Christoph Gallio & Phil Durrant cha tug e ach dà fhichead bliadhna, Empty Birdcage Records EBR 015
https://emptybirdcagerecords.bandcamp.com/album/cha-tug-e-ach-da-fhichead-bliadhna
Phil Durrant - electric mandolin and electronics Christoph Gallio - alto, soprano and c-melody saxophone CD and Download EBR015 Recorded on 21st and 22nd May 2024 in Baden, Switzerland at PERCASO Studio Engineered by Phil Durrant and Christoph Gallio. Mixed and mastered by Michael Brändli at Hardstudios in Winterthur. Thanks to Gianna Schneeberger, City of Baden, Susanna Wittwer and Eileen Kennedy All music by Phil Durrant and Christoph Gallio Design and production by Daniel Thompson for Empty Birdcage Records
Phil Durrant, connu pour son travail au violon avec John Butcher et John Russell dans les années 80 et 90, a évolué dans de nouvelles formes d’improvisations radicales avec l’électronique, entre autres avec le Trio Sowari et Thomas Lehn / Radu Malfatti. Depuis plusieurs années, il a acquis une mandoline, ainsi qu’une octave mandola, et développé sa musique vers la dimension « pointilliste » de ses jeunes années entre autres avec Pascal Marzan, Emil Karlsen, Daniel Thompson, et un nouveau trio avec John Butcher et Mark Wastell. Le suisse Christoph Gallio est un goûteux saxophoniste adepte des soprano , alto et C-melody et un créateur entêté publiant ses super albums sur son label autoproduit PerCaso Productions depuis de nombreuses années, à la fois improvisateur free et compositeur de talent. Son trio Day and Taxi a tourné partout depuis des décennies. Récemment, Christoph a fait un séjour productif à Londres, dans la communauté d’improvisateurs la plus ouverte du monde dans laquelle les collègues de talent n’hésitent pas à se commettre sans arrière-pensée avec quiconque pour le plaisir de jouer et de découvrir dans les clubs et séries mensuelles de cette énorme agglomération reliée par le plus formidable réseau de transports en commun qu’on puisse rêver.
Il en est résulté un super album free en duo avec Roger Turner « You Can Blackmail Me Later » publié par ezz-thetics 1055. Wow !. On y entend ce qui fait le sel de la terre , la sensibilité d’un activiste sincère , original qui avec son bagage instrumental personnel pousse la créativité instantanée vers le haut , la sensibilité et un regard en coin sur les choses saxophonistiques. Disons que personnellement, je trouve qu’il y a un peu trop de faiseurs qui utilisent ce médium sans le faire vraiment, improvisationnellement parlant. Mais alors ce duo avec Phil Durrant sera une belle surprise : Phil a amplifié sa mandoline et l’a branchée sur un dispositif électronique rappelant de loin le Derek Bailey des débuts quand il était « atrocement bruitiste » . Ceux qui ont écouté Improvisations for Cello and Guitar avec Dave Holland (ECM 1013 1971), un des rares documents enregistrés dans le légendaire Little Theatre Club, vont sans doute comprendre. Le Tony Oxly du début des années 70, s’adonnait aussi à l’électronification des sons acoustiques de la percussion. Voilà pour le point de repère. Ce duo n’est pas un déballage / avalanche de virtuosité (on pense au London Concert de Bailey Parker de 1975 – Incus 16), mais un travail méticuleux dans le dialogue où tout sonne juste, organique, très attachant et rare. Rare, car c’est une affaire compliquée d’interconnecter valablement un instrument à cordes (et lequel : une mandoline !) avec un dispositif électronique qui transforme prolonge, déforme, manipule , extrapole , parasite l’action instrumentale comme si cela coulait de source. Pour rappel, la mandoline a un manche court, une caisse bombée comme un luth et quatre paires de cordes accordées en quintes : sol, ré, la, mi. Originaire de Naples, c’est un des instruments roi du bluegrass. Face à lui, Phil a affaire à un vieux routard du free avec une expérience qui surclasse son solide bagage instrumental et l’engagement physique de son souffle. Ses sons, scories fantomatiques ou expansions métamorphiques de fréquences électrogènes éclosent et frémissent indépendamment des tracés et les motifs volatiles de son souffleur de camarade. Obstiné à poursuivre et persécuter les interrelations de notes et intervalles / commas en insistant chaque instant avec une tension frénésie/ fantaisie, Christoph a sa manière bien à lui et transforme la lingua franca du sax « free » dans un univers personnel. La complicité des deux est irrésistible et tout autant bonhomme. Si vous avez du cœur, une perception émotionnelle, une certaine expérience et un esprit ouvert, il y a là tout un univers peu commun, ludique , savoureux et interloquant sur lequel votre écoute peut divaguer à souhait et avec émerveillement. Fantastique ! Un grand bon point à Empty Birdcage !!
Il Fiore Blu Marco Colonna & Enzo Rocco
https://enzorocco.bandcamp.com/album/il-fiore-blu
https://marcocolonna.bandcamp.com/album/il-fiore-blu
Écoutant de la free-music / free-jazz depuis des décennies, j’ai eu très vite la conviction que Derek Bailey était devenu le guitariste improvisateur number one comme le déclarait Anthony Braxton vers 1974. Il y avait aussi Hans Reichel , Sonny Sharrock, Raymond Boni …. Tous tranchant littéralement avec l’influence du jazz même avancé. NB : les positions des doigts de Derek découlent des accords de jazz qu’il a intelligemment subverti (Webern etc…) et il y a ajouté des harmoniques, des effets et l’incorporation de bruitages. J’ai un jour produit un CD commun avec Enzo Rocco : The Leuven Concert (Setola di Maiale 2009). Une moitié pour notre trio Sureau avec moi à la voix, Kris aux percussions et Jean à la contrebasse. Une moitié pour le tandem Enzo Rocco guitare et Gianni Mimmo sax soprano. Passez commande, j’en ai encore des copies ! J’en ai reçu deux commentaires élogieux pour notre trio et dépréciatifs pour ce duo. Motif : on connaît la chanson « ce n’est pas non-idiomatique » ou « trop sage ». Un musicien et un chroniqueur. Le preneur de son, Michel Huon, qui a passé son temps à mixer l’enregistrement, lui y a pris beaucoup de plaisir. Et Michel n’est pas n’importe qui : enregistrements classique comme les œuvres complètes de Frederic Rzewski au piano par Frederic lui-même en 7 volumes pour Nonesuch, preneur de son de Was It Me ? de Lovens – Lytton, Braxton, Fred Van Hove, Derek Bailey, Evan Parker, Jon Rose et beaucoup d’autres. Pour lui le travail d’Enzo avec Gianni, ça a été une gâterie, mais il a une écoute extraordinaire et une oreille absolue.
Et donc, il n’ y a rien d’autre à dire que ce guitariste, Enzo Rocco est un as pour improviser au départ de la pratique du jazz moderne élargie dans un univers tonal libre et un flux rythmique élastique, accidenté et fluctuant. Son toucher des cordes est cristallin et lumineux. Son compagnon, le superbe clarinettiste Marco Colonna, sans doute un des deux ou trois « meilleurs » souffleurs de cette sympathique et généreuse scène italienne, possède un timbre chatoyant et diaphane dans le registre piano et peut enfler, dilater ou rugir en force avec un crescendo de nuances entre les deux. Clarinette soprano et clarinette basse où il excelle comme mes amis Ove Volquartz et Jacques Foschia ou Chris Cundy. Indépendamment des tracés et les motifs volatiles de son camarade, il improvise dans un enchaînement de contrepoints, spirales ou morsures véhémentes, relié seulement par la tension et leur humeur communes. C’est une forme d’improvisation libre « mélodique » inspirée et aventureuse focalisée sur une puissante expression lyrique. Comme je ne vais pas me taper systématiquement et exclusivement l’écoute de musiques « radicales » bruitistes, soniques, conceptuelles, pointillistes ou lower case etc… je prend mon plaisir d’écoute autant que si je réécoutais Ornette Coleman ou Steve Lacy. Et je dois dire qu’il y a autant de poésie que de sincérité, de sens ludique que de contenu musical basé sur une profonde expérience que la musique s’impose d’elle-même. Enzo n’a rien à envier à un James Emery ou un Joe Morris. La cohérence de son propos est irrévocable, son jeu transitant intelligemment de motifs lumineux vers des saccades abruptes avec une belle élégance . Deux pièces de 34:22 (Il Fiore Blu) et de 8:07 (Ultimo Petalo) qui coulent comme dans un rêve en dehors du temps, le temps de s’apercevoir que celui-ci s’est évaporé.
Je me plains de ce qu’on entend sous l’étiquette « free-jazz » depuis de longues années : cela ressemble souvent à une resucée embarrassante. Alors quand deux musiciens amoureux à ce point de la musique collective se singularisent avec un tel talent, je suis tout ouïe. Superbe !!
Ecatorf Trio Sergio Fedele Piero Bittolo Bon Francesco Bucci Benthos Setola di Maiale SM 4980
https://www.setoladimaiale.net/catalogue/view/SM4980
Ce n’est pas la première fois que j’aborde un enregistrement avec cet instrument prototype, l’Ecatorf (cfr le Melancolie di Tifeo) . Il s’agit d’un hybride d’un instrument de souffle à anches avec une anche et une embouchure identique à la clarinette contrebasse et d’un instrument à vent type trombone trompette avec coulisse, pistons et pavillon. L'Ecatorf descend plus bas que la note la plus grave du piano (27,5 Hz) à la limite de l’audible (approx.16 Hz) tout en allant un poil plus grave que 11 Hz. C’est l’unique exemplaire existant et Sergio Fedele en est l’actuel spécialiste. Il s’est adjoint le clarinettiste Piero Bittolo Bon et le tromboniste – tubiste Francesco Bucci. Ci-dessous le détail :
Sergio Fedele, ecatorf, contra alto clarinet, flute, piccolo, rhombus
Piero Bittolo Bon, bass clarinet, alto clarinet, bass flute,
Francesco Bucci : tuba in F, trombone
Fort heureusement, si cet extraordinaire instrument aux sonorités et capacités polymorphes est au centre de cet album, les trois musiciens jouent d’un large panorama sonore qui met très bien en valeur les spécificités de l’Ecatorf. Celui-ci intervint dans cinq morceaux sur dix dont une version aérienne de Round Midnight, la seule incursion dans l’univers du jazz per se de l’album. Ces cinq pièces totalisent 22 :67 soit la majorité du temps d’enregistrement. Benthos lui-même illustre parfaitement cette musique ultra-grave de notes tenues et de soubresauts – clapotis borborygmiques. Mimesis est un beau canon trombone – ecatorf autour d’un thème par-dessus lequel la clarinette alto joue en boucle spiralée alors que les deux autres dérivent vers le sonore.On trouve ici un remarquable choix de pièces élégamment calibrées et visitant différents types de paysages sonores comme les sifflements gazouillis de Wild Whistle Tones. Ou le trio fragile et concerté d'Improvvisazione 1 pour trombone clarinette basse et flute basse. Avec Il Terzo suono c'est au tour du tuba de tenir un drone grave planant allégé par les souffles intermittants des deux flûtes dont une basse. Cette idée est exploitée dans l'introduction à Round Midnight avec l'ecatorf, la clarinette basse et le trombone égrenant subtilement des éléments mélodiques de cette composition iconique de Thelonious Monk tout en flottant dans l'espace sonore. C'est sans doute une des versions la plus étonnamment cool de cet hymne à la nuit. Les permutations et métamorphoses de ce trio absolument atypique finissent par rendre l'entreprise fascinante. Bref, avec cet ecatorf trio, on entend des artistes donner le meilleur d'eux - mêmes dans un projet original qui sublime leurs talents individuels. Formidable...
John Butcher Away I Was SOLO Relative Pitch
https://relativepitchrecords.bandcamp.com/album/away-i-was
Au fil des années, Relative Pitch est devenu un label dont on a peine à suivre la trace. Mais, bon ! Bien qu’il soit « une valeur sûre » qui a les faveurs d’un plus large public au sein des scènes improvisées et expérimentales et qu’il est attaché à un style bien défini extrêmement personnel, John Butcher est un artiste exigeant qui veille à renouveler le contenu et les formes musicales qu’il crée en traitant – malaxant – triturant la pâte sonore qu’il exhale de son sax ténor ou de son soprano. Très méthodique, il travaille des motifs en les faisant évoluer avec précision avec des intervalles de notes peu usités, des coups de langues incisifs, des effets de timbre méticuleux, étirés, grumeleux ou bourdonnants et un sens logique de la métrique. Les pièces enregistrées longues (15:29 – 11:59) ou courtes (2:39, 1:17), purement acoustiques : Brinks , Soprano, (for Derek Bailey), (for Eliane Radigue & Lester Young), (for Joe McPhee ou amplifiées avec feedback Feedbacking Tenor & Soprano ou (for Keiji Haino). Années 2008, 2012, 2014, 2019, 2020, 2024, 2025. Un beau carnet de route alliant simplicité rigoureuse et complexité. Un art absolu dans le maniement des formes, des sons et des volutes, science exacte des growls, coups de bec tranchants, le choix des timbres et cette conception lunaire et singulière de la mélodie, quand il y en a une, et ces variations subtiles. (for Derek Bailey) – au ténor, est issu d’un transcription par Chris Burn d’une improvisation de Derek Bailey intitulée “Listening to JR” . Pricklings, une étonnante pièce en multi tracking avec deux ténors et deux sopranos simultanément. Et même un hommage croisé : (for Eliane Radigue & Lester Young. On ne redira jamais assez le goût de la bonne formule, ce sens de la forme égal à un Steve Lacy, ce lyrisme lunaire qui a l'air de retenir ses émotions, la présence charnelle de son jeu et de ses différentes sonorités, ce sens résolument mathématique à l'oeuvre dans sa musique immédiatement reconnaissable. Bref, si vous connaissez des albums de John Butcher avec ses nombreux partenaires comme Mark Sanders, John Edwards ou Rhodri Davies par exemple, vous pouvez très bien compléter la panoplie avec ce curieux et si attirant album en solitaire. En fait, un orchestre à lui tout seul.
Consacré aux musiques improvisées (libre, radicale,totale, free-jazz), aux productions d'enregistrements indépendants, aux idées et idéaux qui s'inscrivent dans la pratique vivante de ces musiques à l'écart des idéologies. Nouveautés et parutions datées pour souligner qu'il s'agit pour beaucoup du travail d'une vie. Orynx est le 1er album de voix solo de J-M Van Schouwburg (1996 - 2005). https://orynx.bandcamp.com
6 février 2026
Christoph Gallio & Phil Durrant/ Il Fiore Blu Marco Colonna & Enzo Rocco / Ecatorf Trio Sergio Fedele Piero Bittolo Bon Francesco Bucci/ John Butcher Away I Was SOLO Relative Pitch
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Bonne lecture Good read ! don't hesitate to post commentaries and suggestions or interesting news to this......