Floros Floridis with Almut Kühne Elena Kakaliagou Antonio Borghini & Dag Magnus Narvesen and with Yorgos Dmitriadis/ Jean-Marc Foussat/John Hughes Gianni Mimmo Peer Schlechta Ove Volquartz

Almut Kühne Elena Kakaliagou Antonio Borghini Dag Magnus Narvesen Floros Floridis AoA impro group live at pariser platz Evil Rabbit 35
https://florosfloridis.bandcamp.com/album/live-at-pariser-platz

Une musique aérienne et jouée / exécutée lentement et toute en finesse. Un groupe à l’instrumentation rare : la voix humaine d’Almut Kühne, le french horn d’Elena Kakaliagou, la contrebasse d’Antonio Borghini, la batterie de Dag Magnus Narvesen et le sax soprano et la clarinette basse de Floros Floridis. Pivotant autour ou par-dessus la contrebasse puissante et discrète d’Antonio Borghini, la voix pure et magnifique d’Almut Kühne étire patiemment des vocalises d’une exquise finesse avec autant de précision que de pureté. La voix idéale pour une expression contemporaine épurée, retenue et exprimant l’essentiel. Filet de voix aigu vif argent, ses capacités de chanteuse lui permettent d’incarner bien des émotions et de revêtir une multiplicité de rôles avec une technique sans faille et une sûreté impressionnante. Le moindre son de sa voix suggère la vocalité, un substrat mélodique, une inflexion musicale magique. Et lorsque le besoin se fait sentir elle peut « déraper » outre mesure par des excès expressifs. Le jeu subtil et aérien au french horn d’Elena est un choix judicieux pour contrebalancer la fluidité vocale de sa camarade de manière à créer un savant équilibre. Dag Magnus Narvesen, entendu récemment avec Frode Gjerstad, Alex von Schlippenbach, Harri Sjöström, Achim Kaufmann, Emilio Gordoa, joue la carte d’un drumming discret et subtil, frappes légères, vibrations sonores, roulements de mille-pattes ou vrombissements de la grosse caisse. Au sax soprano ou à la clarinette basse, Floros Floridis joue de manière épurée ajoutant sa voix instrumentale par petites touches. Il ne se pose pas en « soliste », mais partage en alternance ses interventions improvisées avec un goût remarquable pour la dynamique et un sens de la complémentarité imaginative. Un maître musicien ! Sa partie de clarinette basse se love comme les anneaux d’un serpent qui entoure sa proie occasionnant subitement les cris d’orfraie de la vocaliste, sidérée. Et que dire du travail inventif et épuré d’Elena Kakaliagou sur son instrument difficile dont elle tire des sonorités inusitées. Cette capacité collaborative basée sur l’écoute et un sens inné de la forme est partagée par tous les collègues présents. Interactivités obliques, connivence télépathique, géométrie intuitive parfois décalée. Les quatre instrumentistes créent des canevas pour mettre en valeur l’expression vocale d’Almut Kühne qui rayonne et en retour illumine chacune de leurs interventions toutes en légèreté et en accord émotionnel et expressif avec la fée du logis. Sa voix se métamorphose graduellement selon l’affect de chaque morceau comme dans un rêve.

Tone Sequence Evaluators Floros Floridis & Yorgos Dimitriadis Evil Rabbit
https://yorgosdimitriadis.bandcamp.com/album/tone-sequence-evaluators

Duo intrigant du clarinettiste – saxophoniste Floros Floridis, crédité reeds & electronics et du percussionniste + electronics Yorgos Dimitriadis, tous deux Hellènes basés à Berlin. J’ai rencontré la musique de Floros Floridis à travers ses albums vinyles avec Paul Lytton, Hans Schneider Pinguin Moshner ou Phil Wachsmann ( Adônis et Ellispontos 1983 et 1986) ou Peter Kowald (Pyrichia), Louis Moholo et Vincent Chancey (Human Aspect). Yorgos Dimitriadis m’avait fait une excellente impression en duo avec le pianiste Achim Kaufmann (Anywhere Goes - Jazzwerkstatt) et le Red Dahl Sextet, avec rien moins qu’Alex Schlippenbach, Paul Dunmall, Frank Paul Schubert, Hillary Jeffries et Mike Majkowsky , est un témoignage orchestral peu commun. Rattachés au bec de ses clarinettes par une sorte de micro-contact, les live electronics de Floros Floridis semblent flotter et se mouvoir indépendamment du flux instrumental. Par contre, l’électronique de Yorgos Dimitriadis s’ajoute à son drumming particulier, pulsations décalées et rythmique fracturée et chavirante, sorte de hoquet cosmique. J’ai toujours eu un solide penchant pour ce clarinettiste au son soyeux et pour ses glissades dans le strict ordonnancement des gammes. Muni d’une solide formation scientifique, il a étudié la clarinette classique avec un grand maître, Floros Floridis a une âme de poète et est sans doute influencé par la pratique de la clarinette dans la musique traditionnelle de son pays, ayant chanté très jeune dans des chœurs byzantins. De nombreux improvisateurs clarinettistes free conservent les caractéristiques de justesse et d’extrême virtuosité de la pratique occidentale classique alors que les saxophonistes free la transgressent allègrement , comme Ornette Coleman par exemple. C’est cette approche relativement microtonale où les notes sont étirées, faussées avec soin, altérées sur l’entièreté des deux registres avec glissandi expressifs, soit « jouer faux juste ». Floros, avec son jeu touchant, subtil et irrégulier est un petit frère de Lol Coxhill , si on veut. Tone Sequence Evaluators est un duo atypique, une musique hybride aux ambiances mystérieuses que le jeu percussif et électronique très étudié de Yorgos Dimitriadis projette dans une autre réalité. Ses sons et frappes à la batterie acoustique sont entièrement incorporés à son dispositif électronique dont j’ignore le fonctionnement (à raison d’ailleurs, la pratique de la musique improvisée libre nous permet d’écouter sans devoir comprendre ou expliquer ce qui se joue, laissant les spectateurs – auditeurs prendre du plaisir sans souci d’ordre musicologique, sémantique ou technologique). Comme les sonorités et agrégats électro-acoustiques de chacun s’interpénètrent plus d’une fois dans un va et vient de secousses, vagues et fractions dans l’espace – temps, le jeu singulier, vocalisé et insaisissable de Floros Floridis semble jouer le rôle d’une bouée lumineuse insubmersible dans les ressacs agités d’une nuit lunaire au milieu d’une mer moirée. Une séquence au saxophone alto permet de mesurer la latitude d’options entre le clarinettiste et le saxophoniste, toujours aussi inspiré. Il y a une pluralité d’approches et d’interactivités à l’œuvre ici , préméditées ou spontanées, qui pousse l’auditeur à réévaluer sa perception en réécoutant à nouveau ces Tone Sequence Evaluators pour s’assurer que quelque chose lui a échappé. Un album tout à fait intéressant et unique en son genre.

Jean-Marc Foussat Rêve LP FOU Records FRLP 8 ½
https://www.fourecords.com/FR-LP8,5.htm

Super pochette d’un éventuel double – album vinyle où le nom de l’artiste et le titre sont tracés en cursive blanche sur noi de part et d’autre d’un bandeau – photo d’une ondée translucide où meurt un vague rayon lumineux. 8 ½ comme ce film de Fellini avec Mastroianni, Claudia Cardinale et Anouk Aimée et un demi car il n’y a qu’une seule face A de musique à écouter, un charivari électronique avec sifflements, grondements, cornes de brumes, boucles vibrantes, rumeurs dans la rue et vers la fin quelques notes limpides au piano. Le vynil avec son unique face, l’autre lisse et non gravée est inséré dans une pochette intérieure, photo de draps de lit froissés d’un côté avec les crédits « jean-marc foussat Synthi AKS, voix, piano et jouets divers et variés » tracés par la même cursive à l’encre blanche. Un soleil – boule de feu trône dans un ciel nocturne encadré par une sombre canopée en contre-jour. À l’encre blanche « musique enregistrée au Thoronet. Au recto de l’autre pochette intérieure un ciel bleu empanaché d’un nuage blanc de vapeur par-dessus une ligne de branches d’arbres feuillus et une masse nuageuse menaçante. Au verso, une photo quasi impressionniste et abstraite, A l’intérieur un disque en carton avec en Face A une photo circulaire d’une fleur rose pâle et son pistil jaune. De l’autre côté, surface en carton avec le logo PO Records – LP 8 ½ « jean-marc foussat » et la mention « regarde le bien » en cursive à l’encre noire. Entre les deux pochettes intérieures un feuille blanche carrée dimension LP 33 tours avec deux impressions de main de couleur bleue pâle et rouge sérigraphiées (?) , les bords de la main rouge étant surlignés à la mine de crayon taillé. Énigmatique. Quand on écoute la musique de Rêve 8 ½ , on s’aperçoit que le macaron – logo de la Face B silencieuse est ornée de cette même fleur rose pâle. Un rêve la nuit, des agrégats de son, des chuintements électroniques en boucle, sonnerie ténue d’une improbable clochette, sifflements, percussions sur le cadre du piano, vibrations, miasmes sonores, martèlements lointains, effets, bruits diffus au loin comme en plein jour, crescendo et piano joué free à pleines mains, vagues de notes tournoyantes et martelées puis lent decrescendo et finalement, le piano joué goutte à goutte du bout des doigts dans la pénombre et le silence relatif, bruissements et accords plaqués avant la fin. Une beauté insidieuse disparaît comme un papier enlevé par le souffle de la tramontane. Disque objet.



Cadenza del crepusculo John Hughes Gianni Mimmo Peer Schlechta Ove Volquartz Amirani AMRN 072
https://www.amiranirecords.com/editions/cadenzadelcrepuscolo

Voici encore un rare Objet Volant New Improvisé, assemblage instrumental tout à fait inusité dans ce domaine. Ça nous change de l’évidence des sentiers battus. L’organiste Peer Schlechta et le clarinettiste basse / contrebasse Ove Volquartz travaillent ensemble dans des projets peu communs comme il arrive souvent aux improvisateurs Germaniques habitant dans des villes de province. Leur collaboration a laissé quelques traces discographiques mémorables. Un long trio orgue d’église clarinette basse et vièle chinoise Er-Hu jouée par le percussionniste japonais Sabu Toyozumi in « Kosai Yujyo » (2CD Improvising Beings). Leur duo Volquartz – Schechta « Dreizweit » (Setola Di Maiale). Music for Two Organs & Two Basses avec Ove et Chris Cundy aux clarinettes basses, Peer à l’orgue d’église et le compositeur Thanos Chrysakis à l’orgue positif (Aural Terrains). Avec cette Cadence du crépuscule, Ove et Peer se surpassent en compagnie du contrebassiste John Hughes et du saxophoniste soprano Gianni Mimmo, lui-même responsable du label Amirani dont c’est le 72ème album et sûrement un des plus intrigants et réussis. Ove et Gianni ont travaillé ensemble et enregistré deux albums avec les pianistes Gianni Lenoci ( R.I.P. Reciprocal Uncles - Glances & Many Avenues / Amirani) et Yoko Miura (Air Current Setola di Maiale).
La musique se développe en suspens dans l’espace, orchestre aérien basé sur des drones graves et mouvants, une ambiance majestueuse remplissant l’espace auditif enregistrée dans la Neustädter Kirche Hofgeismar, la même où avait été enregistrés leurs autres albums communs cités plus haut. Six morceaux entre 9 et 5 minutes et des pour un total de 40 :43. Chaque morceau semble avoir un parfum d’éternité comme Gliding over Silent Seas avec les notes graves soutenues de l’orgue, la vibration d’une note de la grosse corde de la contrebasse et les mouvements lents secrets de la clarinette contrebasse. Grince-t-elle ou s’agit-il d’un tube de l’orgue ? Les registres choisis par Schechta sont merveilleusement indiqués. Drones, tremblements et bourdonnements qui s’agrègent striés par quelques crescendi du souffle de l’énorme clarinette et des vibrations grésillantes du ou des tubes. Plus loin , les musiciens s’ingénient à diversifier les sonorités, à moduler clusters et souffles conjugués et tournoyants de la grosse machine à air, à étirer les harmoniques pures du sax soprano, à boucler une super respiration circulaire de l’anche, pizzicati gargantuesques ou frottements aigus oscillant près du chevalet, claquement de l’anche de la clarinette basse, ostinati de la contrebasse qui trouvent un écho à la clarinette basse. Des interactions subtiles et diantrement efficaces s’insèrent méthodiquement pour relancer, par exemple, une intervention splendide du clarinettiste aigu-grave qui en appellent une autre le relayant dans l’aigu. Merveilleux contrepoints à l’orgue avec des sonorités intrigantes. Pas une longueur, une précision dans le jeu et un sens des proportions et de la dynamique . Et surtout , du jamais entendu entre « abstraction austère» et lyrisme émouvant et aussi monumental. Ce genre de trésor est indispensable pour la santé mentale des suiveurs de la cause free-jazz – free improvisation sans œillères ni virus idéologico-sémantique. Renversant !!

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