19 mars 2026

[Ahmed] Pat Thomas Seymour Wright Joel Grip Antonin Gerbal/ Gianni Mimmo solo/ Udo Schindler Uwe Oberg/ Antonio Bertoni Massimo De Mattia Stefano Leonardi

سماع [Sama'a] (Audition) [Ahmed] Pat Thomas Seymour Wright Joel Grip Antonin Gerbal Otoroku 2LP
https://ahmedquartet.bandcamp.com/album/samaa-audition

Bien curieuse production d’un quartet, [Ahmed] dont les membres se situent à la confluence des scènes française, suédoise et britannique et de mouvances collectives liées à des esthétiques différentes, voire aux antipodes l’une de l’autre. Pianiste britannique d’origine jamaïcaine et de culture musulmane, Pat Thomas est devenu un pianiste incontournable de la scène britannique aux côtés de Lol Coxhill, Roger Turner, Tony Oxley, Steve Noble, Phil Wachsmann, Dom Lash et en solo. C’est lui qui a proposé au groupe [Ahmed] de créer leur musique en relation profonde avec celle du contrebassiste de Jazz Ahmed Abdul Malik, un légendaire compagnon de Randy Weston et de Thelonious Monk (les deux LP’s Live au Five Spot en 1957 avec Johny Griffin et Roy Haynes). Ahmed Abdul Malik a développé ensuite un Jazz inspiré par les musiques du Moyen Orient et joué de l’Oud, l’instrument de culture arabe par excellence avec plusieurs albums uniques en leur genre. Vu l’intérêt de Pat Thomas pour les musiques nord africaines de culture arabe, rien d’étonnant, même si la facture musicale de la musique d’ [Ahmed] est tout à fait étonnante. Le tandem Joel Grip et Antonin Gerbal, contrebasse et batterie, m’a été révélé par un excellent CD du quartet Peeping Tom (Boperation) en compagnie du saxophoniste français Pierre-Antoine Badaroux et du trompettiste Axel Dörner, connu à la fois pour son « avant-gardisme radical réductionniste », mais aussi sa participation à Die Enttauschung, un quartet jazz « freebop » fascinant où brille le clarinettiste Rudi Mahall. Ce CD de peeping Tom a été produit par le label du collectif franco-allemand umlaut et la musique réinterprète de curieux compositeurs « bop » atypiques de manière originale et vivante. C’est bien comme cela que je qualifierais la démarche d’ [Ahmed]. J’ajoute encore que le saxophoniste Seymour Wright a fait partie depuis le début des années 2000 de la mouvance collective d’Eddie Prévost, Sebastian Lexer avec qui il a souvent enregistré pour le label Matchless des musiques radicales au niveau des formes et de la pratique instrumentale. Plus récemment, il s’est commis dans un enregistrement en duo avec Evan Parker vachement réussi (Tie the Stone to the Wheel/ Fataka). En fait, notre quartet rejoue/ réinterprète les compositions d’Ahmed Abdul Malik en leur insufflant à la fois la radicalité du free jazz le plus débridé et la fidèle relecture avec cette rythmique qui se démarque clairement du 4/4 du jazz moderne. Cet aspect est exemplifié dans le première face du double LP consacré à la seule composition « Ya Annas » comme pour chacune des autres faces de ce superbe album. J’ai choisi de rendre compte de « Audition » car c’était pour moi l’opportunité d’acquisition la moins chère via un distributeur Berlinois, car les envois du label Otoroku situé à Londres sont chargés et taxés excessivement par la Douane de mon pays. En effet , leur dernier Opus – coffret de 5CD, Giant Beauty, est hors de prix, si je tiens compte des frais d’envoi.
L’évolution formelle et ludique, fascinante et très inspirée, leur étirement des morceaux dans une transe hypnotique et la cohérence du groupe dans l’instant fait de [Ahmed], un groupe de premier ordre. D’abord, il faut saluer le travail rhytmique d’Antonin Gerbal, comparable à l’innovation et la précision extrême d’un Tyshawn Sorey et sa capacité à s’abandonner à la sauvagerie brute. À cet égard, il suffit de se laisser emporter par l’enregistrement d’une récente performance à Nickelsdorf en juin 2025 : https://www.youtube.com/watch?v=WeE1TJVppuc : apocalyptique et … « punk » !
Face 2, Antonin Gerbal démontre sa capacité à croiser les rythmes et pulsations en solo (Isma’a Listen). Seymour Wright développe une approche sonore à la fois âpre et radicale tout en cultivant l’art des spirales idoines dans le cadre de leur projet musical, celui d’[Ahmed], une forme de lyrisme lunaire, un travail sur le son qui se révèle délicat ou … brutal selon les phases de jeu possibles de ce quartet d’exception dont le présent album n’est encore à mon avis qu’une carte de visite, un écartement de rideau qui ne donne pas encore toutes les dimensions sonores et vibrationnelles du quartet. Mais éclaire brillamment leur savoir faire et l’originalité profonde d’une voie majeure du free-jazz le plus inspiré. On imagine ce qu'il pourrait advenir hors des limitations des sillons d'une face de disque 33 tours. Et il faut rendre grâce au pianiste Pat Thomas, un artiste intègre et focalisé essentiellement sur sa démarche à la fois personnelle et collective, sans qu’il doive se sentir obligé de se profiler auprès de tous les « ténors » médiatisés de la free-music. Voici un artiste hyper-original de première grandeur qui n’a rien à envier « aux plus grands ». Son jeu au piano est un défi à l’histoire du jazz même free et est foncièrement original. Aussi trop complexe pour en identifier les sources et « influences » . Il provient d’une scène britannique qui a vu grandir les Stan Tracey, Keith Tippett, Howard Riley et Veryan Weston au fil des décennies, des artistes uniques.
Dans le contexte d[Ahmed], il faut applaudir le travail quasi-souterrain du bassiste Joel Grip, un pilier des scènes Berlinoises et Suédoises, qui s’échine ici à renforcer et consolider les inventions de ces trois zèbres de collègues avec un solide aplomb et un très bon sens des perspectives. Il faut savoir se concentrer sur l’écoute de ces lignes de basse et son jeu à l’archet, éminemment créatives. Aussi, ce quartet est un excellent exemple comment de simples artisans de la cause de la free-music et du jazz d’avant-garde arrivent à se surpasser au sein d’un vrai collectif pour créer un univers musical top-notch au niveau créatif des artistes les plus vénérés dont la plupart nous ont quitté ces dernières années. Au lieu de tirer les ficelles des réseaux pour livrer une trop fade lingua-franca qui vous laissera perplexe au fil des ans et des décennies. Suivez le guide, voici un groupe vraiment exemplaire à plein d’égards.

Gianni Mimmo the Lonesome Thing Rosebud Relevant RRR1
https://www.rosebudrelevant.com/record/the-lonesome-thing
https://soundcloud.com/amiranirecords/exceller-esteem

Nouveau label Rosebud Relevant Records pour Gianni Mimmo l’exclusif saxophoniste soprano italien et responsable d’Amirani, un label exemplaire depuis 2007 pour lequel il a laissé de superbes traces de son évolution. Influencé et inspiré par Steve Lacy, Gianni Mimmo s’est lancé dans l’improvisation libre « sans compositions » tout en maintenant un lyrisme singulier subtilement « polymodal » et maîtrisant une solide technique sur un instrument ardu, le saxophone « droit » soprano dont la justesse des notes demande une précision hardie et malaisée pour le commun des mortels du souffle. Ce deuxième opus solitaire depuis l’initial One Way Ticket de 2005 (Amirani), marque clairement tous les progrès réalisés au niveau de l’expressivité, de la qualité du souffle, de l’assurance dans l’établissement de formes. C’est aussi un aboutissement de tout un travail de rencontres et d’échanges associatifs avec des artistes pointus comme les pianistes Gianni Lenoci, Yoko Miura et Nicola Guazzaloca (graphiste attitré d’Amirani), des souffleurs Ove Volquartz et Harri Sjöström, des guitaristes John Russell et Garrison Fewell, des violoncelllistes Daniel Levin et Hannah Marshall, de Lawrence Casserley et son live signal-processing, etc… Ces fructueuses aventures et son travail de producteur ont muri son savoir-faire et cet album solitaire en est un fabuleux thermomètre à la gloire des rhizomes polymodaux chers à Steve Lacy. On n’a plus qu’à se laisser emporter dans cet univers fait de songes, de sonorités terriennes et élégiaques, ce sens inné des proportions t de la matière du souffle effilé, distendu en équilibre instable entre silence et les intervalles les plus remarquables de la toile d’araignée harmonique infinie magnifiée par un chant d’oiseau des îles. Steve Lacy a disparu et si vous voulez aujourd’hui vous replonger dans son univers en « vivant » - face à face vous n’avez rien d’autre à faire que d’écouter ce « re » créateur d’exception. Lacy était bien sûr inimitable (tout comme son ami Lol Coxhill, autre maître du soprano) tout en légèreté et subtilité. En bonus, A Flower is a Lonesome Thing de Strayhorn et trois compositions de Steve Lacy déclinées avec le plus grand des bonheurs : Esteem (issue du cycle the Way), Sideline (créée avec Michael Smith en 1976 dans l’album Sidelines / IAI) et Utah. Tous les autres morceaux joués ici participent du même moule fondateur .. en extension continue.
PS , j’ai entendu le qualificatif de « copieur » au sujet de Mimmo . Je réponds à quiconque : Qui d’autre est aussi expert dans la musique essentielle de Steve Lacy ? . Ou alors jetez aussi aux orties les « élèves » de Coltrane parmi lesquels Phaorah Sanders, Evan Parker, Paul Dunmall etc.. . Mais quiconque a travaillé dur sa musique 7/7 quotidiennement prendra spontanément la mesure d’un artiste comme Gianni Mimmo : exceptionnelle !

Udo Schindler Uwe Oberg Schädel-Magie FMRCD738 – 0126
Vidéo du concert 6 Décembre 2024 à Krailing/ Munich.
https://www.youtube.com/watch?v=uQSlmOeGqSw

Merci à Udo Schindler de m’envoyer quelques CD’s du label FMR que j’arrive péniblement à recevoir à cause des mesures Brexit et des frais de la Douane belge et de l’inertie de leur website. Dans cet album notre multi-instrumentiste germanique, Udo Schindler joue des clarinettes mi-bémol, basse et contrebasse et de la flûte alto, ce qui apporte une vraie cohérence aux quatre improvisations successives. Face à lui, le pianiste Uwe Oberg, entendu avec Evan Parker, Rudi Mahall, Xu Feng Xia, Georg Wolf, Jörg Fischer, Frank -Paul Schubert etc… J’apprécie beaucoup ce pianiste : il sait étendre les particularités de son jeu en créant de multiples atmosphères très variées issues autant du piano moderne « contemporain », que du free-jazz avec une réelle qualité de toucher, une belle angularité monko-dodécaphonique et un jeu « dans les cordes » bien calibré. Quant à Udo Schindler, il a été entendu et a enregistré avec bon nombre d’artistes de premier plan comme Wilbert De Joode, Damon Smith, Ernesto Rodrigues, Jaap Blonk, Ove Volquartz et des guitaristes curieux comme Andreas Willers et Gunnar Geisse. Sa discographie est exponentielle. Alors ce duo qui totalise 40:47 consiste en une belle trame existentielle, une ossature de qualité (Schäde-Magie = Skull-Magic) qui se décline avec de la suite dans les idées. Parmi ces idées, on trouve des mots curieux et difficilement traduisibles du poète Les deux duettistes nous emmènent dans un dialogue de qualité, la réflexion musicale et formelle dans les mains du pianiste et l’efflorescence sensuelle ou expressive parfois folichonne du souffle appliqué du clarinettiste. Celui-ci aime à mordre et déformer/ contorsionner les aigus et harmoniques quand le claviériste fait chanter un carillon de résonnances de cordes adroitement bloquées dans ce remarquable Stimziegelde 15 :56, un beau plat de résistance que j’apprécie beaucoup. Son travail dans Nachtmaschine (5 :34) au milieu des cordages du piano est tout à fait original , peu commun comme une série de boîtes à musiques délirantes auquel Udo répond avec une belle créativité. Un très bon album en duo dont les aléas se renouvellent adroitement. Super !!
TATZLWURM Antonio Bertoni Massimo De Mattia Stefano Leonardi AUT Records 14-4
https://autrecords.bandcamp.com/album/tatzlwurm

Un autre album du tandem Antonio Bertoni – Stefano Leonardi (qui nous a livré le fabuleux Fuoco Sacro sur le même label AUT Records, mais cette fois-ci avec le remarquable flûtiste Massimo De Mattia, lui-même auteur d’excellents enregistrements pour le label Setola di Maiale. Leonardi et De Mattia se partagent les flûtes jouées ici : les instruments « ethniques » et la flûte pour le premier ; la flûte et la flûte alto classiques pour le deuxième. Comme instruments « ethniques », on peut citer le xun basse chinois, le dilli kaval turc, le kaval moldave à sept trous, le sulittu sarde, cher au Campidanu de Cagliari. Quant à Antonio Bertoni, il manie le Guembri, le violoncelle, la percussion « à mains » et le bolon, une harpe luth à trois cordes du Mali semblable au n’koni.
Tout comme pour le précédent CD Fuoco Sacro, nous avons droit une superbe musique qu’on pourrait qualifier valablement de « folklore imaginaire » proche de ces musiques traditionnelles développées dans des cultures asiatiques ou africaines. Cela pourrait être un cliché ou un « dérivé » facile…. Mais l’inspiration, le sens de l’improvisation et de la recherche sonore des trois musiciens créent une magnifique empathie, un univers musical particulier, un partage musical visionnaire et créatif. La conjugaison du lyrisme, des audaces et des sonorités des deux flûtistes est fascinante, étirant les possibilités expressives parfois mystérieuses pour en faire une musique de transes, d’élévation spirituelle ou sensitive enivrante. Les notes et les timbres sont systématiquement glissée, vocalisée subtilement, interférant leurs auras dans l’action des deux souffleurs respectifs comme si leurs cerveaux étaient branchés sur la même fascinante inspiration, les mêmes écarts / intervalles de notes et couleurs / vibrations musicales fusionnelles. Tout à fait dans l’esprit de cette musique et confirmant la réussite de Fuoco Sacro, on se félicite du guembri d’Antonio Bertoni de ses pizzicati fugaces au cello, et ses percussions sauvages multiples. L’étrangeté de leur musique est exprimée par le dessin noir, blanc, gris d’un étrange serpent à tête de mammifère imaginaire reproduit sur la pochette et dans un insert à l’aquarelle de plus grande dimension en papier glacé plié et fiché dans le rabas de l’élégant digipack. Un superbe support graphique pour une curieuse et magnifique musique hors des sentiers battus.


La flûte sulittu de Sardaigne comme celle jouée par Stefano Leonardi.

1 mars 2026

John Coltrane 's Ascension piece performed and recorded by John Coltrane Quartet in concert or in Studio. Paris Salle Pleyel & Half Note NYC 1965 concerts.

In 1965, John COLTRANE recorded a large scale composition under the title ASCENSION with trumpet players Freddie Hubbard & Dewey Johnson, tenor saxophonists Pharoah Sanders & Archie Shepp, alto saxophonists Marion Brown & John Tchicaï and his three J.C. Quartet members pianist Mc Coy Tyner, bassist Jimmy Garrison and drummer Elvin Jones. Two different takes were recorded and both were issued successively, the second take was issued on the very first pressing (Edition I) and the, Coltrane changed his mind. Impulse issued quickly a second pressing - edition of the first take as "Edition II". Both were reissued on the same CD and in the CD-Box John Coltrane Masterworks. This Ascension piece wasn't recorded seemingly in a studio by the J.C. Quartet. But ...
https://www.youtube.com/watch?v=-81AEUqHPzU

But there are some live concert versions of this "Ascension" composition recorded by the John Coltrane Quartet at the Half Note in N.Y.C. From these concerts were culled the tracks of "One Down One Up" Live at The Half Note issued by Impulse on a double CD.
The John Coltrane recorded at least three different versions issued on various "bootlegs", unofficial vinyles during the seventies and CD's afterwards.


The first "Ascension" occurrence went on two Japanese BYG label LP's "John Coltrane Live in Paris" which were hard to find in Europe. But the British Affinity label issued a John Coltrane double LP "Live in Paris" on which two tracks on both sides of on vynile displayed a tune titled "Blue Valse". This double LP was filled by versions of Naima & Impressions recorded at Antibes Jazz Festival on 27th July 1965. Also the festival audience were treated by a fantastic Love Supreme performance which went recorded by the O.R.T.F. and issued on French label Esoldun (a branch of the FNAC, an important book, music and hi-fi large chain store very supportive of jazz musics) with the help of the INA, a French government institution, owner of the rights. Later on it was included in to a double Impulse CD of Love Supreme with both studio and the Antibes live versions. The remaining of this Live in Paris 2LP are the tracks recorded in Paris Salle Pleyel on the 28th of July, among them, this lengthy Blue Valse, Afro Blue and Impressions. The choice of these three compositions and subsequent improvisations was absolutely convincing all three carrying such force, energy, inner modal connections and complex improvising. I have no idea about the order of performances but this Blue Valse became a vehicle of hard hitting, complex and furious "speaking in tongues" playing in empathy with Afro-Blue and Impressions which are with Mr PC, the "chevaux de bataille" of the whole Coltrane music. Think about the North Indian Raga virtuosi who can make tremendous variations ad infinitum with modes, patterns and rythms though the same materialof one Raga. This is just mindblogging.

here BLUE VALSE a/k/a Ascension during 14:23 minutes recorded seemingly in Paris Salle Pleyel 28 July 1965. https://www.youtube.com/watch?v=EsHggpYA3zo

Curiously, if the theme of this Blue Valse has the same melodic pattern than the one of Ascension, it was not noted in the liner notes. Following an information read on a youtube "notes", it seems that there was a version of the Blue Valse recorded at Antibes or in the mind of these notes's author, he has perhaps made the confusion as Blue Valse is featured on albums with both recordings from the Antibes Festival and Salle Pleyel on both dates 27th and 28th July 1965.


Nevertheless, there were some rare bootlegs ("pirate" in French) LP's of various labels, sometimes "dubious", carrying tracks from the 1965 Half Note N.Y.C broadcasts concerts. The Half Note was home for Warne Marsh around that time and of course for the John Coltrane Quartet. Among the tunes recorded there and issued on these bootleg vinyle albums, there are at least two versions that are printed on two "serious" labels, I mean with a better sound than the average bootleg. I haven't any of these on CD's but only vinyle. Also if the (technical) origin of the CD or vinyles seem dubious to me, I don't buy it.

So, I have never bought or ordered through mail ordering business items who could be of (very)low quality while I was diving in Brussels' (and London's) second hand record shops (during decades), hoping to find some rare and "audible" (free-)jazz and improvised music albums. Being an absolute fan of Evan Parker from the mid-seventies, and then, of Paul Dunmall, good albums of "freer" John Coltrane LP's and CD's were obviously always in my mind. So in the eighties, I discovered a British edition of Live Concerts of Coltrane on the Blue Parrot label with the title " Brazilia" , a tune which was issued on the official Impulse double LP "The Other Village Vanguard Tapes" in 1977, when I was buying also Incus, FMP, Ogun and Ictus brand new vinyles when they popped into the racks of Caroline Music, Rue de l'Athénée in Ixelles (also Milford Graves Andrew Cyrille, Braxton, Lacy, Ayler and Taylor albums. So this Brazilia tune made my brain tilt, although there was no mention about the Half Note. There is also a lengthy version of My Favourite Things of which I had at that time enough versions on discs. The liner notes of the Blue Parrot AR 705 LP mentions a second Coltrane Quartet LP on Blue Parrot, AR 700 with the title "Creation". Decades later, but for me like in an instant, I witnessed the existence of one of its copy at Open Door, Freudenstadt, a very honest and serious mailing order in Germany, run by a music devotee, Peter Schlegel. This LP copy was Mint and at a fair price. Peter is the gentleman by excellence, he kept his business from Dieter Hahne himself ! So when I heard the Creation tune on side B, I jumped, the top of my head banging on the ceiling. This is ASCENSION for QUARTET ... oolyakoo! So, I was told that these tracks were mainly recorded in 1965 at the Half Note, but for sure it is evidently 1965 Coltrane, no doubt !!


Afterwards, more recently a Brussels famous second hand disc shop displayed two John Coltrane LP's on the Audiofidelity - Chiaroscuro Records, a company for which I made a favourable judgement considering their Earl Hines, Borah Bergman (first solo recordings) and even Frank Wright's. So, I read "recorded at the Half Note" (of course I had already the double CD At the Half Note with its huge rendition on One Down One Up). The LP's bearing the titles "Reflections Volume One" and "Reflections Volume Two". The first Volume includes "Untitled Original", Impressions and a lengthy Chim Chim Cherie. About this "Untitled Original" the author of the liner notes referred its beginning six notes motif to the Coltrane tune "Big Nick" , describing the music as "whimsical" and "the piece's simple motive provides a launching pad for cascades and fragmented phrases blurted out ferociously". This motive is the full Ascension tune strectched to its limit during around 7 - 8 minutes. Coltrane's music is working on the time (lengthy) extension of improvising.... and its intensity can match any extended improvisation during shorter durations' recordings as well like in the Sun-Ship LP or First Meditations LP masterworks, three of them spanning one vinyle side each.


Here at the 41 minutes mark : https://www.youtube.com/watch?v=mb8Ouz24iY0 .
The youtube channel mentions John Coltrane - Creation: The Lost Half Note Tapes (1965/2023) [Full Album]. Wow!

But this is not all ! In 1978, fortunately, in the wake of the 10th Anniversary of the passing of John Coltrane and the issue by Impulse! of The Other Village Vanguard Tapes of the unreleased tracks of the V.V. November 1961 Concerts, John Coltrane 's label issued a serie of four volumes of unreleased recordings under the title THE MASTERY OF JOHN COLTRANE. Its Volume 1 double LP is titled Feelin'Good and included a track under the title UNTITLED 90320. This track is the only Studio Quartet version of the Ascension piece a/k/a Blue Valse a/k/a Creation or, at least, beginning with the same six notes pattern and mode. It was recorded during the 16th June 1965 session, the last J.C. "Classic" Quartet session before the session of Ascension. Two other tracks recorded then are included in this double LP The Mastery of J.C. Vol.1 : Living Space on soprano sax with overdubs of the saxophone parts and a piece titled Dusk-Dawn.
So you have here the four recordings of the Ascension theme by the Classic John Coltrane Quartet. I think that would have been great if one of its recording by the quartet was included in the subsequent Ascension reissues.
https://www.youtube.com/watch?v=OwwDKY93z-8

Why do I write all of this ? John Coltrane had played and recorded a music without end, trying everything possible in the length of a decade and he is perhaps one of the very very few rare jazz player and improviser who one and i can't stop listening to as his music is journeying in so many contours, detours, logics, ways, spaces and fantasy with such a huge beautiful lyrical , whimsical, furious and so deep... tones and tones. I find that I have made a similar experience listening to Evan Parker and Paul Dunmall.
You find also his approach through the works of Pharoah Sanders or George Adams, Joe Farrell, Alan Skidmore etc... Also, other players of the same generation had grown independantly of Coltrane influence. The best example is Sam Rivers, one of the great masters of polymodal music. I had promised early on that I will revisit all the "untitled original" of Coltrane included in my LP collection in order to find out this tune ... "Promis - en français" . Now it is done . Coltrane Forever !!

27 février 2026

Ornette Coleman trio Unreleased and aimed at Blue Note . Town Hall NYC Concert 21 December 1962


Ornette Coleman at Town Hall Vol.1
Plastylite test press for BNLP 4210 A
Unissued
https://www.youtube.com/watch?v=su_o2BUHgiM
Children's Book
Story Teller

Ornette Coleman Trio
Ornette Coleman, sax;
David Izenzohn, bass;
Charles Moffett, percussion;

Town Hall, NYC, December 21, 1962

Ornette Coleman at Town Hall Vol.1
Plastylite test press for BNLP 4210B
Unissued
https://www.youtube.com/watch?v=su_o2BUHgiM
Play It Straight
I Don't Love You

Ornette Coleman Trio
Ornette Coleman, sax;
David Izenzohn, bass;
Charles Moffett, percussion.

Town Hall, NYC, December 21, 1962

A part of this concert was issued by ESP as Town Hall Concert by ESP ref ESP Disk 1006. http://www.espdisk.com/ornette-coleman/1006.html
This ESP - Disk 1006 went issued with two different cover artworks one being a drawing the other a later photographic B & W picture

You are hearing here a very advanced work on double bass by David Izenzon and an astonishing drummer : Charles Moffett. Their interplay is stellar. The conception of this trio is opening up time and space for the expressions of double bassist and drummer. The sound of Ornette Coleman on saxophone is truly unique and so expressive , lyrical and straight forward from the heart to yours that you want to hear nothing else than himself .... Below the cover of the 2nd Edition of ESP- Disk 1006 + the vinyle centre




18 février 2026

Marina Dzukljev Christian Weber Michael Griener/ Floros Floridis Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues Michael Vorfeld/ Marco Eneidi Quintet w. Darren Johnston, John Finkbeiner, Damon Smith, Vijay Anderson / Just Music Alfred Harth New Thing 1968 - 1970.

Industriesalon Marina Dzukljev Christian Weber Michael Griener Trouble in The East Records
https://www.troubleintheeast-records.com/product/dzukljev-weber-griener/

Trio “Classique” du jazz contemporain piano contrebasse percussions enregistré le 16 avril 2025 à Industriesalon Schöneweide, Berlin, l’un des très nombreux lieux où jouer et écouter ce jazz improvisé d’avant-garde, ici résolument contemporain improvisé et « exploratoire » dans trois pièces : 1/ Glimmstabilisator 08:10 2/ Resistor 31:48 3/ Empty Gloves 12:20 . Marina Dzukljev est une pianiste de Novi Sad qui après avoir étudié le piano et la musique s’est lancé dans les musiques improvisées les plus pointues tout en s’investissant à organiser workshops, concerts collectifs en Serbie. Présente sur les scènes allemandes, hongroises, slovènes etc…, elle a travaillé avec des artistes comme son compatriote l’altiste Szilard Mezei et des chercheurs radicaux comme Noid, Ilya Belorukov, Dieb13. Michael Griener provient de la scène musique improvisée du nord de l’Allemagne, Berlin, Hanovre etc.. et y est sans doute un des percussionnistes les plus actifs tant avec Günther Christmann que Rudi Mahall, Jan Roder, Axel Dörner. Le contrebassiste suisse Christian Weber est un des nombreux improvisateurs de ce pays qui ont pris le relais de la première génération comme Irene Schweizer. Leur trio est particulièrement soudé et ouvert au niveau des sonorités étendant les acquits du jazz libre vers la dimension « nouvelle musique contemporaine », des formes nouvelles extensibles et une qualité d’explorations dans les échanges et les techniques instrumentales. Trois pièces lumineuses de 8 :10, 31 :48 et 12 :19. La première, une véritable pièce d’anthologie, Glimmstabilisator, ouvre le bal avec la sonorité cristalline et un toucher magique arpentant vivement le clavier en tourbillons par-dessus les ostinatos de la contrebasse de Christian Weber et toute la finesse des frappes métalliques délicates, scintillantes ou effervescentes de Michael Griener. Une carte de visite lumineuse et contemporaine mettant en valeur une personnalité exceptionnelle du piano d’avant-garde. La longue et puissante improvisation sollicité l’écrasement manuel des super graves telluriques, le sciage des cordes la contrebasse et les friselis, cliquetis et vibrations de cloches intergalactiques aux percussions. Après la furie, on descend d’un cran au niveau dynamique avec ce jeu agressif dans les cordes bloquées du piano de biens curieux sons, des attaques crépitantes sur la percussion préparée et la contrebasse survoltée par instants. L’interaction – interpénétration des sonorités, actions et timbres surnaturels est magnifiée par ce sens inné de la télépathie et cette justesse dans l’audace. Si je me replonge dans les années 70, 80, 90 de l’improvisation radicale, je ne pense pas avoir perçu ce niveau de conscience créative et cette furia froide, rageuse et sonique en matière de trio piano – contrebasse – percussions, sauf chez Lovens avec un zèbre comme Martin Theurer. D’ailleurs, je crois bien que Griener a eu le déclic très jeune en assistant à des concerts de Paul Lovens. Mais chez lui, ce n’est pas le fait de suivre une route, mais clairement de s’adonner à son propre culte de la percussion libérée. Avec une pianiste comme Marina Dzukliev, toutes ses qualités sont propulsées dans la quatrième dimension. Cette dame nous vient perpétuellement avec de nouvelles idées sonores fusionnées avec le « contemporanéisme » pianistique studieux métamorphosé en folie expressive maniaque. Le courageux Christian Weber s’immerge entièrement dans cette fabrique sonore surréelle aspiré entièrement dans leurs machinations ou assénant des pizz désespérés en écho aux claquements des marteaux sur les cordes graves bloquées par la fée du logis. Et il s’en tire magistralement jusqu’à ce que silence un instant, et c’est à son tour de dominer l’espace vibratoire au note à note au milieu des sonorités évanescentes du magique clavier et des frissons des cymbales. L’évolution de ce Resistor au-delà des 31 minutes est sidérante, surtout lorsqu’on écoute cela au casque. La qualité d’enregistrement est exceptionnelle. Ne vous en privez pas. On découvre ici une belle facette de l’art de chacun de ces trois improvisateurs resituée dans une magnifique et inespérée occurrence. Je vous reçois six sur cinq.

Dots and Dashes Floros Floridis Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues Michael Vorfeld. Creative Sources
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/dots-and-dashes

Un enregistrement au Kuhlpot Social Club de Berlin en bonne compagnie l’année dernière. Je n’aurai de cesse de commenter autant que se peut les aventures de l’altiste Ernesto Rodrigues tant notre homme, le cerveau derrière les opérations du label Creative Sources (plus de 860 Cd’s au compteur !), ne soit convié sur les scènes auxquelles son extraordinaire talent le destine. En compagnie de son fils, le violoncelliste Guilherme Rodrigues, ils ont tous deux incarné l’avant-garde pointue du réductionnisme dans las années 2000-2010 tout en évoluant vers une musique de chambre exploratoire, raffinée et résolument contemporaine, subtile et miroitante. Ce qui est exemplaire ici, et finalement très intéressant, est qu’un clarinettiste méditerranéen et lyrique à souhait comme le grec Floros Floridis dialogue ici avec la paire des Rodrigues. Floros Floridis est un superbe clarinettiste et saxophoniste actif dans des contextes plus « free-jazz » comme on a pu l’entendre aux côtés de Gunther Sommer, Peter Kowald, Louis Moholo, Andrew Cyrille, ou le joueur de lyra Ilya Papadopoulos etc… mais aussi avec Paul Lytton dans les années 80. Ces rencontres d’artistes aux parcours et backgrounds différents sont en fait une ouverture et requièrent sensibilité, savoir-faire et intuition pour improviser collectivement et créer ce territoire commun qui met en valeur la musicalité intrinsèque de chacun au-delà des « écoles » et des idées toutes faites.
Pour bonne mesure, le chercheur de sons et percussionniste allemand Michael Vorfeld complète l’équipée pour colorer et commenter adroitement cette triade boisée. J’avais déjà bien apprécié le travail de Vorfeld en duo avec son compatriote Wolfgang Schliemann, autre percussionniste de choix ou le platiniste Von Bebber ou en trio avec un autre percussionniste, Burkhard Beins et le saxophoniste Dirk Marwedel. Il s’agit donc d’un musicien « pointu » d’un point de vue radical.
Alors, je m’émerveille de cette musique de chambre à la fois concertée et dérivante, faite d’ombres et de lueurs, introvertie autant qu’expressive. La gémellité des deux cordes aux mains des Rodrigues et leur sens du tissage moiré, de frottements en crescendo étirés, en phase avec le timbre boisé de la clarinette et des spirales en clair obscur ou des coups de bec dignes d’un pivert dans les ramures. Je n’insisterai jamais assez sur le sens aiguisé de la dynamique de leur musique, des nuances infinies et une belle inventivité dans les formes mouvantes. Cette convivialité subtile est souvent placée dans une autre perspective lorsque s’étalent par instants choisis les vibrations métalliques de l’instrumentarium de Vorfeld ou ses frictions crépitantes souterraines. J’avais déjà écouté et chroniqué un précédent recueil Creative Sources intitulé Xafnikes Synantiseis de Floridis/ E & G Rodrigues en compagnie du bassiste Ulf Mergensen, un opus aussi convaincant que ce Dots and Dashes. Ernesto et ses acolytes nous servent une musicalité toujours renouvelée au fil des très nombreuses parutions incluant vétérans au long cours (comme Floros Floridis) et d’excellents « jeunes » nouveaux venus et illustrant pour le meilleur la créativité collective de cette improvisation dite libre à son plus haut niveau. Fantastique ! Je ne m’en lasse pas tout en ayant l’embarras du choix.

Marco Eneidi Quintet - Wheat Fields of Kleylehof Botticelli Records 1018 / bpaltd27027
https://balancepointacoustics.bandcamp.com/album/wheat-fields-of-kleylehof
Marco Eneidi - alto saxophone, compositions, Darren Johnston – trumpet, John Finkbeiner – guitar, Damon Smith - double bass, Vijay Anderson – drums

Marco Eneidi (R.I.P. 1956 – 2016) est un saxophoniste alto de « jazz libre » resté un « outsider » actif mais trop méconnu de la scène du « free-jazz » dans ce qu’elle a de plus authentique. Basé en Californie, il s’est révélé comme une composante incontournable de la scène de la West- Coast biberonné à la Jimmy Lyons post Ornette, dans cette musique issue du parkérisme survolté. Jimmy Lyons a été le partenaire privilégié de Cecil Taylor depuis 1961 jusqu’à sa mort et il avait autant d’exigences musicales que son camarade pianiste. Tous deux ont incarné ce free-jazz sans concession en jouant au maximum de leurs capacités. Ce quintet de Marco Eneidi nous livre du jazz contemporain fait de thèmes et compositions dans le droit fil d’Ornette et de Lyons de meilleure facture, mais aussi des idées nouvelles comme ce Wheat Fields of Kleyehof Part 2. Ces Wheat Fields of Kleyehof est une suite avec différents mouvements (Part 1 jusque Part 6) étalés dans six morceaux individuels. Un court Prélude initie le CD qui ferme sur deux Alternate Take. Le quintet se compose du trompettiste Darren Johnston qui brille par ses inventions soniques et son style distinctif, le guitariste polyvalent John Finkbeiner à la palette imprévisible, du très solide et merveilleux contrebassiste Damon Smith et du batteur Vijay Anderson qui à l’art de jouer vraiment free tout en cadrant précisément son propos sur les sursauts et écarts du groupe et quels roulements. Et le boss, Marco Eneidi, un as de l’alto surchauffé qui laisse à chacun de ces quatre collègues l’espace et le temps adéquat pour s’exprimer. Son souffle emporté tortillonne les intervalles peu usités dans des spirales croisées qui se chevauchent et s’interpénètrent par la magie d’une articulation insolemment et sauvagement parkérienne. Darren Johnston est un partenaire challenger parfait, risqué soulful et inspiré, toujours prêt à déraper par-dessus le tourbillon percussif de Vijay Anderson. Le guitariste a quelques superbes envolées asymétriques et il arrive que la musique soit rageuse, mordante ou lyrique cool à la Ornette. Tout l’ancrage terrien est mené de main de maître par Damon Smith pour tenir ensemble ce thème patchwork de la Part 6. Et je répète les caméos qui surgissent brièvement dans l'intervalle entre deux séquences sont du meilleur effet. Eneidi est un "leader" éclairé, c'est évident. Cette suite de champs de blé offre un beau programme de compositions et d’improvisations qui rassemblées dans ce recueil résume bien l’aventure historique du free- jazz avec autant d’urgence que de variations dans la musique qui se développe.

New Thing 1968-1972 Just Music and Friends Alfred Harth Dieter Herrmann, Johannes Krämer, Thomas Stöwsand, Frans Volhard, Peter Stock, Thomas Cremer, Nicole Van den Plas, Michael Sell, Dieter Scherf, Gerhard König, Ralf Hübner, Peter Kowald, Peter Brötzmann, Wilfried Eichhorn, Rudi Theilmann, Wolfgang Schlick.
https://alfred23harth.bandcamp.com/album/new-thing-1968-1972

In 1968, shortly before graduating from high school, eighteen-year-old Alfred Harth was interviewed about his group Just Music: How was this music received at school, how did it relate to examples of New Classical Music? This Frankfurt radio production is the first of three early studio productions with Harth & Just Music on Hessischer Rundfunk in 1968, 1970 and 1971.

In 1970, the second jazz studio production took place on Hessischer Rundfunk under the direction of Dr. Ulrich Olshausen: Just Music meets the Free Jazz Group Wiesbaden with Alfred Harth, Franz Volhard, Thomas Cremer, Nicole van den Plas, Michael Sell, Dieter Scherf, Gerhard König, as well as Ralf Hübner and Peter Kowald, tuba, as guests. The recordings are in the archive of the Hessischer Rundfunk.

In 1971 he formed various duos with Thomas Cremer and Alfred Harth and with Dieter Herrmann and Alfred Harth, all three of whom were members of the group Just Music. And the piece Wind In The Pillow with the pianist and vocalist Nicole van den Plas, Alfred Harth, Franz Volhard, all three from the LP January 4, 1970, or Just Music, Peter Brötzmann, also with Wilfried Eichhorn and Rudi Theilmann from the Modern Jazz Quintet Karlsruhe, as well as Wolfgang Schlick from the Free Jazz Group Wiesbaden. This third jazz studio production on Hessischer Rundfunk also took place under the direction of Dr. Ulrich Olshausen.

In 1971 he formed further duos with Nicole van den Plas and himself.

In 1972 a live recording of De Spiegel in Bruges/Belgium with Nicole van den Plas, Alfred Harth, Peter Kowald and Paul Lovens. In addition to the recording of the LP 4.Januar 1970 and the duo Nicole van den Plas/Alfred Harth, this line-up is a bridge from Just Music (1967 - 1972) to the group EMT (1972 - 1975) with Nicole van den Plas, Alfred Harth, Sven-Ake Johansson and guests.

Sand nul doute, Just Music est une des formations - tribus des débuts de la musique improvisée européenne les moins connues et référencées parmi les amateurs, même les plus pointus. Même, John Corbett n'a pas consacré un seul de ces albums de rééditions ou d'inédits dans ces séries Unheard Music chez Atavistic ou Corbett vs Dempsey. Pour beaucoup, il y en a que pour Globe Unity, Machine Gun, Karyobin, Topography of The Lungs, Brötzmann Van Hove Bennink, AMM,Bailey/ Parker, Schlippenbach Trio, Spontaneous Music Ensemble, Wim Breuker, Mengelberg, Tippett, Coxhill, Barry Guy etc...
Mais en se penchant un peu sur des informations d'archives , on obtient une bien différente prespective.
Just Music a débuté vers 1965 à Francfort quand Alfred Harth avait juste quinze ans. En faisaient partie Alfred Harth (saxophones, clarinettes) Dieter Herrmann (trombone), Johannes Krämer (guitare), Thomas Stöwsand (violoncelle), Frans Volhard (violoncelle), Peter Stock (contrebasse) et Thomas Cremer (batterie). Pour plus de détails : https://en.wikipedia.org/wiki/Just_Music

Just Music a enregistré et publié le deuxième album du label ECM, alors naissant (ECM 1002 1970), "sans titre" si ce n'est le nom du groupe Just Music. Cet album contenait deux longues improvisations sur chacune des faces du disque avec des phases de jeu où il y a autant de folie expressive/ expressionniste que de recherches sonores subtiles avec toute la palette des deux violoncelles, du trombone, de la percussion et de la guitare électrique. Une musique qui métamorphose dans l'instant en équilibre instable . Très souvent les titres de leurs enregistrements se limitent aux dates d'enregistrement. Leur inspiration musicale opérait est une convergence de courants tels le free-jazz, des compositions d'avant-garde écrites ou en notations "graphiques" (dessins, signes, mots etc...), des éléments proches de Dada, de Fluxus ou des "happenings". Leur musique était essentiellement expérimentale, rendant toute classification quasiment impossible, et présentait une extrême variété de timbres et de dynamiques au service d'une expression spontanée. Le processus importait plus que le résultat. Just Music intégrait en partie son public. Mais n'allez pas croire qu'il s'agissait d'amateurs, mais plutôt des musiciens "éduqués" avec une solide formation. Peter Stöwsand, le violoncelliste est devenu par la suite un des managers d'ECM et organisateur de tournées. D'ailleurs, Manfred Eicher, le "boss" d'ECM et contrebassiste, a participé à quelques uns de leurs concerts. Quant à Thomas Cremer, il s'est révélé être un excellent batteur dans de nombreux groupes de jazz contemporains des années 70-80

Alfred Harth, lui, a fait une "carrière internationale". Son premier album pour FMP - SAJ est Canadian Cup of Coffee (SAJ-02 1971) avec Sven-Åke Johansson et la pianiste belge Nicole van Den Plas qui fut une proche collaboratrice de la nébuleuse Just Music. En 1976, Alfred Harth s'est associé avec Heiner Goebbels (piano, accordéon) dans un duo à caractère politiquement engagé : " LP's: Hommage / Vier Fäuste Für Hanns Eisler SAJ-08, Vom Sprengen Des Gartens SAJ-20 et Live À Victoriaville (Victo 04) dans le sillage des manifestations écologistes à Berlin. Dans les années 80, il s'associe avec Chris Cutler et ses deux potes Goebbels et Christoph Anders pour créer Cassiber dans la mouvance Rock In Opposition expérimentale voisine d'Henry Cow. Puis Harth s'implique dans Gestalt & Jive un groupe mi-free jazz mi Rock In Opposition avec Uwe Schmidt, Ferdinand Richard, Steve Beresford, Peter Hollinger, Anton Fier : LP's Nouvelle Cuisine - Moers Music et Gestalt & Jive - Creative Works (1985-86). Cela ne l'empêche pas d'enregistrer un autre album chez ECM, This Earth ! en compagnie d'artistes légendaires : Paul Bley, Barre Phillips, Maggie Nicols et Trilok Gurtu (!). Depuis le milieu des années 1960, Alfred Harth est un activiste estimé par de très nombreux artistes qui l'ont croisé très jeune à l'époque où les artistes de cette scène devait "se battre" pour s'exprimer et tiraient le diable par la queue. Donc rien d'étonnant qu'il puisse réunir un "super-groupe" pour son projet. Et le disque excellent met en valeur les poèmes de Vicky Scrivener, augurant d'un tournant futur d'ECM vers plus "d'avant-garde".
Dans Red Art, un album sur Creative Works, il enregistre tous les instruments avec un de ses collègues des débuts, le percussionniste Mani Neumeier qui avait joué avec Irene Schweizer et le légendaire groupe Guru-Guru. Même époque, le projet Duck & Cover avec Goebbels, Cutler, Fred Frith, George Lewis, Dagmar Krause et Tom Cora se produit à Berlin Est. À cette époque, son nom d'artiste devient Alfred 23 Harth ou A23H. En 1987, enregistre un LP en duo avec Peter Brötzmann (Go-No-Go FMP 1150) Plus tard, le trio Trabant in Roma (CD FMP) le réunit avec Phil Minton et Lindsay Cooper, souffleuse et compositrice dont il devient un collaborateur épisodique. On l'entend aussi aux côtés de John Zorn et de musiciens coréens comme le fascinant trompettiste Choi Sun Bae avec qui il enregistre plusieurs albums dans les années 2000 ou le saxophonist Kang TaeHwan. Il joue aussi de la guitare électrique, du synthé vintage, des platines et de l'électronique. Enfin, il travaille avec Otomo Yoshihide New Jazz Ensemble. Cette trajectoire multiforme fait de lui un artiste inclassable engagé dans un mouvement perpétuel de recherches hybrides et de rencontres tout azimut sans rechercher la moindre reconnaissance "téléphonée" carriériste pour allonger un curriculum vitae avec X, Y ou Z. D'ailleurs, mis à part le label lithuanien No Business, personne ici ne s'intéresse à Choi Sun Bae, ni aux pionniers "régionaux" allemands que je vais mentionner plus bas et qui ont collaboré il y a 55 ans avec Just Music et Alfred Harth.


Surtout, les musiciens de Just Music sont sans doute parmi les tout tout premiers groupes à jouer en public des improvisations complètement libres dès 1965-66 et cela ne plaisait pas à quelques musiciens de jazz très confirmés qui s'adonnaient pourtant au "free jazz". L'activité de Just Music des premières années consistaient en une plate-forme d'échange entre artistes de différentes disciplines, poètes, graphistes, musiciens, penseurs. C'est à cette époque qu'Alfred a publié "On Synaesthetics" (1967), un ouvrage dans lequel il explique sa vision et son orientation artistique afin de synthétiser les avant-gardes de l' "art" (en anglais pour arts graphiques, photo, vidéo, danse etc...), de la musique et de la littérature autour du centre "cum freier cunst" à Frankfurt a/M qui va stimuler des échanges entre artistes expérimentaux. En tant que saxophoniste, Alfred Harth devait bien être un des improvisateurs parmi les plus audacieux avec ses expérimentations : Harth a co-créé un concept d'instrument à vent sans tonalité lors d'une production en studio à la Hessischer Rundfunk. Il a expérimenté l'étouffement de ses saxophones avec toutes sortes d'objets, allant jusqu'à recouvrir l'instrument de vêtements pour agir au-delà des clés, et a intégré des enregistrements d'accordéon passés à l'envers, diffusés en direct sur cassette. Johannes Krämer, quant à lui, utilisait une grande variété d'accordages de guitare peu orthodoxes et "préparait" ses guitares avec des objets tels que des baguettes de batterie ou des tournevis afin d'en altérer le timbre.
Aussi, plusieurs concerts eurent lieu en collaboration de nombreux musiciens dont le clarinettiste Tony Scott (!), Anthony Braxton, Peter Brötzmann, Peter Kowald et Paul Lovens, pour citer des "références incontournables". Des performances improvisées de Just Music eurent lieu avec les musiciens des groupes allemands orientés "free improvisation". Just Music et ceux-ci furent un jour rassemblés au 12th German Jazzfestival 1970 à Frankfurt/Main, festival dont des extraits furent publiés dans le triple LP "Born Free". Récemment, un label en a publié la totale dans 9 CD. Je cite les noms de ces groupes et de leurs musiciens. C'est leur activité intensive à l'échelon local dans les années soixante et début septante qui a créé cet extraordinaire réseau pour musiciens improvisateurs dans de nombreuses villes allemandes.

Au programme de ce festival, il y avait Phil Woods, Albert Mangelsdorff Quartet, Manfred Schoof Trio, Klaus Doldinger, Dave Pike Set, Frederic Rabold Crew, le Tentet de Brötzmann (jouant Fuck de Boere), Joachim Kuhn Group, Gunther Hampel Group avec Jeanne Lee, Wim Breuker W. Van Mannen et Jack Gregg, Pierre Favre Group avec Irene Schweizer, Jurg Grau et Trevor Watts et le grand orchestre de Lester Bowie avec les musiciens de l'Art Ensemble et une forte délégation germanique.
Parmi les groupes "régionaux" "quasi inconnus", je cite :
"Just Music" : Alfred Harth (sax, cl) Dieter Herrmann (tbone), Johannes Krämer (guit), Thomas Stöwsand (violcell), Frans Volhard (vicello), Peter Stock (cobass) et Thomas Cremer (dms)-
Jazz Workers : Axel Hennies (t. sx, fl), Michael Thielepape (a.sax, s.sax), Ulrich Maske (guit.), Günter Christmann (cbass), Rainer Grimm (dms)
Free Jazz Group Wiesbaden : Michel Sell (tp), Dieter Scherf (a. & s. sax, piano), Gerhard König (guit.), Wolfgang Schick (dms)
Modern Jazz Quintet Karlsruhe : Herbert Joos (flugelhorn mellophon), Wilfried Eichhorn (ts, ss, fl, bcl), Helmut Zimmer (piano), Claus Bulher (cbass), Rudi Theilmann (dms)
Frankfurt Trio for Improvisation avec Christian Möllers (cl), Wolf Burbat (fl), Klaus Hennig Usadel (bass)
Limbus 4 avec les multi-instrumentistes (percussions flûtes violons etc...) Odysseus Artner, Bernd Henniger, Mathias Knieper et Gerd Kraus.
Entre nous, quelqu'un comme Günter Christmann a été instrumental en organisant une kyrielle de concerts et en relayant les artistes programmés par FMP à Berlin au Workshop Freie Muzik et Total Music Meeting dans ses Hohe Üfer Konzerte à Hannovre. Il y a assuré une programmation régulière durant des décennies. Et on retrouve encore aujourd'hui des équipes de musiciens activistes à Wiesbaden, Köln, Wuppertal, Essen, Münster, Bielefeld, Bremen, Hamburg, Frankfurt, Karlsruhe etc..., les semences dispersées par ces activistes de la première heure n'ont pas été perdues... Et bien sûr, Berlin est la ville n°1 des musiques improvisées et jazz d'avant-garde en Europe.

Au noyau de base de Just Music sont venus s'ajouter épisodiquement quelques musiciens belges, comme la pianiste Nicole Van den Plas avec qui A. Harth et le batteur Sven-Åke Johansson ont joué et enregistré dans le trio E.M.T. (lp Canadian Cup of Coffee SAJ-2 1971), après avoir j collaboré conjointement. En 1969, Just Music et le Nicole Van den Plas trio avec son frère le bassiste Jean Van den Plas et le batteur Ronnie Dusoir, avaient été invités dans un mémorable festival de Jazz à San Sebastian en 1969. Récemment, E.M.T s'est réuni à Oostende en 2025 : https://www.flickr.com/photos/a23h/54674630887
Juste pour mes copains Belges, voici la liste complète des musiciens qui firent partie de ou ont été intégré à Just Music comme indiqué dans Wikipedia et où figurent six artistes de Belgique
Eugene Broeckhoven (Belgium) - drums
Thomas Cremer – drums, clarinet, voice
Andre De Tiege (Belgium) - bass
Ronnie Dusoir (Belgium) - dr
Alfred Harth – tenor sax, clarinet, bass clarinet, trumpet, voice, misc.
Dieter Herrmann – trombone
Johannes Krämer – guitar, voice
Herwig Pöschl (Austria) – drums
Hans Schwindt - clarinet, altosax
Peter Stock – double bass
Thomas Stoewsand – cello, flutes, voice
Witold Teplitz – violin, clarinet
Franz Volhard – cello
Jean Van den Plas (Belgium) – cello, bass
Nicole Van den Plas (Belgium) - piano
Edmond Van Lierde (Belgium) - altosax

Et donc, le parcours d'Alfred Harth (A23H) qui vit aujourd'hui en Corée, est sans doute un des plus déroutants... impossible de classifier cet artiste avec des définitions, une quelconque étiquette, une "école", un genre de musique...
Pour conclure, Just Music a été un groupe quasiment aussi important que le furentle Spontaneous Music Ensemble, AMM, M.I.C., Globe Unity, I.C.P. Brötzmann, Derek Bailey, Han Bennink, et cie etc...

6 février 2026

Christoph Gallio & Phil Durrant/ Il Fiore Blu Marco Colonna & Enzo Rocco / Ecatorf Trio Sergio Fedele Piero Bittolo Bon Francesco Bucci/ John Butcher Away I Was SOLO Relative Pitch

Christoph Gallio & Phil Durrant cha tug e ach dà fhichead bliadhna, Empty Birdcage Records EBR 015
https://emptybirdcagerecords.bandcamp.com/album/cha-tug-e-ach-da-fhichead-bliadhna

Phil Durrant - electric mandolin and electronics Christoph Gallio - alto, soprano and c-melody saxophone CD and Download EBR015 Recorded on 21st and 22nd May 2024 in Baden, Switzerland at PERCASO Studio Engineered by Phil Durrant and Christoph Gallio. Mixed and mastered by Michael Brändli at Hardstudios in Winterthur. Thanks to Gianna Schneeberger, City of Baden, Susanna Wittwer and Eileen Kennedy All music by Phil Durrant and Christoph Gallio Design and production by Daniel Thompson for Empty Birdcage Records
Phil Durrant, connu pour son travail au violon avec John Butcher et John Russell dans les années 80 et 90, a évolué dans de nouvelles formes d’improvisations radicales avec l’électronique, entre autres avec le Trio Sowari et Thomas Lehn / Radu Malfatti. Depuis plusieurs années, il a acquis une mandoline, ainsi qu’une octave mandola, et développé sa musique vers la dimension « pointilliste » de ses jeunes années entre autres avec Pascal Marzan, Emil Karlsen, Daniel Thompson, et un nouveau trio avec John Butcher et Mark Wastell. Le suisse Christoph Gallio est un goûteux saxophoniste adepte des soprano , alto et C-melody et un créateur entêté publiant ses super albums sur son label autoproduit PerCaso Productions depuis de nombreuses années, à la fois improvisateur free et compositeur de talent. Son trio Day and Taxi a tourné partout depuis des décennies. Récemment, Christoph a fait un séjour productif à Londres, dans la communauté d’improvisateurs la plus ouverte du monde dans laquelle les collègues de talent n’hésitent pas à se commettre sans arrière-pensée avec quiconque pour le plaisir de jouer et de découvrir dans les clubs et séries mensuelles de cette énorme agglomération reliée par le plus formidable réseau de transports en commun qu’on puisse rêver.
Il en est résulté un super album free en duo avec Roger Turner « You Can Blackmail Me Later » publié par ezz-thetics 1055. Wow !. On y entend ce qui fait le sel de la terre , la sensibilité d’un activiste sincère , original qui avec son bagage instrumental personnel pousse la créativité instantanée vers le haut , la sensibilité et un regard en coin sur les choses saxophonistiques. Disons que personnellement, je trouve qu’il y a un peu trop de faiseurs qui utilisent ce médium sans le faire vraiment, improvisationnellement parlant. Mais alors ce duo avec Phil Durrant sera une belle surprise : Phil a amplifié sa mandoline et l’a branchée sur un dispositif électronique rappelant de loin le Derek Bailey des débuts quand il était « atrocement bruitiste » . Ceux qui ont écouté Improvisations for Cello and Guitar avec Dave Holland (ECM 1013 1971), un des rares documents enregistrés dans le légendaire Little Theatre Club, vont sans doute comprendre. Le Tony Oxley du début des années 70, s’adonnait aussi à l’électronification des sons acoustiques de la percussion. Voilà pour le point de repère. Ce duo n’est pas un déballage / avalanche de virtuosité (on pense au London Concert de Bailey Parker de 1975 – Incus 16), mais un travail méticuleux dans le dialogue où tout sonne juste, organique, très attachant et rare. Rare, car c’est une affaire compliquée d’interconnecter valablement un instrument à cordes (et lequel : une mandoline !) avec un dispositif électronique qui transforme prolonge, déforme, manipule , extrapole , parasite l’action instrumentale comme si cela coulait de source. Pour rappel, la mandoline a un manche court, une caisse bombée comme un luth et quatre paires de cordes accordées en quintes : sol, ré, la, mi. Originaire de Naples, c’est un des instruments roi du bluegrass. Face à lui, Phil a affaire à un vieux routard du free avec une expérience qui surclasse son solide bagage instrumental et l’engagement physique de son souffle. Ses sons, scories fantomatiques ou expansions métamorphiques de fréquences électrogènes éclosent et frémissent indépendamment des tracés et les motifs volatiles de son souffleur de camarade. Obstiné à poursuivre et persécuter les interrelations de notes et intervalles / commas en insistant chaque instant avec une tension frénésie/ fantaisie, Christoph a sa manière bien à lui et transforme la lingua franca du sax « free » dans un univers personnel. La complicité des deux est irrésistible et tout autant bonhomme. Si vous avez du cœur, une perception émotionnelle, une certaine expérience et un esprit ouvert, il y a là tout un univers peu commun, ludique , savoureux et interloquant sur lequel votre écoute peut divaguer à souhait et avec émerveillement. Fantastique ! Un grand bon point à Empty Birdcage !!

Il Fiore Blu Marco Colonna & Enzo Rocco
https://enzorocco.bandcamp.com/album/il-fiore-blu
https://marcocolonna.bandcamp.com/album/il-fiore-blu

Écoutant de la free-music / free-jazz depuis des décennies, j’ai eu très vite la conviction que Derek Bailey était devenu le guitariste improvisateur number one comme le déclarait Anthony Braxton vers 1974. Il y avait aussi Hans Reichel , Sonny Sharrock, Raymond Boni …. Tous tranchant littéralement avec l’influence du jazz même avancé. NB : les positions des doigts de Derek découlent des accords de jazz qu’il a intelligemment subverti (Webern etc…) et il y a ajouté des harmoniques, des effets et l’incorporation de bruitages. J’ai un jour produit un CD commun avec Enzo Rocco : The Leuven Concert (Setola di Maiale 2009). Une moitié pour notre trio Sureau avec moi à la voix, Kris aux percussions et Jean à la contrebasse. Une moitié pour le tandem Enzo Rocco guitare et Gianni Mimmo sax soprano. Passez commande, j’en ai encore des copies ! J’en ai reçu deux commentaires élogieux pour notre trio et dépréciatifs pour ce duo. Motif : on connaît la chanson « ce n’est pas non-idiomatique » ou « trop sage ». Un musicien et un chroniqueur. Le preneur de son, Michel Huon, qui a passé son temps à mixer l’enregistrement, lui y a pris beaucoup de plaisir. Et Michel n’est pas n’importe qui : enregistrements classique comme les œuvres complètes de Frederic Rzewski au piano par Frederic lui-même en 7 volumes pour Nonesuch, preneur de son de Was It Me ? de Lovens – Lytton, Braxton, Fred Van Hove, Derek Bailey, Evan Parker, Jon Rose et beaucoup d’autres. Pour lui le travail d’Enzo avec Gianni, ça a été une gâterie, mais il a une écoute extraordinaire et une oreille absolue. Et donc, il n’ y a rien d’autre à dire que ce guitariste, Enzo Rocco est un as pour improviser au départ de la pratique du jazz moderne élargie dans un univers tonal libre et un flux rythmique élastique, accidenté et fluctuant. Son toucher des cordes est cristallin et lumineux. Son compagnon, le superbe clarinettiste Marco Colonna, sans doute un des deux ou trois « meilleurs » souffleurs de cette sympathique et généreuse scène italienne, possède un timbre chatoyant et diaphane dans le registre piano et peut enfler, dilater ou rugir en force avec un crescendo de nuances entre les deux. Clarinette soprano et clarinette basse où il excelle comme mes amis Ove Volquartz et Jacques Foschia ou Chris Cundy. Indépendamment des tracés et les motifs volatiles de son camarade, il improvise dans un enchaînement de contrepoints, spirales ou morsures véhémentes, relié seulement par la tension et leur humeur communes. C’est une forme d’improvisation libre « mélodique » inspirée et aventureuse focalisée sur une puissante expression lyrique. Comme je ne vais pas me taper systématiquement et exclusivement l’écoute de musiques « radicales » bruitistes, soniques, conceptuelles, pointillistes ou lower case etc… je prend mon plaisir d’écoute autant que si je réécoutais Ornette Coleman ou Steve Lacy. Et je dois dire qu’il y a autant de poésie que de sincérité, de sens ludique que de contenu musical basé sur une profonde expérience que la musique s’impose d’elle-même. Enzo n’a rien à envier à un James Emery ou un Joe Morris. La cohérence de son propos est irrévocable, son jeu transitant intelligemment de motifs lumineux vers des saccades abruptes avec une belle élégance . Deux pièces de 34:22 (Il Fiore Blu) et de 8:07 (Ultimo Petalo) qui coulent comme dans un rêve en dehors du temps, le temps de s’apercevoir que celui-ci s’est évaporé.
Je me plains de ce qu’on entend sous l’étiquette « free-jazz » depuis de longues années : cela ressemble souvent à une resucée embarrassante. Alors quand deux musiciens amoureux à ce point de la musique collective se singularisent avec un tel talent, je suis tout ouïe. Superbe !!

Ecatorf Trio Sergio Fedele Piero Bittolo Bon Francesco Bucci Benthos Setola di Maiale SM 4980
https://www.setoladimaiale.net/catalogue/view/SM4980

Ce n’est pas la première fois que j’aborde un enregistrement avec cet instrument prototype, l’Ecatorf (cfr le Melancolie di Tifeo) . Il s’agit d’un hybride d’un instrument de souffle à anches avec une anche et une embouchure identique à la clarinette contrebasse et d’un instrument à vent type trombone trompette avec coulisse, pistons et pavillon. L'Ecatorf descend plus bas que la note la plus grave du piano (27,5 Hz) à la limite de l’audible (approx.16 Hz) tout en allant un poil plus grave que 11 Hz. C’est l’unique exemplaire existant et Sergio Fedele en est l’actuel spécialiste. Il s’est adjoint le clarinettiste Piero Bittolo Bon et le tromboniste – tubiste Francesco Bucci. Ci-dessous le détail : Sergio Fedele, ecatorf, contra alto clarinet, flute, piccolo, rhombus
Piero Bittolo Bon, bass clarinet, alto clarinet, bass flute,
Francesco Bucci : tuba in F, trombone
Fort heureusement, si cet extraordinaire instrument aux sonorités et capacités polymorphes est au centre de cet album, les trois musiciens jouent d’un large panorama sonore qui met très bien en valeur les spécificités de l’Ecatorf. Celui-ci intervint dans cinq morceaux sur dix dont une version aérienne de Round Midnight, la seule incursion dans l’univers du jazz per se de l’album. Ces cinq pièces totalisent 22 :67 soit la majorité du temps d’enregistrement. Benthos lui-même illustre parfaitement cette musique ultra-grave de notes tenues et de soubresauts – clapotis borborygmiques. Mimesis est un beau canon trombone – ecatorf autour d’un thème par-dessus lequel la clarinette alto joue en boucle spiralée alors que les deux autres dérivent vers le sonore.On trouve ici un remarquable choix de pièces élégamment calibrées et visitant différents types de paysages sonores comme les sifflements gazouillis de Wild Whistle Tones. Ou le trio fragile et concerté d'Improvvisazione 1 pour trombone clarinette basse et flute basse. Avec Il Terzo suono c'est au tour du tuba de tenir un drone grave planant allégé par les souffles intermittants des deux flûtes dont une basse. Cette idée est exploitée dans l'introduction à Round Midnight avec l'ecatorf, la clarinette basse et le trombone égrenant subtilement des éléments mélodiques de cette composition iconique de Thelonious Monk tout en flottant dans l'espace sonore. C'est sans doute une des versions la plus étonnamment cool de cet hymne à la nuit. Les permutations et métamorphoses de ce trio absolument atypique finissent par rendre l'entreprise fascinante. Bref, avec cet ecatorf trio, on entend des artistes donner le meilleur d'eux - mêmes dans un projet original qui sublime leurs talents individuels. Formidable...

John Butcher Away I Was SOLO Relative Pitch
https://relativepitchrecords.bandcamp.com/album/away-i-was


Au fil des années, Relative Pitch est devenu un label dont on a peine à suivre la trace. Mais, bon ! Bien qu’il soit « une valeur sûre » qui a les faveurs d’un plus large public au sein des scènes improvisées et expérimentales et qu’il est attaché à un style bien défini extrêmement personnel, John Butcher est un artiste exigeant qui veille à renouveler le contenu et les formes musicales qu’il crée en traitant – malaxant – triturant la pâte sonore qu’il exhale de son sax ténor ou de son soprano. Très méthodique, il travaille des motifs en les faisant évoluer avec précision avec des intervalles de notes peu usités, des coups de langues incisifs, des effets de timbre méticuleux, étirés, grumeleux ou bourdonnants et un sens logique de la métrique. Les pièces enregistrées longues (15:29 – 11:59) ou courtes (2:39, 1:17), purement acoustiques : Brinks , Soprano, (for Derek Bailey), (for Eliane Radigue & Lester Young), (for Joe McPhee ou amplifiées avec feedback Feedbacking Tenor & Soprano ou (for Keiji Haino). Années 2008, 2012, 2014, 2019, 2020, 2024, 2025. Un beau carnet de route alliant simplicité rigoureuse et complexité. Un art absolu dans le maniement des formes, des sons et des volutes, science exacte des growls, coups de bec tranchants, le choix des timbres et cette conception lunaire et singulière de la mélodie, quand il y en a une, et ces variations subtiles. (for Derek Bailey) – au ténor, est issu d’un transcription par Chris Burn d’une improvisation de Derek Bailey intitulée “Listening to JR” . Pricklings, une étonnante pièce en multi tracking avec deux ténors et deux sopranos simultanément. Et même un hommage croisé : (for Eliane Radigue & Lester Young. On ne redira jamais assez le goût de la bonne formule, ce sens de la forme égal à un Steve Lacy, ce lyrisme lunaire qui a l'air de retenir ses émotions, la présence charnelle de son jeu et de ses différentes sonorités, ce sens résolument mathématique à l'oeuvre dans sa musique immédiatement reconnaissable. Bref, si vous connaissez des albums de John Butcher avec ses nombreux partenaires comme Mark Sanders, John Edwards ou Rhodri Davies par exemple, vous pouvez très bien compléter la panoplie avec ce curieux et si attirant album en solitaire. En fait, un orchestre à lui tout seul.

28 janvier 2026

Cecil Taylor New Unit featuring Okkyung Lee, Tony Oxley, Harri Sjöström, Jackson Krall / Cecil Taylor Tony Oxley duo/Vasco Trilla & Luis Vicente / Marco Colonna Giorgio Pacorig Stefano Giust

Words and Music the Last Bandstand Cecil Taylor New Unit featuring Okkyung Lee, Tony Oxley, Harri Sjöström, Jackson Krall. Fundacja Sluchaj FSRCD
https://sluchaj.bandcamp.com/track/words-and-music-the-last-bandstand

Voici le dernier concert de Cecil Taylor avec son New Unit le 23 avril 2016 au Whitney Museum, NY. Pour Cecil il s’agissait de renouer avec le travail en profondeur de ses Units précédents. Cette dénomination était réservée telle un emblème de ce qui était le plus important dans sa démarche musicale. On se souvient d’Unit Structures, son album Blue Note de 1966, the Cecil Taylor Unit, un album de 1978 sur New World Records, Spring of Two Blue J’s sur son label Unit Core, réédité complètement par Oblivion Records en 2022 (The Complete, Legendary, Live Return Concert at The Town Hall NYC November 4, 1973), Dark To Themselves en 1976 publié par Enja, Live At Fat Tuesday's, February 9, 1980 First Visit et Live At Fat Tuesday's, February 10, 1980 First Visit , tous deux publiés par ezz-thetics. Ouf… tous ces enregistrements sont labellisés « Cecil Taylor Unit ».
Le concert est publié en deux parties de 35:16 et de 44:07 sur bandcamp, mais le contenu du CD ne contient qu’un seul morceau de 79 minutes reprenant les deux parties publiées séparément en digital. Cette deuxième partie commence par un poème de Cecil dit par lui-même et illustré par les excellentes interventions de chacun des instrumentistes dans une dimension musique de chambre avant-gardiste, radicale par rapport à la lingua franca du jazz « libéré ». Dans cet orchestre Tony Oxley joue exclusivement des « electronics », laissant le batteur Jackson Krall colorer percussivement les échanges entre le violoncelle de Okkyung Lee, l’électronique d’Oxley et les sax soprano et sopranino de Harri Sjöström avec le piano de Cecil dans la première partie, alors que dans la deuxième partie, la voix de Cecil disant ses poèmes avec toute son expressivité rugueuse et accentuée est prépondérante. Jackson Krall et Harri Sjöström ont auparavant joué et enregistré avec Cecil Taylor dans les deux Cd’s Qu’a et Qu’a Yuba Live at Irridium Vol.1 et Vol.2 (Cadence) et individuellement dans d’autres CD’s comme le Cecil Taylor Quintet « Lifting the Bandstand » enregistré en 1998 et publié par le même Fundacja Sluchaj avec Paul Lovens, Tristan Honsinger et Teppo Hauta – Aho. Et, bien sûr, Tony Oxley a très souventjoué et enregistré avec Cecil Taylor en duo ou trio avec William Parker et différents groupes pour le label FMP
La musique de ce New Unit tranche fort par rapport aux enregistrements successifs des groupes de Cecil Taylor jusqu’à ce jour. On est plus proche ici de la musique introspective de l’improvisation de chambre « free » « à l’européenne », encore que l’art de Cecil Taylor est basé sur une connaissance profonde de la musique contemporaine occidentale dès le départ. C’est un kaléïdoscope interactif basé sur l’imagination réactive de chaque improvisateur se complétant les uns les autres dans des ramifications arborescentes contrôlées par petites ou moyennes touches. Le jeu de piano de Taylor y est souvent moins dense, moins multidimensionnel et omniprésent que par le passé, moins disert, surtout au départ de cette composition. Un lyrisme plus évident, disons. C’était déjà la voie tracée dans un de ses derniers duos, celui enregistré en 2003 avec le contrebassiste Dominic Duval, The Last Dance publié par Cadence, dont une personne bien informée m’a suggéré que cette publication n’aurait pas été autorisée (?).
Chaque personnalité présente ici vient avec sa musique personnelle, son background et leur rencontre crée une collaboration cohérente et interactive qui se complètent tout en assumant leurs différences. Le dosage des interventions de chacune et chacun est finement mené autour du développement aérien de l’œuvre par le pianiste, son toucher et ses accents rythmiques est un ravissement. Même en jouant moins de notes que par le passé, on reconnaît immédiatement la marque de Cecil. Autour de lui, les musiciens ponctuent leurs interventions de silences et breaks. C’est d’abord la viloncelliste qui entre dans le jeu et ses frottements d’archet oscillent ou vibrionnent, se faisant entendre clairement... Harri Sjöström susurre rythmiquement dans son sax sopranino tout à l’écoute et s’envole de temps à autres. Jackson Krall multiplie les phases de jeu dans des directions presque contradictoires. Petit à petit, le jeu du pianiste s’égaie et revêt momentanément plusieurs incarnations de sa manière, ostinatos bancals, tournoiements en plein clavier, clusters qui n’appartiennent qu’à lui. Au fil du morceau, le saxophoniste est entraîné dans une sarabande de spirales aiguës fragmentées ou le piano explose ou s’élance dans des girations énergétiques ou les deux à la fois. Jackson Krall suractive et presse le pianiste alors que les cordes du violoncelle d’Okkyung Lee crissent, hululent, enflent carrément sous la pression de l’archet en pagaille. Chacun a la présence d’esprit de laisser jouer les autres par instants ou de proposer quelque chose de différent tout en signalant adroitement qu’il ou elle a saisi au vol une idée surgie de nulle part. Et quand la tension décroît, on découvre des contrastes intéressants jusqu'à ce qu'un bref duo piano batterie relance l'improvisation collective vers le haut. c'est alors qu'Oxley intervient à très bon escient avant que la tension descend jusqu'à ce que la voix de Cecil entame sa diction du poème qui couvrira les 44 minutes suivantes. Bref, on reconnaît l’identité taylorienne de la musique ... dans une autre perspective et elle mérite vraiment d'être découverte, même si vous avez déjà écouté ses nombreux albums. À recommander ...

Cecil Taylor Tony Oxley Flashing Spirits Burning Ambulance CD
https://ceciltaylor-bam.bandcamp.com/album/flashing-spirits

Le label Burning Ambulance a publié des albums passionnants comme les quatre superbes volumes de Polarity par le duo de Nate Wooley et Ivo Perelman , chroniqués ici même ou une série d’enregistrements inédits de la tournée 1985 du quartet d’Anthony Braxton avec Marylin Crispell Mark Dresser et Gerry Hemingway en Grande Bretagne que j’aurais dû couvrir dans mon blog. Mais ce duo de Cecil Taylor et de Tony Oxley déjà sold out en CD est tout à fait spécial. Il a été enregistré à l’Outside In Festival, Crawley, UK, le 3 septembre 1988 juste après la résidence de Cecil à Berlin organisée par FMP en juillet 1988. Lors de cette résidence C.T. enregistra une série de duos avec les batteurs free européens : Bennink, Oxley, Lovens, Sommer et Moholo, un résident londonien durant des décennies. Mais aussi en duo avec Derek Bailey, un trio avec Evan Parker et Tristan Honsinger et deux grands orchestres. Par la suite, on assista à une suite ininterrompue d’enregistrements de Cecil Taylor à Berlin publiés par FMP jusqu’à ces dernières années. Depuis la disparition de Cecil en 2018, trois CD’s de duos Taylor & Oxley enregistrés dans la phase plus tardive de leur collaboration ont vu le jour (labels Discus, Fundacja Sluchaj et Jazzwerkstatt). L’intérêt de ce Flashing Spirits est qu’il intervient juste après leur première rencontre (sans avoir jamais joué ensemble auparavant). On trouve chez le batteur d’alors l’engagement physique et la volatilité insensée du free-drumming à l’européenne tiré de la pratique de l’improvisation libre radicale. Extrême qualité sonore du travail des cymbales et métaux dans les passages où le pianiste expose ses différents points de départ mélodico rythmiques comme au début et à partir de la 30ème minute du plat de consistance du Concert, les 38 minutes 21 secondes de Flashing Spirits. Et entre ces deux sections, l’envolée ahurissante « à fond la caisse » (comme on dit en belgo français) qu’on retrouve super bien négociée en crescendo - decrescendo au niveau « vitesse- densité » de jeu, à vous donner le tournis au final de Flashing Spirits. À cette époque Oxley avait juste cinquante ans et Cecil cinquante – huit. Ils pouvaient se permettre de dépenser leur énergie sans compter. Je rappelle qu’âgé de plus de 60 ans, le pianiste donnait des concerts de son groupe de trois heures et plus qui laissaient complètement pantois et lessivés ses collègues nettement plus jeunes. Pour couronner le tout, deux Encores d’anthologie de 4 et 1 minutes. Évidemment le CD est sold out. J’ai dû l’écouter « hors hi-fi ». Incontournable !!

Vasco Trilla & Luis Vicente Ghost Strata Cipsela 13 CD
https://cipsela.bandcamp.com/album/ghost-strata

Le percussionniste espagnol Vasco Trilla fait parler de lui pour son utilisation d'accessoires vibrant sur les peaux, des murmures ou grondements, de tintements ou sonnailles, des timbres frictionnés ou suspendus dans le vide, frottements etc... On découvre un univers sonore percussif organique qui convient parfaitement à la recherche sonore d'un acolyte comme le trompettiste portugais Luis Vicente. Les lèvres de celui-ci créent un langage cuivré, colonne d'air compressée, suraigus outragés, effets de souffle. On aime les frottements de l'archet à même le métal sur la tranche de la cymbale vibrant sur la peau, cela siffle ou une voix d'outre tombe oscille dans l'air. Des combinaisons de frappes - peaux - métaux - cloches - gongs - à même les surfaces des tambours flottent dans l'espace élevant les effets d'air insufflé dans l'embouchure et les tubes de la trompette, pistons poussés à mi-chemin alors qu'une sorte de métallophone improvisé résonne en ritournelle. Il y aussi des sonneries infinies et un moteur actionnant une fine baguette flagellant une sonnaille à toute vitesse alors que pétarade doucement l'embouchure. Ces deux-là créent un univers sonore renouvelé à chaque pièce improvisée. C'est à la fois intrigant, poétique et peu commun qu'on ne trouve pas ailleurs. De l'inouï en quelque sorte. On se laisse séduire, il y a l'aspect ludique, machinique, des objets sonnant et se mouvant en toute indépendance et simultanément dans un chahut concerté isorythmique et les errrances de la trompette transformée en sifflet improbable ou en corne de brume. Une musique d'effets sonores poussées à son paroxysme. C'est fantastique ! Une magnifique leçon de choses bruissante. C'est bien le genre d'albums dont on ne se sépare jamais. On a entendu ces deux musiciens, comme tout un chacun, nous servir l'honorable lingua franca de la free - music. Mais ici, ils font un effort remarquable, méritant et mérité d'une invention d'associations de sons, de timbres, de vibrations, de trouvailles donnant lieu à un univers expressif esthétique tout à fait original. À recommander absolument !!

Marco Colonna Giorgio Pacorig Stefano Giust La Saggezza Degli Elefanti Setola di Maiale 5000 CD .
https://www.setoladimaiale.net/catalogue/view/SM5000

Ces trois musiciens figurent parmi les improvisateurs les plus actifs et volontaires en Italie, un pays où la scène entière du free-jazz international a déferlé durant les années 70 et 80 aux côtés d’une scène locale vivace entreprenante où pullulent encore concerts, clubs et labels de disques dont Setola di Maiale s’est taillée une large place par la grâce du travail acharné de Stefano Giust, le batteur de ce super trio. Vous pensez ! Un label qui compte plus de 500 Cd’s qui couvrent quasiment toute la scène italienne, free et expérimentale de manière quasi exhaustive et nombre d’improvisateurs étrangers. Marco Colonna est un excellent clarinettiste de Rome, tant « basse » que « soprano », qui a développé un travail fantastique ces quinze dernières années. Il faut suivre ses improvisations sinueuses à la clarinette basse basée sur une connaissance profonde des harmonies complexes et chargée d’intensité et d’émotion. Aussi, son jeu est au service des deux camarades, ouvert et volatile de manière à laisser toute la latitude au pianiste Giorgio Pacorig, déjà un vieux routard de la scène avec qui Stefano a enregistré un superbe duo prémonitoire (Cosi Com’è 2024) de ce trio d’exception dont je tiens le CD en les mains. La musique traverse différentes approches émotionnelles et modes de jeux, depuis le trilogue décontracté et introspectif musique de chambre hyper bien détaillée (grand bon point à Stefano à la percussion) jusqu’à l’embardée frénétique de Il Tempo Non Ha Una Storia. On goûtera le lyrisme éperdu de Colonna à la petite clarinette face au doigtés impressionnistes lumineux de Pacorig et aux friselis racés de Giust de la pointe des baguettes dans Moha ou les tortillements et saccades qui débutent Un Oscuro Scrutare et qui finissent par tournoyer avec une belle élégance. On découvrira que l’essence du message de Paul Bley transparaît dans le jeu cristallin et distingué de Giorgio Pacorig. Stefano Giust a atteint une maturité au niveau du free drumming tant au niveau de la légèreté et de la diversité des frappes pour improviser valablement en toute liberté tout en laissant le champ libre à son collègue pianiste et au clarinettiste. Il a l’art de souligner en nuances foisonnantes mais discrètes, car il faut des nuances pour un tel pianiste. C’est naturel, organique et tous les tics de batteur ont été évacués pour laisser place à l’inspiration créative de tous les instants (cfr après la minute 5 d’Un Oscuro Scrutare). En telle compagnie, un souffleur du talent comme Marco Colonna donne le meilleur de lui-même. Certains collectionneurs auditeurs connaisseurs ne suivent quasiment que les valeurs « sûres » prescrites par les chroniqueurs, organisateurs et groupies au détriment du travail de haute qualité. Ce trio de la Sagesse des Éléphants a tout pour convaincre. Un sommet de créativité assumée, rien à jeter !


Et voici en bonus l'histoire du LP Incus 11 Balance (1973) avec Ian Brighton, Radu Malfatti , Frank Perry , Phil Wachsmann & Colin Wood qui m'a été communiquée par Ian Brighton, il y a douze ans via Facebook . Balance est un des meilleurs "anciens" enregistrements de musique improvisée libre des années 70 - 80 , absolument indispensable pour comprendre les possibilités ouvertes par cette pratique. Évidemment, cet album mirifique que j'ai mis du temps à trouver dans les bacs, est aujourd'hui introuvable et non réédité en Cd ou vinyle

If only you knew the history of this album. The five of us had been playing for a week in Cambridge in a show called Summer Celebration at the CCAT. It was a programme of music and contemporary dance. The first half was individuals from Cambridge and the second half was our group plus improvised dancer Shelly Lea. After the last night Frank was called by Derek Bailey to go to his place in Islington as a slot had opened up on Sunday’s Musician’s Cooperative concert and he wanted us to fill it. Keith Tippet was meant to have played but he had returned from one of the Greek islands where he had been stung by some insect and could not play. We agreed and the following day turned up at Ronnie’s as a quartet as Colin Wood had left to go to Leeds where he was meant to be playing with Lol Coxhil. That is where I first met John Russell who helped me unload my car. As we were about to play there was a shout of Wait for me as Colin unexpectedly arrived carrying the cello above his head. As he slowly set up on the stage he explained that the open air concert with Lol had been cancelled due to heavy rain. However in London it was still a hot and dry summer with a packed audience at the club. Following our performance Derek Bailey spoke to myself and Trevor Taylor as said that he would like to record the music as he could not see the group lasting: there were too many different egos involved. A month later we decamped to Trevor’s studio in Southend where recording became a nightmare. There were leads all over the studio floor picking up breakthrough from the local taxi firm that had to be sorted by wrapping cooking foil around them. When we were finally ready for a take the unpredictable Colin Wood would sometimes get up and say “ I am going for a walk, it seems a nice day” or “ I am going for an Ice cream I will see you later” leaving the rest of us amazed, frustrated and tense. When he did return he kept moving his microphone in the middle of a take so we would have to start recording again. After four days of very testing attempts to get one piece of good improvisation we just had short snaps of it yet not a whole session of any decent length. It was Saturday morning and we returned to the studio to pack up our equipment. Colin had left early for another gig. So the four of us instead of packing up decided to have one more go at recording a piece of length and quality. The result: it went beautifully and became the A side, if you like and Frank wanted to call it Constellations of Force. Later Phil, myself and Trevor sorted through the rest of the recorded material to create the best of the short recorded pieces on the B side of the album. Frank got involved with design of the cover and wanted the front to represent the Ying and the Yang of improvisation providing a balance between the two forces hence the name Balance and on the rear side we included a photograph of our time in Cambridge and a poem by E.E Cummings that I thought reflected our time by the seaside of Southend. Needless to say that Colin who wasn’t involved with the production was slightly peeved that we had done something without him. I went round to Evan Parker’s house in Twickenham to agree the final touches. We had to do that because of schedules of printing and pressing. We were surprised, because on its release the album was receiving good reviews from people such as Charles Fox on Jazz Today and other Jazz oriented musical publications. Unfortunately there were only 500 vinyl recordings pressed and today they have become scarce. Nevertheless looking back over fifty years it was an experience to cherish although slightly frustrating at times. In 1976 when I was in Hamburg having Breakfast with Elvin Jones, Tony Oxley, Howard Riley and Phil Wachsmann I met saxophonist Pat Labarbera who told me that he had a copy of Balance bought from a store in San Francisco. Isn’t that odd? At the time Derek was right the about the group’s longevity as it lasted for two more gigs in 74/75 and then folded because as the individuals involved were interested in other activities. However the recorded music has survived and can be enjoyed by some 50 years later.