1 janvier 2026

Improv & sketch for humanity # 2 in Brussels curated by Quentin Stokart/ Francesco Guerri & Nicolà Guazzaloca/ Neil Metcalfe Adrian Northover Daniel Thompson John Edwards Marcello Magliocchi/ Mia Zabelka Ola Rzepka Lukasz Marciniak / Marcello Magliocchi Adrian Northover Domenico Saccente

Sessions 'Improv & sketch for humanity'-series in Brussels ‘Walter’ Werkplaats Walter label
https://werkplaatswalter.bandcamp.com/album/improv-sketch-2

This music was recorded at Werkplaats Walter on Nov. 8th, 2025. It was the second 'Improv & sketch for humanity'-series, curated by Quentin Stokart. All proceeds of the evening went to Mamas for Africa. mamasforafrica.be/en/
All proceeds from this digital release will be donated to good causes as well

SKETCH & IMPROV #2
From 00:00 to 10:00
Katrishania Renata - voice Eric Thielemans - drums Peter Jacquemyn - bass Gašper Piano - guitar
from 10:00 to 20:00
Filippo Gillono - guitar Thomas Olbrechts - saxophone Pierre Michel Zaleski - voice
from 20:00 to 30:00
Chiara Bacci - voice and effects Cristiano Elias - guitar Stan Maris - accordion Frans Van Isacker - saxophone Mattia Massolini - arbrasson
from 30:00 to 40:00
Žiga Ipavec - drums Augusto Pirodda - piano Marta Frigo - voice Giotis Damianidis - guitar
from 40:00 to 50:00
Cécile Broché - violin Joachim Devillé - trumpet Andrés Navarro García - snare Quentin Stokart – guitar

Recorded on the 8th of November 2025 at Werkplaats Walter by Johannes Bellinck.Mixed by Quentin Stokart.

Je vous mets tel quel le détail de cette session d’improvisation collective conçue et organisée par le guitariste Belge Quentin Stokart au Walter à Bruxelles pour ne pas devoir tout expliquer au niveau des faits et crédits.
Si Bruxelles semblait ne pas être « la » ville où ça se passe en musiques improvisées, il y a en effet de nombreuses initiatives et un nombre croissant de praticiens depuis le temps où Peter Jacqmyn, Mike Goyvaerts, Guy Strale et moi-même essayaient de développer une sorte de scène marginale. Réunir vingt improvisateurs différents, les faire jouer successivement dans des groupes « qui n’ont jamais joué ensemble » dans différentes approches est quelque chose de très positif. Je me suis moi-même attelé à des Festivals Rencontre où le personnel de chaque groupe était décidé quasiment sur le moment, obligeant chaque artiste à envisager possibilités et conséquences, risques et volonté de concentration vers le collectif, plutôt que vers son projet fétiche personnel. C’est autant un plaisir de la rencontre qu’une ouverture - apprentissage nécessaire pour que de tels artistes, excellents ici et à l’écoute, bonifientet évoluent. Chaque nouvelle situation (combinaison d’instruments et de personnalités) pousse l’improvisateur mis au pied du mur à évoluer et à adapter ses ressources et son imagination à créer dans l’instant avec les moyens du bord, dans l’inconnu, exigence d'une réflexion personnelle appropriée. C’est à la fois une expression artistique musicale et un essai, une tentative où, on l’entend ici, la seule soirée du 25 novembre 2025 donne lieu à cinquante minutes de musique réussie, attestant la maturité grandissante de ces improvisateurs Bruxellois. Car c’est le challenge : il faut que ça fonctionne, que chacun soit convaincu, musiciens et public. Cohérence, écoute, lisibilité, sens collectif, qualité intrinsèque individuelle indéniable et plaisir de jouer et d'écouter. L'occasion d'écouter et d'apprécier ses collègues, qui est une véritable école en soi. Passons les classements et Best of 2025 des critiques. Ce qui compte, c’est que des auditeurs qui auraient pu être présents ce jour - là aient eu quelque chose à écouter avec plaisir et intérêt et à en tirer une informationou impression positive. Il y eut par le passé à Bruxelles des moments de cafouillage dans ce genre d’entreprises. Ici, on perçoit un niveau qualitatif de conscience de la création collective qui fera dire à plusieurs : « Ah oui la musique improvisée libre, c’est super ! ». Et multigénérationnel avec la complicité de quatre dames! Et surtout, il y a la voix humaine qui se trouve à l’honneur, les instrumentistes laissant un bel espace aux chanteuses et chanteur. Bravo ! Un affaire à suivre !

Keep Your Hands Free Francesco Guerri & Nicolà Guazzaloca The Angelica & Mavarta Concerts Aut Records
https://autrecords.bandcamp.com/album/keep-your-hands-free

Dans le plus pur style multi-dimensionnel où Everything Is Allowed & Everything Can Happen un excellent duo d’improvisation libre documenté en quatre sélections dans le contenu de deux concerts donnés à Angelica – Teatro San Leonardo (Bologna) et à Centro Culturale Mavarta (Sant’Mario d’Enza, respectivement en 2022 (9:59 et 9:32 ) et en 2025 (16:24 et 10 :19). Le pianiste Nicolà Guazzaloca est sûrement un des improvisateurs parmi les plus capables et expérimentés dans son pays, l’Italie. À Bologne, il joue depuis plus trois décennies un rôle central dans l’activité musicale « improvisée – jazz d’avant-garde » mais aussi éducative et organisationnelle, entre autres à la Scuola Popolare di Musica Ivan illitch. Il contribue aussi au design et à des œuvres d’art pour les pochettes de CD’s de plusieurs labels impliqués dans l’improvisation : Amirani, Aut et Klopotek. S’il a peu joué avec des artistes internationaux ou « fait carrière » en multipliant les concerts à l’étranger, il a un talent fou pour faire monter le niveau qualitatif, l’urgence créative etc.. avec une intense sincérité dans l’instantavec quiconque qui lui semble à la hauteur. Un artiste d’exception qui sait faire surgir le meilleur avec le camarade qu’il s’est choisi et chez qui il a compris le potentiel. Surtout dans la scène dite locale ou avec des outsiders « connus » comme l’altiste Szilard Mezei, le saxophoniste Gianni Mimmo ou le pianiste Thollem Mc Donas ou moins connus comme le flûtiste Nils Gerold, les saxophonistes Trevor Tim Briscoe et Edoardo Maraffa , le batteur Stefano Giust (Mr Setola di Maiale), sans parler de son groupe de jazz Tell No Lies à la bolognaise 100%.
Parmi ses amis fidèles de sa région, il y a ce violoncelliste chercheur, Francesco Guerri dont j’avais apprécié en son temps un excellent duo autoproduit avec le guitariste Chris Iemulo. C’est le genre de gars qui en veut, s’acharne sur la matière, fait vibrer les boyaux d’un archet rageur et décline une série de cas de figures sonores avec un bel aplomb. Leurs échanges fonctionnent à merveille mettant en évidence le merveilleux doigté irrégulier, multicolore et sautillant ou austère, c’est selon, du pianiste. On est très proche de la qualité des Van Hove et Schweizer. Ces quatre pièces sont vraiment emballantes, le pianiste livrant accessoirement quelques démonstrations de son énorme talent expressif et son sens de la trouvaille qui vous laisse une marque dans la mémoire à l’instar des éclairs de génie de Fred Van Hove. Une qualité rythmique alliée à un toucher très précis dans l’univers du piano contemporain en phase avec les facéties du violoncelliste. Un art naturel de stopper les cordes en jouant au clavier avec un sens achevé de scansions spontanées chevillées aux sursauts boiteux des pizzicatos sauvages de Guerri alternés d’un ou deux mouvements élégiaques à l’archet. Le sens du dosage et l’art de passer à autre chose un moment , relâcher la tension pour s’acoquiner ensuite. Il faut les suivre un instant après l’autre, car les formes se succèdent en moins de temps qu’il faut pour le dire .. et ils ont l’art de l’exprimer tout naturellement. C’est conceptuellement remarquable et c’est joué avec une formidable conviction. Et aussi beaucoup d’émotions , de ces passages en douceur qui dilatent le temps jusqu’au silence. Et Francesco Guerri laisse de côté les violoncellismes pour jouer des filets de son, des effilades soyeuses minimalistes. Un beau duo et Your Hands Are Free !

The Runcible Quartet “Two” Neil Metcalfe Adrian Northover Daniel Thompson John Edwards Marcello Magliocchi CD auto-produit.
https://adriannorthover.bandcamp.com/album/two

The Runcible Quintet nous livre le cinquième album de sa trilogie depuis leurs débuts ensemble en 2016. Une belle histoire : le percussionniste Italien Marcello Magliocchi se fait inviter à tout hasard à Londres pour quelques gigs dont deux en ma compagnie et celle de notre camarade commun Matthias Boss. Parmi ces gigs, une rencontre avec le saxophoniste Adrian Northover et le guitariste Daniel Thompson qui toure à l’avantage de tout le monde. Réalisant la veine d’avoir sous la main un percussionniste inspiré et expérimenté comme Marcello, trop peu actif dans ses Pouilles natales et das la péninsule malgré son grand talent, Adrian et Daniel suggèrent de rééditer la rencontre en rassemblant le flûtiste Neil Metcalfe, admiré par la scène British dont Dunmall, Rogers, Parker et cie , et le contrebassiste John Edwards, un des improvisateurs les plus demandés de la planète (Brötzmann, Gayle, R.Mitchell, Dunmall, Evan Parker, Sophie Agnel, Mark Sanders, Steve Noble, John Butcher et mon copain Paul Hubweber). Adrian et John sont des partenaires depuis des décennies dans B-Shop For the Poor, puis les Remote Viewers avec David Petts, bien avant que John ne joue de la contrebasse. La musique plus fluide, soyeuse et atomisée des Runcibles (proche de certaines phases du Spontaneous Music Ensemble) est faite comme un gant pour Magliocchi, Thompson et Metcalfe, ces deux là jouant en duo depuis quelques années. Mais elle convient très bien à Edwards, lequel était déjà un fan convaincu et connaisseur de l’improvisation libre radicale dès le sortir de son adolescence. Il a d’ailleurs acheté les disques Incus à leur sortie bien avant même d’explorer la contrebasse. C’est un vrai puriste toujours partant pour se prêter à une expérience avec des potes. Leur musique multiforme qui se raréfie autant qu’elle se dilate tout au long des cinq pièces enregistrées dans la Christchurch de Blackfriars au sud de la Tamise. C’est le lieu actuel des Horse Improvised Series organisées par Sue Lynch auxquelles Northover donne toute son assistance. Si une quantité intéressante d’occurrences sonores en mutation évolue sur une durée totale de plus de cinquante minutes, on n’a pas le sentiment que le temps s’éternise. Il a tendance à couler d’une source qui ne se tarit jamais et dont le flux ralentit au point de sembler statique ou s’égaie dans un chahut insaisissable mais follement lisible, tactile, vibrionnant et organique. Ça se réécoute avec attention et la délicatesse impressionniste n’est pas la moindre de leur qualité. Avec sagacité, Adrian ne s’impose pas en souffleur énergétique avec son sax soprano, mais suit le tendre flûtiste Neil Metcalfe comme son ombre. Neil, un lutin des écarts microtonaux, une lumière du lyrisme dodécaphonique webernien ludique (un des musiciens préférés de Paul Dunmall himself, Phil Gibbs et Paul Rogers, mais aussi John Stevens, Lol Coxhill, Evan Parker etc…) de la génération précédente des pionniers etc… alors que les guitariste et contrebassiste jouent leurs parties de cordistes pointillistes, gratteurs, frotteurs, pizzicateurs avec un usage bienvenu du silence. Magliocchi tique - tique - taque, crisse, râcle, vibre la résonance des peaux, scie les métaux, anime de l’intérieur sans jamais surjouer, fondu dans la masse aérée translucide, se laissant deviner … Ça semble se ressembler alors que cela ne fait qu’évoluer, se transformer, changer de perspectives, de ralentir en suspendant les sons par-dessus le vide…. Avec un travail sur la dynamique sonore fraternel, collectif télépathique. Le contraste entre l’aspect mélodique du souffle du flûtiste et les sonorités buissonnières abstraites de la basse, de la guitare et des percussions et le halo invisible du saxophone en filigrane est existentiel = de l'art pur qui vous touche par petites touches imperceptibles pour finir par submerger subtilement l'inconscient. C’est de l’art et l’improvisation libre à cinq qui accepte et intègre les différences individuelles est un jeu difficile même pour les virtuoses champions du duo (où tout est quasiment donné d’avance surtout quand le talent est là). Ici trouver une chemin commun, un territoire collectif n’est jamais gagné d’avance mais une hantise permanente. Une musique curieusement singulière.

Trio Carbon Black Heart Mia Zabelka Ola Rzepka Lukasz Marciniak Setola di Maiale SM5020
https://miazabelka.bandcamp.com/album/black-heart

Le Cœur Noir du Carbone en Trio ? Il fallait bien trouver un titre. Mais à l’écoute, on est intrigué dès le début par l’activité une peu frénétique et exploratoire crépitante de ce trio composé d’une violoniste, Mia Zabelka, de la pianiste Ola Rzepka qui « prépare » son piano et Lukasz Marciniak (le L de Lukasz est barré mais je ne connais pas le Polonais) à la guitare. Trois sensibilités différentes qui essaient de jouer ensemble de manière plus que satisfaisante. Plus qu’à l’accoutumée, Mia Zabelka étire, presse et distend le son de son violon avec une réelle fougue ou laisse l’avantage à ses deux collèges à extraire des sonorités pointillistes, fragmentées avec une vision instrospective voire implosive . Lukasz Marciniak a un réel talent pour la dynamique en percutant les cordes de sa guitare électrique, sélectionner l’usag de ses pédales et manipuler les sons dans un large éventail sans interférer maladroitement avec les incursions de la pianiste Ola Rzepka à l’intérieur des cordes et de la grande caisse de résonnance. Étonnamment, Zabelka se révèle son talent de vocaliste expérimentale sous le meilleur jour dans le cadre d’un foire d’empoigne des cordes agitées, frottées, frappées des guitare et piano emmêlées. Black Heart (28 :29), la seule longue improvisation de cet album ramassé sur lui-même et en extension permanente s’écoute comme une dérive dans un univers autant méta-musical qu’actionniste dans le bon sens du terme. Même si les jeux individuels s’interpénètrent et semblent naître l’un de l’autre tout comme l’état d’esprit de chacun transite d’une sensibilité à d’autre, il y a une étrange lisibilité dans ce charivari polymorphe et aucune hésitation à bruiter outrageusement même lorsque la violoniste déchire avec sa rage de jouer. Une belle mise en tension ludique qui évolue en permanence en se renouvelant, percutant, crissant, ou en étonnant l’auditeur par un relâchement minimaliste inattendu. On imagine très bien les auditeurs rêver et divaguer agréablement au sein d’un festival programmant un groupe « sérieux sévère spectraliste », un trio free-jazz volcanique et une diva outrageante, par exemple. Rien de tel que la diversité. Et cette excellente improvisation est tout à l’honneur de ces artistes.

Over The Edge Marcello Magliocchi Adrian Northover Domenico Saccente FMR Records FMRCD 729-0925
https://adriannorthover.bandcamp.com/album/over-the-edge

Le percussionniste Marcello Magliocchi et le saxophoniste Adrian Northover sont en train d’écrire une belle histoire en multipliant des collaborations avec des musiciens tout à fait particuliers : les deux flûtistes Neil Metcalfe et Bruno Gussoni , qui souffle aussi dans des flûtes japonaises du type des shakuhashi, l guitariste acoustique Daniel Thompson, John Edwards ou Maresuke Okamoto qui joue du Contracello, et maintenant l’accordéoniste de Bari, Domenico Saccente. C’est d’ailleurs en Italie à Padova que ce concert a été enregistré, le 5 mars 2025. Comme souvent les albums d’Adrian et Marcello sont publiés par FMR dont le site semble largement en retard sur son importante production de CD’s. Onze morceaux en trio assez succints, donc et un dernier en solo sur une sculpture sonore par Magliocchi, une de ses spécialités. Sur le compte Bandcamp se trouve le morceau en trio qui aurait dû figurer sur l’album physique. Qoi dire sinon la réunion de deux instruments de souffle à anches, l'accordéon étant un instruments à anche LIBRES. Et c'est la liberté qui fait coîncider les jeux de Domenico Saccente, l'accordéoniste et d'Adrian Northover le saxophoniste soprano. La connivence est évidente et leur interconnectivité au niveau de leur timbres respectifs, des spirales, ellipses sinueuses, inflexions, intervalles de notes est remarquable. Mais ils diversifient aussi leurs approches et leurs énergies alors que Marcello Magliocchi parcourt son kit minimal de batterie avec des variations de cliquetis, d'actions sonores astucieuses, discrètes ou légèrement disruptives à l'instar des Martin Blume ou Roger Turner. On suit cela avec intérêt : ces trois là savent comment ne pas se répéter et nous livrer à chaque fois une miniature de 2 ou 3 minutes, voire 5 ou 6' qui fait sens en développant un matériau différent conférant souvent à chaque pièce son identité. Impulsivité ludique au service de créations de formes qui s'inscrivent dans notre perception ravie. Dans cet opus , Domenico Sccente est une belle révélation, et qui connaît le tandem Magliocchi - Northover par ses nombreuses apparitions enregistrées (cfr plus haut) découvrira un autre registre de leur musique. Remarquable !