition » ou « partition ». Il s’agit plutôt de composition instantanée inspirées mutuellement et interactivement par les choix et options spontanées de chacun. Trois morceaux : As Pages Drift – 16:46 , Chapters of A Day - 27:30, et After The Stirring - 7:52. Par rapport à leurs deux précédents albums, la musique du trio a gagné en profondeur, étendant sa recherche collective de sonorités aux confins de surprises bruissantes et mystérieuses.

Lao Dan & Vasco Trilla New Species No Business NBCD 181
https://nobusinessrecords.bandcamp.com/album/new-species

Lao Dan entame ce duo avec son camarade percussionniste Vasco Trilla en mode blues – jazz – free typiquement afro – américain au sax alto mordant pour la circonstance. Le jeu percussif du batteur s’exprime tout à fait dans le sillage avec une magnifique maîtrise des frappes à la fois aérienne et foisonnante. You Are You : chacun son turf, sa personnalité. Mais le but de la rencontre est de construire un véritable narratif d’une rencontre sincère où il s’agit de mettre en valeur leurs capacités d’improvisateurs en étendant le spectre sonore et leurs possibilités instrumentales et l’évolution des échanges dans l’instant. C’est ce qu’on entend dans les morceaux suivants : New Species 1 et 2. Vasco Trilla est un de ces percussionnistes doués qui explorent avec autant de méthode que de fantaisie, frappes, techniques, sonorités, articulation de pulsations combinées à de multiples sources sonores. À l’écoute de plusieurs de ses albums avec Yedo Gibson, Marina Dzukljev, Luis Vicente, Ernesto et Guilherme Rodrigues, etc… on mesure le potentiel de ce jeune percussionniste révélé il y a une dizaine d’années. Il était temps car la génération des Lovens – Lytton – Turner – Lé Quanh – etc… a fait … son temps. Même s’il y a eu par la suite Steve Noble et Mark Sanders, on reste un peu sur sa faim alors qu’une kyrielle d’improvisateurs haut de gamme se sont révélés sur d’autres instruments. Tout récemment un magnifique duo avec le trompettiste Luis Vicente s’est révélé un univers sonore très original en soit : Ghost Strata(Cipsela), parmi un flot de nouvelles productions. Celle – ci a été enregistrée au Old Heaven Books à Shenzhen City, un lieu qui a accueilli et publié en CD des concert de Brötzmann en compagnie de Sabu Toyozumi et de Jason Adasiewicz, le duo de Pat Thomas et Hamid Drake, ainsi que de la musique indienne du Nord et un extraordinaire double CD du Muqam des Dolan du Xinjiang, une musique complètement dingue. Dans cet ordre d’idées, il faut signaler que notre souffleur Lao Dan (qui a aussi enregistré avec le percussionniste précité Sabu Toyozumi, lui-même un héros du label No Business) joue ici très bien de deux flûtes chinoises. Bien sûr la classique flûte dizi à sept trous dont un est occulté par une feuille de papier de riz qui génère de remarquables effets sonores et qui sert dans la musique de chambre confucéenne avec la cithare gucheng , le luth pipa et la vièle Er-hu. Mais il souffle aussi dans une flûte diy (do it yourself) avec laquelle il produit des effet sonores plus étonnants tout en se référant aux schémas mélodiques de la musique traditionnelle chinoise. Outre le talent de percussionniste, Vasco Trilla cultive une largeur de vue esthétique spontanée qui l’habilite à dialoguer valablement avec son collègue chinois, lui-même un sérieux client. Il suffit d'appréhender sa voix rageuse à l'alto et les subtilités aux deux flûtes. La pratique de l’improvisation libre provient de sources multiples telles que le jazz « libre », la musique « contemporaine » occidentale et les musiques dites « ethniques » ou « traditionnelles » de tous les continents et latitudes, surtout dans le chef des pionniers de cette pratique révolutionnaire entre 1965 et les années 70. Cette série d’improvisations s’inscrit d’ailleurs dans la stratégie gagnante de ce label très ouvert qu’est No Business qui cultive une véritable diversité globale, dont ces New Species sont un excellent exemple.

Emiszatett Vestis Elisabeth Coudoux Markus Schmickler Pegelia Gold Matthias Muche Philip Zoubek Robert Landfermann Etienne Nillesen Impakt Köln digital
https://impakt-koeln.bandcamp.com/album/emiszatett-vestis

Un super orchestre de facture “contemporaine” d’avant-garde d’aujourd’hui rassemblant Pegelia Gold – voice, Marcus Schmickler – electronics, Matthias Muche – trombone, Philip Zoubek – piano, harmonium, Robert Landfermann – bass, Etienne Nillesen – snare, Elisabeth Coudoux – cello, composition. Pas de « solistes », ni une quelconque obédience « free », mais simplement une musique créatrice de formes, d’agrégats sonores inédits ou inouïs…. Où chacun exploite minutieusement un aspect sonore particulier, une couleur, un sifflement, des oscillations, des gestes mesurés, des timbres rares, des bruitages discrets dans une dimension orchestrale unitaire et cohérente tout en laissant ouverte des effets de surprise qui montent graduellement à la surface ou surgissent de nulle part. L’écoute n’est pas attirée par un instrumentiste particulier mais seulement par cet ensemble de production sonore entre « machine » et « rêve » . Vouloir pondre une exégèse de cette musique est bien vain : elle ne demande à être écoutée attentivement avant tout à plusieurs reprises sans qu’on puisse définir, évaluer ou ergoter. La créativité individuelle ou collective de ces musiciens est un champ de conjectures émises par des idiots. Je cite ici la remarque de notre ami John Russell, un incontournable pionnier de l’improvisation libre avec une très longue expérience : « Sometimes, I feel like an idiot ». Outre la magnifique réussite musicale de cet orchestre Emissatett et ces deux pièces worn shawl (20 :09) et knotted wrap (20 : ) elle a un avantage certain elle permet à une artiste atypique comme la chanteuse sculptrice et musicienne de rue Pegelia Gold de s’intégrer à une équipe d’improvisateurs instrumentistes très spécialisés tels que Schmickler, Coudoux, Landfermann, Nillesen, Muche et Zoubek. Cet esprit collaboratif ne fait qu’ouvrir la scène radicale d’improvisation contemporaine à des artistes provenant de tous les horizons, car il n’y a aucune limite dans cette pratique musicale. Un fantastique album qui vous fera rêver par l' ensemble Emissatett qui n'est pas à son premier coup d'essai, la violoncelliste Elisabeth Coudoux est sincèrement une compositrice à suivre!

Quatre introuvables publiés par Jean-Marc Foussat et Daunik Lazro à vingt copies pour les amis. Mais avant tout, chercher du côté de FOU Records et les CD's de Daunik Lazro ici : https://www.fourecords.com/ Il y a des enregistrements de concerts hallucinants à l'époque où Daunik soufflait dans un sax alto brûlant d'énergie incandescente ... (j'ai mis les liens de chacun des trois CD's en dessous de chaque image de pochette. Pls note FOU Records = Jean-Marc Foussat, le preneur de sons bénévole qui a enregistré une tonne de concerts depuis les années 70/80 à ce jour pour nous rendre service à tous !!



CD's "legit" FOU RECORDS à recommander absolument .. aaaaie !! Plus que ça tu meurs !! Et c'est FOU !!

https://www.fourecords.com/FR-CD55.htm


https://www.fourecords.com/FR-CD68.htm


https://www.fourecords.com/FR-CD68.htm

27 juillet 2026

Marion Brown 1968-1972 w Gunther Hampel Barre Phillips Steve McCall/ Karoline Leblanc & Paulo J Ferreira Lopes/ Olaf Rupp & Udo Schindler/ Alex Frangenheim & Stefan Keune

Marion Brown 1968-1972 w Gunther Hampel Barre Phillips Steve McCall No Business CD
https://nobusinessrecords.bandcamp.com/album/live-in-europe-1968-1972

Enregistrés lors deux concerts différents : en mars 1968 à la Maison de Radio France , le quartet de Marion Brown (sax alto), avec Gunther Hampel (vibraphone) , Barre Phillips (contrebasse ) et Steve Mc Call (batterie) dans trois morceaux : Currents Events, (12 :08), Epiphanie (10 :03), 61 to Erie Basin (10 :37) et le 22août 1972 à Châteauvallon avec Djini’s Corner (22 :07) et Afternoon of A Georgia Faun (17:24) en duo avec Steve Mc Call. Séjournant en Europe durant les années 67-69, Marion Brown avait formé un groupe évolutif avec le batteur chicagoan Steve McCall , le vibraphoniste clarinettiste basse et flûtiste Gunther Hampel et , au fil des concerts, une série de bassistes dont Barre Phillips, Buschi Niebergall, Sigi Busch et Arjen Gorter, mais aussi la chanteuse Jeanne Lee et le trompettiste Ambrose Jackson. Une série d’albums : Gesprächfetzen et Marion Brown in Sommerhausen pour le label Calig, la musique du film le Temps Fou publié en LP et le double CD récent « Mary Ann » Live in Bremen en 1969. Il convient aussi d’ajouter un autre trio de décembre 1967avec le bassiste Maarten Altena et le batteur Han Bennink dont c’est le deuxième album ‘’free » (Porto Novo – A.B. Productions) mais le premier nregistrement de Brown en Europe et le plus percutant. Marion Brown a une magnifique sonorité à l’alto et un lyrisme free immédiatement reconnaissable : c’est un véritable original de la New Thing et un des rares musiciens free à avoir tourné en Europe après Albert Ayler et Archie Shepp. On note bien sûr l’influence d’Ornette Coleman dans Current Events. Ces trois morceaux illustrent le point de départ du parcours de Marion Brown avec son groupe Européen free. Les deux derniers morceaux , Djinji’s Corner et Afternoon of A Georgia Faun sont des versions en duo avec Steve Mc Call des deux compositions expérimentales qui occupent les deux faces de son album ECM 1004 « Afternoon of a Georgia Faun » enregistré en 1970 à New York avec Anthony Braxton, Bennie Maupin, Jack Gregg, Chick Corea, Jeanne Lee etc… où règne un multi-instrumentisme non conventionnel. Dans ces deux compositions où son sax alto se meut librement par-dessus le drumming free remarquable de Steve Mc Call, Marion Brown n’hésite pas à agiter et frapper sur des ustensiles de percussions pas éloigné des avancées d’Han Bennink ou de la percussion contemporaine. On entend aussi des notes égrenées sur un discret glockenspiel avec le concours clochettes, crotales, mais aussi d’une flûte en bois ou bambou. L’atmosphère recueillie et parfois contrastée se rapproche des morceaux les plus far out de l’Art Ensemble of Chicago ( People in Sorrow) et des expériences de l’improvisation libre, plutôt que l ‘univers du free-jazz allumé et énergétique. Aussi par moments, Steve Mc Call fait plus qu’évoquer Milford Graves. Cela dit tous les sons existent dans la nature et des musiciens de ce calibre trouvent en eux-mêmes de nouvelles ressources en cherchant sans relâche, sans vouloir emprunter des idées à d’autres. C’est lors de ce festival de Châteauvallon que Michel Portal a enregistré son album live de 1972 et Charles Mingus qui était présent fit des déclarations sceptiques au sujet de Brown à des journalistes dont l’un d’entre eux en fit mention dans Jazz Magazine. Ce qui arrive quand on est en avance sur son temps. Le free jazz basé sur un thème et un structure fixe libérée du bop avec des espaces de liberté du Marion Brown Quartet de 1968 et son instrumentation sax alto vibraphone contrebasse batterie dans lequel chacun joue un rôle déterminé laisse la place à la coexistence de deux personnalités évoluant dans des événements sonores enchaînés sur des durées plus longues comme le faisait à l’époque le groupe d’Anthony Braxton Leo Smith Leroy Jenkins et le même Mc Call, alors résidents parisiens en 1969-70. Un duo légendaire de Brown avec Leo Smith reflète tout autant ses préoccupations esthétiques du début des années 1970. Au menu un multi instrumentalisme idéaliste : outre son drumming free à la batterie, Mc Call agite des clochettes et des crotales, joue du vibraphone et du glockenspiel dans une dimension éthérée. Marion Brown souffle dans une flûte à bec, instrument dont il excellait. Vraiment un magnifique document dont l’urgence et l’authentique plénitude éclipsent largement l’actuel perpétuel revival formaté du free jazz.

Frangible Seams of Lore Karoline Leblanc & Paulo J Ferreira Lopes CD atrito afeito 014.
https://karolineleblanc.bandcamp.com/album/frangible-seams-of-lore

Collaborant depuis de nombreuses années au Québec et ensuite au Portugal, la pianiste Karoline Leblanc et le percussionniste Paulo J Ferreira Lopes nous livrent ici un nouvel état de leurs recherches musicales basées sur l’improvisation contemporaine. Après avoir procédé à de véritables improvisations exploratoires dans une dimension sonore vibrationnelle et introspective durant l’année 2025, les deux artistes, principalement Paulo J Ferreira Lopes, ont découpé des parties des enregistrements et assemblé composé dans une suite évolutive de 50:02 intitulée Frangible Seams of Lore en y ajoutant / superposant des sons d’orgue, des mouvements d’eau captés dans des enregistrements de terrain et des touches d’électronique. C’est à la fois sourd, grave, percussif, résonnant, introspectif, les différents timbres et sonorités s’agrégeant dans un temps suspendu incorporant le silence. La pianiste explore le toucher des cordes à l’intérieur de la caisse de résonance du piano avec différents objets et techniques alternatives alors que le percussionniste s’insère remarquablement dans le flux avec des percussions métalliques et cymbales. Les deux artistes ne font qu’un, sublimant le dialogue du duo dans le mystère d’agrégats sonores qui se complètent ou se diversifient par la grâce d’un toucher précis et concentré dans l’instant et l’écoute mutuelle. La percussion crisse, siffle, vibre dans l’air, grésille, frise l’infra-son ou s’irise dans des griffures appliquées sur la surface des cymbales ou le filetage des deux câbles du grand piano. Cette musique peut être entendue successivement dans une forme de recueillement où l’imagination perceptive de l’auditeur se renouvelle au fil des écoutes et de la découverte incessante des détails l’imbrication sonore et émotionnelle. On a affaire à une musique contemporaine de haut niveau réalisée dans la simplicité de la mise en commun des ressources sonores au service d’un paysage mental et d’une ferveur intérieure, langue de feu d’un idiome neuf. Un magnifique témoignage d’une conception de la création musicale sans concession qui fait suite à leurs trois précédents albums en duo qui se précise au fil des années : Kumbos (atrito afeito 008 / 2017), The Wind Wends Its Way Round (atrito afeito 012 / 2023) et Edge Once Fractured (atrito afeito 013 / 2024).

Olaf Rupp & Udo Schindler HerzAtmungen Creative Sources CS833CD
https://creativesources.bandcamp.com/album/herzatmungen

Olaf Rupp est sans nul doute un des guitaristes free – improvisateurs parmi les plus passionnants et les plus originaux. Il travaille le son de la guitare électrique dans son épaisseur, son expressivité à la fois mécanique et cinétique en associant adroitement plusieurs techniques et approches de toucher, une variété importante d’effets et de dispositifs (pédales etc…) et les possibilités des deux micros de sa Fender. On va dire que l’étendue de sa palette est aussi étendue que celle de Derek Bailey sans que sa pratique englobe un système post – harmonique d’origine dodécaphonique ou sériel ni une complexité rythmique comme ce dernier, mais plutôt une grande ouverture à de nombreuses occurrences sonores. Et cela spécialement dans le cadre de ce duo avec un souffleur multi-instrumentiste tel qu’Udo Schindler. Une démarche pas simple : comment adapter successivement son souffle et son organe respiratoire et buccal à des instruments aussi différents que le cornet, la clarinette basse, le sax alto et le tuba. Schindler n’est peut être pas un grand virtuose de chaque instrument, mais son jeu réfléchi a ici les qualités adéquates pour créer un dialogue intense, vécu et significatif pour enthousiasmer un public de connaisseurs ou d’auditeurs occasionnels ouverts à l’expérience. Il y a donc six HerzAtmungen numérotées de #1 à #6 pour une durée totale de 68:57 d’improvisations captivantes. Le champ d’action et les variations quasi infinies de l’invention guitaristique aussi audacieuse que méticuleuse d’Olaf Rupp fait de lui un improvisateur incontournable parmi les nombreux guitaristes de la scène. Sa manière de suspendre les sonorités en modifiant adroitement sa hauteur, son timbre, sa dynamique, son volume et les bruissements et agrégats conséquents créent un univers sonore très particulier, immédiatement identifiable mais aussi très varié au point qu’il ne lasse pas l’écoute. Aussi, il est capable de cisailler dans toutes les dimensions les configurations de doigtés et de positions sur le manche avec une furia maniaque quand le besoin s’en fait sentir. Aussi, il évite d’être démonstratif en imposant un abatage exhaustif de sa grande technique : ses moyens sont au service de la musique et de l’équilibre du duo. Dans ce contexte, et par la grâce de l’esprit d’ouverture et l’adaptabilité du guitariste, Udo Schindler illustre avec bonheur l’art d’improviser en empathie avec l’esprit de la musique de son collègue tout en mettant en valeur son savoir faire avec talent.

Alex Frangenheim – Stefan Keune new traces scatter archives digital
https://scatterarchive.bandcamp.com/album/new-traces

Enfin , voici ces deux authentiques improvisateurs libres de très haut niveau enfin réunis pour onze improvisations bien radicales. Alex Frangenheim est un contrebassiste sculpteur de sonorités parmi les plus impliqués dans la libre improvisation en Allemagne avec une capacité instrumentale et créative de classe internationale. Il y a plus de trente ans, on l’entendait en compagnie du tromboniste/ violoncelliste Günter Christmann, du percussionniste Paul Lovens, du saxophoniste Mats Gustafsson à ses débuts mais aussi Steve Noble, Urs Leimgruber, Phil Durrant, Tony Bevan et aussi Roger Turner et Michel Doneda, des artistes incontournables avec qui il a enregistré récemment pour son label Concepts of Doing. Ce label Concepts of Doing était même adossé à celui de Günter Christmann, un pionnier de premier plan de la free music européenne, Edition Explico. C'est tout dire. Vous allez me dire qu’il y a déjà une grande quantité de contrebassistes très remarquables. Mais ce qui fait de cet album une véritable merveille unique en son genre, c’est la participation inspirée de Stefan Keune, un souffleur allemand pointu capable d’exceller aux saxophones ténor, alto, soprano, sopranino et baryton en faisant exploser le son, les timbres et la colonne d’air avec une précision extraordinaire et une combinaison extrême de célérité et de diversité sonore kaléïdoscopique. Il est avec des saxophonistes « radicaux » comme Michel Doneda, Urs Leimgruber, voire Mats Gustafsson et quelques autres, un héritier complet des avancées inouïes d’Evan Parker au point de vue articulation, techniques alternatives, cross fingerings, coups de langue, vocalisations subites, harmoniques subreptices, bruitages, sens aigu de la dynamique et atomisation de la phrase musicale et des spirales du souffle post-coltranien qu’il déchiquète de manière volontairement chaotique. Ce style «pointilliste » extrême demande un contrôle du son énorme car tous les paramètres du souffle sont incessamment transformés de manière très contrastée à la vitesse de l’éclair. Sa stature musicale en fait un véritable incontournable dont sans doute l’apparence modeste et réservée ne convainc pas organisateurs, prescripteurs et cognoscenti – groupies à s’intéresser à sa musique et à l’inviter dans un festival ou une salle importante. Il a enregistré et joué régulièrement (ou occasionnellement) avec le guitariste John Russell, les batteurs Steve Noble ou Paul Lovens, son vieux camarade contrebassiste Hans Schneider ou récemment le contrebassiste américain Damon Smith et la guitariste Sandy Ewen. On peut aisément collectionner ses CD’s car au fil de plus de 30 ans de carrière, sa production excède à peine une douzaine d’albums. D’ailleurs, qui aime un contrebassiste chercheur comme John Edwards va se régaler avec Alex Frangenheim qui parvient à équilibrer les échanges et pousser en avant une foule de détails sonores sauvages avec un archet tournoyant en diable face à ce phénomène du souffle qui joue ici du sax ténor et du sax sopranino, très difficile à maîtriser. Vous prêtez à un saxophoniste "très connu" un sax sopranino, il y a de très grosses chances qu'il aura du mal à en maîtriser les notes précises et à en accorder le registre complet tout en soufflant. Tous les densités boisées de la résonance des frottements d’archets, de pizz et de col legno font farine au moulin chez cet inspiré de l’improvisation libre qu'est Alex Frangenheim. Écoutez successivement les duos enregistrés d’Evan Parker et Barry Guy et de John Butcher et John Edwards avant de vous immerger dans ces New Traces de Keune et Frangenheim, vous vous régalerez à souhait et sans regret tellement c'est convainquant, magique et radical.