28 mai 2019

Davide Rinella / Jean-Jacques Duerinckx & Anatole Damien/ Andrew Lisle & Alex Ward/Bobby Naughton Leo Smith & Perry Robinson


Davide Rinella armonica cromatica solo quando ero un bambino faró l’astronauto Setola di Maiale 

Encore une de ces merveilles musicales qui pullulent dans les recoins créatifs de notre vielle Europe. Sans crier gare et avec grâce et application, Davide Rinella nous offre un magnifique inventorium de son savoir-faire  et de son imagination avec son instrument, l’harmonica chromatique. Inventorium est un néologisme latin, crase des mots inventaire et invention. On y entend une série de possibilités sonores et timbrales de l’harmonica chromatique qui servent de clés – tremplins pour de magnifiques inventions – bagatelles, histoires de souffles et d’anches en suspension, contes de l’imaginaire, vecteurs d’émotions nues. Parfois, le jazz libéré ou une manière de blues méditerranéen s’invite avec vocalisations délicates et glissandi millimétré, ou un tango saccadé et tortueux. Une volonté de trouver des formes nouvelles et d’élargir ses registres à l’expérimentation et à la recherche de sons liés à une expressivité où la liberté et la fantaisie de l’improvisation sont le moteur de l’inspiration. Ça s’écoute avec plaisir, intérêt et parfois surprise. En effet, une profonde sincérité (celle de la musique honnête sans faux semblant) anime toute l’entreprise et quand la virtuosité se déploie c’est pour revenir nous saisir avec les traits les plus fins, les agrégats de sons les plus déchirants, exprimer un timing surprenant et jeter des silences imprévus ou ses multiphoniques   si caractéristiques. Il peut s’acharner à distordre le flux et le timbre conventionnel  pour faire grogner son instrument comme si étant bâillonné  et empêché de s’exprimer, il parviendrait à faire passer l’essentiel de son message. Quand au bout d’un long moment , on pense avoir fait le tour de son répertoire de sons imprévus – nouveaux – imprévisibles, on est surpris par ce qu’il parvient encore à extraire de son petit instrument.   Un magnifique album parsemé de pièces enchanteresses où se déploie une authentique talent d’improvisateur – chercheur et une maîtrise peu commune.

Dry Wet Jean Jacques Duerinckx – Anatole Damien FMR

Jean-Jacques Duerinckx joue presqu’exclusivement le difficile sax sopranino sous toutes ses coutures avec ou sans bec en explorant le son, les effets de timbre, la percussion des clés, la compression de l’air, le souffle à l’état brut, la valorisation du silence de manière détaillée et peu prévisible. On peut frôler le  Après la cassette « Serpentes » du trio avec le guitariste John Russell et le violoncelliste Matthieu Safatly (Weekertoft), Dry Wet est son deuxième enregistrement et celui qui, sans doute, trace son portrait musical. Il a trouvé  dans le guitariste Anatole Damien, un complice au même diapason, celui de la recherche sonore qui intègre le bruitisme dans une démarche musicale organique, traces phoniques d’une écoute alternative. La guitare électrique mise à plat sur une table est mise en réseau avec une kyrielle de pédales et d’effets électroniques et est pensée comme source sonore / objet amplifié manipulé aux moyens d’objets frottés contre les cordes, le duo transitant d’une zone neutre jouée du bout des doigts à des échanges chargés d’intensités où la dynamique est toujours présente. Tout l’intérêt réside dans l’imaginaire déployé et l’inventivité des deux improvisateurs dans leur univers propre coexistant dans un dialogue peu prévisible, mais tissé par une belle évidence. Tree Action / Action Tree (12 :03) est à cet égard exemplaire. Passant du bruissement introspectif à une effusion lyrique lunaire aux intervalles écartelés, JJ Duerinckx a acquis un style très personnel que l’invention sonore d’Anatole Damien bonifie. Jean-Jacques et Anatole d’au moins 25 ans son cadet sont deux activistes incontournables de la scène bruxelloise appelés à briller sur la scène internationale. Et Dry Wet en est une parfaite démonstration.

Andrew Lisle – Alex Ward Doors Copepod 11.

Duo du batteur Andrew Lisle et du clarinettiste/ guitariste Alex Ward, une des personnalités les plus incontournables de la scène Londonienne. Deux morceaux à la clarinette (Front- 16 :29 et Open– 18 :00), deux morceaux à la guitare électrique (Back - 17 :10 et Closed - 17 :26). Front qui ouvre l’album et Open ont été enregistrés le 24 août 2016, Back et Closed le 15 septembre 2016, une session différente pour chaque instrument. Tout au long de l’album, le batteur suit et s’inscrit dans la démarche d’improvisateur et compositeur du clarinettiste / guitariste. Celle-ci partage des points communs dans la pratique des deux instruments dans le choix des intervalles et des harmonies et le sens de la construction musicale. Toute fois si son jeu à la clarinette est marqué à la fois par le jazz d’avant garde dans la lignée Anthony Braxton – Vinny Golia, son jeu de guitare est hanté par l’esprit du (free) rock et marqué du sceau d’une énergie inépuisable avec un sens du tuilage et de la spirale hyper actif et grandement efficace. J’aime par dessus tout son jeu de clarinette truffé d’effets de timbres et de sons dans lequel il instille une dimension musicale de haut niveau, une richesse au niveau mélodico-harmonique et une superbe expressivité. On n’est pas loin du grand Anthony Braxton. Le style elliptique du batteur convient parfaitement aux constructions complexes du souffleur et à la magnificence de son jeu cohérent en diable. Rien que pour ses improvisations à la clarinette, je ne me passerai jamais de ces Doors qu’elles soient celles de devant ou de derrière, ouverte ou fermée.

The Haunt Bobby Naughton Perry Robinson & Leo Smith No Business Records

Réédtion d’un album rare du label Otic présentant la musique du vibraphoniste Bobby Naughton. Après un premier disque pour le label Japo (Understanding), et sa participation aux groupes de Leo Smith (Divine Love / ECM, Mass on the World /Moers, Go In Numbers /Black Saint) entre 1976 et 1984, Bobby Naughton a disparu de la scène active jusqu’il y a peu. Avec deux artistes du calibre du clarinettiste Perry Robinson et du trompettiste Leo Smith, cet enregistrement de 1976, une année phare du New Jazz en matière d’enregistrements et d’effervescence créative, cette réédition se doit d’attirer l’attention, surtout que les commanditaires du label No Business ont le nez singulièrement creux. C’est en fait un petit miracle d’entente et d’interpénétration réciproque et heureuse de trois personnalités musicales complémentaires qui nous délivrent une musique chatoyante où le sens de l’improvisation lyrique contemporaine s’épanouit sur de magnifiques structures composées magnifiques. Une musique où le souffle, la vibration, la qualité de timbre sont mis en mouvement pour transmettre la quintessence du jeu, du toucher. Tendresse et volupté jouées en rythme libre. Free jazz soft ou « cool ». Une manière de suite aux travaux de Jimmy Giuffre avec Paul Bley et Steve Swallow. Quand feu Nat Hentoff soulignait à l’époque la haute qualité de leur travail collectif et l’importance de Bobby Naughton parmi les vibraphonistes de sa génération (Hutchinson, Burton, Hampel), il avait vu juste. Voici un chef d’œuvre oublié des années 70 laissé de côté dans une production de disques fabuleux signés Braxton, Lacy, Murray, Taylor, Rivers, Pullen, Bailey, Parker, Rutherford, Bley, Mangelsdorff, George Lewis, Lester Bowie, Frank Lowe, Mike Osborne,  etc….  À découvrir d’urgence et une fois pour toutes, Leo Smith se révélant déjà, en 1976, être un très grand jazzman contemporain arrivé à maturité et parmi les plus grands. Avec des as comme Perry Robinson et Bobby Naughton, on nage dans le bonheur.

20 mai 2019

Urs Leimgruber & Jean-Marc Foussat / Pat Thomas Dominic Lash & Lawrence Casserley/ Adam Bohman Adrian Northover & Sue Lynch/ Phil Durrant & Martin Vishnick / Joaò Pedro Viegas Luis Rocha Silvia Corda & Adriano Orrù



Urs Leimgruber & Jean-Marc Foussat  Face to Face FOU Records FOU FRCD 32-33
Un double album fascinant fait de deux enregistrements de concerts au WIM à Zürich et à la Kunsthalle de Lucerne. Urs Leimgruber est ce saxophoniste (soprano et ténor) chercheur de sonorités et de timbres qui s’envole dans l’atmosphère de manière à la fois lucide, introvertie, candide, soudainement expressionniste, pure… Un des collègues les plus inventifs des Evan Parker, John Butcher et Michel Doneda qui n’a rien à envier à personne et surtout qui nous donne à entendre la surprise, au-delà des facilités, des bienséances, de la virtuosité affichée. En premier lieu l’exigence, la foi et cette passion de l’instant musical nourrie de milliers d’heures patientes à explorer les recoins du bocal, du tuyau et du bec du saxophone droit, son espace intérieur, sa vibration, la pression des lèvres, le chant de l’anche en toute liberté . Mais quelles que soient les qualités intrinsèques et le potentiel d’un improvisateur, ils trouvent leur aboutissement final quand en compagnie d’un partenaire « compatible » ou imprévisible, ils se mettent en quête d’absolu. Là où la musique de l’un enrichit celle de l’autre et où les deux emmêlés nous dévoilent des perspectives insoupçonnées, un enrichissement fait de générosité sans limite, d’inconscient exposé, de temps dilaté dont l’auditeur captivé en oublie instantanément la durée. Où les sons se métamorphosent face à ceux du partenaire. Jean Marc Foussat manipule le synthé AKS depuis des décennies et s’est construit un langage multiforme, reptilien, fait de vents, rafales, nuages lourds, courants imprévisibles, boucles folles. Ces dernières années, il s’est frotté à de nombreux partenaires en cherchant la bonne formule, l’équipe gagnante qui puisse contribuer à l’épanouissement de ses recherches. Tout récemment, j’avais applaudi à un magnifique album en trio avec Matthias Müller et Nicolas Souchal. Aujourd’hui, j’ai le fort sentiment d’avoir en main la pépite qui va rester pour très longtemps dans les rayonnages favoris de ma cédéthèque, ceux qu‘on garde à portée de la main pour en goûter les détails et en jauger la quintessence, leur évidence à chaque instant où on les écoute. Face to Face est aussi le titre du duo Trevor Watts (au soprano) et John Stevens, duo historique enregistré en 1973 pour le label Emanem. Flottant et virevoltant autour et par-dessus les traitements sonores de J-M.F. , Urs joue les registres intimes, inconnus, découverts dans l’instant de son saxophone, passant du murmure du souffle caressant la colonne d’air à l’harmonique saturée et inouïe la plus mordante dans un même jet. Il projette l’indicible, le désespoir qui se révèle devenir subitement une conviction, striant l’espace du cri de ses tripes bouleversées ou des tremblements inquiets de la colonne d’air. Stridences organiques d’où la mélodie est évacuée laissant la place aux sons sauvages retournés à l’état de nature. Une musique non domestiquée où l’artiste laisse parler et vivre les sons rendus possibles par le truchement mécanique des clés, tampons, orifices, tuyau, bec, anche, ligature et l’action du corps et de l’âme. Le souffleur se laisse diriger par ce qu’il s’entend jouer et est happé par l’instantané de son action comme un corps céleste dans un trou noir, projetant pigmentations et zébrures sur l’écran de la vie tout court. Toute notre perception de ce phénomène est sublimée par les écoulements, éruptions, flots produits par l’autre, celui qui manipule son synthé, en se retenant, comprimant le flux, étirant les halos, lui imprimant retards et soubresauts. C’est sans nul doute un document unique en son genre qui, haut niveau de l’électronique, rejoint les meilleurs moments enregistrés de Thomas Lehn, Richard Scott, Furt, Lawrence Casserley… et évoque le mieux du monde l’esprit des légendaires Saxophones Solos d’Evan Parker en 1975 (a/k/a Aerobatics Incus 19). Camarades fascinés par les aventures improvisées de saxophonistes tels qu’Evan Parker, John Butcher, Michel Doneda, Roscoe Mitchell, Joe McPhee, Stefan Keune, Mats Gustafsson etc…,  il est inconcevable qu’on puisse éviter l’écoute d’un tel improvisateur. Ses albums solos (#12 , Chicagos Solos / Leo) sont une excellente introduction et ceux avec Barre Phillips et Jacques Demierre la meilleure carte de visite pour son travail en groupe (LDP – Cologne / Psi, Albeit et Montreuil / Jazzwerkstatt). Dans ce duo gravé pour le label de Jean-Marc Foussat, Urs Leimgruber trace des lignes magiques, des glyphes incandescents, la poésie pure, le langage du coeur. La composante des deux univers est sublime. À écouter sans détour !

Valid Tractor or the validity of the tractors Pat Thomas Dominic Lash Lawrence Casserley FMR CD515-1018

Piano classieux, anguleux, dense, puissant, intense : Pat Thomas, contrebasse vibrante, subtile, assidue, vivante : Dominic Lash, installation « live signal processing polymorphe, métamorphosante, consistante, éthérée, imprévisible : Lawrence Casserley. Dix pièces intitulées  de différentes marques de tracteurs (Kubota, McCormick, etc…)  enregistrées en concert au Singing Barn at Piggots  le 3 juillet 2013 (quel nom de lieu !). De très nombreux paramètres de jeux et de formes changeantes sont envisagés et assumés, tous tractés avec une grande validité quant à l’intérêt de l’auditeur et au résultat musical des improvisations spontanées happées, ressenties, partagées. Des équilibres peu stables se retrouvant dans des forces d’attraction – répulsion en constant réajustement et qui justifient les options de chacun au fur et à mesure que la musique se fait. C’est une suite de digressions qui se résolvent dans et par le dialogue, l’écoute, la complémentarité imprévue qui sourd à tout moment, de préférence de manière inattendue. Lawrence Casserley capte en permanence les sons de ses partenaires et cette matière est instantanément transformée dans des agrégats sonores qui échappe parfois à toute logique en regard des sons acoustiques joués par les deux instrumentistes. Pat Thomas est un pianiste parmi les tout meilleurs de la scène (Shipp, Alex, Veryan, Agusti, Demierre etc..). La dynamique utilisée est très large l’amenant à incarner une variété incessante de jeux de rôle, de textures, de timbres dans la masse orchestrale atteignant de manière exceptionnelle les qualités sonores et musicales idéalisées et rêvées par les compositeurs contemporains historiques rendues possibles au moyen de l’électronique. La complexité de son système est prodigieuse, mais c’est bien ce qu’il en fait sur le terrain d’un concert spontané qui le valide ouvrant tout un champ d’exploration tant pour le musicien électronique que pour ses partenaires confrontés à sa machinerie. S’inspirant réciproquement dans leurs quêtes , ils gratifient l’auditeur d’une improvisation stellaire à la contrebasse et archet acharné agrémenté  des actions extra-terrestres au piano et au live-signal-processing (Sonalika) qui font corps l’un à l’autre, justifiant remarquablement le postulat du live signal processing. Eicher renforce encore l’idée qu’ils peuvent étendre leurs registres sans fatigue et s’interpénétrer toujours plus avant. Une solide incursion de réelle avant-garde sublimant la pratique et les aléas de et après (plus de) quarante années d’improvisation libre.  Vraiment convaincant.

The Custodians Moribund Mules and Muskett Fire Adam Bohman Adrian Northover Sue Lynch Tutore Burlato #12  Cassette.

Adam : prepared strings, objects, wine glasses, voice, text & tapes
Adrian : saxophones, voice, wasp synth, kalimba, cowbell
Sue : tenor sax, clarinet, flute, voice.
Entendons-nous bien : voice dont est crédité chaque membre de ce trio pas comme les autres est celle qui dit des textes, parmi les plus out-of-the-wall qui puissent être entendus, parce qu’ils sont écrits par Adam Bohman, l’artiste surréaliste par excellence de la scène improvisée et noise britannique et absurdiste notoire. Une douzaine de titres répartis de chaque côté de la bande de la cassette et focalisés sur sa science du collage de mots / prose aléatoire ou son art de gratter et frotter (scrape and rub en anglais) ses objets, verres à vin, cartes de banque, ressorts, moule à gâteaux, fourchettes , débris, baguettes, vis, élastiques, boîtes etc…. amplifiés par micro-contact. L’écoute mutuelle est palpable, le rêve est présent, le goût des sons crachotants, sifflants et grinçants de l’objétiste et des ambiances fugaces, éthérées, évasives distillées par les deux souffleurs qui se mettent au service de la dynamique idéale. Il faudrait sans doute voir jouer/parler ces Custodians. Mais le gai crayonnage coloré et bucolique qui orne le boîtier dit tout : deux lapins habillés comme à la campagne conversent avec un épouvantail sans tête empaillé d’herbe fraîche sur un fond de montagnes stylisées. Dessin d’enfant d’Adam Bohman retrouvé par hasard dans ses archives, époque naïve. Au fil des plages, les actions musicales se précisent et s’intègrent aux paroles qui se dévident des manuscrits improbables avec une réelle conviction, celle des visionnaires, et cette diction bohmanienne qui défierait les cours d’art dramatique.  Titres à coucher dehors : Moribund Mules and Muskett Fire, Oxiacetylene Certifications. À conserver précieusement sur le coin d’étagère Bohman. Je vous promet un jour une chronique de l’intégrale des CDr auto-produits des Custodians (of the Realm) !

Phil Durrant - Martin Vishnick Rifinitori di momenti Confront ccs 95

Duo mandoline et guitare classique sur le label Confront de Mark Wastell. Mark Wastell et Phil Durrant ont collaboré durant des années dans la mouvance « réductionniste » - « lower case » et Phil avait abandonné  le violon (trio avec John Russell et John Butcher) pour l’électronique. Maintenant le revoilà avec une mandoline acoustique (et octave mandola) et un partenaire guitariste, Martin Vishnick avec une six cordes espagnole. Leur musique très cohérente semble jouée comme s’ils avaient en commun des vases communicants reliant leur écoute, leur cerveau, leurs sens l’un à l’autre et inversément. On est ici dans un univers acoustique arachnéen, pointilliste, sériel, sonique proche de guitaristes comme John Russell et Roger Smith ou le violoniste Phil Wachsmann. Cette improvisation typée British ou plus exactement Londonienne semble être née au légendaire Little Theatre Club  à l’ombre du grand John Stevens lecturant collègues et public. C’est l’album ECM (si si !) Improvisations for Cello and Guitar (Derek Bailey & Dave Holland, enregistrés en 1971 au LTC) qui a porté le genre sur les fonds baptismaux discographiques. Depuis, cette démarche cordiste et poétique a eu ses hauts et ses bas question faveurs du public et (surtout) des organisateurs-promoteurs et subi maintes fluctuations.  Derek Bailey (acoustique) Phil Wachsmann et John Russell en ont gravé les heures sans doute les plus étincelantes. En voici d’autres traces qu’il ne faut pas perdre : leurs échanges expriment une belle pertinence, l’hésitation permanente de ceux qui cherchent, une quête d’équilibres instables, une dérive dans un labyrinthe inexhaustif de doigtés sauvages et intuitifs, un tuilage sans fin ni début. Cordes nylons et cordes métalliques. On goûte l’improvisation véritable évitant par atavisme l’œuvre quantifiable et mesurable pour plonger dans le jeu sans arrière-pensée, la recherche incessante de l’éphémère. Vraiment intéressant et ludique.

Joao Pedro Viegas Luis Rocha Silvia Corda Adriano Orrù  Unknown Shores Amirani Records amrn 58

Unknow Shores : Rivages Inconnus. Avec un tel line-up et leur manière chambriste, on semble se trouver en territoire connu que ce soit une rive, la côte, une baie, ou même une falaise. Contrebasse au jeu super bien équilibré (Orrú), piano qui tire vers le classique contemporain (Corda avec un air de ce cher Howard Riley), deux clarinettes basses à la fois bruissantes ou suaves (Joao Pedro Viegas et Luis Rocha qui double à la clarinette Eb). Subtiles notes de pochette de Massimo Falascone. On se laisse emporter par le rêve, l’élégance des traits, la trajectoire méandreuse, l’inspiration lumineuse. L’inconnu se situe plutôt dans la grande qualité qu’ils se voient capables d’instiller au fil des secondes et minutes dans le moindre détail du jeu au travers d’un domaine musical qui a ses nombreux émules. Dix pièces excellemment montées, la dixième n'étant pas indiquée sur les détails de la pochette : Follow the White Rabbit , c'est ce que j'ai fait durant cette soirée d'écoute en pensant à Grace. Retenue et précision, multiplicité des occurrences sonores, création instantanée de formes construites avec un sens des perspectives et des équilibres tous azimuts. Une écoute profonde, sensible, raffinée relient les quatre participants où chacun partage à égalité l’espace sonore et le déroulement des improvisations sans qu’une voix accompagne l’autre, mais la renforce, la complète, l’enrichit, vient au devant de ses désirs sans tomber dans le trivial appel - réponse et autres mimiques. Les inconnus commencent à poindre dans les derniers morceaux car la construction collective devient plus ambitieuse sans nuire au taux de réussite, qui lui s'élève. Four Portraits les dévoilent crachant, percutant et grattant toujours de manière mesurée sans excès. Le cri  déchirant peut y côtoyer le clair obscur (Refractions). Défilent dessins, traits, figures, ellipses, taches, ombres, éclaircies et spatialisations du geste musical.  Un travail exquis et une véritable entente musicale. Corda et Orrù sont associés de longue date et fonctionnent comme les quatre ou cinq doigts dans un gant de velours. Ensemble avec ces deux clarinettistes de choix, ils réalisent un magnifique projet où l’improvisation spontanée jouxte la composition instantanée. Plus on l'écoute et plus on adore !! 

17 mai 2019

Derek Bailey - Han Bennink - Evan Parker/ Harald Kimmig/ Charlotte Hug & Lucas Niggli /Jean Jacques Duerinckx John Russell Matthieu Safatly


Derek Bailey Han Bennink Evan Parker Topographie Parisienne Dunois April 3d 1981 Fou Records CD 34-35-36-37. Coffret 4 CD intégrale du concert.

Une suite au légendaire Topography of the Lungs qui avait réuni une première fois les trois improvisateurs il y a presqu’un demi-siècle ? Ou une édition de Company, le groupe à géométrie variable de Derek Bailey ? En effet, un livret de Riccardo Bergerone relève des dates de Company au Dunois en avril 81 avec ces trois musiciens ( 12-13 - 14 avril ?). Quasiment trois heures et demie de musique pour une soirée au Dunois. Deux trios DB – HB – EP de plus de 40 minutes. Deux duos DB-EP de 12 et 27 minutes, un duo DB - HB de 30 minutes, deux duos de HB – EP de 12 minutes et deux solos d’EP de 11 et 10 minutes. Si Evan Parker et Derek Bailey ont collaboré étroitement en duo et dans d’autres ensemble tels que Music Improvisation Company et ensuite Company, ainsi qu'avec le Spontaneous Music Ensemble  (l'album Karyobin et le double cédé légendaire The Quintessence par exemple), c’est surtout en duo avec Derek Bailey qu’Han Bennink s'est produit durant des années. Jean- Marc Foussat , le responsable allumé de FOU Records, a été dès cette époque un preneur de sons omniprésent, enthousiaste, désintéressé et généreux. On lui doit de superbes prises de sons pour ces musiciens : Aïda , un solo de Derek Bailey, Pisa 80 An Improvisor’s Symposium d’Evan Parker avec Bailey Lovens Lewis etc..., Epiphany de Company etc… Aujourd’hui , après avoir vérifié soigneusement les circonstances du concert et de l’enregistrement auprès des protagonistes et de témoins comme Jean Buzelin et Jean Rochard, Foussat a décidé d’en publier l’intégralité. Peut-être que Derek Bailey ou Evan Parker en aurait sélectionné de quoi faire deux cédés.
Depuis l’époque de l’enregistrement de Topography of The Lungs, album phare enregistré en 1970 qui fait figure de manifeste créateur pour le label indépendant Incus fondé par Bailey, Parker et Tony Oxley, beaucoup d’eau avait déjà coulé sous les ponts. Topography était alors l’expression d’une exploration sonore dans la marge de l’instrument . Chaque instrumentiste y assume directement ou à leur corps défendant la revendication « non-idiomatique » exprimée par Bailey quelques années plus tard (cfr son livre Improvisation Its Nature and Practice in Music) au sein du phénomène du free-jazz complètement libre et agressif tendance panzer-muzik des Brötzmann et Schlippenbach. Mais aussi la musique de cet album est celle d’un collectif soudé et cohérent avec un but musical commun, la découverte de nouvelles sonorités et de modes de jeux et d’improvisations complètement révolutionnaires. En 1981, ce concert met en scène trois individualités qui ont évolué depuis l’année de l’enregistrement de Topography of The Lungs et tiennent à souligner leurs divergences. Il est clair que Bennink et Parker n'ont pas les mêmes préoccupations. Derek Bailey s’est trouvé un style personnel qui trouvera sa plus belle expression en 1980 dans l’album acoustique Aïda (Incus 40) et son jeu virtuose à l’électrique, basé sur l’utilisation d’une pédale de volume, a acquis en clarté et logique face à ses partenaires. Evan Parker s’est lancé dans  la musique en solo au sax soprano (une illusion de polyphonie avec la respiration circulaire) comme on peut l’entendre par deux fois dans ce coffret. Et lui aussi a créé un univers très personnel où le traitement oblique d’éléments mélodiques et parfois répétitifs avec une inspiration magique rencontre son goût immodéré pour les techniques de souffle et d’articulation alternatives. Han Bennink a abandonné sa batterie extrême composée de tambours chinois, woodblocks, cloches, racloirs, tablas indiens, une multitude de cymbales et crotales de toutes dimensions et provenances, sans oublier cette grosse caisse gigantesque, pour un kit antique beaucoup plus basique.  Son style actuel fait plus référence à la sonorité de Baby Dodds qu’à celle d'Elvin Jones, réintroduisant des rythmes africains tels qu’on les entend sur les enregistrements de terrain  ethnologiques qu’il collectionna avidement (Ocora et Unesco). Il adopte une foule d’instruments : on l’entend ici à à la clarinette et au trombone avec lequel il ouvre les hostilités dans le trio du CD 2 avec un réel talent tout en jouant de la batterie avec les pieds. Un peu plus loin, c’est à l’harmonica qu’il s’insère entre les deux duettistes British. Mais il n’était pas rare qu’il s’escrime avec un violon ou un banjo assis par terre. On l’entend aussi faire tournoyer les pulsations et les frappes sur la surface de ces instruments comme si tout le mobilier d’un appartement volait dans les escaliers en rebondissant sur les marches.
Plutôt que de créer un univers basé sur un dénominateur commun, chaque artiste, et spécialement Bennink et Bailey, essaye d’entraîner l’autre vers ses marottes personnelles. Lors du premier trio du CD 1, on entend à peine Bailey jouer de la guitare acoustique entouré par la puissance sonore des deux autres. De même lors du duo HB - DB du CD 4. Ce cd 4 se clôture par un fascinant duo de Parker au soprano et Bennink à la clarinette et à la clarinette basse qui arrive à faire face au prodige.  Comme il s’agit vraisemblablement de la deuxième et ultime réunion de ces trois musiciens incontournables, ces enregistrements devraient alerter tout qui s’intéresse de près et de loin aux musiques improvisées et rappeler l’importance du 28 Dunois dans la vie musicale de l’improvisation. Steve Beresford vient de faire un commentaire à propos d'un gig du trio au Little Theatre Club , sans doute au début des années 70. On retire de l'écoute de cet album des moments extraordinaires et des tentatives courageuses pour diversifier les pratiques sonores et tenir le challenge de la durée et de la diversification des improvisations. Topographie parisienne d’une multiplicité de sonorités  et d’actions musicales et d’une réelle complicité entre trois artistes majeurs. Ces enregistrements contiennent tous les ingrédients de la free-music, l’énergie explosive frôle la transe, le silence est approché avec moult détails sonores, la folie d’Han Bennink presse Bailey dans ses derniers retranchements,  même dans les séquences aérées en inventant des figures rythmiques inoubliables. Si Parker semble imperturbable, il n’hésite pas à faire éclater la colonne d’air et faire chauffer son anche.  Malgré les débordements inévitables (Bennink !), une écoute profonde lie les trois musiciens, particulièrement en trio. Le Trio du Cd2 évolue d’ailleurs de manière inattendue, exprimant très valablement la philosophie du projet Company dans sa démarche de renouveler et d’étendre la pratique de l’improvisation. J'ajoute encore qu'on entend le public se marrer avec les facéties (visuelles) du batteur. 
Certains diront que ces quatre cd’s sont trop longs et excessifs. Je maintiens que les échanges et folies contenues ici exercent (encore et toujours) une réelle fascination et qu’elles nous entraînent dans des extrêmes auxquels une session studio n’aboutit pas toujours. Merci Jean-Marc, Han et Evan d’avoir autorisé cette parution inattendue et si hautement réjouissante !
Pour rappel :
Topography of the Lungs fut publié en 1970 par Incus dont c'est le n° 1 du catalogue (Incus 1) a été réédité en 1977 avec une autre présentation question pochette l'année où Derek Bailey organisait les premières tournées de Company. En 2006 , réédition cd par Psi , le label de Parker. Dernièrement réédition chez Otoroku, le label du Café Oto.
les duos Bailey & Bennink :
Han Bennink – Derek Bailey ICP 004 1969,
Performances at Verity’s Place (Incus 9 - 1972) réédité en CD par Cortical Foundation et Honest John’s en vinyle avec un enregistrement concert en bonus,
Company 3 (Incus 25 - 1976),
Han (Incus CD 3 1986)
Post Improvisation Vol 1 & Vol 2 (Incus CD).
les duos Bailey & Parker :
The London Concert (Incus 16 - 1975) concert intégral réédité en cd par Psi. 
Compatibles (Incus 50 – 1985),
Arch Duo (Rastascan BRD 045 - 1980).
Le trio a joué au Little Theatre Club au début des années 70 (sans doute 72 ou 73) et il en existe une copie cassette de qualité low-fi. 
PS : J'ajouterai encore que Jean-Marc Foussat est un solide improvisateur électronique et que si vous êtes un fan d'Evan Parker, vous allez vous régaler avec le duo de Jean-Marc face à Urs Leimgruber, un des rares improvisateurs au sax soprano - absolument déchirant- qui joue aussi en duo avec Evan (cfr CD Twine/ Clean Feed). L'album de Foussat avec Leimgruber est publié par FOU Records sous le titre Urs Leimgruber & Jean Marc Foussat dans un double CD incontournable (FOU Records FRCD- 32-33) que je vous détaillerai dans ma prochaine fournée. 

Harald Kimmig one body one box one string inexhaustible edition ie-014

Album en solo de violon improvisé et … maîtrisé de manière alternative, bruissante et virtuose. Deux pièces respectivement de 37 :05 et de 26 :59. La science du frottement à la fois faussement répétitive, mécanique et pleine de nuances, extrême, étirée, jusqu’au boutiste.  J’avais été fasciné par le Live at  the Mosteiro Santa Clara a Velha par le violoniste Carlos Zingaro, habité par un lyrisme inouï. Se situant au même niveau que son collègue portugais, mais dans une démarche plus « conceptuelle », Harald Kimmig incarne la gestualité et le rapport physique les plus expressifs qu’on puisse entendre. Une formidable capacité à varier les sonorités dans un ostinato dense et sauvage à l'image du dessin de la pochette. Les percussions col legno sur les cordes et le corps de l’instrument, l’insistance rythmée de ces pizzicati et frottements et son audace se libèrent dans un flux organique qui happe l’écoute, l’attention de l’auditeur dans une mise en tension jamais prise en défaut, même quand cela frise le silence (cfr 1/ vers la minute 32-33). Le violoniste sublime l’utilisation des techniques alternatives : magique. Harald Kimmig fut un jour sélectionné par Cecil Taylor lui-même pour se produire avec lui à Berlin en 1989 lors de la deuxième de ses inoubliables résidences Berlinoises (Looking (Berlin Version) Corona/ FMP). C’est tout dire. Il a fait peut parler de lui publiant un album ou deux par décennie. On peut l’entendre aujourd’hui avec le String Trio, en compagnie du violoncelliste Alfred Zimmerlin et du contrebassiste Daniel Studer, un groupe aussi convaincant que le Stellari Quartet de Wachsmann, Hug, Mattos et Edwards. Écoute recommandée du String Trio : Im Hellen (hat Now ART) et Raw avec John Butcher en invité (Leo). Voici un improvisateur incontournable, intransigeant, radical et portant l’acte d’improviser au sommet comme ses collègues Jacques Demierre, Michel Doneda, Lê Quan Ninh, Urs Leimgruber, John Russell, Gunter Christmann…
Incontournable ! Produit par László Juhász, un irréductible basé à Ljubljana, une ville où il se passe quelque chose.
PS : le premier album solo d'Harald Kimmig fut publié il y a longtemps sur le label Hybrid et est tout aussi merveilleux : Im Freien

Charlotte Hug & Lucas Niggli Fulguratio Live at Ad Libitum 2016 sluchaj foundation fsr 12 2018

Tentative de dialogue et de construction collective dans l’improvisation totale de deux artistes que tout pourrait opposer : alto frotté entre autres avec la technique du soft bow où intervient la voix de l’improvisatrice et un percussionniste puissant et coloré issu à la fois du free-jazz et de l’école suisse de la « quincaillerie ». Un contraste nourri entre les vibrations des éléments métalliques (cymbales, gongs) et du jeu en glissando de l’altiste qui arrivent à communier et se proposer mutuellement des échappées, des timbres et des mouvements qui relancent constamment la grande qualité de leurs échanges. Musicienne de formation classique aussi à l’aise dans le baroque que dans le contemporain, Charlotte Hug exprime la puissance organique et sauvage de la free music improvisée frottant sauvagement les cordes,  et vocalisant comme une chamane, sortant complètement de la personnalité sagement éduquée de l’interprète classique pour se métamorphoser en prophétesse de l’indicible, éructant des voix de l’au-delà, sussurant lugubrement telle une pythonisse. Elle communique sa transe à son partenaire qui ensauvage lui aussi les frappes et les frottements d’une manière de jouer relativement conventionnelle si on la compare aux Lovens et Lytton de l’époque héroïque et de l’intraitable Roger Turner. Au fil des morceaux, Lucas Niggli met la pression, mais rien n’arrête Charlotte et sa furia, sa vocalité insondable et sa recherche sonore à l’alto unies dans la physicalité de l’acte d’improviser, renouvelant sans cesse son matériau (timbres, couleurs, canevas mélodique, tensions, dynamiques, harmoniques) face aux éléments des pulsations déchaînées du percussionniste. Sa voix dit des sons qui pourraient être les mots d’une langue secrète exprimant l’extase, l’inquiétude, la quête, la furie, le renoncement, la rage…
Il revient à Lucas Niggli de savoir calibrer et incarner la relance idoine pour faire vivre et bonifier l’abandon de sa partenaire dans son univers, aussi onirique qu’intensément vécu. Au-delà de l’idée du « grand art » , une conviction inébranlable dans le vécu fragile. Merveilleux.

Jean Jacques Duerinckx John Russell Matthieu Safatly Serpentes Weekertoft 9 (cassette+ DL). https://weekertoft.bandcamp.com/album/serpentes 

Enfin ! Un album où on peut enfin entendre le saxophoniste sopranino virtuose Jean-Jacques Duerinckx, mon concitoyen de Braine l’Alleud (Belgique), et son camarade Matthieu Saftaly, un violoncelliste radicalement expérimental. Une cassette, car c’est autant dans l’air du temps que le vinyle et nettement moins encombrant. Dans Serpentes, ils se joignent à John Russell, guitariste de son état et un des plus grands activistes de la scène improvisée internationale, qui, à force de travail, est parvenu à imposer sa série de concerts MoPoMoSo au fil des décennies comme une fenêtre incontournable de l’improvisation libre et créer le label Weekertoft qui a publié cette petite merveille. Serpentes exprime on ne peut mieux la quête d’improvisateurs qui cherchent l’improbable et repoussent les limites du sonique au sein des échanges interactifs. Sans pour autant éviter un aspect mélodique très oblique chez Duerinckx qui évoque feu Lol Coxhill en plus rêveur. Sans doute, un des albums les plus intransigeants où intervient Russell depuis l’époque bénie du son trio avec John Butcher et Phil Durrant. C’est d’ailleurs ce trio historique qu’évoquent à John Russell ses aventures avec JJD et MS.  Russell a travaillé régulièrement avec les artistes les plus remarquables de la scène improvisée : John Butcher, Maarten Altena, Paul Lovens, Evan Parker, John Edwards, Roger Turner, Stefan Keune, Sabu Toyozumi, Lol Coxhill, Mats Gustafsson, Maggie Nicols, Gunter Christmann etc… C’est à cette aune qu’il faut considérer ce trio qui serpente dans les timbres fous, les gestes insensés, les contorsions de la colonne d’air du sax (le sopranino si difficile à maîtriser), les objets qui vibrent sur le corps du cello, le plectre qui pince inexorablement les cordes de la six cordes dont fusent les harmoniques et les grincements étranges. Cela gratte, fouille, griffe, frémit, se répand, se dilate, striant l’atmosphère, implosant les formes proposées et remises perpétuellement en question, avec ou sans réponse et toujours à l’écoute. Trente-huit minutes mystérieuses enregistrées au Worm à Rotterdam, un lieu légendaire pour une musique qui défie le temps, l’espace et parle à notre imaginaire.