jeudi 24 janvier 2013

More Accent on Tenor Sax


More Accent On Tenor Sax

Optic John Butcher and John Edwards Emanem
Depuis un concert londonien du trio Butcher/ Durrant/ Russell augmenté de Radu Malfatti et de Paul Lovens en avril 1986 et leur album Conceits (label Acta), j’étais convaincu que John Butcher avait un sérieux avenir dans la musique improvisée. Contacté par lui quelque 14 ans plus tard, j’inaugurais une série de concerts à L’Archiduc, un bar Art – Déco incontournable de la vie bruxelloise, en programmant le duo John Butcher & John Edwards. J’invitais aussi le duo du clarinettiste basse Jacques Foschia et du percussionniste Mike Goyvaerts en janvier 2001. Jacques, un clarinettiste d’envergure (cfr son cd solo Clair Obscur / Creative Sources), avait fait connaissance avec les deux John quelques mois plus tôt dans le London Improvisors Orchestra. Notre ami Kris Vanderstraeten fit l’affiche et le bar fit le plein d’un public enthousiaste. Un autre grand ami, Guy Strale, prit l’initiative de l’enregistrer avec un enregistreur à bandes et mon frère Luc réalisa le transfert de Cocktail Bar, Michaël Huon étant malheureusement immobilisé. Les deux John essayèrent quelques cocktails maison, écoutèrent Jacques et Mike du haut de la mezzanine et nous firent un set mémorable. Celui-ci ouvre Optic, publié par Emanem deux ans plus tard. Le sax ténor de Butcher poursuit plusieurs idées alliant et alternant growls nerveux, spirales détachées et syllabes fractionnées décalées. Au- delà d’une manière de soliste en duo, un puzzle en trois dimensions ou une déconstruction construite avec une application méthodique qui suit pourtant l’intuition de l’instant. Qu’il passe au soprano insensiblement, le son même du ténor semble se prolonger, les idées du ténor se métamorphosant avec la dynamique du soprano. John Edwards est le véritable alter-ego du souffleur. Il adopte toutes les positions de jeux qu’il lui est possible et rien que pour cela Optic est une anthologie. Un dialogue peu commun, une entente parfaite : à l’Archiduc, le public respecte le silence et les sons, la barmaid stylée est ultra-discrète : il y règne une écoute magique.

Family Ties Ivo Perelman Joe Morris Gerald Cleaver ; Living Jelly Ivo Perelman Joe Morris Gerald Cleaver ; the Gift Ivo Perelman Matt Shipp Michael Bisio ; the Clairvoyant Ivo Perelman  Matt Shipp  Whit Dickey Leo Records .............
Quatre albums différents pour un saxophone ténor sensible, goûteux, chercheur avec une sonorité, des sonorités uniques. Le trio fait de la batterie intelligente de Gerald Cleaver et consécutivement, la contrebasse (Family Ties) et puis la guitare de Joe Morris (Living Jelly). Deux trios avec Matt Shipp au piano et la contrebasse de Michael Bisio (the Gift) et, ensuite, avec le batteur Whit Dickey (the Clairvoyant). Ces cinq musiciens, se fondent dans une véritable communauté, chacun partageant la scène, des tournées et des enregistrements les uns avec les autres. Chacun de ces trios rend la musique d’Ivo Perelman passionnante. Plutôt que de s’affirmer comme souffleur – cracheur de feu propulsé, rôle dans lequel il nous a prouvé qu’il est inégalable ou l’égal des David S Ware, Archie Shepp jeune, Evan Parker et quelques autres, Ivo Perelman s’applique à créer un dialogue à parts égales avec chacun des protagonistes. Cette démarche chercheuse, qui parie sur l’improvisation, l’écoute et le partage nous livre de superbes moments où les membres de chaque trio se mettent collectivement et tour à tour en évidence. La connivence des quatre trios renouvelle l’intérêt de l’auditeur pour le saxophoniste et ses amis. Il n’y a quasi pas de redites et surtout de belles trouvailles, des perles. Il faut dire l’énergie subtile et la colloquialité du saxophoniste ténor, qui étire, tord et dilate le son de son instrument avec un sens inné de la mélodie et du chant inscrits au creux de chaque harmonique, de chaque morsure, de toutes les volutes de son souffle enflammé. Les deux batteurs rivalisent de subtilité et d’invention, la contrebasse de Michael Bisio est phénoménale et Matt Shipp a un style original, issu d’une pratique sincère du jazz, qui n’appartient qu’à lui. Oubliez les Herbie, les Chick, les Brad, les Bill, les Keith, les Cecil et tous les repères. Ses pairs appellaient affectueusement Coleman Hawkins « Bean », « haricot » à cause de sa ressemblance avec le cerveau humain en raison de son intelligence musicale supérieure. Et bien cela va comme un gant à Matt Shipp, lequel a créé sa musique jazz contemporaine au piano sans passer par les cases références obligatoires du Monopoly du jazz. Quant à Joe Morris, il a trouvé pour sa guitare le point d’équilibre exact entre la percussion et le saxophone. Ce saxophoniste brésilien merveilleux fait évoluer sa musique sensiblement et, avec ces quatre albums, vous avez l’embarras du choix.

Free Zone Appleby 2005  Gerd Dudek, Evan Parker, Paul Dunmall, John Edwards, Paul Rogers, Phil Wachsmann, Kenny Wheeler, Tony Levin et Tony Marsh  Psi.
Live at the Vortex - London. Evan Parker, Kenny Wheeler, Paul Dunmall, John Edwards et Tony Levin Rare Records.
Foxes Fox live at the Vortex : Parker Louis Moholo - Moholo John Edwards Steve Beresford + Kenny Wheeler Psi
London Meets Altbüron Paul Dunmall Simon Picard Paul Rogers  Christian Weber Tony Levin Duns Limited Ed 060.
Utoma Paul Dunmall Simon Picard Tony Bianco Emanem.
Un fil conducteur. De cette réunion au festival d’Appleby (Free Zone 2005) où Evan Parker a carte blanche, Psi a sélectionné quelques moments sublimes où l’histoire du sax ténor est sublimée. Dans un Red Quartet de 20 minutes, Evan Parker et Gerd Dudek joignent leurs deux ténors à l’unisson, puis l’un après l’autre et enfin en réunissant leurs idées dans une véritable effet de miroirs. Ils épargnent les notes que l’autre joue dans une alternance de mouvements conjoints et disjoints et une précision télépathique et spontanée, poussés par Levin et Edwards. Ensuite, le Red Earth Trio 2 permet d’entendre Gerd Dudek nous offrir le meilleur du sax ténor tranchant et emporté avec Tony Marsh et Edwards à nouveau, c’est un rare moment enregistré. Il n’y a quasi plus d’enregsitrements disponibles de Dudek dans ce registre qui fait plus qu’évoquer Coltrane dans Impressions ou Chasin the Trane au Village Vanguard en 1961. Le Red Earth Nonet de quinze minutes a une séquence où les trois ténors se confondent, se croisent, se dépassent mutuellement. Une fraternité du souffle et une saine consanguinité. Ils en oublient leurs styles respectifs pour jouer comme si tout ce qui comptait, c’est que la musique soit dans l’instant une seule merveille indivisible.  Les deux Tony, Levin et Marsh, nous ont quitté récemment et avec ce Nonet providentiel les voici réunis pour la postérité. Vous retrouverez la même émotion profonde dans ce Live at The Vortex (2003) où Paul Dunmall et Evan Parker se retrouvent avec Wheeler, Edwards et Levin. Là encore l’émulation, l’écoute fait des miracles. Les deux ténors jouent l’un pour l’autre et cette générosité intelligente illumine tout le concert et entraîne les autres protagonistes. Le saxophone ténor est sans doute l’instrument préféré de beaucoup pour la chaleur et le son unique qu’il dispense dans les mains appropriées de nos souffleurs favoris. Je soutiens l’idée que ceux-ci, surtout s’ils sont des improvisateurs sincères (sans arrière-pensée et qui ne calculent pas), nous offrent le meilleur d’eux-mêmes lorsqu’ils soufflent ensemble et s’unissent. Et encore plus ! Sonny Rollins ne disait-il pas que John Coltrane était son meilleur ami ? C’est bien une dimension qui échappe à tous les comptables du jazz et de leurs idéologies. On ne mesurera jamais les sentiments qui unissent ces musiciens ; comme le dit le titre d’un des longs morceaux : Unknown reasons. Kenny Wheeler est encore de la partie dans Foxes Fox Live au Vortex (2007), inspirant sans doute Parker vers plus d’ouverture dans une partie de saxophone ténor parmi les plus puissantes et animées qu’il ait jamais enregistré. Steve Beresford lui nous fait entendre ce qu’improviser veut dire et John Edwards fait un véritable miracle "Charlie Haden speed" à couper le souffle, drivé par la propulsion fantastique de Louis Moholo-Moholo. Une puissance à la contrebasse qui vous laissera pantois. Et voici le scandale : un quatrième saxophoniste ténor vient se joindre à cette fatrie : le trop méconnu Simon Picard qui habite aujourd’hui Zurich. Avez – vous jamais écouté Simon Picard ? Vous ratez quelque chose ! Lors d’une conversation avec deux saxophonistes français, Audrey Lauro et Guillaume Orti, j’essayais d’expliquer le phénomène Dunmall et son copain Picard. Tout d’un coup, Guillaume se souvient d’avoir entendu le double cd Babu (Slam) il y a de nombreuses années et dans lequel nos deux souffleurs faisaient cause commune. «Ces deux-là, dit-il, ce sont deux tueurs !! ». En clair, pour un vrai connaisseur, le top du saxophone ténor ! Dunmall, un saxophoniste follement prodigue de ces enregistrements, nous y démontre que sa manière s’accomplit dans de multiples directions dans différents domaines qui sollicitent une vaste étendue de pratiques, d’expériences, de savoirs musicaux, dunmallisant à tout jamais les héritages de Coltrane, mais aussi Rollins, Rivers, Griffin… . Dans London Meets Altbüron, un triple CD du label Duns Limited, Simon Picard a organisé la séance d’enregistrements en une série de duos entre chaque instrumentiste et répartis sur les compacts 1 et 3. On les y entend tous les deux au saxophone soprano avec les contrebasses de  Christian Weber et de Paul Rogers pour le plus bel effet. Sur le cédé central, deux longs quintets qui nous convient pour plusieurs moments d’équilibre et d’énergies, le deuxième avec une foire d’empoigne aux saxophones ténor, des speakings tongues à la britannique. Rien que ce quintet vaut à lui tout seul l’achat du coffret (encore disponible via le site ww.mindyourmusic.com). Ces deux saxophonistes ont travaillé tout le jazz de fond en comble avant de se lancer dans l’aventure et ont une capacité de renouvellement quasi-perpétuelle. Si vous avez encore quelques doutes, Utoma qui réunit encore Dunmall et Picard avec le batteur-rouleau-compresseur Tony Bianco, remettra définitivement les pendules à l’heure. Ce cédé est toujours au catalogue d’Emanem et il est inconcevable de parler de saxophone ténor d’aujourd’hui sans avoir écouté ce brûlot. Rarement ou jamais la connivence entre deux sax ténor ne magnifia autant leurs musiques respectives et l’instrument que dans ce disque qui résume à lui tout seul cette véritable confrérie du souffle et ces fameux espaces interstellaires immortalisés par le grand Coltrane. Un autre coffret de quatre cédés Duns Limited est toujours disponible : Deep Joy du Deep Trio, Tony Levin Paul Dunmall et Paul Rogers (2004/2000/1995 Duns Ltd Ed 041). Vous comprendrez qu’avec de tels albums à portée de la main, je ne puis plus continuer à écrire sur d'autres saxophonistes. Seulement à écouter les « Live at The Vortex » et ces Duns Limited rarissimes – de 80 à 100 copies, dépêchez-vous ! 
 Jean Michel Van Schouwburg

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