5 décembre 2018

Karoline Leblanc Ernesto Rodrigues Nicolas Caloia/ Ivo Perelman Mat Maneri Mark Feldman Jason Hwang/ Rick Countryman Simon Tan Sabu Toyozumi / Santiago Astaburuaga

Autoschediasm Karoline Leblanc Ernesto Rodrigues Nicolas Caloia atrito – afeito o1o 100 copies.

Pour ceux qui suivent le violoniste alto Ernesto Rodrigues, c’est l’occasion de l’écouter dans une dimension esthétique  différente par rapport à ses enregistrements « lower case / réductionnistes » publiés sur son label Creative Sources : sa remarquable maîtrise sotto voce est illustrée ici dans le cadre d’une musique libre jouée avec plus de possibilités sonores, vitesse, énergie, etc... Au piano, la remarquable pianiste canadienne Karoline Leblanc qui dirige aussi le label atrito - afeito et à la contrebasse Nicolas Caloia, lui aussi canadien et membre insigne du trio In the Sea avec Tristan Honsinger et Josh Zubot. Commençant en puissance, la première improvisation (Part 1 21 :26) évolue vers un jeu raffiné, la pianiste intervenant dans la table d’harmonie et le contrebassiste ponctuant le trilogue d’une main sûre. Le violon alto étire les sonorités en faisant miroiter les timbres de ses frottements délicats dans un tournoiement énergique aux cadences renouvelées. Vers la quatorzième minute, le clavier se soulève et emporte les cordistes dans une sarabande animée, orchestrale qui culmine dans des grondements dans les graves. Le contrebassiste pousse le trio avec ses doigts puissants et des vibrations (charlie) hadeniennes. Un bel enchaînement. La Part 2 s’entame dans le questionnement de la matière sonore, les vibrations des cordes du piano actionnées (frappes, frottements furtifs, frictions éthérées) dans la table d’harmonie auquelles répondent les timbres délicats de l’alto (viola) traité de manière ingénieuse et originale. D’un état d’apesanteur attentiste, s’échafaude une construction sonore sombre basée sur un dialogue sensible d’effets sonores maîtrisés dont les affects convergent avec une belle finesse. Par la suite, on découvre un bruitisme minimaliste et expressif (Part 3  9 :13), avec une conclusion enlevée qui renvoie à l’atmosphère animée de la Part 1. Cette expressivité est due au talent des improvisateurs qui savent faire « parler » leurs instruments dans une démarche presque « réductionniste ». À noter la maîtrise du toucher de la pianiste dans les cadences qui clôturent l’album. C’est en tout point remarquable et les trois Parties offrent un panorama de plusieurs  états de l’improvisation libre avec une grande cohérence. Le contrebassiste Nicolas Caloia s’intègre parfaitement dans l’ensemble avec une belle sensibilité et un goût du détail, chose essentielle dans la pratique d’Ernesto Rodrigues. De la vraie musique improvisée aboutie, assumée qui rassemble trois sensibilités – expériences différentes pour célébrer l’écoute mutuelle active. Une belle production de Karoline Leblanc, une artiste à suivre à la trace.. 

Strings 1 Ivo Perelman Mat Maneri Mark Feldman Jason Hwang Leo Records CD LR 850

Voici encore de quoi nourrir la réflexion musicale dans le monde de l’improvisation libre. Comme le Dr Johannes Rosenberg avant moi, je soutiens que des instruments à cordes frottées de la famille des violons (violon, alto, violoncelle, contrebasse) sont faits pour jouer – improviser ensemble et ce faisant, les improvisateurs à cordes peuvent faire ainsi aboutir leur démarche de cordistes au plus profond de leur être. Dans le jazz swing et moderne (bop, modal etc), il y eut peu de violonistes par rapport aux souffleurs et aux guitaristes. Stéphane Grappelli, Stuf Smith et, puis, Leroy Jenkins et Billy Bang ou Ponty et Lockwood dans la fusion, jusqu’à l’explosion de la free music radicale : Phil Wachsmann, Malcolm Goldstein, Jon Rose et Carlos Zingaro. Enfin, quand un violoniste joue dans un quartet avec sax, basse, batterie, c’est souvent au détriment du violon, idem avec le piano (le syndrome Tchaïkosky). Et je pense que la démarche du saxophoniste ténor brésilien Ivo Perelman, qui a appris et joué le violoncelle dans une autre vie, est à cet égard très intéressante. En 1998, il avait déjà produit un mémorable album avec un quartet à cordes frottées : The Alexander Suite avec le C.T. String Quartet (Jason Hwang, Ron Lawrence, Thomas Ulrich et feu Dominic Duval Leo CD LR 258). Strings 1 propose une espèce de musique de chambre avec les violonistes Mark Feldman et Jason Hwang et l’altiste Mat Maneri, un de ses plus fidèles collaborateurs. Perelman y semble tenir le rôle dévolu au violoncelle dans le quatuor. Mais d‘un autre côté, sa voix se détache sur les cordes à cause de l’articulation et du timbre chaud - chaleureux de son souffle et de la qualité vocale qu’il donne à ses improvisations. Ses trois partenaires ont toute la latitude pour prendre autant de libertés et d’initiatives que le saxophoniste dans le fil des improvisations pour la simple et bonne raison qu’il s’agit avant tout d’improvisation tout-à-fait libre et ouverte. Bien sûr ces artistes proviennent du jazz et se situent dans cet opus autant dans le jazz d’avant-garde que dans l’improvisation libre proprement dite. Ivo Perelman confronte son lyrisme naturel et la démarche de la Company de Derek Bailey où toutes les combinaisons instrumentales d’individus se doivent d'être expérimentées. Vous conviendrez qu'un quartet avec deux violons et un alto est tout à fait inusité en jazz, même d'avant-garde. Et dans le fil des neuf improvisations enregistrées, on entend des arrangements instantanés de structures musicales qu’on pourraient assimiler par leurs formes à des œuvres composées (composition instantanées) et qui se métamorphosent insensiblement d'une dizaine de secondes à l'autre. Mais tout cela, finalement ce sont des jeux de mot, du verbiage si on considère ce qui est en jeu dans cette musique. Créer un pont sensible, émotionnel et microtonal entre la voix instrumentale de Perelman au saxophone et l’intimité profonde des violons. Le saxophoniste fait plier ses notes dans toutes les gammes de manière aussi intuitive et cohérente à l’instar d’Ornette Coleman et ses inflexions reconnaissables entre mille, en faisant songer aussi à la vocalité particulière d’Archie Shepp au ténor et le style étrangement altéré de Lol Coxhill. Il y a une saveur personnelle, chantante, élégiaque, à la fois expressionniste et introvertie par la sonorité et la diversité des timbres de ce toqué des harmoniques et du registre aigu, qu’il parvient à faire chanter comme personne, comme si le bec du ténor avait une existence propre. Chaque note est étirée à l’envi, il s’en dégage une sensualité tropicale, brésilienne à tout dire. Et on songe aussi à Ben Webster. Et quoi de plus tentant pour des violonistes d’altérer les notes légèrement, faussoyant les consonances, démontant l’harmonie avec un regard en coin, faisant glisser la hauteur des notes, chacune dans un registre intime. Mat Maneri, suite à son parcours avec son défunt père, Joe Maneri, le saxophoniste – clarinettiste microtonal par excellence, a mis au point son propre système de gammes et d’intervalles où toutes les notes sont altérées avec une extrême précision comme le font les violonistes d’Inde du Sud avec les différents ragas. D’ailleurs, on entend clairement qu’Ivo et le vieux Joe se rejoignent dans leur démarche. L’empathie Mat Maneri -  Ivo Perelman est sans doute une des plus belles choses qui soient arrivées au jazz librement improvisé de ces dix dernières années. Je ne vais pas ici affirmer que Strings 1 est un chef d’œuvre, cela n’aurait pas de sens. Il s’agit d’abord d’oser, en réunissant deux violons, un alto et un sax ténor dans l’improvisation totale. La musique de cette session fascine souvent, qu’il s’agisse d’une contribution individuelle d’un des musiciens, de l’empathie qui les réunit, de leurs dialogues quand ils se concentrent entre deux d’entre eux et cette manière de plier les notes, à les faire chanter et vibrer, ces intervalles microtonaux précis qui se se transmettent d’un violoniste à l’autre ou du sax vers Jason Hwang ou Mat Maneri, sans qu'on ne sache plus qui joue quoi. Des effets de miroirs légèrement déformants, des extrapolations lointaines du blues et de la saudade. Ce quartet s’est réuni à l’invitation d’Ivo Perelman et n’est pas un groupe régulier, si ce n’est qu’il y a une relation forte entre Perelman et Maneri. Ils ont enregistré pas mal d'albums ensemble (Two Men Walking CDLR 696, un chef d'œuvre). Aussi, ces artistes ne se contentent pas de faire miroiter quelques évidences qu’on aurait pu assaisonner avec des compositions de circonstances pour meubler la durée d’un compact. Ils préfèrent assumer le challenge d’improviser dans l’instant et la durée (il y a des pièces de 15 et 17 minutes) en recherchant de nouvelles structures, renouvelant les modes de jeux (ils se mettent à picorer comme une basse cour avec le caquetage aigu et expressif d’Ivo, par exemple) et remettant en question la fonctionnalité du violon. On peut se replonger dans une deuxième et troisième écoute de ces sensuels labyrinthes et trouver toujours d’autres motifs de plaisirs, des moments merveilleux qui avaient échappé auparavant. Très intéressant. Et en tout point unique et remarquable. 

Preludes and Prepositions Sabu Toyozumi Rick Countryman Simon Tan Chap Chap Records CPCD -013

Chap-Chap est un petit label japonais créé par Takeo Suetomi pour diffuser et documenter les improvisateurs qu’il a invités dans son club  « Café Amores »  durant les années 80 et 90 et avec qui il entretient des liens d’amitié.  Dans son catalogue, on trouve un excellent album de Leo Smith enregistré avant qu’il devienne un des artistes les plus enregistrés de la galaxie free jazz – musiques improvisées. Mais aussi un remarquable duo de Misha Mengelberg avec Sabu Toyozumi, percussionniste incontournable au Japon et dans l’Asie du Sud Est, enregistré lors d’un concert de 1994 au Café Amores. D’ailleurs, plusieurs enregistrements de Sabu recueillis par Takeo Suetomi datant de cette époque ont été publiés ces dernières années chez No Business : des duos avec Paul Rutherford, Kaoru Abe et bientôt Leo Smith et aussi un concert conjoint avec Han Bennink sur un autre label Japonais, Free Jazz in Zepp Chap Chap, lequel a aussi un album d’Evan Parker en duo avec Mototeru Yoshizawa à son catalogue. Maintenant, Chap-Chap vient à peine de publier the Center of Contradiction de Sabu Toyozumi avec le saxophoniste alto Rick Countryman et le contrebassiste Simon Tan(enregistré le 12 août 2017 à Quezon City) que voici  déjà un autre enregistrement de ce trio provenant de la même tournée. Preludes and PrepositionsLive in the Philippines at Tago Jazz Café contient trois longues improvisations enregistrées le 9 août 2017 par Alvin Cornista à Cubao, Quezon City. L’album suivant de Chap Chap que j’ai reçu dans le même envoi est consacré à Rick Countryman et le batteur suisse Christian Bucher « featuring Simon Tan et le tromboniste Isla Antinero (Extremely Live CPCD 014). La qualité du son de Preludes and Prepositions soigne assez convenablement le saxophone et la batterie au détriment de la contrebasse qui, dans le CD 2, résonne sourdement victime sans doute d’une mauvaise position de micro ou d’une amplification sommaire. Le premier cd réunit Preludes and Prepositions (40:21) et Philosopher Turtle(20:23) dans laquelle on peut entendre l’er-hu (vielle chinoise) de Sabu. Le troisième morceau marathon remplit l’entièreté du CD 2, Geography of Sound (54 :31). Vous avez compris que Chap Chap est un label du coup de cœur radical destiné à une fratrie de potes dont j’ai déjà chroniqué plusieurs des références évoquées plus haut. Je signale encore qu’on doit à Julien Palomo d’improvising beings  la primeur d’avoir publié le premier  enregistrement de Rick Countryman en trio avec Simon Tan et Christian Bucher (Acceptance - Resistance ib 53). Son intérêt a fait monter en puissance ce saxophoniste américain basé aux Philippines, on le mesure avec ces nouveaux albums publiés par Takeo Suetomi
Toute la musique du trio qui figure dans Center of Contradiction et dans Preludes and Prepositions est entièrement improvisée, illustrant la forme libre et étendue (durée !) du free jazz assumée dans la durée avec une belle consistance. Cela nous permet d’entendre les solos et interventions de Sabu Toyozumi de long en large. Il y a quelque chose de fondamental qui distingue la manière free de Sabu Toyozumi par rapport à celle de ses collègues  afro-américains comme Milford Graves ou Don Moye et Steve McCall (avec qui il avait formé un trio de batteries à Chicago en 1971) ou encore Hamid Drake. Bien qu’il soit un percussionniste agile et vif et que, malgré sa petite taille, il peut asséner des pêches percutantes parfois violentes, il y a dans son jeu quelque chose de léger, aérien, une dynamique  sonore travaillée, un cycle de frappes elliptiques alternant jeu sur la caisse claire, frappes sur la grosse caisse ou le marquage seul des pulsations sur la cymbale. Il tourne ainsi longuement autour du saxophone alto qui  s’échauffe, construisant ces lignes mélodiques avec fermeté et assurance. Ils peuvent tous trois s’arrêter pour un solo de batterie dans son style inimitable ou créer un dialogue sax-percussion en questions – réponses, jusqu’à ce que le trio reparte de plus belle. Et puis, une fois le saxophoniste complètement allumé, les avant-bras de Sabu s’agitent et des roulements multi directionnels fusent sur tous les recoins des peaux emportant tout sur son passage comme un torrent d’eau fraîche dans la montagne au plus fort de l’été sub-tropical. Après les 40 minutes intenses de Preludes, les musiciens achèvent le public en augmentant encore la décharge d’énergie dans les vingt minutes bien tassées de Philosopher Turtle après que Sabu ait enchanté le public avec sa vièle chinoise dont il laisse vibrer les cordes dans une mélodie surréelle sortie de l’infini. On sait que les structures rythmiques musicales sont liées aux spécificités linguistiques / phonétiques et à la culture (ethnique) des musiciens. Et Sabu Toyozumi, marqué par sa pratique des arts martiaux traditionnels, des exercices physiques zen et sa fréquentation du plus grand souffleur de shakuhashi du siècle précédent, Watasumi Dosõ, connaissant mal les langues européennes (français ou anglais) et bien qu’il soit un citoyen du monde ayant voyagé intensivement en Europe, Asie, Afrique et Amérique du Nord et du Sud, incarne une vision du drumming free spécifiquement japonaise. Son style se démarque de tous les autres batteurs américains ou européens. Il y aurait une étude à faire à ce sujet en relation avec la langue japonaise et ses structures sonores, sa syntaxe et le mode de pensée qui la sous-tend. Toujours est-il ,en ce qui me concerne, le style de Sabu en trio avec contrebasse et saxophone est tout aussi original que ceux de Sunny Murray, Milford Graves, Phil Wilson et quelques autres. Il y a bon nombre d’excellents batteurs free, mais Sabu Toyozumi a quelque chose de tout à fait spécial, un mélange subtil et paradoxal de sophistication  et de sauvagerie.  Avec Rick Countryman, le batteur semble avoir trouvé un rapport équivalant à celui qu’il entretenait avec le légendaire Kaoru Abe, saxophoniste alto flamboyant et extrême disparu à la fin des années 70, victime de la drogue et d’un mode de vie qui n’est pas sans rappeler celui de Charlie Parker au début des années 40 à NYC. C’est d’ailleurs Sabu qui ramena le corps de Kaoru, son ami défunt, dans l’appartement de sa mère en le portant sur ses épaules à travers la ville. Rick Countryman est un allumé de l’alto au son brûlant et au débit anguleux dans la droite ligne du free-jazz post-aylérien. Au paroxysme des échanges, son souffle rugueux fait éclater les harmoniques. On songe à Marshall Allen ou à Roscoe Mitchell. Il n’hésite pas à assumer la démesure du percussionniste nippon en augmentant régulièrement la pression dans un crescendo énergétique drôlement contrôlé et tout à fait spontané. Une vraie performance. Sans doute, on peut trouver des collègues au jeu plus complexe et plus avancé, mais Countryman est un solide client, cracheur de feu de surcroît, tout à fait à la hauteur d’un phénomène comme Sabu Toyozumi. Vraisemblablement bassiste de jazz, Simon Tan assure une présence solide, prend un excellent solo en pizz dans le CD 2et projette ses lignes de sang froid dans la mêlée avec un réel aplomb. La musique du deuxième cd (54’ 31’’) ne contient que le premier morceau du deuxième set et prolonge avec autant d’énergie et de créativité la musique du premier set avec plusieurs séquences de jeu collectif où Sabu Toyozumi fait merveille aux balais, entre autres, et Rick Countryman évoque le blues. Le solo de Simon Tan est dans la lignée des interventions du groupe. Des mélodies et le swing sont parfois évoqués dans un moment  de relaxation, interlude organique d’un continuum consumant l’énergie inextinguible du trio. Une générosité folle, sans calcul, une construction musicale enchaînée avec beaucoup de brio et de bon sens. Et un témoignage sans précédent de Sabu Toyozumi dans le feu de l’action. Un petit hic au niveau de la reproduction digitale : la contrebasse est mal enregistrée ou mal amplifiée, mais s’améliore au fil du temps. L’improvisation du trio se métamorphose dans une succession de phases qui décrivent la Geography of the Sound. Bien qu’il faille se concentrer pour avaler deux heures de cette musique, celle-ci tient la route sans que l’on se mette à bailler de la mâchoire. En effet, plutôt que de carburer à l’énergie, cette très longue improvisation parie avant tout sur la musicalité et la subtilité des échanges. Le style idiosyncratique de Sabu Toyozumi, qui fait ici dans la dentelle, inspire ces deux collègues. La partie s’achève avec quelques belles phrases apaisantes en relâchant la tension. J’aurais bien aimé entendre la suite de ce deuxième set. Peut être n’était-elle pas aussi convaincante que les improvisations précédentes ou trop explosive. Mais en fait, j'apprends qu'il n'y eut aucun deuxième set, bien que ce soit indiqué sur la pochette. Un document unique dans ce genre trio sax - basse - batterie free jazz libre (entièrement improvisé), trop souvent galvaudé par manque d’ambition, et qui se justifie dans le chef de ce trio intrépide par l’intransigeance absolue et les risques pris. 

santiago astaburuaga : la perpetuidad del esbozo # 3 by cristiàn alvear makoto oshiro hiryoki ura inexhaustible editions ie-008

Ce label slovène très pointu n’en est pas à son coup d’essai et après avoir publié d’intéressants albums en duo avec Birgit Ulher, un dialogue surprenant de Phil Minton et Carl Ludwig Hübsch, ou le tandem mystérieux de Martin Küchen & Hermann Müntzig, il se lance dans l’édition de musique composée expérimentale alternative conceptuelle. J’ignore tout du Mexicain Santiago Astaburuaga, le compositeur. Ses notes de pochette expliquent en espagnol et en anglais ses instructions aux les musiciens pour réaliser son œuvre, enregistrée à Tokyo le 10/10/2016 par Makiro Oshiro. Celui-ci est crédité kachi – kachi electromagnetic relays, prepared speaker unit, sine tones, field recordings and archives. Je vous passe plus de détails. Cristiàn Alvear : guitar, sine tones, field recordings and archives et Hiroyuki Ura : snare drum, cymbal, sine tones, field recordings, and archives. Les instructions du compositeur découpent l’œuvre destinée à deux jusque quatorze exécutants en 14 parties et le temps en segments inégaux de 5, 14, 30 et 47 secondes, comme indiqués sur un tableau visible sur la pochette. Initialement prévue pour 20, 40 ou 60 minutes, la version enregistrée de la perpetuidad del esbozo #3 s’achève à 40 :00. Durant les 20 minutes, réaliser 1, 2 ou 3 segments de chaque type de son (instrument, sine tone, field recording et archives) ou durant les 40 minutes réaliser 4, 5 ou 6 de chaque type, etc…Les enregistrements de terrain et les archives sonores sont laissées à la discrétion des musiciens ou à leur initiative. En fait, ceux – ci ont une liberté de jouer ce que bon leur semble mais aussi de faire silence, car inévitablement le nombre de segments découpant l’oeuvre ne correspond pas au nombre de segments où ils peuvent / doivent jouer. Et donc à chaque césure entre chacune ces périodes courtes, le changement de matériel sonore et d’improvisation instrumentale est abrupt et leur juxtaposition semble arbitraire. Il découle de ce processus une succession d’univers sonores, de voix  enregistrées (en japonais), de timbres, de frappes et de quasi silence qui questionne, surprend, ennuie, stimule l’écoute ou sollicite le rêve.  Une œuvre aléatoire expérimentale conceptuelle qui pourrait déboucher sur des choses surprenantes à force de la travailler. 

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