C ro m o s oma Pa t riz ia O li va F ra nc esc o C ost a St ef a no G iu st Setola di Maiale SM 4930.
https://www.setoladimaiale.net/catalogue/view/SM4930
Un extrait audio youtube : https://www.youtube.com/watch?v=qG9z5kOboM0
On a pu entendre la paire Patrizia Oliva (voix) et Stefano Giust (percussions), ensemble ou séparément, dans différents contextes esthétiques. Mais rien nous préparait à un tel enregistrement en compagnie du souffleur multi-instrumentiste Francesco Costa. Le graphisme de la pochette reprenant les noms des artistes et les crédits des nombreux instruments et objets utilisés dans cette étrange et magnifique musique espace les lettres de chaque mot en césurant les mots et syllabes par des espaces vides un peu à l’instar de la conception de la musique de C RO M O S OM A. Le mastering a été confié à Ilya Belorukov, un artiste improvisateur Petersbourgeois notable pour son approche conceptuelle et minimaliste. Je ne vais pas rapporter ici la liste considérable d’instruments joués isolément avec délicatesse par les trois musiciens-enne. Cromosma est une incontestable réussite, vaguement proche d’enregistrements du Gruppo Nuova Consonanza, tout au long de 30’30’’ d’un seul tenant. Chaque artiste passe soigneusement d’un instrument à l’autre sans se coordonner au départ avec une préférence pour une prise de son rapprochée et un étalement dans le temps d’interventions isolées ou légèrement tuilées d’un instrumentarium hyper diversifié et hybride. La concentration et le placement de chaque instant de jeu aussi « zen » a demandé beaucoup de concentration et de répétitions. Cela s’anime un peu vers la fin et les actions se croisent avec une superbe lisibilité à la fin d’une trajectoire kaléidoscopique étirée dans la durée. Je cite des instruments au hasard juste pour vous faire une idée : richiami per uccelli, melodica soprano, foglio di metallo, fisarmonica giocattolo, tromba, clarinetto con tubo in silicone, piastra sonora, campane in ottone, sintetizzatore monotron foglio di plastica, tromba , conchiglie, batteria , piatti selezionati , wind gong, glockenspiel pentatonico, woodenblocks, etc… imprimés sur la pochette avec une multitude d’espaces entre les lettres comme on peut l’entendre dans cette merveilleuse et rare musique. Le label Setola di Maiale a un catalogue exponentiel et est l’œuvre éditoriale de Stefano Giust qui assure tous les graphismes de chaque CD paru ( on approche les 500 numéros). Leur travail est essentiel dans le paysage des musiques expérimentales et improvisées en Italie. Maintenant que SdM s'est impliqué dans de nombreuses sphères créatives tant italiennes qu'internationales, le label se focalise plus sur des réussites incontestatables comme celle-ci plutôt que de fonctionner comme un journal de bord de la scène péninsulaire tout azymut. Autre réalisation exceptionnelle le NONO Percussion Ens. "Excantatious" avec Giust, Cristiano Calganile et Gino Robair (!). Avec Creative Sources d’Ernesto Rodrigues, Setola di Maiale est un label unique en Europe, ouvrant son énorme catalogue à des initiatives diversifiées au possible permettant à de très nombreux artistes créatifs de s’exprimer librement sans aucune orientation précise idéologico-esthético- tasse de thé et cahier de charges pointilleux, casse-bonbon à la longue, chaque artiste créatif méritant d’être apprécié et traité selon ses propres termes. Lui et ses camarades ont multiplié les expériences dans différentes approches et perspectives musicales. Voici une œuvre qui occupe une place à part, fascinante, subtile et rare par la sensibilité et la conception peu commune. À recommander, surtout si vous voulez sortir des sentiers battus.
Tom Jackson / Daniel Thompson Dark Kitchen Confront Records Core 58
https://confrontrecordings.bandcamp.com/album/dark-kitchen
Je vous donne souvent des nouvelles du guitariste Daniel Thompson (Violet en solo Where the Butterflies Go avec John Edwards et le Runcible Quintet récemment). Lui et son camarade clarinettiste Tom Jackson ont une déjà longue histoire ensemble dans le Hunt at the Brook trio avec le « violiste » Benedict Taylor et ou Nauportus avec le percussionniste Vid Drasler. Après avoir entendu souvent Tom Jackson, je suis très content de noter que sa façon d’improviser a évolué en travaillant le son de l’intérieur et de multiples sonorités expressives tout en conservant son flegme britannique dans la sphère clarinette « contemporaine » dont il est un expert. Sa sonorité peut se faire lunaire, vaporeuse, suave, granuleuse, mordante ou pleine d’aspérités, de glissandi, de vibrations aiguës, acides d’harmoniques extrêmes et de spirales tuilées faisant saute mouton par dessus ou en dessous d’harmonies compexes et mouvantes, d’intervalles distendus en jouant sur la tonalité, mixant modal et atonal. Çà tombe bien que son collègue Daniel Thompson sache attendre, jouer clairsemé, profiler des zig-zags, contredire ou commenter subtilement. Mais aussi s’emballer dans des doigtés contradictoires où les intervalles et clusters se chevauchent vers les quatre points cardinaux. Ou les harmoniques qui fusent et les notes en escaliers s’espacent ou s’accélèrent subitement à la poursuite des spirales en mutation de son collègue. Quatre improvisations notées One, Two, Three, Four enregistrées le 15 avril 2023 au Dark Kitchen studio s’étalent sur 20 :38, 5 :45, 7 :17 et 7 :02. Le dialogue fonctionne et les actions des deux complices se complètent tout en divaguant ou en concluant des mouvements longs ou très courts avec de beaux effets de surprise, des sursauts accidentés. C’est très réussi et procure un grand plaisir d’écoute tant les variations et les idées abondent et s’intègrent dans des flux renouvelés. Encore chapeau au travail d'édition de l'infatigable Mark Wastell !
Radiesthésie Bertrand Gauguet / Jean – Luc Petit Unrec records CD UNREC 251 2025
https://unensemble.bandcamp.com/album/radiesth-sie
Duo saxophones alto et baryton (Bertrand Gauguet) et clarinette contrebasse et saxophone soprano (Jean-Luc Petit). 59 minutes 19 sec pour cinq morceaux en suspension dans l’air ambiant à la recherche de sons, de vibrations, de murmures, de souffles, de correspondances… les titres : Le pendule de Thot , L’effet idéomoteur, l’antenne de Lecher, L’effet Barnum, Sonusmancie. Ces deux musiciens sont membres de UN, un collectif d’improvisation radicale porté sur la recherche sonore, de nouvelles formes et de processus de création musicale. Depuis son album solo Etwa (Creative Sources) il y a si longtemps, Bertrand Gauguet a évolué dans la création d’ambiances mystérieuses retenant son souffle et les filets de sons qui fluctuent lentement dans le champ auditif. Il utilise des techniques alternatives de souffle, de configuration de l’espace buccal autour du bec et de l’anche qu’il fait vibrer dans des fréquences implosées et des textures recherchées. Les hauteurs des notes voyagent, se plient, s’élèvent de quelques commas mesurés , les timbres oscillent et se granulent avec précision, téléguidés par la coordination des mouvements du corps et de l’expiration et des positions des clés fermées ouvertes ou à peine obturées avec des doigtés qu’on pense être aléatoires. Si le baryton est un super instrument pour déraper et altérer les sons, la compagnie de la clarinette contrebasse de Jean- Luc Petit est providentielle. Depuis l’enregistrement solitaire de Matière des Souffles (improvising beings), Jean-Luc Petit s’est affirmé et a monté en puissance créative. On le constate dans ces remarquables duos avec la tromboniste Christiane Bopp (L’écorce et la Salive) et avec le percussionniste Laurent Paris (Présence). Gauguet et Petit s’enrichissent leurs différences et de leurs différences dans un échange fructueux de correspondances sonores, imbrications de timbres, d’implosions, de sons graveleux et d’harmoniques extrêmes, déchirantes ou ombreuses. Il y autant d poésie zen que de prolégomènes inférés dans ce qui se révèle être une science des sons et de leurs propriétés qui frôlent l’aléatoire et transite vers l’imprévisible. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour pénétrer cet entrelac de timbres, fêlures et scories et se laisser guider comme dans un rêve pour y trouver un ou plusieurs chemins dans l'espace auditif parmi les forces d’attraction géodésiques et telluriques que cette musique suggère.
Mantica Tell No Lies AUT137 Edoardo Marraffa Filippo Orefice Nicola Guazzaloca Luca Bernard Andrea Grillini + invités
https://autrecords.bandcamp.com/album/mantica
Cela doit bien être le sixième CD de Tell No Lies, assurément un des meilleurs combos européens de jazz « avec rythmes » plus « free » tout comme Die Entaüschung de Rudi Mahall Axel Dörner, Jan Roder .. et leur nouveau batteur… Si ce groupe de Bologne est un collectif soudé, le compositeur arrangeur en est le pianiste Nicola Guazzaloca qui a concocté huit compositions qui font plus qu’évoquer la géniale Brotherhood of Breath de Chris McGregor, un des plus étonnants orchestres de Jazz entre la fin des années 60 et la fin des 70. Tout comme la Brotherhood, Tell No Lies parsème son programme de séquences free totalement improvisées en guise d’introduction pour construire graduellement l’architecture du morceau qui se met en place avec une superbe rythmique chaloupée (cfr 4/ Diva), et quelle rythmique ! Le trio de base piano, Guazzaloca, basse Luca Bernard et batterie Andrea Grillini fonctionne à plein régime et ne rate aucun break. Quelle cohésion ! Frontalement, la paire de sax ténor Edoardo Marraffa et Filippo Orifice assène des riffs efficaces type kwela, mambo entre musique latino des Îles Craïbes et kwela ou highlife africain ou projette des solos rageurs, Marraffa, duettiste des Ravageurs avec Guazzaloca, double au sax sopranino. Comme la communauté des musiciens de Bologne est très soudée, s’ajoutent des potes dans plusieurs morceaux en fonction des besoins de leur écriture et des arrangements. Il faut dire que toute cette musique est superbement envoyée et que les interventions s'enchaînent à ravir. Piero Bittolo Bon, un sérieux client, intervient au sax alto dans 3 compositions et une à la flûte basse. Le Tromboniste Federico Pierantoni au trombone dans 4 pièces, Elena Maestrini fait une apparition au soprano et Federico Eterno, un solo de sax bariton en 1. Celui-ci ajoute son sax alto dans Bagai (5) à la paire de sax ténors de Flavio Bertozzi et Gianluca Varone, un copain toujours présent quand il s’agit de donner un coup de main dans cette magnifique communauté. Et le violoncelliste Francesco Guerri avec qui Guazzaloca a gravé un chef d'oeuvre , Keep Your Hands Free chroniqué ici-même le 2 janvier. Pour le plaisir de swinguer intelligemment, Tell No Lies, c’est sincère, profondément ressenti , absolument pas formaté et joyeusement efficace. Du vrai Jazz qui saute les barrières tout en swingant "original" !
Consacré aux musiques improvisées (libre, radicale,totale, free-jazz), aux productions d'enregistrements indépendants, aux idées et idéaux qui s'inscrivent dans la pratique vivante de ces musiques à l'écart des idéologies. Nouveautés et parutions datées pour souligner qu'il s'agit pour beaucoup du travail d'une vie. Orynx est le 1er album de voix solo de J-M Van Schouwburg (1996 - 2005). https://orynx.bandcamp.com
4 janvier 2026
1 janvier 2026
Improv & sketch for humanity # 2 in Brussels curated by Quentin Stokart/ Francesco Guerri & Nicolà Guazzaloca/ Neil Metcalfe Adrian Northover Daniel Thompson John Edwards Marcello Magliocchi/ Mia Zabelka Ola Rzepka Lukasz Marciniak / Marcello Magliocchi Adrian Northover Domenico Saccente
Sessions 'Improv & sketch for humanity'-series in Brussels ‘Walter’ Werkplaats Walter label
https://werkplaatswalter.bandcamp.com/album/improv-sketch-2
This music was recorded at Werkplaats Walter on Nov. 8th, 2025. It was the second 'Improv & sketch for humanity'-series, curated by Quentin Stokart. All proceeds of the evening went to Mamas for Africa. mamasforafrica.be/en/
All proceeds from this digital release will be donated to good causes as well
SKETCH & IMPROV #2
From 00:00 to 10:00
Katrishania Renata - voice Eric Thielemans - drums Peter Jacquemyn - bass Gašper Piano - guitar
from 10:00 to 20:00
Filippo Gillono - guitar Thomas Olbrechts - saxophone Pierre Michel Zaleski - voice
from 20:00 to 30:00
Chiara Bacci - voice and effects Cristiano Elias - guitar Stan Maris - accordion Frans Van Isacker - saxophone Mattia Massolini - arbrasson
from 30:00 to 40:00
Žiga Ipavec - drums Augusto Pirodda - piano Marta Frigo - voice Giotis Damianidis - guitar
from 40:00 to 50:00
Cécile Broché - violin Joachim Devillé - trumpet Andrés Navarro García - snare Quentin Stokart – guitar
Recorded on the 8th of November 2025 at Werkplaats Walter by Johannes Bellinck.Mixed by Quentin Stokart.
Je vous mets tel quel le détail de cette session d’improvisation collective conçue et organisée par le guitariste Belge Quentin Stokart au Walter à Bruxelles pour ne pas devoir tout expliquer au niveau des faits et crédits.
Si Bruxelles semblait ne pas être « la » ville où ça se passe en musiques improvisées, il y a en effet de nombreuses initiatives et un nombre croissant de praticiens depuis le temps où Peter Jacqmyn, Mike Goyvaerts, Guy Strale et moi-même essayaient de développer une sorte de scène marginale. Réunir vingt improvisateurs différents, les faire jouer successivement dans des groupes « qui n’ont jamais joué ensemble » dans différentes approches est quelque chose de très positif. Je me suis moi-même attelé à des Festivals Rencontre où le personnel de chaque groupe était décidé quasiment sur le moment, obligeant chaque artiste à envisager possibilités et conséquences, risques et volonté de concentration vers le collectif, plutôt que vers son projet fétiche personnel. C’est autant un plaisir de la rencontre qu’une ouverture - apprentissage nécessaire pour que de tels artistes, excellents ici et à l’écoute, bonifientet évoluent. Chaque nouvelle situation (combinaison d’instruments et de personnalités) pousse l’improvisateur mis au pied du mur à évoluer et à adapter ses ressources et son imagination à créer dans l’instant avec les moyens du bord, dans l’inconnu, exigence d'une réflexion personnelle appropriée. C’est à la fois une expression artistique musicale et un essai, une tentative où, on l’entend ici, la seule soirée du 25 novembre 2025 donne lieu à cinquante minutes de musique réussie, attestant la maturité grandissante de ces improvisateurs Bruxellois. Car c’est le challenge : il faut que ça fonctionne, que chacun soit convaincu, musiciens et public. Cohérence, écoute, lisibilité, sens collectif, qualité intrinsèque individuelle indéniable et plaisir de jouer et d'écouter. L'occasion d'écouter et d'apprécier ses collègues, qui est une véritable école en soi. Passons les classements et Best of 2025 des critiques. Ce qui compte, c’est que des auditeurs qui auraient pu être présents ce jour - là aient eu quelque chose à écouter avec plaisir et intérêt et à en tirer une informationou impression positive. Il y eut par le passé à Bruxelles des moments de cafouillage dans ce genre d’entreprises. Ici, on perçoit un niveau qualitatif de conscience de la création collective qui fera dire à plusieurs : « Ah oui la musique improvisée libre, c’est super ! ». Et multigénérationnel avec la complicité de quatre dames! Et surtout, il y a la voix humaine qui se trouve à l’honneur, les instrumentistes laissant un bel espace aux chanteuses et chanteur. Bravo ! Un affaire à suivre !
Keep Your Hands Free Francesco Guerri & Nicolà Guazzaloca The Angelica & Mavarta Concerts Aut Records
https://autrecords.bandcamp.com/album/keep-your-hands-free
Dans le plus pur style multi-dimensionnel où Everything Is Allowed & Everything Can Happen un excellent duo d’improvisation libre documenté en quatre sélections dans le contenu de deux concerts donnés à Angelica – Teatro San Leonardo (Bologna) et à Centro Culturale Mavarta (Sant’Mario d’Enza, respectivement en 2022 (9:59 et 9:32 ) et en 2025 (16:24 et 10 :19). Le pianiste Nicolà Guazzaloca est sûrement un des improvisateurs parmi les plus capables et expérimentés dans son pays, l’Italie. À Bologne, il joue depuis plus trois décennies un rôle central dans l’activité musicale « improvisée – jazz d’avant-garde » mais aussi éducative et organisationnelle, entre autres à la Scuola Popolare di Musica Ivan illitch. Il contribue aussi au design et à des œuvres d’art pour les pochettes de CD’s de plusieurs labels impliqués dans l’improvisation : Amirani, Aut et Klopotek. S’il a peu joué avec des artistes internationaux ou « fait carrière » en multipliant les concerts à l’étranger, il a un talent fou pour faire monter le niveau qualitatif, l’urgence créative etc.. avec une intense sincérité dans l’instantavec quiconque qui lui semble à la hauteur. Un artiste d’exception qui sait faire surgir le meilleur avec le camarade qu’il s’est choisi et chez qui il a compris le potentiel. Surtout dans la scène dite locale ou avec des outsiders « connus » comme l’altiste Szilard Mezei, le saxophoniste Gianni Mimmo ou le pianiste Thollem Mc Donas ou moins connus comme le flûtiste Nils Gerold, les saxophonistes Trevor Tim Briscoe et Edoardo Maraffa , le batteur Stefano Giust (Mr Setola di Maiale), sans parler de son groupe de jazz Tell No Lies à la bolognaise 100%.
Parmi ses amis fidèles de sa région, il y a ce violoncelliste chercheur, Francesco Guerri dont j’avais apprécié en son temps un excellent duo autoproduit avec le guitariste Chris Iemulo. C’est le genre de gars qui en veut, s’acharne sur la matière, fait vibrer les boyaux d’un archet rageur et décline une série de cas de figures sonores avec un bel aplomb. Leurs échanges fonctionnent à merveille mettant en évidence le merveilleux doigté irrégulier, multicolore et sautillant ou austère, c’est selon, du pianiste. On est très proche de la qualité des Van Hove et Schweizer. Ces quatre pièces sont vraiment emballantes, le pianiste livrant accessoirement quelques démonstrations de son énorme talent expressif et son sens de la trouvaille qui vous laisse une marque dans la mémoire à l’instar des éclairs de génie de Fred Van Hove. Une qualité rythmique alliée à un toucher très précis dans l’univers du piano contemporain en phase avec les facéties du violoncelliste. Un art naturel de stopper les cordes en jouant au clavier avec un sens achevé de scansions spontanées chevillées aux sursauts boiteux des pizzicatos sauvages de Guerri alternés d’un ou deux mouvements élégiaques à l’archet. Le sens du dosage et l’art de passer à autre chose un moment , relâcher la tension pour s’acoquiner ensuite. Il faut les suivre un instant après l’autre, car les formes se succèdent en moins de temps qu’il faut pour le dire .. et ils ont l’art de l’exprimer tout naturellement. C’est conceptuellement remarquable et c’est joué avec une formidable conviction. Et aussi beaucoup d’émotions , de ces passages en douceur qui dilatent le temps jusqu’au silence. Et Francesco Guerri laisse de côté les violoncellismes pour jouer des filets de son, des effilades soyeuses minimalistes. Un beau duo et Your Hands Are Free !
The Runcible Quintet “Two” Neil Metcalfe Adrian Northover Daniel Thompson John Edwards Marcello Magliocchi CD auto-produit.
https://adriannorthover.bandcamp.com/album/two
The Runcible Quintet nous livre le cinquième album de sa trilogie depuis leurs débuts ensemble en 2016. Une belle histoire : le percussionniste Italien Marcello Magliocchi se fait inviter à tout hasard à Londres pour quelques gigs dont deux en ma compagnie et celle de notre camarade commun Matthias Boss. Parmi ces gigs, une rencontre avec le saxophoniste Adrian Northover et le guitariste Daniel Thompson qui toure à l’avantage de tout le monde. Réalisant la veine d’avoir sous la main un percussionniste inspiré et expérimenté comme Marcello, trop peu actif dans ses Pouilles natales et das la péninsule malgré son grand talent, Adrian et Daniel suggèrent de rééditer la rencontre en rassemblant le flûtiste Neil Metcalfe, admiré par la scène British dont Dunmall, Rogers, Parker et cie , et le contrebassiste John Edwards, un des improvisateurs les plus demandés de la planète (Brötzmann, Gayle, R.Mitchell, Dunmall, Evan Parker, Sophie Agnel, Mark Sanders, Steve Noble, John Butcher et mon copain Paul Hubweber). Adrian et John sont des partenaires depuis des décennies dans B-Shop For the Poor, puis les Remote Viewers avec David Petts, bien avant que John ne joue de la contrebasse. La musique plus fluide, soyeuse et atomisée des Runcibles (proche de certaines phases du Spontaneous Music Ensemble) est faite comme un gant pour Magliocchi, Thompson et Metcalfe, ces deux là jouant en duo depuis quelques années. Mais elle convient très bien à Edwards, lequel était déjà un fan convaincu et connaisseur de l’improvisation libre radicale dès le sortir de son adolescence. Il a d’ailleurs acheté les disques Incus à leur sortie bien avant même d’explorer la contrebasse. C’est un vrai puriste toujours partant pour se prêter à une expérience avec des potes. Leur musique multiforme qui se raréfie autant qu’elle se dilate tout au long des cinq pièces enregistrées dans la Christchurch de Blackfriars au sud de la Tamise. C’est le lieu actuel des Horse Improvised Series organisées par Sue Lynch auxquelles Northover donne toute son assistance. Si une quantité intéressante d’occurrences sonores en mutation évolue sur une durée totale de plus de cinquante minutes, on n’a pas le sentiment que le temps s’éternise. Il a tendance à couler d’une source qui ne se tarit jamais et dont le flux ralentit au point de sembler statique ou s’égaie dans un chahut insaisissable mais follement lisible, tactile, vibrionnant et organique. Ça se réécoute avec attention et la délicatesse impressionniste n’est pas la moindre de leur qualité. Avec sagacité, Adrian ne s’impose pas en souffleur énergétique avec son sax soprano, mais suit le tendre flûtiste Neil Metcalfe comme son ombre. Neil, un lutin des écarts microtonaux, une lumière du lyrisme dodécaphonique webernien ludique (un des musiciens préférés de Paul Dunmall himself, Phil Gibbs et Paul Rogers, mais aussi John Stevens, Lol Coxhill, Evan Parker etc…) de la génération précédente des pionniers etc… alors que les guitariste et contrebassiste jouent leurs parties de cordistes pointillistes, gratteurs, frotteurs, pizzicateurs avec un usage bienvenu du silence. Magliocchi tique - tique - taque, crisse, râcle, vibre la résonance des peaux, scie les métaux, anime de l’intérieur sans jamais surjouer, fondu dans la masse aérée translucide, se laissant deviner … Ça semble se ressembler alors que cela ne fait qu’évoluer, se transformer, changer de perspectives, de ralentir en suspendant les sons par-dessus le vide…. Avec un travail sur la dynamique sonore fraternel, collectif télépathique. Le contraste entre l’aspect mélodique du souffle du flûtiste et les sonorités buissonnières abstraites de la basse, de la guitare et des percussions et le halo invisible du saxophone en filigrane est existentiel = de l'art pur qui vous touche par petites touches imperceptibles pour finir par submerger subtilement l'inconscient. C’est de l’art et l’improvisation libre à cinq qui accepte et intègre les différences individuelles est un jeu difficile même pour les virtuoses champions du duo (où tout est quasiment donné d’avance surtout quand le talent est là). Ici trouver une chemin commun, un territoire collectif n’est jamais gagné d’avance mais une hantise permanente. Une musique curieusement singulière.
Trio Carbon Black Heart Mia Zabelka Ola Rzepka Lukasz Marciniak Setola di Maiale SM5020
https://miazabelka.bandcamp.com/album/black-heart
Le Cœur Noir du Carbone en Trio ? Il fallait bien trouver un titre. Mais à l’écoute, on est intrigué dès le début par l’activité une peu frénétique et exploratoire crépitante de ce trio composé d’une violoniste, Mia Zabelka, de la pianiste Ola Rzepka qui « prépare » son piano et Lukasz Marciniak (le L de Lukasz est barré mais je ne connais pas le Polonais) à la guitare. Trois sensibilités différentes qui essaient de jouer ensemble de manière plus que satisfaisante. Plus qu’à l’accoutumée, Mia Zabelka étire, presse et distend le son de son violon avec une réelle fougue ou laisse l’avantage à ses deux collèges à extraire des sonorités pointillistes, fragmentées avec une vision instrospective voire implosive . Lukasz Marciniak a un réel talent pour la dynamique en percutant les cordes de sa guitare électrique, sélectionner l’usag de ses pédales et manipuler les sons dans un large éventail sans interférer maladroitement avec les incursions de la pianiste Ola Rzepka à l’intérieur des cordes et de la grande caisse de résonnance. Étonnamment, Zabelka se révèle son talent de vocaliste expérimentale sous le meilleur jour dans le cadre d’un foire d’empoigne des cordes agitées, frottées, frappées des guitare et piano emmêlées. Black Heart (28 :29), la seule longue improvisation de cet album ramassé sur lui-même et en extension permanente s’écoute comme une dérive dans un univers autant méta-musical qu’actionniste dans le bon sens du terme. Même si les jeux individuels s’interpénètrent et semblent naître l’un de l’autre tout comme l’état d’esprit de chacun transite d’une sensibilité à d’autre, il y a une étrange lisibilité dans ce charivari polymorphe et aucune hésitation à bruiter outrageusement même lorsque la violoniste déchire avec sa rage de jouer. Une belle mise en tension ludique qui évolue en permanence en se renouvelant, percutant, crissant, ou en étonnant l’auditeur par un relâchement minimaliste inattendu. On imagine très bien les auditeurs rêver et divaguer agréablement au sein d’un festival programmant un groupe « sérieux sévère spectraliste », un trio free-jazz volcanique et une diva outrageante, par exemple. Rien de tel que la diversité. Et cette excellente improvisation est tout à l’honneur de ces artistes.
Over The Edge Marcello Magliocchi Adrian Northover Domenico Saccente FMR Records FMRCD 729-0925
https://adriannorthover.bandcamp.com/album/over-the-edge
Le percussionniste Marcello Magliocchi et le saxophoniste Adrian Northover sont en train d’écrire une belle histoire en multipliant des collaborations avec des musiciens tout à fait particuliers : les deux flûtistes Neil Metcalfe et Bruno Gussoni , qui souffle aussi dans des flûtes japonaises du type des shakuhashi, l guitariste acoustique Daniel Thompson, John Edwards ou Maresuke Okamoto qui joue du Contracello, et maintenant l’accordéoniste de Bari, Domenico Saccente. C’est d’ailleurs en Italie à Padova que ce concert a été enregistré, le 5 mars 2025. Comme souvent les albums d’Adrian et Marcello sont publiés par FMR dont le site semble largement en retard sur son importante production de CD’s. Onze morceaux en trio assez succints, donc, et un dernier en solo sur une sculpture sonore par Magliocchi, une de ses spécialités. Sur le compte Bandcamp se trouve le morceau du trio qui aurait dû figurer sur l’album physique. Quoi dire, sinon la réunion de deux instruments de souffle à anches, l'accordéon étant un instruments à anche LIBRES. Et c'est la liberté qui fait coîncider les jeux de Domenico Saccente, l'accordéoniste et d'Adrian Northover, le saxophoniste soprano "courbé". La connivence est évidente et leur interconnectivité au niveau de leur timbres respectifs, des spirales, ellipses sinueuses, inflexions, intervalles de notes est remarquable. Mais ils diversifient aussi leurs approches et leurs énergies alors que Marcello Magliocchi parcourt son kit minimal de batterie avec des variations de cliquetis, d'actions sonores astucieuses, discrètes ou légèrement disruptives à l'instar des Martin Blume ou Roger Turner. On suit cela avec intérêt : ces trois là savent comment ne pas se répéter et nous livrer à chaque fois une miniature de 2 ou 3 minutes, voire 5' ou 6' qui fait sens en développant un matériau différent et conférant souvent à chaque pièce son identité. Impulsivité ludique au service de créations de formes qui s'inscrivent dans notre perception ravie. Dans cet opus , Domenico Sccente est une belle révélation, et qui connaît le tandem Magliocchi - Northover par ses nombreuses apparitions enregistrées (cfr plus haut) découvrira un autre registre de leur musique. Remarquable !
https://werkplaatswalter.bandcamp.com/album/improv-sketch-2
This music was recorded at Werkplaats Walter on Nov. 8th, 2025. It was the second 'Improv & sketch for humanity'-series, curated by Quentin Stokart. All proceeds of the evening went to Mamas for Africa. mamasforafrica.be/en/
All proceeds from this digital release will be donated to good causes as well
SKETCH & IMPROV #2
From 00:00 to 10:00
Katrishania Renata - voice Eric Thielemans - drums Peter Jacquemyn - bass Gašper Piano - guitar
from 10:00 to 20:00
Filippo Gillono - guitar Thomas Olbrechts - saxophone Pierre Michel Zaleski - voice
from 20:00 to 30:00
Chiara Bacci - voice and effects Cristiano Elias - guitar Stan Maris - accordion Frans Van Isacker - saxophone Mattia Massolini - arbrasson
from 30:00 to 40:00
Žiga Ipavec - drums Augusto Pirodda - piano Marta Frigo - voice Giotis Damianidis - guitar
from 40:00 to 50:00
Cécile Broché - violin Joachim Devillé - trumpet Andrés Navarro García - snare Quentin Stokart – guitar
Recorded on the 8th of November 2025 at Werkplaats Walter by Johannes Bellinck.Mixed by Quentin Stokart.
Je vous mets tel quel le détail de cette session d’improvisation collective conçue et organisée par le guitariste Belge Quentin Stokart au Walter à Bruxelles pour ne pas devoir tout expliquer au niveau des faits et crédits.
Si Bruxelles semblait ne pas être « la » ville où ça se passe en musiques improvisées, il y a en effet de nombreuses initiatives et un nombre croissant de praticiens depuis le temps où Peter Jacqmyn, Mike Goyvaerts, Guy Strale et moi-même essayaient de développer une sorte de scène marginale. Réunir vingt improvisateurs différents, les faire jouer successivement dans des groupes « qui n’ont jamais joué ensemble » dans différentes approches est quelque chose de très positif. Je me suis moi-même attelé à des Festivals Rencontre où le personnel de chaque groupe était décidé quasiment sur le moment, obligeant chaque artiste à envisager possibilités et conséquences, risques et volonté de concentration vers le collectif, plutôt que vers son projet fétiche personnel. C’est autant un plaisir de la rencontre qu’une ouverture - apprentissage nécessaire pour que de tels artistes, excellents ici et à l’écoute, bonifientet évoluent. Chaque nouvelle situation (combinaison d’instruments et de personnalités) pousse l’improvisateur mis au pied du mur à évoluer et à adapter ses ressources et son imagination à créer dans l’instant avec les moyens du bord, dans l’inconnu, exigence d'une réflexion personnelle appropriée. C’est à la fois une expression artistique musicale et un essai, une tentative où, on l’entend ici, la seule soirée du 25 novembre 2025 donne lieu à cinquante minutes de musique réussie, attestant la maturité grandissante de ces improvisateurs Bruxellois. Car c’est le challenge : il faut que ça fonctionne, que chacun soit convaincu, musiciens et public. Cohérence, écoute, lisibilité, sens collectif, qualité intrinsèque individuelle indéniable et plaisir de jouer et d'écouter. L'occasion d'écouter et d'apprécier ses collègues, qui est une véritable école en soi. Passons les classements et Best of 2025 des critiques. Ce qui compte, c’est que des auditeurs qui auraient pu être présents ce jour - là aient eu quelque chose à écouter avec plaisir et intérêt et à en tirer une informationou impression positive. Il y eut par le passé à Bruxelles des moments de cafouillage dans ce genre d’entreprises. Ici, on perçoit un niveau qualitatif de conscience de la création collective qui fera dire à plusieurs : « Ah oui la musique improvisée libre, c’est super ! ». Et multigénérationnel avec la complicité de quatre dames! Et surtout, il y a la voix humaine qui se trouve à l’honneur, les instrumentistes laissant un bel espace aux chanteuses et chanteur. Bravo ! Un affaire à suivre !
Keep Your Hands Free Francesco Guerri & Nicolà Guazzaloca The Angelica & Mavarta Concerts Aut Records
https://autrecords.bandcamp.com/album/keep-your-hands-free
Dans le plus pur style multi-dimensionnel où Everything Is Allowed & Everything Can Happen un excellent duo d’improvisation libre documenté en quatre sélections dans le contenu de deux concerts donnés à Angelica – Teatro San Leonardo (Bologna) et à Centro Culturale Mavarta (Sant’Mario d’Enza, respectivement en 2022 (9:59 et 9:32 ) et en 2025 (16:24 et 10 :19). Le pianiste Nicolà Guazzaloca est sûrement un des improvisateurs parmi les plus capables et expérimentés dans son pays, l’Italie. À Bologne, il joue depuis plus trois décennies un rôle central dans l’activité musicale « improvisée – jazz d’avant-garde » mais aussi éducative et organisationnelle, entre autres à la Scuola Popolare di Musica Ivan illitch. Il contribue aussi au design et à des œuvres d’art pour les pochettes de CD’s de plusieurs labels impliqués dans l’improvisation : Amirani, Aut et Klopotek. S’il a peu joué avec des artistes internationaux ou « fait carrière » en multipliant les concerts à l’étranger, il a un talent fou pour faire monter le niveau qualitatif, l’urgence créative etc.. avec une intense sincérité dans l’instantavec quiconque qui lui semble à la hauteur. Un artiste d’exception qui sait faire surgir le meilleur avec le camarade qu’il s’est choisi et chez qui il a compris le potentiel. Surtout dans la scène dite locale ou avec des outsiders « connus » comme l’altiste Szilard Mezei, le saxophoniste Gianni Mimmo ou le pianiste Thollem Mc Donas ou moins connus comme le flûtiste Nils Gerold, les saxophonistes Trevor Tim Briscoe et Edoardo Maraffa , le batteur Stefano Giust (Mr Setola di Maiale), sans parler de son groupe de jazz Tell No Lies à la bolognaise 100%.
Parmi ses amis fidèles de sa région, il y a ce violoncelliste chercheur, Francesco Guerri dont j’avais apprécié en son temps un excellent duo autoproduit avec le guitariste Chris Iemulo. C’est le genre de gars qui en veut, s’acharne sur la matière, fait vibrer les boyaux d’un archet rageur et décline une série de cas de figures sonores avec un bel aplomb. Leurs échanges fonctionnent à merveille mettant en évidence le merveilleux doigté irrégulier, multicolore et sautillant ou austère, c’est selon, du pianiste. On est très proche de la qualité des Van Hove et Schweizer. Ces quatre pièces sont vraiment emballantes, le pianiste livrant accessoirement quelques démonstrations de son énorme talent expressif et son sens de la trouvaille qui vous laisse une marque dans la mémoire à l’instar des éclairs de génie de Fred Van Hove. Une qualité rythmique alliée à un toucher très précis dans l’univers du piano contemporain en phase avec les facéties du violoncelliste. Un art naturel de stopper les cordes en jouant au clavier avec un sens achevé de scansions spontanées chevillées aux sursauts boiteux des pizzicatos sauvages de Guerri alternés d’un ou deux mouvements élégiaques à l’archet. Le sens du dosage et l’art de passer à autre chose un moment , relâcher la tension pour s’acoquiner ensuite. Il faut les suivre un instant après l’autre, car les formes se succèdent en moins de temps qu’il faut pour le dire .. et ils ont l’art de l’exprimer tout naturellement. C’est conceptuellement remarquable et c’est joué avec une formidable conviction. Et aussi beaucoup d’émotions , de ces passages en douceur qui dilatent le temps jusqu’au silence. Et Francesco Guerri laisse de côté les violoncellismes pour jouer des filets de son, des effilades soyeuses minimalistes. Un beau duo et Your Hands Are Free !
The Runcible Quintet “Two” Neil Metcalfe Adrian Northover Daniel Thompson John Edwards Marcello Magliocchi CD auto-produit.
https://adriannorthover.bandcamp.com/album/two
The Runcible Quintet nous livre le cinquième album de sa trilogie depuis leurs débuts ensemble en 2016. Une belle histoire : le percussionniste Italien Marcello Magliocchi se fait inviter à tout hasard à Londres pour quelques gigs dont deux en ma compagnie et celle de notre camarade commun Matthias Boss. Parmi ces gigs, une rencontre avec le saxophoniste Adrian Northover et le guitariste Daniel Thompson qui toure à l’avantage de tout le monde. Réalisant la veine d’avoir sous la main un percussionniste inspiré et expérimenté comme Marcello, trop peu actif dans ses Pouilles natales et das la péninsule malgré son grand talent, Adrian et Daniel suggèrent de rééditer la rencontre en rassemblant le flûtiste Neil Metcalfe, admiré par la scène British dont Dunmall, Rogers, Parker et cie , et le contrebassiste John Edwards, un des improvisateurs les plus demandés de la planète (Brötzmann, Gayle, R.Mitchell, Dunmall, Evan Parker, Sophie Agnel, Mark Sanders, Steve Noble, John Butcher et mon copain Paul Hubweber). Adrian et John sont des partenaires depuis des décennies dans B-Shop For the Poor, puis les Remote Viewers avec David Petts, bien avant que John ne joue de la contrebasse. La musique plus fluide, soyeuse et atomisée des Runcibles (proche de certaines phases du Spontaneous Music Ensemble) est faite comme un gant pour Magliocchi, Thompson et Metcalfe, ces deux là jouant en duo depuis quelques années. Mais elle convient très bien à Edwards, lequel était déjà un fan convaincu et connaisseur de l’improvisation libre radicale dès le sortir de son adolescence. Il a d’ailleurs acheté les disques Incus à leur sortie bien avant même d’explorer la contrebasse. C’est un vrai puriste toujours partant pour se prêter à une expérience avec des potes. Leur musique multiforme qui se raréfie autant qu’elle se dilate tout au long des cinq pièces enregistrées dans la Christchurch de Blackfriars au sud de la Tamise. C’est le lieu actuel des Horse Improvised Series organisées par Sue Lynch auxquelles Northover donne toute son assistance. Si une quantité intéressante d’occurrences sonores en mutation évolue sur une durée totale de plus de cinquante minutes, on n’a pas le sentiment que le temps s’éternise. Il a tendance à couler d’une source qui ne se tarit jamais et dont le flux ralentit au point de sembler statique ou s’égaie dans un chahut insaisissable mais follement lisible, tactile, vibrionnant et organique. Ça se réécoute avec attention et la délicatesse impressionniste n’est pas la moindre de leur qualité. Avec sagacité, Adrian ne s’impose pas en souffleur énergétique avec son sax soprano, mais suit le tendre flûtiste Neil Metcalfe comme son ombre. Neil, un lutin des écarts microtonaux, une lumière du lyrisme dodécaphonique webernien ludique (un des musiciens préférés de Paul Dunmall himself, Phil Gibbs et Paul Rogers, mais aussi John Stevens, Lol Coxhill, Evan Parker etc…) de la génération précédente des pionniers etc… alors que les guitariste et contrebassiste jouent leurs parties de cordistes pointillistes, gratteurs, frotteurs, pizzicateurs avec un usage bienvenu du silence. Magliocchi tique - tique - taque, crisse, râcle, vibre la résonance des peaux, scie les métaux, anime de l’intérieur sans jamais surjouer, fondu dans la masse aérée translucide, se laissant deviner … Ça semble se ressembler alors que cela ne fait qu’évoluer, se transformer, changer de perspectives, de ralentir en suspendant les sons par-dessus le vide…. Avec un travail sur la dynamique sonore fraternel, collectif télépathique. Le contraste entre l’aspect mélodique du souffle du flûtiste et les sonorités buissonnières abstraites de la basse, de la guitare et des percussions et le halo invisible du saxophone en filigrane est existentiel = de l'art pur qui vous touche par petites touches imperceptibles pour finir par submerger subtilement l'inconscient. C’est de l’art et l’improvisation libre à cinq qui accepte et intègre les différences individuelles est un jeu difficile même pour les virtuoses champions du duo (où tout est quasiment donné d’avance surtout quand le talent est là). Ici trouver une chemin commun, un territoire collectif n’est jamais gagné d’avance mais une hantise permanente. Une musique curieusement singulière.
Trio Carbon Black Heart Mia Zabelka Ola Rzepka Lukasz Marciniak Setola di Maiale SM5020
https://miazabelka.bandcamp.com/album/black-heart
Le Cœur Noir du Carbone en Trio ? Il fallait bien trouver un titre. Mais à l’écoute, on est intrigué dès le début par l’activité une peu frénétique et exploratoire crépitante de ce trio composé d’une violoniste, Mia Zabelka, de la pianiste Ola Rzepka qui « prépare » son piano et Lukasz Marciniak (le L de Lukasz est barré mais je ne connais pas le Polonais) à la guitare. Trois sensibilités différentes qui essaient de jouer ensemble de manière plus que satisfaisante. Plus qu’à l’accoutumée, Mia Zabelka étire, presse et distend le son de son violon avec une réelle fougue ou laisse l’avantage à ses deux collèges à extraire des sonorités pointillistes, fragmentées avec une vision instrospective voire implosive . Lukasz Marciniak a un réel talent pour la dynamique en percutant les cordes de sa guitare électrique, sélectionner l’usag de ses pédales et manipuler les sons dans un large éventail sans interférer maladroitement avec les incursions de la pianiste Ola Rzepka à l’intérieur des cordes et de la grande caisse de résonnance. Étonnamment, Zabelka se révèle son talent de vocaliste expérimentale sous le meilleur jour dans le cadre d’un foire d’empoigne des cordes agitées, frottées, frappées des guitare et piano emmêlées. Black Heart (28 :29), la seule longue improvisation de cet album ramassé sur lui-même et en extension permanente s’écoute comme une dérive dans un univers autant méta-musical qu’actionniste dans le bon sens du terme. Même si les jeux individuels s’interpénètrent et semblent naître l’un de l’autre tout comme l’état d’esprit de chacun transite d’une sensibilité à d’autre, il y a une étrange lisibilité dans ce charivari polymorphe et aucune hésitation à bruiter outrageusement même lorsque la violoniste déchire avec sa rage de jouer. Une belle mise en tension ludique qui évolue en permanence en se renouvelant, percutant, crissant, ou en étonnant l’auditeur par un relâchement minimaliste inattendu. On imagine très bien les auditeurs rêver et divaguer agréablement au sein d’un festival programmant un groupe « sérieux sévère spectraliste », un trio free-jazz volcanique et une diva outrageante, par exemple. Rien de tel que la diversité. Et cette excellente improvisation est tout à l’honneur de ces artistes.
Over The Edge Marcello Magliocchi Adrian Northover Domenico Saccente FMR Records FMRCD 729-0925
https://adriannorthover.bandcamp.com/album/over-the-edge
Le percussionniste Marcello Magliocchi et le saxophoniste Adrian Northover sont en train d’écrire une belle histoire en multipliant des collaborations avec des musiciens tout à fait particuliers : les deux flûtistes Neil Metcalfe et Bruno Gussoni , qui souffle aussi dans des flûtes japonaises du type des shakuhashi, l guitariste acoustique Daniel Thompson, John Edwards ou Maresuke Okamoto qui joue du Contracello, et maintenant l’accordéoniste de Bari, Domenico Saccente. C’est d’ailleurs en Italie à Padova que ce concert a été enregistré, le 5 mars 2025. Comme souvent les albums d’Adrian et Marcello sont publiés par FMR dont le site semble largement en retard sur son importante production de CD’s. Onze morceaux en trio assez succints, donc, et un dernier en solo sur une sculpture sonore par Magliocchi, une de ses spécialités. Sur le compte Bandcamp se trouve le morceau du trio qui aurait dû figurer sur l’album physique. Quoi dire, sinon la réunion de deux instruments de souffle à anches, l'accordéon étant un instruments à anche LIBRES. Et c'est la liberté qui fait coîncider les jeux de Domenico Saccente, l'accordéoniste et d'Adrian Northover, le saxophoniste soprano "courbé". La connivence est évidente et leur interconnectivité au niveau de leur timbres respectifs, des spirales, ellipses sinueuses, inflexions, intervalles de notes est remarquable. Mais ils diversifient aussi leurs approches et leurs énergies alors que Marcello Magliocchi parcourt son kit minimal de batterie avec des variations de cliquetis, d'actions sonores astucieuses, discrètes ou légèrement disruptives à l'instar des Martin Blume ou Roger Turner. On suit cela avec intérêt : ces trois là savent comment ne pas se répéter et nous livrer à chaque fois une miniature de 2 ou 3 minutes, voire 5' ou 6' qui fait sens en développant un matériau différent et conférant souvent à chaque pièce son identité. Impulsivité ludique au service de créations de formes qui s'inscrivent dans notre perception ravie. Dans cet opus , Domenico Sccente est une belle révélation, et qui connaît le tandem Magliocchi - Northover par ses nombreuses apparitions enregistrées (cfr plus haut) découvrira un autre registre de leur musique. Remarquable !
28 décembre 2025
Albert Ayler Quintet / Derek Bailey Han Bennink & Evan Parker Topographie/ Nuno Torres Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues Alex von Schlippenbach & Willi Kellers
Nickelsdorf Nuno Torres Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues Alex von Schlippenbach & Willi Kellers. Creative Sources CS873CD
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/nickelsdorf
Deuxième album de ce quintet « schlippenbachien » improbable après Conundrum publié par le même label Creative Sources d’Ernesto Rodrigues. Qui aurait pu penser au début des années 2000 qu’Alex von S. allait un jour jouer avec les deux Rodrigues père et fils, respectivement Ernesto à l’alto et Guilherme au violoncelle, tellement leur musique était radicale, « réductionniste » faite de drones, de frottements abstraits, de grincements bruitistes frôlant le silence ? Alex est un des pianistes à qui colle l’étiquette de parangon du free-jazz intense, explosif et quasiment entièrement improvisé (avec Evan Parker et Paul Lovens) et le batteur Willy Kellers a un sérieux passé avec Peter Brötzmann, Keith Tippett ou Thomas Borgmann. Il se fait que cette nouvelle musique improvisée des Burkhard Beins, Rhodri Davies, Axel Dörner, etc… semblait être née en réaction à la toute puissante énergie du free-jazz et de la complexité pointilliste et ultra détaillée de l’improvisation libre des trois décennies précédentes (Evan Parker, Derek Bailey, Paul Rutherford etc…). Mais bon peu d’années plus tard, on vit Axel Dörner jouer avec Rudi Mahall (Die Entaüschung) et Alex von Schlippenbach se joint à eux dans Monk’s Casino, leur quintet « de jazz » jouant le répertoire complet de la musique de Thelonious Monk. Donc, les étiquettes et les catégories, il vaut mieux s’en passer. J’avais chroniqué Conundrum très favorablement, notant l’interaction fine entre les cinq musiciens, interaction d’un autre type. Il s’agissait d’un enregistrement de studio et ce Nickelsdorf a été enregistré lors du festival du même nom le 26 Juillet 2025. Comme ce festival accueille assez bien d’ afficionados de free-music et des groupes, disons, plus proches de la free-music telle qu’on la connaît depuis quelques décennies, il semblerait que le batteur Willi Kellers, excellent, suggérât le swing volatile et les pulsations avec une certaine énergie, mais aussi une approche restreinte selon les phases de jeu. Il faut l’entendre tic-toquer sur les surfaces des peaux et cymbales en modifiant la dynamique, la vélocité et les cadences des frappes millimétrées. Sur une scène face à un public et immergée dans une acoustique particulière, une telle instrumentation saxophone alto, alto, violoncelle, piano et percussions peut créer des soucis d’écoute mutuelle, de balance et de différences au niveau volume sonore, batterie vs violon par exemple. Il faut ajouter au crédit d’Alex von Schlippenbach qu’il joue en laissant de l’espace pour ses collègues. Et fort heureusement, car les deux Rodrigues ne se contentent pas de tracer des lignes expressives tendues à la limite de l’expressionnisme comme, par exemple, le violoniste Michael Samson qui avait joué avec Albert Ayler lors de sa tournée européenne de 1966 et les légendaires concerts au Village publiés par Impulse. Le jeu des Rodrigues tend à faire vibrer les cordes dans un agrégat sonore boisé, irisé au travers duquel on a la sensation d’entendre les fibres du bois de la caisse de résonance frémir les harmoniques et ressentir les partiels du timbre se différencier subtilement à la limite du sotto-voce. Il faut vraiment oser. De ce point de vue, Ernesto et Guilherme se complètent comme on ne l’entend jamais ailleurs. Mais, il y a un as dans ce brelan : le saxophoniste alto Nuno Torres, le soufflant le plus proche esthétiquement du tandem Rodrigues. Pas question pour lui de faire vibrer son anche comme un killer post Ornette – Dolphy tranchant et free-jazz à souhait. Il développe une sonorité lunaire, ombrée et presqu’assourdie, introvertie qui cadre à merveille avec les deux cordistes, tout en traçant des spirales inégales, fracturées et méandreuses. Référez – vous à leur double CD Whispers in the Moonlight – In Seven Movements (Creative Sources CS849CD) : c’est un album tellement inspiré qu’on s’arrête d’écouter autre chose dans le catalogue exponentiel de Creative Sources. Et donc le jeu aéré d'Alex se situe dans le mood parfait proche de ces deux albums "Twelve Tones Tales" rendant une certaine cohérence dans leurs échanges. Ce quintet Live à Nickelsdorf est aussi un hommage à l’ouverture d’esprit d’Hans Falb, l’organisateur de ce festival de Nickelsdorf, qui vient de nous quitter inopinément. Hans était doté d’une extraordinaire ouverture d’esprit à la hauteur de l’utopie de ce quintet « Schippenbachien » qui défie tous les pronostics.
Derek Bailey Han Bennink Evan Parker Dunois April 2nd , 3rd & 5th 1981 Topographie Parisienne FOU Records 4CD Box FRCD 34-35-36-37.
https://www.fourecords.com/FR-CD34%3E37-2.htm
Nouvelle édition modifiée de Topographie Parisienne, unique rencontre en concert du guitariste Derek Bailey, du saxophoniste Evan Parker et du batteur et « alors » multi-instrumentiste Han Bennink au Dunois , 28 durant le mois d’avril 1981, sous le nom de Company, l’orchestre d’improvisation à géométrie variable de Derek Bailey, lequel se décompose en solos, duos et trios sur trois soirées fort animées. Topographie car référence au légendaire album Topography of the Lungs (Incus 1 – 1970 édité trois fois en 70 (mono ?), 1971 (stéréo) et 1977 (pochette légèrement différente, réédité en CD par Psi (2006) et plus tard en vinyle par Otoroku. Information : ce trio n’a jamais joué sur scène avant ces performances parisiennes de 1981, même s’il y eut un court set du trio DB – HB – EP lors de la Company Week de Mai 1977. Donc c’est un rare document de ces trois musiciens réunis, même s’ils ont enregistré ensemble dans d’autres contextes : Peter Brötzmann, ICP, Globe Unity, ou en duos distincts. Derek et Han ont entretenu un duo durant des années (cfr leur Lp ICP 004 et les Performances at Verity’s Place de 1972 – LP Incus 9). Quant au tandem DB – EB , on leur doit un album en duo parfaitement cohérent, d’une musique complètement révolutionnaire à l’époque. Elle faisait dire à Anthony Braxton qu’ils étaient les improvisateurs les plus intéressants et novateurs « de notre époque » (Jazz Mag 1975). Référence ultime : The London Concert - LP Incus 16 réédité par Psi en CD dans les années 2000). J’ai eu l’occasion dans ma déjà longue vie de mettre la main sur des copies de ces albums et les avoir écoutés tant et plus au point que je peux les reconnaître quasi immédiatement tant j’ai mémorisé les infinis détails de leur musique enregistrée. À l’époque, on avait très peu de documents à se mettre dans l’oreille, donc on les connaissait presque par cœur. La grande différence entre the London Concert et cet album réside dans le facteur tension et volonté d’aller au bout de leurs différences. La goguenardise de Derek Bailey aidant et le délire Benninkien alors à son zénith … écoutez par exemple le duo Bennink Parker plus tardif publié par Psi, The Grass Is Greener, on y trouve une grande cohérence et Bennink n’y joue que de la batterie. Dans son cirque d’alors, Bennink joue everything and anything. Même s’il a abandonné son installation de percussions “exotiques” ahurissante et surtout encombrante, son jeu à la batterie est toujours aussi foisonnant en dépassant tous les paramètres polyrythmiques et en organisant le chaos avec une technique hallucinante dont ’il avoue avoir découvert les principes – concepts à travers les enregistrements de Milford Graves. Par contre, les influences de Derek Bailey au niveau guitare échappe très souvent au logiciel de la critique. Ah oui; la douzième frette ! En outre, on entend le batteur jouer ici du trombone, de la clarinette basse et en Mi bémol ou émettant d’étranges bruitages. Je l’ai vu jouer du violon, du banjo, du sax soprano, du piano, du balai géant dans un piano, des radiateurs, du plancher, de la scie, du hi-hat avec une longue ficelle depuis les rideaux des coulisses. Etc… Comme Jean-Marc Foussat, l’ingé son de ces concerts d’avril 1981 était en train de déménager à l’époque de la première édition de cette boîte magique, il n’avait alors pu avoir accès à ces notes concernant ces enregistrements. Donc, l’édition première aujourd’hui « sold – out » n'indiquait que la date du 3 avril 1981. Ayant retrouvé ses notes, J-M F a réorganisé les pistes successives des trois soirées dans l’ordre de jeu sur scène des 2, 3 et 4 avril pour cette nouvelle édition. Et là , je dois dire que j’y vois le sens « organisationnel » d’Evan Parker, tout anarchiste qu’il veut être. En effet , ces trois dates avaient été arrangées par Evan lui-même et donc il a proposé le plan de jeu de ces trois soirées : CD 1 un solo de sax ténor d’EP de 10 minutes suivi d’un long trio de 41 minutes. CD 2 et CD 3 : rien que des duos : HB – EP 17’ , DB – EP, 27’, HB-EP 12’ puis DB – HB 39’ et DB – EP 12’. CD 4 Trio DB – HB – EP 46’ et EP sax soprano solo. Manque à l'appel deux solos de guitare acoustique de Derek parus dans son album solo Aïda (Incus 40). Il y a dans cet album un morceau d'anthologie qui semble simplissime mais en fait injouable. S'il y a pas mal de tensions – délires et disruptions dans les trios et duos avec Bennink, y compris des moments vraiment intrigants ou fascinants, on goûtera la variété des occurrences entre Bailey et Parker, Bailey jouant alternativement de la guitare électrique et de la guitare acoustique que ce soit avec le saxophoniste qui peut se faire ténu et étiré à l’extrême ou extrêmement volatile ou alors avec le tintamarre et les farces et attrapes du batteur hollandais. Si vous êtes passionnés d’improvisation et peu documenté – les documents disponibles réunissant ces trois – là se faisant rares – vous n’auriez pas tort de casser votre tirelire. Voici les tarifs : Europe & Monde = 55,00 €, Europe & Monde + Suivi = 60,00 € France = 50,00 €, France + Suivi = 55,00 €. Pour quatre CD’s , le coffret et les deux livrets bien documentés et soignés, vous ne serez pas volés question temps d’écoute et pour l’horizon sonore géant proposé. En plus, il faut savoir que Jean-Marc Foussat de FOU Records n’est pas subventionné et produit ces nombreux CD’s tout seul en puisant dans ses archives enregistrées qu’il a toujours faites bénévolement sans se faire payer afin que les artistes aient des témoignages. Il suffit de parcourir son catalogue sans préjugés pour s'en convaincre. Un super travail éditorial au service d’une musique explosive, volatile, dangereuse et irréductible. Bravo !
Albert Ayler Quintet Lost Performances 1966 Revisited ezz-thetics 1146
https://albertayler-ezz-thetics.bandcamp.com/album/albert-ayler-quintet-lost-performances-1966-revisited
La fin des haricots pour cet inoubliable Quintet d’Albert Ayler, le plus documenté parmi ses groupes successifs. Composé de son frère Don Ayler à la trompette, d’Albert au sax ténor, du violoniste classique hollandais Michel Samson du fidèle bassiste William Folwell et du batteur Beaver Harris avant que celui-ci ne devienne le batteur fétiche d’Archie Shepp. Beaver Harris était celui qui parmi les musiciens free connaissait Albert Ayler depuis le plus longtemps. En effet, ils se sont connus dans l’armée américaine stationnée en Allemagne des années auparavant avant qu’Albert fasse déjà sensation sur un ou deux podiums à Orléans et à Paris, car il y a des témoignages. Ces enregistrements ne sont pas vraiment des fonds de tiroir parus après les concerts de Lörrach et de la Salle Pleyel à Paris lors de la même tournée d’octobre – novembre 1966 sous l’égide de Jazz at Newport / George Wein en compagnie d’Art Blakey , Stan Getz, etc…. Ezz-thetics a aussi publié un CD contenant les concerts de Berlin et Stockholm. Ici, nous avons doit à une session studio pour une production cinématographique Munichoise, un large extrait du concert de Rotterdam à De Doelen où le quartet Cherry Ayler Peacock Murray avait déjà presté en 1964. Et le concert d’Helsinki. Une unique version de Ghosts et de Bells et en giration Our Prayer, Infinite Spirit, Truth Is Marching In, Prophet d’un concert à l’autre pour notre bonheur. Isolé , un Change Has Come. Mais parmi ces morceaux joués deux fois au cordeau, on apprécie qu’un Change Has Come question ambiance, énergie, émotion ou rage de jouer. Si le répertoire est hymnique et se réfère à ces musiques funéraires issues des pratiques musicales populaires des « funerals » Afro-Américains voisins du gospel et des fantares, le contenu émotionnel est souvent à même de déraper, exploser ou devenir élégiaque et curieusement hanté. Avant-garde , free-jazz ? Plutôt une expression qu’Albert et son frère Don voulait universelle, humaine et lyrique. L’expressionisme est à son comble mais il n’est jamais surjoué. Et la mise en place rythmique et concertée est fabuleuse. Le violoniste Michel Samson se situe alors au firmament du free-jazz, Don Ayler, le mystique a une puissance éclatante qui transcende son instrument même s’il n’y a pas de traces de virtuosité dans son jeu , mais une projection implacable révélatrice de nos névroses et de nos manques. Le batteur est free à souhait et le jeu de tous est ancré dans les fondations solides et inébranlables du contrebassiste Bill Folwell qu’on a entendu seulement qu’aux côtés d’Ayler. Stan Getz , l’a dit un jour (à Jazz Hot) : il adore la sonorité plus que chaleureuse d’Albert Ayler, le son de la foi dans le Dieu universel et surtout l’expression de son amour d’autrui. Sa sonorité était d'une pureté expressive avec un contrôle du timbre brûlant d'une puissance inouïe ; la quintessence de la musique noire afro américaine atavique au niveau de la mélodie même la plus "naïve". Cette sonorité pouvait s'éclater, se dilater, exploser et se fragmenter qu'au point que de nombreux saxophonistes free de toute obédience, formation musicale ou background culturel se sont référés à lui. Ces overtones déchirants au point de vous faire éclater d'une émotion irrépressible le jour où innocemment, vous découvrez cela un peu par hasard... un phénomène hors norme. D'un point de vue personnel, Albert Ayler avait réellement un cœur en or, une sincérité et une empathie humble voire timide. C’est un des plus grands artistes de Jazz tout styles confondus. Un tas de faiseurs actuels et contractuels qui courent les accolades et les compliments de la presse spécialisée, c’est de la gnognotte à côté. Lui, c’était un vrai révolutionnaire dans le sens humain le plus profond.
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/nickelsdorf
Deuxième album de ce quintet « schlippenbachien » improbable après Conundrum publié par le même label Creative Sources d’Ernesto Rodrigues. Qui aurait pu penser au début des années 2000 qu’Alex von S. allait un jour jouer avec les deux Rodrigues père et fils, respectivement Ernesto à l’alto et Guilherme au violoncelle, tellement leur musique était radicale, « réductionniste » faite de drones, de frottements abstraits, de grincements bruitistes frôlant le silence ? Alex est un des pianistes à qui colle l’étiquette de parangon du free-jazz intense, explosif et quasiment entièrement improvisé (avec Evan Parker et Paul Lovens) et le batteur Willy Kellers a un sérieux passé avec Peter Brötzmann, Keith Tippett ou Thomas Borgmann. Il se fait que cette nouvelle musique improvisée des Burkhard Beins, Rhodri Davies, Axel Dörner, etc… semblait être née en réaction à la toute puissante énergie du free-jazz et de la complexité pointilliste et ultra détaillée de l’improvisation libre des trois décennies précédentes (Evan Parker, Derek Bailey, Paul Rutherford etc…). Mais bon peu d’années plus tard, on vit Axel Dörner jouer avec Rudi Mahall (Die Entaüschung) et Alex von Schlippenbach se joint à eux dans Monk’s Casino, leur quintet « de jazz » jouant le répertoire complet de la musique de Thelonious Monk. Donc, les étiquettes et les catégories, il vaut mieux s’en passer. J’avais chroniqué Conundrum très favorablement, notant l’interaction fine entre les cinq musiciens, interaction d’un autre type. Il s’agissait d’un enregistrement de studio et ce Nickelsdorf a été enregistré lors du festival du même nom le 26 Juillet 2025. Comme ce festival accueille assez bien d’ afficionados de free-music et des groupes, disons, plus proches de la free-music telle qu’on la connaît depuis quelques décennies, il semblerait que le batteur Willi Kellers, excellent, suggérât le swing volatile et les pulsations avec une certaine énergie, mais aussi une approche restreinte selon les phases de jeu. Il faut l’entendre tic-toquer sur les surfaces des peaux et cymbales en modifiant la dynamique, la vélocité et les cadences des frappes millimétrées. Sur une scène face à un public et immergée dans une acoustique particulière, une telle instrumentation saxophone alto, alto, violoncelle, piano et percussions peut créer des soucis d’écoute mutuelle, de balance et de différences au niveau volume sonore, batterie vs violon par exemple. Il faut ajouter au crédit d’Alex von Schlippenbach qu’il joue en laissant de l’espace pour ses collègues. Et fort heureusement, car les deux Rodrigues ne se contentent pas de tracer des lignes expressives tendues à la limite de l’expressionnisme comme, par exemple, le violoniste Michael Samson qui avait joué avec Albert Ayler lors de sa tournée européenne de 1966 et les légendaires concerts au Village publiés par Impulse. Le jeu des Rodrigues tend à faire vibrer les cordes dans un agrégat sonore boisé, irisé au travers duquel on a la sensation d’entendre les fibres du bois de la caisse de résonance frémir les harmoniques et ressentir les partiels du timbre se différencier subtilement à la limite du sotto-voce. Il faut vraiment oser. De ce point de vue, Ernesto et Guilherme se complètent comme on ne l’entend jamais ailleurs. Mais, il y a un as dans ce brelan : le saxophoniste alto Nuno Torres, le soufflant le plus proche esthétiquement du tandem Rodrigues. Pas question pour lui de faire vibrer son anche comme un killer post Ornette – Dolphy tranchant et free-jazz à souhait. Il développe une sonorité lunaire, ombrée et presqu’assourdie, introvertie qui cadre à merveille avec les deux cordistes, tout en traçant des spirales inégales, fracturées et méandreuses. Référez – vous à leur double CD Whispers in the Moonlight – In Seven Movements (Creative Sources CS849CD) : c’est un album tellement inspiré qu’on s’arrête d’écouter autre chose dans le catalogue exponentiel de Creative Sources. Et donc le jeu aéré d'Alex se situe dans le mood parfait proche de ces deux albums "Twelve Tones Tales" rendant une certaine cohérence dans leurs échanges. Ce quintet Live à Nickelsdorf est aussi un hommage à l’ouverture d’esprit d’Hans Falb, l’organisateur de ce festival de Nickelsdorf, qui vient de nous quitter inopinément. Hans était doté d’une extraordinaire ouverture d’esprit à la hauteur de l’utopie de ce quintet « Schippenbachien » qui défie tous les pronostics.
Derek Bailey Han Bennink Evan Parker Dunois April 2nd , 3rd & 5th 1981 Topographie Parisienne FOU Records 4CD Box FRCD 34-35-36-37.
https://www.fourecords.com/FR-CD34%3E37-2.htm
Nouvelle édition modifiée de Topographie Parisienne, unique rencontre en concert du guitariste Derek Bailey, du saxophoniste Evan Parker et du batteur et « alors » multi-instrumentiste Han Bennink au Dunois , 28 durant le mois d’avril 1981, sous le nom de Company, l’orchestre d’improvisation à géométrie variable de Derek Bailey, lequel se décompose en solos, duos et trios sur trois soirées fort animées. Topographie car référence au légendaire album Topography of the Lungs (Incus 1 – 1970 édité trois fois en 70 (mono ?), 1971 (stéréo) et 1977 (pochette légèrement différente, réédité en CD par Psi (2006) et plus tard en vinyle par Otoroku. Information : ce trio n’a jamais joué sur scène avant ces performances parisiennes de 1981, même s’il y eut un court set du trio DB – HB – EP lors de la Company Week de Mai 1977. Donc c’est un rare document de ces trois musiciens réunis, même s’ils ont enregistré ensemble dans d’autres contextes : Peter Brötzmann, ICP, Globe Unity, ou en duos distincts. Derek et Han ont entretenu un duo durant des années (cfr leur Lp ICP 004 et les Performances at Verity’s Place de 1972 – LP Incus 9). Quant au tandem DB – EB , on leur doit un album en duo parfaitement cohérent, d’une musique complètement révolutionnaire à l’époque. Elle faisait dire à Anthony Braxton qu’ils étaient les improvisateurs les plus intéressants et novateurs « de notre époque » (Jazz Mag 1975). Référence ultime : The London Concert - LP Incus 16 réédité par Psi en CD dans les années 2000). J’ai eu l’occasion dans ma déjà longue vie de mettre la main sur des copies de ces albums et les avoir écoutés tant et plus au point que je peux les reconnaître quasi immédiatement tant j’ai mémorisé les infinis détails de leur musique enregistrée. À l’époque, on avait très peu de documents à se mettre dans l’oreille, donc on les connaissait presque par cœur. La grande différence entre the London Concert et cet album réside dans le facteur tension et volonté d’aller au bout de leurs différences. La goguenardise de Derek Bailey aidant et le délire Benninkien alors à son zénith … écoutez par exemple le duo Bennink Parker plus tardif publié par Psi, The Grass Is Greener, on y trouve une grande cohérence et Bennink n’y joue que de la batterie. Dans son cirque d’alors, Bennink joue everything and anything. Même s’il a abandonné son installation de percussions “exotiques” ahurissante et surtout encombrante, son jeu à la batterie est toujours aussi foisonnant en dépassant tous les paramètres polyrythmiques et en organisant le chaos avec une technique hallucinante dont ’il avoue avoir découvert les principes – concepts à travers les enregistrements de Milford Graves. Par contre, les influences de Derek Bailey au niveau guitare échappe très souvent au logiciel de la critique. Ah oui; la douzième frette ! En outre, on entend le batteur jouer ici du trombone, de la clarinette basse et en Mi bémol ou émettant d’étranges bruitages. Je l’ai vu jouer du violon, du banjo, du sax soprano, du piano, du balai géant dans un piano, des radiateurs, du plancher, de la scie, du hi-hat avec une longue ficelle depuis les rideaux des coulisses. Etc… Comme Jean-Marc Foussat, l’ingé son de ces concerts d’avril 1981 était en train de déménager à l’époque de la première édition de cette boîte magique, il n’avait alors pu avoir accès à ces notes concernant ces enregistrements. Donc, l’édition première aujourd’hui « sold – out » n'indiquait que la date du 3 avril 1981. Ayant retrouvé ses notes, J-M F a réorganisé les pistes successives des trois soirées dans l’ordre de jeu sur scène des 2, 3 et 4 avril pour cette nouvelle édition. Et là , je dois dire que j’y vois le sens « organisationnel » d’Evan Parker, tout anarchiste qu’il veut être. En effet , ces trois dates avaient été arrangées par Evan lui-même et donc il a proposé le plan de jeu de ces trois soirées : CD 1 un solo de sax ténor d’EP de 10 minutes suivi d’un long trio de 41 minutes. CD 2 et CD 3 : rien que des duos : HB – EP 17’ , DB – EP, 27’, HB-EP 12’ puis DB – HB 39’ et DB – EP 12’. CD 4 Trio DB – HB – EP 46’ et EP sax soprano solo. Manque à l'appel deux solos de guitare acoustique de Derek parus dans son album solo Aïda (Incus 40). Il y a dans cet album un morceau d'anthologie qui semble simplissime mais en fait injouable. S'il y a pas mal de tensions – délires et disruptions dans les trios et duos avec Bennink, y compris des moments vraiment intrigants ou fascinants, on goûtera la variété des occurrences entre Bailey et Parker, Bailey jouant alternativement de la guitare électrique et de la guitare acoustique que ce soit avec le saxophoniste qui peut se faire ténu et étiré à l’extrême ou extrêmement volatile ou alors avec le tintamarre et les farces et attrapes du batteur hollandais. Si vous êtes passionnés d’improvisation et peu documenté – les documents disponibles réunissant ces trois – là se faisant rares – vous n’auriez pas tort de casser votre tirelire. Voici les tarifs : Europe & Monde = 55,00 €, Europe & Monde + Suivi = 60,00 € France = 50,00 €, France + Suivi = 55,00 €. Pour quatre CD’s , le coffret et les deux livrets bien documentés et soignés, vous ne serez pas volés question temps d’écoute et pour l’horizon sonore géant proposé. En plus, il faut savoir que Jean-Marc Foussat de FOU Records n’est pas subventionné et produit ces nombreux CD’s tout seul en puisant dans ses archives enregistrées qu’il a toujours faites bénévolement sans se faire payer afin que les artistes aient des témoignages. Il suffit de parcourir son catalogue sans préjugés pour s'en convaincre. Un super travail éditorial au service d’une musique explosive, volatile, dangereuse et irréductible. Bravo !
Albert Ayler Quintet Lost Performances 1966 Revisited ezz-thetics 1146
https://albertayler-ezz-thetics.bandcamp.com/album/albert-ayler-quintet-lost-performances-1966-revisited
La fin des haricots pour cet inoubliable Quintet d’Albert Ayler, le plus documenté parmi ses groupes successifs. Composé de son frère Don Ayler à la trompette, d’Albert au sax ténor, du violoniste classique hollandais Michel Samson du fidèle bassiste William Folwell et du batteur Beaver Harris avant que celui-ci ne devienne le batteur fétiche d’Archie Shepp. Beaver Harris était celui qui parmi les musiciens free connaissait Albert Ayler depuis le plus longtemps. En effet, ils se sont connus dans l’armée américaine stationnée en Allemagne des années auparavant avant qu’Albert fasse déjà sensation sur un ou deux podiums à Orléans et à Paris, car il y a des témoignages. Ces enregistrements ne sont pas vraiment des fonds de tiroir parus après les concerts de Lörrach et de la Salle Pleyel à Paris lors de la même tournée d’octobre – novembre 1966 sous l’égide de Jazz at Newport / George Wein en compagnie d’Art Blakey , Stan Getz, etc…. Ezz-thetics a aussi publié un CD contenant les concerts de Berlin et Stockholm. Ici, nous avons doit à une session studio pour une production cinématographique Munichoise, un large extrait du concert de Rotterdam à De Doelen où le quartet Cherry Ayler Peacock Murray avait déjà presté en 1964. Et le concert d’Helsinki. Une unique version de Ghosts et de Bells et en giration Our Prayer, Infinite Spirit, Truth Is Marching In, Prophet d’un concert à l’autre pour notre bonheur. Isolé , un Change Has Come. Mais parmi ces morceaux joués deux fois au cordeau, on apprécie qu’un Change Has Come question ambiance, énergie, émotion ou rage de jouer. Si le répertoire est hymnique et se réfère à ces musiques funéraires issues des pratiques musicales populaires des « funerals » Afro-Américains voisins du gospel et des fantares, le contenu émotionnel est souvent à même de déraper, exploser ou devenir élégiaque et curieusement hanté. Avant-garde , free-jazz ? Plutôt une expression qu’Albert et son frère Don voulait universelle, humaine et lyrique. L’expressionisme est à son comble mais il n’est jamais surjoué. Et la mise en place rythmique et concertée est fabuleuse. Le violoniste Michel Samson se situe alors au firmament du free-jazz, Don Ayler, le mystique a une puissance éclatante qui transcende son instrument même s’il n’y a pas de traces de virtuosité dans son jeu , mais une projection implacable révélatrice de nos névroses et de nos manques. Le batteur est free à souhait et le jeu de tous est ancré dans les fondations solides et inébranlables du contrebassiste Bill Folwell qu’on a entendu seulement qu’aux côtés d’Ayler. Stan Getz , l’a dit un jour (à Jazz Hot) : il adore la sonorité plus que chaleureuse d’Albert Ayler, le son de la foi dans le Dieu universel et surtout l’expression de son amour d’autrui. Sa sonorité était d'une pureté expressive avec un contrôle du timbre brûlant d'une puissance inouïe ; la quintessence de la musique noire afro américaine atavique au niveau de la mélodie même la plus "naïve". Cette sonorité pouvait s'éclater, se dilater, exploser et se fragmenter qu'au point que de nombreux saxophonistes free de toute obédience, formation musicale ou background culturel se sont référés à lui. Ces overtones déchirants au point de vous faire éclater d'une émotion irrépressible le jour où innocemment, vous découvrez cela un peu par hasard... un phénomène hors norme. D'un point de vue personnel, Albert Ayler avait réellement un cœur en or, une sincérité et une empathie humble voire timide. C’est un des plus grands artistes de Jazz tout styles confondus. Un tas de faiseurs actuels et contractuels qui courent les accolades et les compliments de la presse spécialisée, c’est de la gnognotte à côté. Lui, c’était un vrai révolutionnaire dans le sens humain le plus profond.
23 décembre 2025
Merry Xmas & Happy New Year. My favourite recordings these last months !!
FWWY+ Duos & Trios Christian Vasseur - Steve Gibbs - Nicolo Vivi 4DARecords 2CD 4DRCD020
https://4darecord.bandcamp.com/album/fwwu-duos-trios
Fred Van Hove solo piano I - II - III (1996) Edition Explico 3 digital
https://editionexplico.bandcamp.com/album/i-ii-iii
Tebugo Evan Parker Paul Rogers Louis Moholo Jazz In Britain CD
https://jazzinbritain1.bandcamp.com/album/tebugo
Live in Foggia Larry Stabbins Keith Tippett Louis Moholo OGUN OGCD 051
https://ogun3.bandcamp.com/album/larry-stabbins-keith-tippett-louis-moholo-moholo-live-in-foggia
Violet Daniel Thompson Empty Birdcage EBR 014
https://emptybirdcagerecords.bandcamp.com/album/violet
Topographie Parisienne : Derek Bailey - Han Bennink - Evan Parker Dunnois, April 2nd, 3rd & 4th April & 4th, 1981 4CD Box FOU Records FR-CD 34 - 35 - 36 - 37 . Reissue of first edition with a different order of the tracks following each date + new booklets. Recorded, mixed and produced by Jean-Marc Foussat. J-M F had issued these + 3 hours of concerts like it was perfomed on the 3rd of April. As he was moving to his new home, he didn't have access to all his notes and files. Thus as the first edition was sold out, he reissued with a new CD - Box taking account of the actual circumstances and the notes from his recording logs.
The link with FOU Records website is here https://www.fourecords.com/FR-CD34%3E37-2.htm But you can reach the label by message and order it by bank payment, all details being here : https://www.fourecords.com/.
The title Topographie Parisienne refers to the first Incus label issue "01" : Topography of the Lungs (1970) of Evan Parker, Han Bennink & Derek Bailey as a trio. They almost never performed in concert as a trio in the seventies, or only in a set into a Derek's Company concert. This legendary album was issued three times by Incus : 1970 & 1971 with the same artcover and one reissue with slightly changed art cover in 1977. The CD version was issued by Evan Parker's Psi in 2006 and Otoroku label issued a vinyle version some years ago. Here, although there are two lengthy trios on CD 1 & CD 4 along with two Evan's sax solos, they performed mainly duos HB & DB, DB & EP, HB & EP during these three dates. These duets are crammed only into the CD 2 & CD 3 of this CD Box. These concerts were arranged by Evan Parker and were announced as a Company event. `
Spleen Carlos Zingaro Carlos Bechegas Ernesto Rodrigues Creative Sources CS848CD
https://creativesources.bandcamp.com/album/spleen
Polarity 4 Ivo Perelman & Nate Wooley burning ambulance CD
https://ivoperelman-bam.bandcamp.com/album/polarity-4
Scrap Heap Challenge Paul Lytton Joker Nies Richard Scott Georg Wissel scatter archive digital
https://scatterarchive.bandcamp.com/album/scrapheap-challenge
Charlotte Hug In Resonance with Elsewhere voice viola Fundacja Sluchaj FSR 05 / 225
https://sluchaj.bandcamp.com/album/in-resonance-with-elsewhere
The Complete Fingers Remember Mingus Dave Green Bruce Turner Lol Coxhill Alan Jackson Michael Garrick Jazz In Britain JIB-55-S-CD.
https://jazzinbritain1.bandcamp.com/album/the-complete-fingers-remember-mingus
Aspects of Memory Lawrence Casserley & Emil Karlsen Bead Records
https://beadrecords.bandcamp.com/album/aspects-of-memory
John Edwards Lisbon Solo Double Bass digital
https://johnedwards.bandcamp.com/album/lisbon-solo-2
John Butcher & John Edwards This Is Not Speculation Fundacja Sluchaj FSR CD
https://sluchaj.bandcamp.com/album/this-is-not-speculation
Ivor Kallin. Bagpipe Practice Room scatter archives digital
https://scatterarchive.bandcamp.com/album/bagpipe-practice-room
Laurent Paris & Jean Luc Petit Présence Label au bois dormant 001
https://labelauboisdormant.bandcamp.com/album/pr-sence
Armageddon Flowers Ivo Perelman Matt Shipp String Trio w Mat Maneri & William Parker Tao Forms CD
https://matthewshipptaoforms.bandcamp.com/album/armageddon-flower
Albert Ayler Trio avec Sunny Murray et Gary Peacock Prophecy Live First Visit Complete ezz-thetics 109.
https://first-archive-visit.bandcamp.com/album/prophecy-live-first-visit
Xafnikes Synantiseis Floros Floridis Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues Ulf Mengersen Creative Sources CS819CD
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/xafnikes-synantiseis
https://4darecord.bandcamp.com/album/fwwu-duos-trios
Fred Van Hove solo piano I - II - III (1996) Edition Explico 3 digital
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Tebugo Evan Parker Paul Rogers Louis Moholo Jazz In Britain CD
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Live in Foggia Larry Stabbins Keith Tippett Louis Moholo OGUN OGCD 051
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Violet Daniel Thompson Empty Birdcage EBR 014
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Topographie Parisienne : Derek Bailey - Han Bennink - Evan Parker Dunnois, April 2nd, 3rd & 4th April & 4th, 1981 4CD Box FOU Records FR-CD 34 - 35 - 36 - 37 . Reissue of first edition with a different order of the tracks following each date + new booklets. Recorded, mixed and produced by Jean-Marc Foussat. J-M F had issued these + 3 hours of concerts like it was perfomed on the 3rd of April. As he was moving to his new home, he didn't have access to all his notes and files. Thus as the first edition was sold out, he reissued with a new CD - Box taking account of the actual circumstances and the notes from his recording logs.
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The title Topographie Parisienne refers to the first Incus label issue "01" : Topography of the Lungs (1970) of Evan Parker, Han Bennink & Derek Bailey as a trio. They almost never performed in concert as a trio in the seventies, or only in a set into a Derek's Company concert. This legendary album was issued three times by Incus : 1970 & 1971 with the same artcover and one reissue with slightly changed art cover in 1977. The CD version was issued by Evan Parker's Psi in 2006 and Otoroku label issued a vinyle version some years ago. Here, although there are two lengthy trios on CD 1 & CD 4 along with two Evan's sax solos, they performed mainly duos HB & DB, DB & EP, HB & EP during these three dates. These duets are crammed only into the CD 2 & CD 3 of this CD Box. These concerts were arranged by Evan Parker and were announced as a Company event. `
Spleen Carlos Zingaro Carlos Bechegas Ernesto Rodrigues Creative Sources CS848CD
https://creativesources.bandcamp.com/album/spleen
Polarity 4 Ivo Perelman & Nate Wooley burning ambulance CD
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Charlotte Hug In Resonance with Elsewhere voice viola Fundacja Sluchaj FSR 05 / 225
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The Complete Fingers Remember Mingus Dave Green Bruce Turner Lol Coxhill Alan Jackson Michael Garrick Jazz In Britain JIB-55-S-CD.
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Aspects of Memory Lawrence Casserley & Emil Karlsen Bead Records
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John Edwards Lisbon Solo Double Bass digital
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John Butcher & John Edwards This Is Not Speculation Fundacja Sluchaj FSR CD
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Ivor Kallin. Bagpipe Practice Room scatter archives digital
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Laurent Paris & Jean Luc Petit Présence Label au bois dormant 001
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Armageddon Flowers Ivo Perelman Matt Shipp String Trio w Mat Maneri & William Parker Tao Forms CD
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Xafnikes Synantiseis Floros Floridis Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues Ulf Mengersen Creative Sources CS819CD
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21 décembre 2025
Fred Van Hove / Ernesto et Guilherme Rodrigues / The Tweeters / Evan Parker Paul Rogers & Louis Moholo
Fred Van Hove solo piano I - II - III (1996) Edition Explico digital
https://editionexplico.bandcamp.com/album/i-ii-iii
Rare et merveilleux solo de Fred Van Hove enregistré at Forum Kesselhaus, hannover lors d’un Hohe – Ufer – Konzert nr 181. L’organisateur et le producteur de cet enregistrement solo exceptionnel de Fred Van Hove, n’est personne d’autre que le tromboniste, contrebassiste puis violoncelliste Günter Christmann, un ex-membre du Globe Unity Orchestra et un des free improvisers essentiels en Europe depuis la fin des sixties. Ce I- II – III fut publié sous forme de CDr à 60 copies signées par Fred Van Hove et manufacturées par Christmann lui-même sur son label maison Edition Explico. Heureusement, le batteur Michael Griener qui a grandi littéralement dans l’entourage proche de Günter C, l’ensemble des albums édités par Explico est disponible en digital. Sans doute, à mon avis, I – II – III est un des meilleurs enregistrements solo de Van Hove qui démontre ici qu’il était autant un improvisateur de l’instant qu’un compositeur d’envergure. Comme des esprits bornés parmi la critique (des gens qui n’ont jamais dû improviser sur une scène et devoir convaincre un public) ont pu fâcheusement l’écrire, NON Fred n’était pas un « élève » ou un suiveur de Cecil Taylor, mais un des pianistes les plus originaux du XXème siècle. Dans le petit monde des praticiens expérimentés et pionniers de l’improvisation libre en Europe, il n’était pas rare qu’on considère ouvertement Fred Van Hove comme le pianiste numéro UN. Il y a chez lui une couleur sonore « dissonante » qui n’appartient qu’à lui qui s’échappe des quasi clichés issus du dodécaphonisme de l’univers sériel, etc… Aussi, il a une capacité à développer spontanément des matériaux multiformes sur la durée , d’un seul tenant en jouant simultanément avec plusieurs dynamiques, intensités et substrats harmoniques, ajustant de multiples idées et formes avec brio. Avec l’âge, il a perdu en partie la fantaisie de ses débuts pour gagner en substance. Derrière sa musique, tapit une force de caractère peu commune. Durant des années, Fred , un vrai autodidacte, s’est battu contre vents et marées à imposer l’improvisation musicale sur la place publique d’un point de vue collectif dans un pays trop petit qui l’a obligé à s’exporter à l’étranger. Sans aucune concession esthétique et avec une exigence musicale considérable. Evan Parker n’a jamais publié qu’un seul album de piano solo sur son label Psi : Journey de Fred Van Hove. De même, FMP – SAJ , l’historique label Berlinois (et a/l/l) contient à son catalogue pas moins de cinq albums solos de Van Hove, dont un à l’orgue. Je l’ai entendu en duo avec Albert Mangelsdorf, Paul Rutherford, Steve Lacy, Anthony Braxton, Evan Parker, Philipp Wachsmann, c’était le top niveau ! Et ses groupes essentiels après la période de folle avec Bennink et Brötzmann sont quasiment non documentés (Wachsmann Charig, Christmann, Rutherford, Malfatti etc.. Mais, il s'est aussi produit ave cla chanteuse française Annick Nozati, unepersonnalité qui semblait se situer aux antipodes de la sienne. Et la on mesure son ouverture d'esprit radicale. Donc, cet album est ce qui peut arriver de mieux en matière d’improvisation libre / instant composition au piano. Extraordinaire et musicalement riche et profond.
Ernesto Rodrigues & Guilherme Rodrigues Pico Creative Sources CSCD 877
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/pico
Le précédent album en duo de ce duo familial, Rodrigues père et fils , alto et violoncelle – Ernesto et Guilherme – Como O Mar faisait référence à la mer, ses mouvements, ses vagues oscillantes, ses courants, ses marées, il semble logique dès lors que leur opus suivant en tandem soit lié à une île. Particulièrement, une île des Açores, Pico celle dont on aperçoit la montagne, ici recouverte de curieux nuages à son sommet (2.351m), depuis l’île la plus importante de l’Archipel, Terceira et ses voisines, Sao Jorge et Faial. La première improvisation du CD a été enregistrée au Petersburg Art Space Berlin et compte trois sections (Live at PAS 23 :39) dont une est jouée sur la fameuse crackle box de Michel Waiszwics par Ernesto. Par rapport au précédent Como O Mar, la musique est vraiment différente ce qui n’a rien d’étonnant pour ces deux musiciens qui ont l’art de se renouveler au fil de leurs nombreux albums en trio ou quartet avec une kyrielle d’improvisateurs. Le deuxième long morceau de 32 :25 , Pico (São Caetano) contient du field recording réalisé en 2021 par Ernesto Rodrigues (enregistrement de terrain). Je n’avais pas chroniqué Como O Mar, malheureusement, mais cela s’explique par la régularité exponentielle des publications des Rodrigues sur Creative Sources, le label qu’ils font vivre depuis 25 ans atteignant aujourd’hui le n° 877 sur leur gigantesque catalogue. Comme je publie à peine autant/plus de chroniques qu’eux de CD’s, il m’est impossible de monopoliser mon blog avec les CS CD… alors que d’autres artistes méritants espèrent une rare chronique.
Le field recording nous fait entendre des bruits crissants de criquets dans la nuit par-dessus lesquels les deux violonistes grattent et scratchent leurs cordes en grinçant créant une ambiance mystérieuse faites de drones mouvantes et de petits chocs dans une vision expérimentale. On y retrouve toute la classe et la distinction du travail des Rodrigues dans les détails de ces drones crissants, ces hauteurs de notes qui descendent inexorablement, ces effets de souffle (littéralement) de l’archet qui frôle les cordes…. Entourés par les sons de l’espace ouvert quelque part sur cette île mystérieuse. De cette ambiance naît un dialogue pointilliste épuré d’actions instrumentales millimétrées qui créent une narration, un dialogue, une échappée dont l’intensité et l’aspect ludique croissant clôt un premier mouvement. Celui-ci répond à la démarche du concert au PAS en octobre 25. La deuxième section incarne un beau chant à ceux voix avec l’ample et lent travail « vocalisé » à l’archet, une élégie suspendue dans le vide soutenu par l’enregistrement de terrain, celui-ci servant comme un continuité pour les improvisations qui se succèdent marquant chaque fois un autre aspect de leur démarche contemporaine. Vous avez là de la musique à écouter sans se lasser, le duo Rodrigues développant de nouvelles idées et sensibilités avec leurs grandes ressources sonores et musicales, sachant faire vivre l’instant dans la durée sans faiblir même quand un curieux animal surgit près des micros d’Ernesto en émettant de curieux gloussements ! Des improvisateurs de premier ordre. Fascinant !
The Tweeters The Berchem Tapes (1) May 1976 Pedantwerp serie / Ultra Eczema LP
https://ultraeczema.bandcamp.com/album/the-berchem-tapes-may-1976
The Tweeters était un groupe de free-jazz anversois avec un goût prononcé pour un humour surréaliste provoc’ mené par feu Edmond Van Lierde, un saxophoniste allumé et peintre – graphiste poète et performer. Son pote Jean Van Den Plas (saxophone, violon et violoncelle) est le frère de sa petite amie Nicole à l’époque où ils assistaient au concert de Coltrane au festival de Jazz de Comblain en 1965. Ils firent ensuite un voyage aux US pour découvrir le free-jazz. Nicole Van Den Plas était une excellente pianiste qui joua et enregistra avec Alfred Harth, Sven Åke Johansson ou Thomas Cremer et partit vivre à Frankfurt. Une jeune drop – out se joignit à eux, Liliane Vertessen, chanteuse et tromboniste, elle aussi présente à ce festival. Edmond recruta Willem Van Lierde son pianiste de frère. Et à cette équipe se joignirent les inévitables Paul Feyaerts et Ronnie Dusoir, respectivement contrebassiste et batteur, lesquels jouèrent et enregistrèrent avec André Goubeeck dans le Full Moon Trio. On croisa certains d’entre eux dans un groupe de Fred Van Hove, avec Kris Wanders dans les premières années du free Anversois, mouvance qui se mua dans une organisation collective d’improvisateurs, le Wergroep Improviserende Musici. Cette organisation qui compta plus d’une vingtaine de membres organisa régulièrement des festivals dès 1972-73 et c’est lors d’une édition mémorable en 1977 au légendaire King-Kong, un centre culturel alternatif que j’assistai à une bien amusante performance des Tweeters au sein d’un programme fabuleux.
À l’époque des contrôles douaniers stricts, les musiciens attendaient parfois des heures dans les postes de douane pour les formalités et le « plombage » des instruments attestant la validité du contrôle. Résultat des courses, la Belgique ayant des frontières communes avec la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Grande Bretagne, plusieurs musiciens de jazz « free » s’établirent quelques temps à Anvers ou Bruxelles afin de n’avoir qu’un seul poste de douane sur leur route vers un concert dans un pays voisin. Parmi ces résidents, on a compté Stu Martin qui logea souvent ses camarades en tournée, Peter Kowald (marié avec la sœur de Kris Wanders), Gunther Hampel, Jeanne Lee, Alfred Harth, J.R. Montrose, et John McLaughlin dans les années 67-68. On aperçut souvent Barry Altschul au Welkom, mythique bar bruxellois ou Barre Philips. À cette époque, le café De Muze à Anvers accueillait régulièrement des jazzmen qu’ils soient swing, post-bop ou free et il y avait d’autres cafétjes ou zoldertjes où pouvoir jouer. De nombreux musiciens free étaient de passage à Anvers et dans les Flandres. Et bien sûr, Han Bennink, Peter Brötzmann, Wim Breuker, SA Johansson, Misha Mengelberg, Marion Brown… D’ailleurs, le mythique trio de Brötzmann Van Hove Bennink fut enfanté à Antwareppe, le groupe de Fred Van Hove alors composé de Fred, Kris Wanders, Peter Kowald et Peter Brötzmann avait un besoin urgent d’un batteur après la disparition de Jan Van‘t Ven. C'est Marion Brown qui leur recommanda Han Bennink Et donc, bon nombre d’auditeurs passionnés du free-jazz d’Anvers, Gand, etc… se sont mis à jouer eux-mêmes cette musique un peu partout dans la région, au pied levé en autodidactes. C’était alors la musique contemporaine rebelle des prolétaires. Cela a alors créé un intérêt populaire dans les milieux artistiques, militants ou étudiants flamands pour la New Thing US et son équivalent improvised music européen : la preuve est que le King-Kong était bondé lors du Free Music, il y avait autant de public assis que debout. Mémorable !
Ce vinyle produit par Dennis Tiefus sur sa série Pedantwerp de son label Ultra Eczema publie une session répétition de Mai 1976 enregistrée à Berchem enregistrée par William Van Lierde, le pianiste du groupe. C’est enregistré de manière, disons, hasardeuse, mais le son est plus lisible lorsque le groupe joue « piano » ou mezzoforte. On entend distinctement quelques prouesses du batteur et la maîtrise du pianiste. On appréciera le lyrisme soulful de Linda , la tromboniste et le drive organique de Ronnie Dusoir. La musique est composite et basée sur des canevas de jazz et de musiques populaires avec une alégresse nonchalante et enjouée. Deux des titres se réfèrent au jazz : Willie’s Bounce (pour William) et Foolish Things (foolish, les Tweeters, bien sûr). Toute la face B est consacrée à leur magnum opus : Soirée Noire. À partir d’un groove chaloupé garni de d’impros modales, on chavire dans l’agressivité free avec les barrissements de la tromboniste et un déferlement percussif, pour ensuite être entraîné dans un drive funk – twist. Cette suite donne aussi à entendre un solo modal bluesy rageur au sax ténor par Edmond dans une autre séquence avec un impact rythmique différent. Malgré l’imperfection technique de l’enregistrement, on mesure la cohérence de la « section rythmique ». Dennis a organisé un concert solo d’un survivant des Tweeters, Jean Van Den Plas, au légendaire café De Kat à deux pas du Muze et du King Kong. L’endroit était « rempli » (vol) et une partie du public était debout. De nombreuses personnes présentes avaient connu cette scène et les musiciens du cru. Jean a joué d’une contrebasse électrique sans « caisse de violon » (à moins qu’il ne s’agit d’un contracello) en nous gratifiant de variations subtiles sur une deux compositions de Coltrane et l’inévitable Song For Che de Charlie Haden.
La surprise du concert – réunion était que Dennis vendait les dernières copies des Berchem Tapes 1 (May 1076) en vinyle pour 30 € incluant un gros livre d’art intitulé « Merci de m’avoir invité » et tiré à 300 exemplaires. La « réalisatrice » de ce très beau livre est Linda Greeve, la veuve d’Edmond Van Lierde, le saxophoniste et une des personnalités centrales des Tweeters. C’est sans doute un des documents les plus probants émanant d’un musicien free et lui-même artiste graphique, peintre et aquarelliste, auto-portraitiste, poète carte-postaliste, auteur de maximes déroutantes où surgissent des phrases en français détourné. En lisant l’hommage de Ronnie Dusoir à son pote Edmond, écrit dans un flamand croustillant et narrant une de leurs aventures en tournée, on imagine ce que veut dire « Série Noire » l’unique morceau de la Face B. Ce livre indique qu’Edmond était un vrai zyverer de génie, un zwanzeur d’antwareppe, un vrai poète de l’instant. Et quel artiste !! Durant des décennies, Edmond envoyait des cartes postales improbables à sa muse des premières années free, la pianiste Nicole Van Den Plas qui vivait à Francfort. Une partie d’'entre elles sont reproduites ici, recto-verso. Les noms de l’expéditeur et de la destinataire variaient de carte postale en carte postale dans un vrai délire. Leur contenu sémantique et littéraire vaut trois litres de bolleke De Koninck. Et ses camarades étaient à la hauteur. Le nom du groupe tire son origine dans le fait que les deux frères Van Lierde étaient jumeaux, tweelingen en néerlandais, soit The Tweeters. Edmond VL, Liliane V, Jean VDP, William VL, Paul F et Ronnie D étaient là pour s’amuser, vivre la musique et y prendre du plaisir, faire passer un message sans prétention, la musique collective exprimant un art de vivre et le sens de l’amitié profonde. Une critique sociale existentielle libertaire/ C’est ce qui transparait dans ce livre qui en dit plus sur l’esprit du free-jazz européen que les études formatées de Prof d’Univ US qui n’ont jamais vécu cette scène in vivo à l’époque et dans les lieux où elle est apparue. Une fois que galeristes, marchands d‘art ou experts se mêlent d’éditer des livres d’art de musiciens, c’est formaté, catalogué, froid voire glacial. Ici on se marre à tort et à travers. En Belgique, on n'est pas des stoefers, des frasquiljons ou des petzoeijes. Même chez un pince sans rire comme Fred Van Hove, il y a toujours eu un humour sous-jacent et André Goudbeeck a été longtemps un fidèle de Willem Breuker et son théâtre musical non sensique - drôlatique. Avec Edmond, il y a un côté Dada - Pata caquistique. On se dit que cette musique n’a jamais été aussi fascinante quand elle n’était pas encore documentée, répertoriée et scéniquement fragmentée. Tout semblait encore possible et le public appréciait cette énergie en s’ouvrant à tout un questionnement intérieur mais en y prenant un plaisir intense, voire incrédule, bon enfant vers une autre dimension sociale et humaine "out of this world".
Les Tweeters ont joué à Anvers, Gand, Charleroi, Rotterdam etc.. et une équipe plus ancienne a été programmée au Festival de San Sebastian en 1969 mais n’ont pas publié de disques tout comme la plupart de leurs collègues anvrsois. Mais sans le concours de tous ces activistes passionnés, le free-jazz et l’improvisation aurait sombré dans les deux décennies suivantes. L’élan donné à l’époque par tous ses praticiens et allumés, aujourd’hui inconnus, a fait que cette musique est encore toujours vivante. Une excellente bonne idée que cette publication !
Sorry, si je reviens encore sur des vétérans, mais il y a quelque chose à dire « anti-clichés » au sujet du batteur Louis Moholo. J’aurais préféré écrire un texte présentant un album d’artistes plus jeunes et enregistré récemment.
Tebugo Evan Parker Paul Rogers Louis Moholo Jazz In Britain CD
https://jazzinbritain1.bandcamp.com/album/tebugo
Enregistré en 1992 dansl’ancien Vortex, Stoke Newington Church Street, du temps où Paul Rogers faisait résonner sa puissante contrebasse quatre cordes (il joue depuis une vingtaine d’années de la sept cordes ALL à cordes sympathiques, un tout autre instrument). On entend ici une musique plus ou moins similaire à celle du trio Parker Guy Lytton, free-jazz « free » à la fois énergique, primal mais subtil, complexe et raffiné. Paul Rogers était alors devenu LE bassiste qui compte en G-B avec Mark Sanders, Elton Dean, Paul Rutherford, Keith Tippett, Paul Dunmall, Howard Riley, Tony Levin, Louis Moholo, etc… Son jeu allie la puissance d’un Mingus avec la sophistication issue de l’école La Faro et Dave Holland avec une capacité à jouer free avec une logique confondante en pizzicati en conservant l’atavisme jazz indélébile, sans parler de ses capacités effarantes à l’archet. Aussi , je l’ai vu et entendu maltraiter sa contrebasse comme personne auparavant. Il vit depuis de nombreuses années en France et on l’entend toujours sur plusieurs des meilleurs albums de Paul Dunmall de ces 20 dernières années. Ses albums solos sont incroyables. Que peut on encore dire sur Evan Parker, un des sax ténor free les plus originaux, sa technique époustouflant et son articulation est mise au service d’une musicalité exceptionnelle au niveau de la complexité en spirales et croisements devolutes de souffle truffées d’effets sonores, harmoniques du pianissimo au forte avec un contrôle du son magistral. Le but du jeu dans ce trio est l’équilibre des forces en présence dans une volonté égalitaire en laissant un espace de jeu à chacun sans tirer la couverture à soi. Et de ce point de vue Louis Moholo a tout compris. Celui qui nous a quitté il y a peu (et cet album lui rend hommage) hérite de la sagacité initiale du Sunny Murray de la Spiritual Unity d’Albert Ayler (ESP 1002, album an-zéro du free et point de départ du free total), l’éthique de feu John Stevens. Un jeu polyrythmique avec la dynamique sonore restreinte et une multitude de micro-frappes éparpillées en finesse sur la surface des peaux et cymbales sans couvrir les condisciples, des instants de quasi silence, stase auditive, et quand la tension croît un crescendo approprié d’intensités percussives. Sa virtuosité et sa mise en place est confondante et à la hauteur d’Evan Parker et de ses batteurs fétiches, les deux Paul. Parfois, une pulsation élégante nous rappelle qu’il vient d’Afrique du Sud. On le sait, il existe dans le public des préjugés et des idées toutes faites du genre : « comment cela peut – il se faire qu’un musicien Africain du Sud, militant anti-appartheid abreuvé au khwela puisse - t-il jouer avec un avant-gardiste tel qu’Evan Parker dont certains albums pourraient être considérés comme anti-jazz, eurocentré et « intello » d’avant-garde » ? La réponse est très simple : ces musiciens appartiennent pour la vie à la communauté fraternelle des musiciens de jazz et d’improvisation londonienne – british où règne le sens de l’écoute, la camaraderie et l’échange fructueux des expériences au jour le jour sans élitisme. D'ailleurs, un duo improvisé d'Evan et Louis fait de sons rythmés à brefs coups de bec percussifs et de frappes millimétrées sur les peaux est tout à fait inattendu et insigne de l'ouverture des deux musiciens l'un vers l'autre. L'improvisation libre est nourrie par tout ce qu'on veut y mettre et ne répond pas à un cahier de charges établi et des théories de type "non-idiomatique" ou post-académiques formmes et stériles. Les trois morceaux de ce concert mémorable totalise 28:42, 14:50 et 36:06 et portent des titres - jeux de mots qu’affectionne Evan Parker.
https://editionexplico.bandcamp.com/album/i-ii-iii
Rare et merveilleux solo de Fred Van Hove enregistré at Forum Kesselhaus, hannover lors d’un Hohe – Ufer – Konzert nr 181. L’organisateur et le producteur de cet enregistrement solo exceptionnel de Fred Van Hove, n’est personne d’autre que le tromboniste, contrebassiste puis violoncelliste Günter Christmann, un ex-membre du Globe Unity Orchestra et un des free improvisers essentiels en Europe depuis la fin des sixties. Ce I- II – III fut publié sous forme de CDr à 60 copies signées par Fred Van Hove et manufacturées par Christmann lui-même sur son label maison Edition Explico. Heureusement, le batteur Michael Griener qui a grandi littéralement dans l’entourage proche de Günter C, l’ensemble des albums édités par Explico est disponible en digital. Sans doute, à mon avis, I – II – III est un des meilleurs enregistrements solo de Van Hove qui démontre ici qu’il était autant un improvisateur de l’instant qu’un compositeur d’envergure. Comme des esprits bornés parmi la critique (des gens qui n’ont jamais dû improviser sur une scène et devoir convaincre un public) ont pu fâcheusement l’écrire, NON Fred n’était pas un « élève » ou un suiveur de Cecil Taylor, mais un des pianistes les plus originaux du XXème siècle. Dans le petit monde des praticiens expérimentés et pionniers de l’improvisation libre en Europe, il n’était pas rare qu’on considère ouvertement Fred Van Hove comme le pianiste numéro UN. Il y a chez lui une couleur sonore « dissonante » qui n’appartient qu’à lui qui s’échappe des quasi clichés issus du dodécaphonisme de l’univers sériel, etc… Aussi, il a une capacité à développer spontanément des matériaux multiformes sur la durée , d’un seul tenant en jouant simultanément avec plusieurs dynamiques, intensités et substrats harmoniques, ajustant de multiples idées et formes avec brio. Avec l’âge, il a perdu en partie la fantaisie de ses débuts pour gagner en substance. Derrière sa musique, tapit une force de caractère peu commune. Durant des années, Fred , un vrai autodidacte, s’est battu contre vents et marées à imposer l’improvisation musicale sur la place publique d’un point de vue collectif dans un pays trop petit qui l’a obligé à s’exporter à l’étranger. Sans aucune concession esthétique et avec une exigence musicale considérable. Evan Parker n’a jamais publié qu’un seul album de piano solo sur son label Psi : Journey de Fred Van Hove. De même, FMP – SAJ , l’historique label Berlinois (et a/l/l) contient à son catalogue pas moins de cinq albums solos de Van Hove, dont un à l’orgue. Je l’ai entendu en duo avec Albert Mangelsdorf, Paul Rutherford, Steve Lacy, Anthony Braxton, Evan Parker, Philipp Wachsmann, c’était le top niveau ! Et ses groupes essentiels après la période de folle avec Bennink et Brötzmann sont quasiment non documentés (Wachsmann Charig, Christmann, Rutherford, Malfatti etc.. Mais, il s'est aussi produit ave cla chanteuse française Annick Nozati, unepersonnalité qui semblait se situer aux antipodes de la sienne. Et la on mesure son ouverture d'esprit radicale. Donc, cet album est ce qui peut arriver de mieux en matière d’improvisation libre / instant composition au piano. Extraordinaire et musicalement riche et profond.
Ernesto Rodrigues & Guilherme Rodrigues Pico Creative Sources CSCD 877
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/pico
Le précédent album en duo de ce duo familial, Rodrigues père et fils , alto et violoncelle – Ernesto et Guilherme – Como O Mar faisait référence à la mer, ses mouvements, ses vagues oscillantes, ses courants, ses marées, il semble logique dès lors que leur opus suivant en tandem soit lié à une île. Particulièrement, une île des Açores, Pico celle dont on aperçoit la montagne, ici recouverte de curieux nuages à son sommet (2.351m), depuis l’île la plus importante de l’Archipel, Terceira et ses voisines, Sao Jorge et Faial. La première improvisation du CD a été enregistrée au Petersburg Art Space Berlin et compte trois sections (Live at PAS 23 :39) dont une est jouée sur la fameuse crackle box de Michel Waiszwics par Ernesto. Par rapport au précédent Como O Mar, la musique est vraiment différente ce qui n’a rien d’étonnant pour ces deux musiciens qui ont l’art de se renouveler au fil de leurs nombreux albums en trio ou quartet avec une kyrielle d’improvisateurs. Le deuxième long morceau de 32 :25 , Pico (São Caetano) contient du field recording réalisé en 2021 par Ernesto Rodrigues (enregistrement de terrain). Je n’avais pas chroniqué Como O Mar, malheureusement, mais cela s’explique par la régularité exponentielle des publications des Rodrigues sur Creative Sources, le label qu’ils font vivre depuis 25 ans atteignant aujourd’hui le n° 877 sur leur gigantesque catalogue. Comme je publie à peine autant/plus de chroniques qu’eux de CD’s, il m’est impossible de monopoliser mon blog avec les CS CD… alors que d’autres artistes méritants espèrent une rare chronique.
Le field recording nous fait entendre des bruits crissants de criquets dans la nuit par-dessus lesquels les deux violonistes grattent et scratchent leurs cordes en grinçant créant une ambiance mystérieuse faites de drones mouvantes et de petits chocs dans une vision expérimentale. On y retrouve toute la classe et la distinction du travail des Rodrigues dans les détails de ces drones crissants, ces hauteurs de notes qui descendent inexorablement, ces effets de souffle (littéralement) de l’archet qui frôle les cordes…. Entourés par les sons de l’espace ouvert quelque part sur cette île mystérieuse. De cette ambiance naît un dialogue pointilliste épuré d’actions instrumentales millimétrées qui créent une narration, un dialogue, une échappée dont l’intensité et l’aspect ludique croissant clôt un premier mouvement. Celui-ci répond à la démarche du concert au PAS en octobre 25. La deuxième section incarne un beau chant à ceux voix avec l’ample et lent travail « vocalisé » à l’archet, une élégie suspendue dans le vide soutenu par l’enregistrement de terrain, celui-ci servant comme un continuité pour les improvisations qui se succèdent marquant chaque fois un autre aspect de leur démarche contemporaine. Vous avez là de la musique à écouter sans se lasser, le duo Rodrigues développant de nouvelles idées et sensibilités avec leurs grandes ressources sonores et musicales, sachant faire vivre l’instant dans la durée sans faiblir même quand un curieux animal surgit près des micros d’Ernesto en émettant de curieux gloussements ! Des improvisateurs de premier ordre. Fascinant !
The Tweeters The Berchem Tapes (1) May 1976 Pedantwerp serie / Ultra Eczema LP
https://ultraeczema.bandcamp.com/album/the-berchem-tapes-may-1976
The Tweeters était un groupe de free-jazz anversois avec un goût prononcé pour un humour surréaliste provoc’ mené par feu Edmond Van Lierde, un saxophoniste allumé et peintre – graphiste poète et performer. Son pote Jean Van Den Plas (saxophone, violon et violoncelle) est le frère de sa petite amie Nicole à l’époque où ils assistaient au concert de Coltrane au festival de Jazz de Comblain en 1965. Ils firent ensuite un voyage aux US pour découvrir le free-jazz. Nicole Van Den Plas était une excellente pianiste qui joua et enregistra avec Alfred Harth, Sven Åke Johansson ou Thomas Cremer et partit vivre à Frankfurt. Une jeune drop – out se joignit à eux, Liliane Vertessen, chanteuse et tromboniste, elle aussi présente à ce festival. Edmond recruta Willem Van Lierde son pianiste de frère. Et à cette équipe se joignirent les inévitables Paul Feyaerts et Ronnie Dusoir, respectivement contrebassiste et batteur, lesquels jouèrent et enregistrèrent avec André Goubeeck dans le Full Moon Trio. On croisa certains d’entre eux dans un groupe de Fred Van Hove, avec Kris Wanders dans les premières années du free Anversois, mouvance qui se mua dans une organisation collective d’improvisateurs, le Wergroep Improviserende Musici. Cette organisation qui compta plus d’une vingtaine de membres organisa régulièrement des festivals dès 1972-73 et c’est lors d’une édition mémorable en 1977 au légendaire King-Kong, un centre culturel alternatif que j’assistai à une bien amusante performance des Tweeters au sein d’un programme fabuleux.
À l’époque des contrôles douaniers stricts, les musiciens attendaient parfois des heures dans les postes de douane pour les formalités et le « plombage » des instruments attestant la validité du contrôle. Résultat des courses, la Belgique ayant des frontières communes avec la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Grande Bretagne, plusieurs musiciens de jazz « free » s’établirent quelques temps à Anvers ou Bruxelles afin de n’avoir qu’un seul poste de douane sur leur route vers un concert dans un pays voisin. Parmi ces résidents, on a compté Stu Martin qui logea souvent ses camarades en tournée, Peter Kowald (marié avec la sœur de Kris Wanders), Gunther Hampel, Jeanne Lee, Alfred Harth, J.R. Montrose, et John McLaughlin dans les années 67-68. On aperçut souvent Barry Altschul au Welkom, mythique bar bruxellois ou Barre Philips. À cette époque, le café De Muze à Anvers accueillait régulièrement des jazzmen qu’ils soient swing, post-bop ou free et il y avait d’autres cafétjes ou zoldertjes où pouvoir jouer. De nombreux musiciens free étaient de passage à Anvers et dans les Flandres. Et bien sûr, Han Bennink, Peter Brötzmann, Wim Breuker, SA Johansson, Misha Mengelberg, Marion Brown… D’ailleurs, le mythique trio de Brötzmann Van Hove Bennink fut enfanté à Antwareppe, le groupe de Fred Van Hove alors composé de Fred, Kris Wanders, Peter Kowald et Peter Brötzmann avait un besoin urgent d’un batteur après la disparition de Jan Van‘t Ven. C'est Marion Brown qui leur recommanda Han Bennink Et donc, bon nombre d’auditeurs passionnés du free-jazz d’Anvers, Gand, etc… se sont mis à jouer eux-mêmes cette musique un peu partout dans la région, au pied levé en autodidactes. C’était alors la musique contemporaine rebelle des prolétaires. Cela a alors créé un intérêt populaire dans les milieux artistiques, militants ou étudiants flamands pour la New Thing US et son équivalent improvised music européen : la preuve est que le King-Kong était bondé lors du Free Music, il y avait autant de public assis que debout. Mémorable !
Ce vinyle produit par Dennis Tiefus sur sa série Pedantwerp de son label Ultra Eczema publie une session répétition de Mai 1976 enregistrée à Berchem enregistrée par William Van Lierde, le pianiste du groupe. C’est enregistré de manière, disons, hasardeuse, mais le son est plus lisible lorsque le groupe joue « piano » ou mezzoforte. On entend distinctement quelques prouesses du batteur et la maîtrise du pianiste. On appréciera le lyrisme soulful de Linda , la tromboniste et le drive organique de Ronnie Dusoir. La musique est composite et basée sur des canevas de jazz et de musiques populaires avec une alégresse nonchalante et enjouée. Deux des titres se réfèrent au jazz : Willie’s Bounce (pour William) et Foolish Things (foolish, les Tweeters, bien sûr). Toute la face B est consacrée à leur magnum opus : Soirée Noire. À partir d’un groove chaloupé garni de d’impros modales, on chavire dans l’agressivité free avec les barrissements de la tromboniste et un déferlement percussif, pour ensuite être entraîné dans un drive funk – twist. Cette suite donne aussi à entendre un solo modal bluesy rageur au sax ténor par Edmond dans une autre séquence avec un impact rythmique différent. Malgré l’imperfection technique de l’enregistrement, on mesure la cohérence de la « section rythmique ». Dennis a organisé un concert solo d’un survivant des Tweeters, Jean Van Den Plas, au légendaire café De Kat à deux pas du Muze et du King Kong. L’endroit était « rempli » (vol) et une partie du public était debout. De nombreuses personnes présentes avaient connu cette scène et les musiciens du cru. Jean a joué d’une contrebasse électrique sans « caisse de violon » (à moins qu’il ne s’agit d’un contracello) en nous gratifiant de variations subtiles sur une deux compositions de Coltrane et l’inévitable Song For Che de Charlie Haden.
La surprise du concert – réunion était que Dennis vendait les dernières copies des Berchem Tapes 1 (May 1076) en vinyle pour 30 € incluant un gros livre d’art intitulé « Merci de m’avoir invité » et tiré à 300 exemplaires. La « réalisatrice » de ce très beau livre est Linda Greeve, la veuve d’Edmond Van Lierde, le saxophoniste et une des personnalités centrales des Tweeters. C’est sans doute un des documents les plus probants émanant d’un musicien free et lui-même artiste graphique, peintre et aquarelliste, auto-portraitiste, poète carte-postaliste, auteur de maximes déroutantes où surgissent des phrases en français détourné. En lisant l’hommage de Ronnie Dusoir à son pote Edmond, écrit dans un flamand croustillant et narrant une de leurs aventures en tournée, on imagine ce que veut dire « Série Noire » l’unique morceau de la Face B. Ce livre indique qu’Edmond était un vrai zyverer de génie, un zwanzeur d’antwareppe, un vrai poète de l’instant. Et quel artiste !! Durant des décennies, Edmond envoyait des cartes postales improbables à sa muse des premières années free, la pianiste Nicole Van Den Plas qui vivait à Francfort. Une partie d’'entre elles sont reproduites ici, recto-verso. Les noms de l’expéditeur et de la destinataire variaient de carte postale en carte postale dans un vrai délire. Leur contenu sémantique et littéraire vaut trois litres de bolleke De Koninck. Et ses camarades étaient à la hauteur. Le nom du groupe tire son origine dans le fait que les deux frères Van Lierde étaient jumeaux, tweelingen en néerlandais, soit The Tweeters. Edmond VL, Liliane V, Jean VDP, William VL, Paul F et Ronnie D étaient là pour s’amuser, vivre la musique et y prendre du plaisir, faire passer un message sans prétention, la musique collective exprimant un art de vivre et le sens de l’amitié profonde. Une critique sociale existentielle libertaire/ C’est ce qui transparait dans ce livre qui en dit plus sur l’esprit du free-jazz européen que les études formatées de Prof d’Univ US qui n’ont jamais vécu cette scène in vivo à l’époque et dans les lieux où elle est apparue. Une fois que galeristes, marchands d‘art ou experts se mêlent d’éditer des livres d’art de musiciens, c’est formaté, catalogué, froid voire glacial. Ici on se marre à tort et à travers. En Belgique, on n'est pas des stoefers, des frasquiljons ou des petzoeijes. Même chez un pince sans rire comme Fred Van Hove, il y a toujours eu un humour sous-jacent et André Goudbeeck a été longtemps un fidèle de Willem Breuker et son théâtre musical non sensique - drôlatique. Avec Edmond, il y a un côté Dada - Pata caquistique. On se dit que cette musique n’a jamais été aussi fascinante quand elle n’était pas encore documentée, répertoriée et scéniquement fragmentée. Tout semblait encore possible et le public appréciait cette énergie en s’ouvrant à tout un questionnement intérieur mais en y prenant un plaisir intense, voire incrédule, bon enfant vers une autre dimension sociale et humaine "out of this world".
Les Tweeters ont joué à Anvers, Gand, Charleroi, Rotterdam etc.. et une équipe plus ancienne a été programmée au Festival de San Sebastian en 1969 mais n’ont pas publié de disques tout comme la plupart de leurs collègues anvrsois. Mais sans le concours de tous ces activistes passionnés, le free-jazz et l’improvisation aurait sombré dans les deux décennies suivantes. L’élan donné à l’époque par tous ses praticiens et allumés, aujourd’hui inconnus, a fait que cette musique est encore toujours vivante. Une excellente bonne idée que cette publication !
Sorry, si je reviens encore sur des vétérans, mais il y a quelque chose à dire « anti-clichés » au sujet du batteur Louis Moholo. J’aurais préféré écrire un texte présentant un album d’artistes plus jeunes et enregistré récemment.
Tebugo Evan Parker Paul Rogers Louis Moholo Jazz In Britain CD
https://jazzinbritain1.bandcamp.com/album/tebugo
Enregistré en 1992 dansl’ancien Vortex, Stoke Newington Church Street, du temps où Paul Rogers faisait résonner sa puissante contrebasse quatre cordes (il joue depuis une vingtaine d’années de la sept cordes ALL à cordes sympathiques, un tout autre instrument). On entend ici une musique plus ou moins similaire à celle du trio Parker Guy Lytton, free-jazz « free » à la fois énergique, primal mais subtil, complexe et raffiné. Paul Rogers était alors devenu LE bassiste qui compte en G-B avec Mark Sanders, Elton Dean, Paul Rutherford, Keith Tippett, Paul Dunmall, Howard Riley, Tony Levin, Louis Moholo, etc… Son jeu allie la puissance d’un Mingus avec la sophistication issue de l’école La Faro et Dave Holland avec une capacité à jouer free avec une logique confondante en pizzicati en conservant l’atavisme jazz indélébile, sans parler de ses capacités effarantes à l’archet. Aussi , je l’ai vu et entendu maltraiter sa contrebasse comme personne auparavant. Il vit depuis de nombreuses années en France et on l’entend toujours sur plusieurs des meilleurs albums de Paul Dunmall de ces 20 dernières années. Ses albums solos sont incroyables. Que peut on encore dire sur Evan Parker, un des sax ténor free les plus originaux, sa technique époustouflant et son articulation est mise au service d’une musicalité exceptionnelle au niveau de la complexité en spirales et croisements devolutes de souffle truffées d’effets sonores, harmoniques du pianissimo au forte avec un contrôle du son magistral. Le but du jeu dans ce trio est l’équilibre des forces en présence dans une volonté égalitaire en laissant un espace de jeu à chacun sans tirer la couverture à soi. Et de ce point de vue Louis Moholo a tout compris. Celui qui nous a quitté il y a peu (et cet album lui rend hommage) hérite de la sagacité initiale du Sunny Murray de la Spiritual Unity d’Albert Ayler (ESP 1002, album an-zéro du free et point de départ du free total), l’éthique de feu John Stevens. Un jeu polyrythmique avec la dynamique sonore restreinte et une multitude de micro-frappes éparpillées en finesse sur la surface des peaux et cymbales sans couvrir les condisciples, des instants de quasi silence, stase auditive, et quand la tension croît un crescendo approprié d’intensités percussives. Sa virtuosité et sa mise en place est confondante et à la hauteur d’Evan Parker et de ses batteurs fétiches, les deux Paul. Parfois, une pulsation élégante nous rappelle qu’il vient d’Afrique du Sud. On le sait, il existe dans le public des préjugés et des idées toutes faites du genre : « comment cela peut – il se faire qu’un musicien Africain du Sud, militant anti-appartheid abreuvé au khwela puisse - t-il jouer avec un avant-gardiste tel qu’Evan Parker dont certains albums pourraient être considérés comme anti-jazz, eurocentré et « intello » d’avant-garde » ? La réponse est très simple : ces musiciens appartiennent pour la vie à la communauté fraternelle des musiciens de jazz et d’improvisation londonienne – british où règne le sens de l’écoute, la camaraderie et l’échange fructueux des expériences au jour le jour sans élitisme. D'ailleurs, un duo improvisé d'Evan et Louis fait de sons rythmés à brefs coups de bec percussifs et de frappes millimétrées sur les peaux est tout à fait inattendu et insigne de l'ouverture des deux musiciens l'un vers l'autre. L'improvisation libre est nourrie par tout ce qu'on veut y mettre et ne répond pas à un cahier de charges établi et des théories de type "non-idiomatique" ou post-académiques formmes et stériles. Les trois morceaux de ce concert mémorable totalise 28:42, 14:50 et 36:06 et portent des titres - jeux de mots qu’affectionne Evan Parker.
18 décembre 2025
John Butcher Ivo Perelman/ Larry Stabbins Keith Tippett Louis Moholo/ Pierre Borel / Loz Speyer Julie Walkington Tony Bianco
John Butcher Ivo Perelman Duologues 4 London Silhouettes Ibeji Records digital
https://music.apple.com/fr/album/duologues-4/1857635581
https://open.spotify.com/intl-fr/album/6o4Tk9oBzBkwTUyzsJkMqY
Rencontre plus qu’intéressante entre deux saxophonistes que tout semble opposer au niveau du « style » et de l’esthétique . Le britannique John Butcher utilise de multiples techniques de souffle alternatives confinant aux bruitages dans une dimension contemporaine avec un sens des structures constructiviste. C’est un chercheur pointu de l’improvisation libre radicale étirant le timbre du sax ténor à l’extrême tout en jouant une musique lisible avec un substrat harmonique très complexe et des repères mélodiques irréguliers. S’il a choisi la méthode créative de l’improvisation libre, Ivo Perelman évolue dans un univers issu du jazz libre afro-américain inspiré par Albert Ayler et illuminé par les couleurs sonores de la saudade brésilienne. Cela s’entend dans les inflexions sinueuses des harmoniques aiguës ondoyantes au-delà du registre le plus haut du saxophone ténor. Ses suraigus lyriques et étirements de notes en glissandi artistement expressifs et vocalisés contrastent avec les sons granuleux de Butcher, plus méthodiques et abrupts, ses sifflements contrôlés au millimètre, le Britannique étant un mathématicien de formation, alors que le Brésilien est un peintre et graphiste qui dit voir la musique, les notes et les sons sous formes de couleurs. On se perd dans le dédale de leurs souffles réunis. Le début de Two est une véritable pièce d’anthologie de techniques alternatives au sax soprano. John Butcher semble percuter la colonne d’air complètement amortie (non résonnante) à l’aide des clés et la pression de l’air dans le tube). Là-dessus , on entend poindre des fragments de timbres vocalisés, fantômes sonores sortant du sax ténor de Perelman. Butcher en profite pour faire grincer des suraigus. Avec des techniques différentes l’un de l’autre, les deux souffleurs nous font entendre un dialogue subaquatique de cris de dauphins qui s’appellent et se répondent. Ténor ou soprano, c’est en fait dans un registre aigu similaire que nos deux phénomènes conversent toutes harmoniques dehors. Butcher dévide toute sa palette jusqu’à ce qu’il soit en phase avec la sensibilité écorchée du Brésilien. C’est toujours formidable quand deux artistes aussi différentiables parviennent à créer un dialogue aussi enchanteur en confrontant aussi amicalement leurs deux registres dans des aigus expressifs et toute une jungle de feulements, vibrations tactiles, contorsions du souffle. Tout aussi remarquable que touchant ! Prenons – en de la graine.
Juste un élément en plus : Ivo Perelman entretient un duo permanent avec le pianiste Matthew Shipp, duo pour lequel j'ai rédigé un petit livre analysant leur musique ("Embrace of the Souls") et il se fait que Matthew Shipp et John Butcher ont joué et enregistré un superbe face à face : At Oto / Fataka 2 et deux albums en trio avec Thomas Lehn. C'est cette expérience avec Shipp qui a mené Ivo Perelman à enregistrer un nouveau Duologue avec John Butcher pour continuer cette série de duos avec des souffleurs qu'il a entrepris ces dernières années.
Live in Foggia Larry Stabbins Keith Tippett Louis Moholo OGUN OGCD 051
https://ogun3.bandcamp.com/album/larry-stabbins-keith-tippett-louis-moholo-moholo-live-in-foggia
Il fut une époque où je fus contraint de vendre une grosse pile de vinyles pour faire face à mes factures. Que n’ai-je regretté d’avoir vendu TERN , le double LP de Louis Moholo, Keith Tippett et Larry Stabbins (label SAJ FMP). Le retrouver en seconde main me coûterait trop d’argent tant cet album est recherché. Alors, je n'ai pu résister à acquérir ce chef d'oeuvre de musique instantanée en CD ! Le pianiste Keith Tippett et le batteur Louis Moholo, aujourd’hui disparus ont été fréquemment partenaires de leurs groupes respectifs et ceux d’Elton Dean. On retrouve leur saga dans le catalogue du fabuleux label OGUN, qui aujourd’hui publie ce concert du 23 novembre 1985 à Foggia en Italie. Larry Stabbins appartient à cette fratrie de saxophonistes britanniques unique en Europe. Soprano sax : Evan Parker, Lol Coxhill, Trevor Watts et John Butcher, alto sax : Mike Osborne, Elton Dean et Trevor Watts, sax tenor : Evan Parker, Alan Skidmore, Paul Dunmall et John Butcher, sax baryton : John Surman et George Khan, sax basse : Tony Bevan. Et il y en a d’autres… Larry Stabbins , un natif de Bristol comme Keith Tippett, jouait déjà avec Keith à l’âge de 16 ans. Il fit partie des groupes de John Stevens autour du Spontaneous Music Ensemble et enregistra en duo avec le percussionniste Roy Ashbury au milieu des années septante Fire Without Bricks (Bead Records). En ce qui me concerne, ce duo a joué en ma présence un des concerts d’improvisation libre les plus révélateurs il y a presque 50 ans. J’étais assis par terre à deux mètres cinquante des deux musiciens, Ashbury jouant à même le sol. C’était pour moi une extraordinaire expérience auditive d’entendre le moindre détail du souffle de Stabbins explorer la colonne d’air, les doigtés croisés, les harmoniques et morsures bruissantes. Je n’avais pas encore entendu d’aussi près Evan Parker tout en ayant déjà découvert ses albums et assisté à ses concerts « sonorisés » avec de plus larges publics et d’autres musiciens. Donc, Cette manière de faire éclater les sons allait se retrouver plus tard dans les démarches de John Butcher, Michel Doneda, Urs Leimgruber et Stefan Keune. Au sein de ce « power » trio, Larry joue de manière soulful avec un timbre chaleureux et une dimension lyrique qui convient parfaitement à la démarche rythmique libre du binôme Moholo – Tippett. Le même label SAJ avait aussi publié « No Gossip », leur historique album en duo. Larry Stabbins navigue dans les eaux “post-coltraniennes” mâtinées de « folkolre imaginaire» tout en coïncidant artistement avec les pulsations du jeu de Keith Tippett et les rythmes libres de Louis Moholo. Le concert contient deux longues suites cohérentes et aventureuses de 45:34, The Greatest Service et de 27:11, Shield. Stabbins joue ici des sax ténor et soprano et de la flûte et Tippett et Moholo élèvent la voix quelques instants. Cet enregistrement est de grande qualité et la musique est aussi prenante et aussi énergétique que celle du trio Schlippenbach Parker Lovens à la même époque. Tout en produisant des ostinatos hypnotiques, Keith Tippett joue des cordes du piano comme d’une boîte musicale géante en croisant plusieurs actions simultanées soutenu par la frappe sourde de Moholo. On l’entend élancer des vagues de notes rythmiques tournoyantes avec une qualité de toucher étonnante. Ce maëlstrom, où Louis Moholo est carrément en transe, peut se résorber par enchantement sous le couvert d’une comptine (Stabbins au soprano) et des doigtés singuliers et cristallins du pianiste. Ces accalmies soudaines se métamorphosent en envolées éperdues, les trois musiciens en lévitation. Mais le trio est toujours sur ses gardes, chaque mouvement emporté s’interrompt après deux ou trois minutes dans un court interlude ludique apaisé pour repartir dans une autre direction pour enfin éclater dans un paroxysme vers la minute 40 de The Great Service. Cela débouche sur une rythmique frénétique de Moholo et des attaques dans les aigus du clavier. Cette métamorphose constante des motifs mélodiques et pulsatoires, de l’énergie et des cadences foisonnantes ou de moments élégiaques, cette improvisation collective à la fois brute et fort détaillée contient réellement une dimension d’imprévisibilité et indique un sens remarquable de la construction musicale dans l’instant et la durée. Évidemment, une partie de ce qui se joue est basée sur quelques canevas compositionnels, mais l'ensemble relève de la pure improvisation... Dans le jeu de Louis Moholo des éléments de la musique africaine surgissent et cet aspect des choses est assumé par Keith Tippett qui le projette dans une autre réalité. À recommander hautement.
Katapult Pierre Borel umlaut records
https://umlautrecords.bandcamp.com/album/katapult
Si on entend peu parler de ce saxophoniste français en France, c’est qu’après avoir fait ses études musicales et autres à Berlin, Pierre Borel est resté dans cette ville incontournable sur la carte du jazz contemporain et de l’improvisation en Europe. Il fait partie de cette mouvance de musiciens chercheurs qui travaillent sur de nouveaux concepts et des démarches hors des sentiers battus, comme ceux regroupés autour du label collectif umlaut dont il fait partie. Tout récemment, il a participé à un des derniers album de Sven Åke Johansson, stumps https://trostrecords.bandcamp.com/album/stumps en compagnie d’Axel Dörner; Joel Grip, Simon Sieger. En lisant les titres de Katapult, on pourrait croire à un canular : Kurze Pause Zum Rauchen (04:05) ou Sol Si Ré Tchak Boom (15:14) ou Ré Si Sol Boom Tchak (16:56)… Comprend qui peut. Surtout que notre saxophoniste joue ici simultanément de la batterie en temps réel avec son sax alto, lui-même assis sur la drumstool baguettes ou balais à la main ! Ce n’est pas une blague : je l’ai vu de mes yeux vu et entendu par la même occasion. Si je pense que le contenu de ce disque fonctionne bien musicalement, j’ai trouvé que le taux de réussite et mon ahurissement étaient plus nets lors de ce concert mémorable à la Chapelle du Grand Hospice à Bruxelles. Pierre Borel essaie de prouver qu’on peut jouer de manière intéressante, voire urgente sur le fil du rasoir en soufflant peu de notes. Une ou deux à la fois, en construisant des micro-cellules agencées de deux ou trois sons auquelles il ajoute ou soustrait une note ou altère la hauteur de l’une d’entre elles tout en jouant de la batterie en isorythmie qu’il altère par surprise au niveau de la frappe, de la durée ou de la répétition que ce soit sur la cymbale ou les peaux. Ou bien en juxtaposant deux types de frappes qui n’ont rien à avoir l’une avec l’autre tout en ponctuant le flux percussif de notes isolées au sax qu’il module avec un petit détail. C’est un concept curieux et surprenant surtout pour un souffleur qui cultive une grande maîtrise du saxophone. On pense à Roscoe Mitchell dans ces premiers albums solos (the Solo Saxophone Concerts / Sackville et Noonah/ Nessa). De cet album très particulier, Katapult, et de la suite du concert auquel j’ai assisté, il découle que Pierre Borel est vraiment un artiste et saxophoniste très original qui reconsidère l’acte d’improviser au compte gouttes. Il joue et improvise avec une grand précision en altérant la moindre note, le moindre effet sonore en découpant mentalement l’espace auditif au scalpel. Pierre Borel est assurément un improvisateur à suivre à la trace dont la musique se détache de nombreux courants du post-free-jazz, free-free jazz, du minimalisme lower case ou du pointillisme avec un sens de l’épure magistral qui fait de son « style » une école à lui tout seul. Bardaf, garez-vous et suivez sa trace !
Loz Speyer Julie Walkington Tony Bianco Live in the SouthWest digital recorded 2000
https://spherical-records.bandcamp.com/album/live-in-the-southwest
Loz Speyer est un trompettiste improvisateur et jazzman « à risques » qui circule dans la scène britannique à l’abri des radars mais avec une foi intense dans la création collective. Lors d’une tournée dans la région du « SouthWest » en avril 2000 avec le trio Threeway, lui et ses deux acolytes a récolté de superbes enregistrements. À ses côtés, la contrebassiste Julie Walkington – un patronyme idéal pour un / une contrebassiste de jazz qui a un vrai sens du rythme – et le batteur disparu, Anthony (ou Tony) Bianco, lui-même un fidéle de Paul Dunmall. Ce batteur avait la spécialité de multiplier les frappes de manière hallucinante avec d’extraordinaires croisements de roulements quasi inhumains et injouables. Une sorte de Rashied Ali survitaminé à vous donner le tournis. Ici, Tony fait résonner les fûts avec ce timbre chaleureux et articule son jeu dans le sens d’un swing chaloupé et aéré (si l’on compare avec les brûlots dunmalliens). J’adore ces improvisateurs – jazzmen British car souvent leur jeu et leur esprit n’est pas formaté pour convaincre festivals et organisateurs « responsables », en fait on n’entend là avant tout une démarche sincère et la vertu de l’improvisation pour elle – même. On goûte la logique lumineuse de l’improvisation du trompettiste encadrée et propulsée uniquement par la contrebassiste et le batteur sans l’interférence – médiation harmonique d’un clavier ou d’une guitare.Sept morceaux signés Loz Speyer ou Anthony Bianco plus 26-2 par Coltrane et l’inévitable But Not For Me de Gershwin, morceau qui complétait les 33T My Favourite Things de Coltrane et Bag’s Groove de Miles. J’aime profondément la sonorité lyrique et cool de Loz Speyer et ses improvisations sinueuses articulées avec une magnifique sensibilité. Les deux autres jouent avec l’empathie et le feeling idéal. Quand Bianco décide de jouer foisonnant, on en a pour son poids de swing garanti (Arabian Tweed). On n’est pas dans la nostalgie mais plutôt dans le monde secret de l’émotion musicale du jazz sans rétroviseur et salade « communicante ». Magnifique !
https://music.apple.com/fr/album/duologues-4/1857635581
https://open.spotify.com/intl-fr/album/6o4Tk9oBzBkwTUyzsJkMqY
Rencontre plus qu’intéressante entre deux saxophonistes que tout semble opposer au niveau du « style » et de l’esthétique . Le britannique John Butcher utilise de multiples techniques de souffle alternatives confinant aux bruitages dans une dimension contemporaine avec un sens des structures constructiviste. C’est un chercheur pointu de l’improvisation libre radicale étirant le timbre du sax ténor à l’extrême tout en jouant une musique lisible avec un substrat harmonique très complexe et des repères mélodiques irréguliers. S’il a choisi la méthode créative de l’improvisation libre, Ivo Perelman évolue dans un univers issu du jazz libre afro-américain inspiré par Albert Ayler et illuminé par les couleurs sonores de la saudade brésilienne. Cela s’entend dans les inflexions sinueuses des harmoniques aiguës ondoyantes au-delà du registre le plus haut du saxophone ténor. Ses suraigus lyriques et étirements de notes en glissandi artistement expressifs et vocalisés contrastent avec les sons granuleux de Butcher, plus méthodiques et abrupts, ses sifflements contrôlés au millimètre, le Britannique étant un mathématicien de formation, alors que le Brésilien est un peintre et graphiste qui dit voir la musique, les notes et les sons sous formes de couleurs. On se perd dans le dédale de leurs souffles réunis. Le début de Two est une véritable pièce d’anthologie de techniques alternatives au sax soprano. John Butcher semble percuter la colonne d’air complètement amortie (non résonnante) à l’aide des clés et la pression de l’air dans le tube). Là-dessus , on entend poindre des fragments de timbres vocalisés, fantômes sonores sortant du sax ténor de Perelman. Butcher en profite pour faire grincer des suraigus. Avec des techniques différentes l’un de l’autre, les deux souffleurs nous font entendre un dialogue subaquatique de cris de dauphins qui s’appellent et se répondent. Ténor ou soprano, c’est en fait dans un registre aigu similaire que nos deux phénomènes conversent toutes harmoniques dehors. Butcher dévide toute sa palette jusqu’à ce qu’il soit en phase avec la sensibilité écorchée du Brésilien. C’est toujours formidable quand deux artistes aussi différentiables parviennent à créer un dialogue aussi enchanteur en confrontant aussi amicalement leurs deux registres dans des aigus expressifs et toute une jungle de feulements, vibrations tactiles, contorsions du souffle. Tout aussi remarquable que touchant ! Prenons – en de la graine.
Juste un élément en plus : Ivo Perelman entretient un duo permanent avec le pianiste Matthew Shipp, duo pour lequel j'ai rédigé un petit livre analysant leur musique ("Embrace of the Souls") et il se fait que Matthew Shipp et John Butcher ont joué et enregistré un superbe face à face : At Oto / Fataka 2 et deux albums en trio avec Thomas Lehn. C'est cette expérience avec Shipp qui a mené Ivo Perelman à enregistrer un nouveau Duologue avec John Butcher pour continuer cette série de duos avec des souffleurs qu'il a entrepris ces dernières années.
Live in Foggia Larry Stabbins Keith Tippett Louis Moholo OGUN OGCD 051
https://ogun3.bandcamp.com/album/larry-stabbins-keith-tippett-louis-moholo-moholo-live-in-foggia
Il fut une époque où je fus contraint de vendre une grosse pile de vinyles pour faire face à mes factures. Que n’ai-je regretté d’avoir vendu TERN , le double LP de Louis Moholo, Keith Tippett et Larry Stabbins (label SAJ FMP). Le retrouver en seconde main me coûterait trop d’argent tant cet album est recherché. Alors, je n'ai pu résister à acquérir ce chef d'oeuvre de musique instantanée en CD ! Le pianiste Keith Tippett et le batteur Louis Moholo, aujourd’hui disparus ont été fréquemment partenaires de leurs groupes respectifs et ceux d’Elton Dean. On retrouve leur saga dans le catalogue du fabuleux label OGUN, qui aujourd’hui publie ce concert du 23 novembre 1985 à Foggia en Italie. Larry Stabbins appartient à cette fratrie de saxophonistes britanniques unique en Europe. Soprano sax : Evan Parker, Lol Coxhill, Trevor Watts et John Butcher, alto sax : Mike Osborne, Elton Dean et Trevor Watts, sax tenor : Evan Parker, Alan Skidmore, Paul Dunmall et John Butcher, sax baryton : John Surman et George Khan, sax basse : Tony Bevan. Et il y en a d’autres… Larry Stabbins , un natif de Bristol comme Keith Tippett, jouait déjà avec Keith à l’âge de 16 ans. Il fit partie des groupes de John Stevens autour du Spontaneous Music Ensemble et enregistra en duo avec le percussionniste Roy Ashbury au milieu des années septante Fire Without Bricks (Bead Records). En ce qui me concerne, ce duo a joué en ma présence un des concerts d’improvisation libre les plus révélateurs il y a presque 50 ans. J’étais assis par terre à deux mètres cinquante des deux musiciens, Ashbury jouant à même le sol. C’était pour moi une extraordinaire expérience auditive d’entendre le moindre détail du souffle de Stabbins explorer la colonne d’air, les doigtés croisés, les harmoniques et morsures bruissantes. Je n’avais pas encore entendu d’aussi près Evan Parker tout en ayant déjà découvert ses albums et assisté à ses concerts « sonorisés » avec de plus larges publics et d’autres musiciens. Donc, Cette manière de faire éclater les sons allait se retrouver plus tard dans les démarches de John Butcher, Michel Doneda, Urs Leimgruber et Stefan Keune. Au sein de ce « power » trio, Larry joue de manière soulful avec un timbre chaleureux et une dimension lyrique qui convient parfaitement à la démarche rythmique libre du binôme Moholo – Tippett. Le même label SAJ avait aussi publié « No Gossip », leur historique album en duo. Larry Stabbins navigue dans les eaux “post-coltraniennes” mâtinées de « folkolre imaginaire» tout en coïncidant artistement avec les pulsations du jeu de Keith Tippett et les rythmes libres de Louis Moholo. Le concert contient deux longues suites cohérentes et aventureuses de 45:34, The Greatest Service et de 27:11, Shield. Stabbins joue ici des sax ténor et soprano et de la flûte et Tippett et Moholo élèvent la voix quelques instants. Cet enregistrement est de grande qualité et la musique est aussi prenante et aussi énergétique que celle du trio Schlippenbach Parker Lovens à la même époque. Tout en produisant des ostinatos hypnotiques, Keith Tippett joue des cordes du piano comme d’une boîte musicale géante en croisant plusieurs actions simultanées soutenu par la frappe sourde de Moholo. On l’entend élancer des vagues de notes rythmiques tournoyantes avec une qualité de toucher étonnante. Ce maëlstrom, où Louis Moholo est carrément en transe, peut se résorber par enchantement sous le couvert d’une comptine (Stabbins au soprano) et des doigtés singuliers et cristallins du pianiste. Ces accalmies soudaines se métamorphosent en envolées éperdues, les trois musiciens en lévitation. Mais le trio est toujours sur ses gardes, chaque mouvement emporté s’interrompt après deux ou trois minutes dans un court interlude ludique apaisé pour repartir dans une autre direction pour enfin éclater dans un paroxysme vers la minute 40 de The Great Service. Cela débouche sur une rythmique frénétique de Moholo et des attaques dans les aigus du clavier. Cette métamorphose constante des motifs mélodiques et pulsatoires, de l’énergie et des cadences foisonnantes ou de moments élégiaques, cette improvisation collective à la fois brute et fort détaillée contient réellement une dimension d’imprévisibilité et indique un sens remarquable de la construction musicale dans l’instant et la durée. Évidemment, une partie de ce qui se joue est basée sur quelques canevas compositionnels, mais l'ensemble relève de la pure improvisation... Dans le jeu de Louis Moholo des éléments de la musique africaine surgissent et cet aspect des choses est assumé par Keith Tippett qui le projette dans une autre réalité. À recommander hautement.
Katapult Pierre Borel umlaut records
https://umlautrecords.bandcamp.com/album/katapult
Si on entend peu parler de ce saxophoniste français en France, c’est qu’après avoir fait ses études musicales et autres à Berlin, Pierre Borel est resté dans cette ville incontournable sur la carte du jazz contemporain et de l’improvisation en Europe. Il fait partie de cette mouvance de musiciens chercheurs qui travaillent sur de nouveaux concepts et des démarches hors des sentiers battus, comme ceux regroupés autour du label collectif umlaut dont il fait partie. Tout récemment, il a participé à un des derniers album de Sven Åke Johansson, stumps https://trostrecords.bandcamp.com/album/stumps en compagnie d’Axel Dörner; Joel Grip, Simon Sieger. En lisant les titres de Katapult, on pourrait croire à un canular : Kurze Pause Zum Rauchen (04:05) ou Sol Si Ré Tchak Boom (15:14) ou Ré Si Sol Boom Tchak (16:56)… Comprend qui peut. Surtout que notre saxophoniste joue ici simultanément de la batterie en temps réel avec son sax alto, lui-même assis sur la drumstool baguettes ou balais à la main ! Ce n’est pas une blague : je l’ai vu de mes yeux vu et entendu par la même occasion. Si je pense que le contenu de ce disque fonctionne bien musicalement, j’ai trouvé que le taux de réussite et mon ahurissement étaient plus nets lors de ce concert mémorable à la Chapelle du Grand Hospice à Bruxelles. Pierre Borel essaie de prouver qu’on peut jouer de manière intéressante, voire urgente sur le fil du rasoir en soufflant peu de notes. Une ou deux à la fois, en construisant des micro-cellules agencées de deux ou trois sons auquelles il ajoute ou soustrait une note ou altère la hauteur de l’une d’entre elles tout en jouant de la batterie en isorythmie qu’il altère par surprise au niveau de la frappe, de la durée ou de la répétition que ce soit sur la cymbale ou les peaux. Ou bien en juxtaposant deux types de frappes qui n’ont rien à avoir l’une avec l’autre tout en ponctuant le flux percussif de notes isolées au sax qu’il module avec un petit détail. C’est un concept curieux et surprenant surtout pour un souffleur qui cultive une grande maîtrise du saxophone. On pense à Roscoe Mitchell dans ces premiers albums solos (the Solo Saxophone Concerts / Sackville et Noonah/ Nessa). De cet album très particulier, Katapult, et de la suite du concert auquel j’ai assisté, il découle que Pierre Borel est vraiment un artiste et saxophoniste très original qui reconsidère l’acte d’improviser au compte gouttes. Il joue et improvise avec une grand précision en altérant la moindre note, le moindre effet sonore en découpant mentalement l’espace auditif au scalpel. Pierre Borel est assurément un improvisateur à suivre à la trace dont la musique se détache de nombreux courants du post-free-jazz, free-free jazz, du minimalisme lower case ou du pointillisme avec un sens de l’épure magistral qui fait de son « style » une école à lui tout seul. Bardaf, garez-vous et suivez sa trace !
Loz Speyer Julie Walkington Tony Bianco Live in the SouthWest digital recorded 2000
https://spherical-records.bandcamp.com/album/live-in-the-southwest
Loz Speyer est un trompettiste improvisateur et jazzman « à risques » qui circule dans la scène britannique à l’abri des radars mais avec une foi intense dans la création collective. Lors d’une tournée dans la région du « SouthWest » en avril 2000 avec le trio Threeway, lui et ses deux acolytes a récolté de superbes enregistrements. À ses côtés, la contrebassiste Julie Walkington – un patronyme idéal pour un / une contrebassiste de jazz qui a un vrai sens du rythme – et le batteur disparu, Anthony (ou Tony) Bianco, lui-même un fidéle de Paul Dunmall. Ce batteur avait la spécialité de multiplier les frappes de manière hallucinante avec d’extraordinaires croisements de roulements quasi inhumains et injouables. Une sorte de Rashied Ali survitaminé à vous donner le tournis. Ici, Tony fait résonner les fûts avec ce timbre chaleureux et articule son jeu dans le sens d’un swing chaloupé et aéré (si l’on compare avec les brûlots dunmalliens). J’adore ces improvisateurs – jazzmen British car souvent leur jeu et leur esprit n’est pas formaté pour convaincre festivals et organisateurs « responsables », en fait on n’entend là avant tout une démarche sincère et la vertu de l’improvisation pour elle – même. On goûte la logique lumineuse de l’improvisation du trompettiste encadrée et propulsée uniquement par la contrebassiste et le batteur sans l’interférence – médiation harmonique d’un clavier ou d’une guitare.Sept morceaux signés Loz Speyer ou Anthony Bianco plus 26-2 par Coltrane et l’inévitable But Not For Me de Gershwin, morceau qui complétait les 33T My Favourite Things de Coltrane et Bag’s Groove de Miles. J’aime profondément la sonorité lyrique et cool de Loz Speyer et ses improvisations sinueuses articulées avec une magnifique sensibilité. Les deux autres jouent avec l’empathie et le feeling idéal. Quand Bianco décide de jouer foisonnant, on en a pour son poids de swing garanti (Arabian Tweed). On n’est pas dans la nostalgie mais plutôt dans le monde secret de l’émotion musicale du jazz sans rétroviseur et salade « communicante ». Magnifique !
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