4 janvier 2026

Patrizia Oliva Fra ncesco Costa Stefano Giust / Tom Jackson & Daniel Thompson / Bertrand Gauguet & Jean – Luc Petit / Tell No Lies : Edoardo Marraffa Filippo Orefice Nicola Guazzaloca Luca Bernard Andrea Grillini

C ro m o s oma Pa t riz ia O li va F ra nc esc o C ost a St ef a no G iu st Setola di Maiale SM 4930.
https://www.setoladimaiale.net/catalogue/view/SM4930
Un extrait audio youtube : https://www.youtube.com/watch?v=qG9z5kOboM0

On a pu entendre la paire Patrizia Oliva (voix) et Stefano Giust (percussions), ensemble ou séparément, dans différents contextes esthétiques. Mais rien nous préparait à un tel enregistrement en compagnie du souffleur multi-instrumentiste Francesco Costa. Le graphisme de la pochette reprenant les noms des artistes et les crédits des nombreux instruments et objets utilisés dans cette étrange et magnifique musique espace les lettres de chaque mot en césurant les mots et syllabes par des espaces vides un peu à l’instar de la conception de la musique de C RO M O S OM A. Le mastering a été confié à Ilya Belorukov, un artiste improvisateur Petersbourgeois notable pour son approche conceptuelle et minimaliste. Je ne vais pas rapporter ici la liste considérable d’instruments joués isolément avec délicatesse par les trois musiciens-enne. Cromosma est une incontestable réussite, vaguement proche d’enregistrements du Gruppo Nuova Consonanza, tout au long de 30’30’’ d’un seul tenant. Chaque artiste passe soigneusement d’un instrument à l’autre sans se coordonner au départ avec une préférence pour une prise de son rapprochée et un étalement dans le temps d’interventions isolées ou légèrement tuilées d’un instrumentarium hyper diversifié et hybride. La concentration et le placement de chaque instant de jeu aussi « zen » a demandé beaucoup de concentration et de répétitions. Cela s’anime un peu vers la fin et les actions se croisent avec une superbe lisibilité à la fin d’une trajectoire kaléidoscopique étirée dans la durée. Je cite des instruments au hasard juste pour vous faire une idée : richiami per uccelli, melodica soprano, foglio di metallo, fisarmonica giocattolo, tromba, clarinetto con tubo in silicone, piastra sonora, campane in ottone, sintetizzatore monotron foglio di plastica, tromba , conchiglie, batteria , piatti selezionati , wind gong, glockenspiel pentatonico, woodenblocks, etc… imprimés sur la pochette avec une multitude d’espaces entre les lettres comme on peut l’entendre dans cette merveilleuse et rare musique. Le label Setola di Maiale a un catalogue exponentiel et est l’œuvre éditoriale de Stefano Giust qui assure tous les graphismes de chaque CD paru ( on approche les 500 numéros). Leur travail est essentiel dans le paysage des musiques expérimentales et improvisées en Italie. Maintenant que SdM s'est impliqué dans de nombreuses sphères créatives tant italiennes qu'internationales, le label se focalise plus sur des réussites incontestatables comme celle-ci plutôt que de fonctionner comme un journal de bord de la scène péninsulaire tout azymut. Autre réalisation exceptionnelle le NONO Percussion Ens. "Excantatious" avec Giust, Cristiano Calganile et Gino Robair (!). Avec Creative Sources d’Ernesto Rodrigues, Setola di Maiale est un label unique en Europe, ouvrant son énorme catalogue à des initiatives diversifiées au possible permettant à de très nombreux artistes créatifs de s’exprimer librement sans aucune orientation précise idéologico-esthético- tasse de thé et cahier de charges pointilleux, casse-bonbon à la longue, chaque artiste créatif méritant d’être apprécié et traité selon ses propres termes. Lui et ses camarades ont multiplié les expériences dans différentes approches et perspectives musicales. Voici une œuvre qui occupe une place à part, fascinante, subtile et rare par la sensibilité et la conception peu commune. À recommander, surtout si vous voulez sortir des sentiers battus.

Tom Jackson / Daniel Thompson Dark Kitchen Confront Records Core 58
https://confrontrecordings.bandcamp.com/album/dark-kitchen

Je vous donne souvent des nouvelles du guitariste Daniel Thompson (Violet en solo Where the Butterflies Go avec John Edwards et le Runcible Quintet récemment). Lui et son camarade clarinettiste Tom Jackson ont une déjà longue histoire ensemble dans le Hunt at the Brook trio avec le « violiste » Benedict Taylor et ou Nauportus avec le percussionniste Vid Drasler. Après avoir entendu souvent Tom Jackson, je suis très content de noter que sa façon d’improviser a évolué en travaillant le son de l’intérieur et de multiples sonorités expressives tout en conservant son flegme britannique dans la sphère clarinette « contemporaine » dont il est un expert. Sa sonorité peut se faire lunaire, vaporeuse, suave, granuleuse, mordante ou pleine d’aspérités, de glissandi, de vibrations aiguës, acides d’harmoniques extrêmes et de spirales tuilées faisant saute mouton par dessus ou en dessous d’harmonies compexes et mouvantes, d’intervalles distendus en jouant sur la tonalité, mixant modal et atonal. Çà tombe bien que son collègue Daniel Thompson sache attendre, jouer clairsemé, profiler des zig-zags, contredire ou commenter subtilement. Mais aussi s’emballer dans des doigtés contradictoires où les intervalles et clusters se chevauchent vers les quatre points cardinaux. Ou les harmoniques qui fusent et les notes en escaliers s’espacent ou s’accélèrent subitement à la poursuite des spirales en mutation de son collègue. Quatre improvisations notées One, Two, Three, Four enregistrées le 15 avril 2023 au Dark Kitchen studio s’étalent sur 20 :38, 5 :45, 7 :17 et 7 :02. Le dialogue fonctionne et les actions des deux complices se complètent tout en divaguant ou en concluant des mouvements longs ou très courts avec de beaux effets de surprise, des sursauts accidentés. C’est très réussi et procure un grand plaisir d’écoute tant les variations et les idées abondent et s’intègrent dans des flux renouvelés. Encore chapeau au travail d'édition de l'infatigable Mark Wastell !

Radiesthésie Bertrand Gauguet / Jean – Luc Petit Unrec records CD UNREC 251 2025
https://unensemble.bandcamp.com/album/radiesth-sie

Duo saxophones alto et baryton (Bertrand Gauguet) et clarinette contrebasse et saxophone soprano (Jean-Luc Petit). 59 minutes 19 sec pour cinq morceaux en suspension dans l’air ambiant à la recherche de sons, de vibrations, de murmures, de souffles, de correspondances… les titres : Le pendule de Thot , L’effet idéomoteur, l’antenne de Lecher, L’effet Barnum, Sonusmancie. Ces deux musiciens sont membres de UN, un collectif d’improvisation radicale porté sur la recherche sonore, de nouvelles formes et de processus de création musicale. Depuis son album solo Etwa (Creative Sources) il y a si longtemps, Bertrand Gauguet a évolué dans la création d’ambiances mystérieuses retenant son souffle et les filets de sons qui fluctuent lentement dans le champ auditif. Il utilise des techniques alternatives de souffle, de configuration de l’espace buccal autour du bec et de l’anche qu’il fait vibrer dans des fréquences implosées et des textures recherchées. Les hauteurs des notes voyagent, se plient, s’élèvent de quelques commas mesurés , les timbres oscillent et se granulent avec précision, téléguidés par la coordination des mouvements du corps et de l’expiration et des positions des clés fermées ouvertes ou à peine obturées avec des doigtés qu’on pense être aléatoires. Si le baryton est un super instrument pour déraper et altérer les sons, la compagnie de la clarinette contrebasse de Jean- Luc Petit est providentielle. Depuis l’enregistrement solitaire de Matière des Souffles (improvising beings), Jean-Luc Petit s’est affirmé et a monté en puissance créative. On le constate dans ces remarquables duos avec la tromboniste Christiane Bopp (L’écorce et la Salive) et avec le percussionniste Laurent Paris (Présence). Gauguet et Petit s’enrichissent leurs différences et de leurs différences dans un échange fructueux de correspondances sonores, imbrications de timbres, d’implosions, de sons graveleux et d’harmoniques extrêmes, déchirantes ou ombreuses. Il y autant d poésie zen que de prolégomènes inférés dans ce qui se révèle être une science des sons et de leurs propriétés qui frôlent l’aléatoire et transite vers l’imprévisible. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour pénétrer cet entrelac de timbres, fêlures et scories et se laisser guider comme dans un rêve pour y trouver un ou plusieurs chemins dans l'espace auditif parmi les forces d’attraction géodésiques et telluriques que cette musique suggère.
Mantica Tell No Lies AUT137 Edoardo Marraffa Filippo Orefice Nicola Guazzaloca Luca Bernard Andrea Grillini + invités
https://autrecords.bandcamp.com/album/mantica

Cela doit bien être le sixième CD de Tell No Lies, assurément un des meilleurs combos européens de jazz « avec rythmes » plus « free » tout comme Die Entaüschung de Rudi Mahall Axel Dörner, Jan Roder .. et leur nouveau batteur… Si ce groupe de Bologne est un collectif soudé, le compositeur arrangeur en est le pianiste Nicola Guazzaloca qui a concocté huit compositions qui font plus qu’évoquer la géniale Brotherhood of Breath de Chris McGregor, un des plus étonnants orchestres de Jazz entre la fin des années 60 et la fin des 70. Tout comme la Brotherhood, Tell No Lies parsème son programme de séquences free totalement improvisées en guise d’introduction pour construire graduellement l’architecture du morceau qui se met en place avec une superbe rythmique chaloupée (cfr 4/ Diva), et quelle rythmique ! Le trio de base piano, Guazzaloca, basse Luca Bernard et batterie Andrea Grillini fonctionne à plein régime et ne rate aucun break. Quelle cohésion ! Frontalement, la paire de sax ténor Edoardo Marraffa et Filippo Orifice assène des riffs efficaces type kwela, mambo entre musique latino des Îles Craïbes et kwela ou highlife africain ou projette des solos rageurs, Marraffa, duettiste des Ravageurs avec Guazzaloca, double au sax sopranino. Comme la communauté des musiciens de Bologne est très soudée, s’ajoutent des potes dans plusieurs morceaux en fonction des besoins de leur écriture et des arrangements. Il faut dire que toute cette musique est superbement envoyée et que les interventions s'enchaînent à ravir. Piero Bittolo Bon, un sérieux client, intervient au sax alto dans 3 compositions et une à la flûte basse. Le Tromboniste Federico Pierantoni au trombone dans 4 pièces, Elena Maestrini fait une apparition au soprano et Federico , un solo de sax bariton en 1 et ajoute son sax alto dans Bagai (5) à la paire de sax ténors de Federico Eterno et Gianluca Varone, un copain toujours présent quand il s’agit de donner un coup de main dans cette magnifique communauté. Et le violoncelliste Francesco Guerri avec qui Guazzaloca a gravé un chef d'oeuvre , Keep Your Hands Free chroniqué ici-même le 2 janvier. Pour le plaisir de swinguer intelligemment, Tell No Lies, c’est sincère, profondément ressenti , absolument pas formaté et joyeusement efficace. Du vrai Jazz qui saute les barrières tout en swingant "original" !

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