23 janvier 2026

Stefano Leonardi & Antonio Bertoni/ Vasco Trilla & Liba Villavecchia/ Erhard Hirt Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues / Ivo Perelman & Leo Smith

Stefano Leonardi & Antonio Bertoni. Fuoco Sacro AUT Records
https://autrecords.bandcamp.com/album/fuoco-sacro

J’aurais dû chroniquer ce magnifique album de cet excellent duo entre le flûtiste Stefano Leonardi et du percussionniste – accessoiriste Antonio Bertoni beaucoup plus tôt. La faute en revient à Messenger de Facebook qui exige un code à caractère unique. Mais comme c’est hyper labyrinthique , cette simagrée, celui qui me communique des DL via ce canal peut parfois attendre. Surtout que les albums digitaux se succèdent. Fuoco Sacro, c’est de la super improvisation basée sur la multiplications de pulsations et des techniques de souffle percussives pour laquelle la technique d’accentuation sur l’embouchure, la projection du son et les effets de souffle sont primordiales. On a pu décrire cette approche comme étant « du folklore imaginaire » , étiquette facile , mais tout à fait légitime chez nos duettistes. En effet à ses flûtes classiques dont un flute basse Leonardi ajoute à sa panoplie les launeddas sardes (tumbu), le dilli kaval, Turc , une flûte étrusque en albâtre et un xun basse chinois, soit une sorte de gros occarina en terre cuite. Tout ce qu’il joue avec talent et sensibilité est coordonné avec les inventions rythmiques et sonores d’Antonio Bertoni. Son travail à l’archet sur un waterphone est littéralement cosmique. Il utilise aussi des instruments à cordes africains, la batterie avec sensibilité.
Parmi les instruments africains qui bourdonnent et vibrent , le guimbri entre autresn se détachent un vièle ngoni (ou njarka ?) dont il tire des agréments sur le mode pentatonique comme un véritable natif Nelle Mani (en 6). De même le kaval est parfait sous les doigts de Stefano (7 A tocchetti). On se croirait quelques parts en Anatolie pour de vrai ! Il se fait que j’ai écouté une pléthore de disques de musique traditionnelle qu’elle soit savante ou « de villages »`. Stefano Leonardi fait pleurer les harmoniques avant d’en tirer des sons « alternatifs ». S’il arrive que ceux qui s’aventurent avec des instruments d’autre cultures sont souvent superficiels ou pas trop inspirés, ces deux là touchent la timbale haut la main. Plus on avance dans l’album, plus les surprises fusent et l’émotion monte d’un cran. D’ailleurs pour la finale, deux musiciens traditionnels les rejoignent pour la dixième pièce. C’est parfaitement réussi, sincère et ouvert. Une belle découverte d’une autre facette du travail de Stefano Leonardi qui à mon avis est plus personnelle ou originale. Son collègue a vraiment beaucoup de talent. À écouter avec le plus grand plaisir.

Asebeia Vasco Trilla & Liba Villavecchia FMR CD0611-0321
https://libavillavecchia.bandcamp.com/album/asebeia

Ça fait quelque temps que ce CD a été publié (2021). J’en ai eu connaissance et une copie lorsqu’une caisse de CD’s m’est parvenue du label FMR après un premier envoi disparu. Sans doute les douanes belges, car le colis provenait de Grande – Bretagne post-Brexit. En plus, le site de FMR a cessé d’être entretenu. Bref . L’esapagnol Vasco Trilla est depuis une douzaine d’années un percussionniste assez demandé dans les sphères de la musique improvisée avec ces objets, accessoires, mobiles et son inventivité. On peut l’entendre avec Luis Vicente, Florian Stoffner, les Rodrigues père et fils, Szilard Mezei, Yedo Gibson, Don Malfon, Mars Williams et de nombreux artistes quasi-inconnus mais toujours vraiment intéressants. Liba Villavecchia est un saxophoniste ténor ou alto, mais ici au sax alto, qui fait partie de la communauté des improvisateurs de Barcelone. Il a joué et enregistré avec Agusti Fernandez et forme le groupe Hung Mung avec Trillia, le guitariste Diego Calcedo et le joueur de synthé El Pricto. Les voici en duo, et si l’album commence dans une direction free-free jazz, on entend dès le début que le souffleur a une personnalité particulière avec ses grands écarts d’intervalles en escaliers asymétriques. Mais au fil des huit morceaux intitulés avec des mots en grec comme Koinos, Eudalmonia, Platis, Akolasia, Ataraxia, etc… Le travail sur les sonorités, la décharge d’explosions- implosions, les vibrations des peaux, les sons tenus et suspendus des percussions métalliques (gongs), les contorsions, la qualité des échanges, l’acuité de la rencontre, la mise en commun de timbres qui coïncident par leurs fréquences et leurs intensités, les murmures imprévisibles l’infinitésimal dans le détail des timbres étirés, des frottements d’archet sur la tranche de cymbales ou de tam-tams, … bourdonnements – grincements. Leur éveil mutuel aux sonorités qui s’agrègent crée une profonde empathie et aboutit à la perception de forces naturelles inconnues. C’est en tout point remarquable.

Münster Erhard Hirt Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues Creative Sources CS875CD
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/m-nster

Vous allez me dire que je couvre souvent les Rodrigues et leurs très nombreux albums sur le label Creative Sources du père Ernesto Rodrigues (alto). Mais, dans le cas précis de Münster, nous avons affaire au troisième larron, le guitariste Erhard Hirt qui dans mon jeune temps avait joué avec Paul Lytton et Wolfgang Fuchs et pas longtemps ce qui est bien dommage. À mon avis Erhard Hirt est un guitariste électrique complètement « électroniquifié » comme trop peu (ou très peu) y parviennent de manière aussi dynamique, colorée, plastique et multiforme. Et sa démarche apporte une nouvelle dimension au travail des deux cordistes , Ernesto l’altiste et Guilherme le violoncelliste, deux artistes dont je n’arrive pas à me lasser tant ils diversifient leurs jeux avec et en fonction des nombreux artistes avec qui ils enregistrent et se produisent en concert. Et même, lorsque l’on a déjà entendu Erhard Hirt auparavant (le quartet XPact, ressuscité il y a quelques années ainsi que ses deux albums précédents pour Creative Sources, Trails avec Richard Scott, Willi Kellers et Klaus Kürvers, et Weiterbauen avec Dietrich Petzold et Kürvers à nouveau), il y a toujours du neuf au tournant. Fort heureusement, Erhard Hirt est devenu plus présent avec Lytton et Stefan Keune, même si son camarade Hans Schneider nous a quittés.
La musique du trio est multiforme, kaléïdoscopique, hyper détaillée, en constante mutation morphologique dans une interpénétration rhizomique pluridimensionnelle sans qu’on puisse la labelliser. Il y a là une complexité profondément réfléchie et intensément ludique qui culminent dans les interactions des deux derniers morceaux avec des chassés croisés sauvages ou pointillistes animés.La diversité des approches sonores, le goût bruitiste, la rage et la raison froide s'entremêlent naurellement. En tout point plus que remarquable. La finesse du travail « électronique » du guitariste n’a d’égal que le raffinement des deux cordistes et leur expérience de l’improvisation collective et du dosage précis de toutes leurs interventions imaginatives. Quatre improvisations numérotées en chiffres romains pour un total de plus de 33 minutes font voyager notre perception et notre imagination dans de resplendissants paysages sonores. Une excellente réussite.

Duologues 5 Ivo Perelman & Leo Smith Ibeji Records
https://music.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_n24c_FdmCSj-eWMtpVcBRWmkAYegXaMxo

J'apprécie particulièrement Ivo Perelman dans sa démarche de rencontre intime et profonde avec tous les "brillants invités" avec qui il grave ces magnifiques duos. À l'aube du free-jazz, Leo Smith était connu pour concerts solos tout en nuances aussi châtoyants que radicaux. On se souvient de Silence avec Braxton et Jenkins datant de 1969, le duo avec Marion Brown (etleurs petites percussions),le trio feutré avec le vibraphone de Bobby Naughton et la clarinette de Perry Robinson et ses solos énigmatiques pour qui carburait au gros rouge qui tâche des Frank Wright et Peter Brötzmann. Et c'est dans cette dimension éthérée, lyrique et exploratoire, feutrée et doucement incisive, qu'évolue cette superbe session que les deux artistes vous offrent en digital. Ils inventent de merveilleuses défragmentations mélodiques, des élans de souffles généreux sur la pointe des pieds, des échanges précis quasi concertés, des divagations poétiques, des sonorités flottantes suspendues dans l'air ambiant, des notes distendues qui s'élèvent ou meurent doucement, ou le son éclatant du pavillon qui s'assombrit de suite.Et les extrêmes aigus d'Ivo et le cuivrage moëlleux de Wadada Leo. On y entend la permanence du souffle du jazz et mille détails et sonorités intimistes, vaporeuses, cuivrées poussant l'expression instrumentale à une vocalité transcendante faite d'ombres et de lueurs, d'émotions existentielles, de brumes voilées et d'éclats suraigus, ... dérapages contrôlés, tressauts de l'inconscient. Une sorte de blues diaphane pointe de ci de là... Même à force d'écouter attentivement, on n'arrive pas en faire le tour. C'est un appel du vide qui se remplit indéfiniment. Une merveille totale !

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