mercredi 21 juin 2017

Harri Sjöström Gianni Mimmo Alison Blunt Achim Kaufmann Veli Kujala Ignaz Schick/ Birgit Ulher / Szilárd Mezei Nicolà Guazzaloca/ Yoko Miura Gianni Mimmo Ove Volquartz / Angelica V. Salvi Miguel Carvalhais Nuno Torres Marcelo dos Reis João Pais Filipe


Sestetto Internationale : Aural Vertigo The Helsinki & Turku Concerts Finland tour 2015 Harri Sjöström Gianni Mimmo Alison Blunt Achim Kaufmann Veli Kujala Ignaz Schick Amirani Records 049

Le saxophoniste soprano Italien Gianni Mimmo nous donne régulièrement rendez-vous sur son label Amirani pour des réalisations qui sortent de l’ordinaire de la musique improvisée et aux quelles il participe activement. Ce Sextette International a été rassemblé à l’initiative de son alter-ego au sax soprano, le finlandais Harri Sjöström avec qui il avait enregistré un superbe album en duo sur le même label (live at Bauchhund). On peut sincèrement admirer la vision musicale de Sjöström car cet orchestre atypique est complexe à manœuvrer. Et la réussite est au rendez-vous avec deux très longues improvisations collectives de plus d’une demi-heure lors de concerts finlandais. La présence des deux saxophones soprano d’ Harri Sjöström et Gianni Mimmo, et du violon d’Alison Blunt dans un registre de hauteur identique  en combinaison avec deux instruments harmoniques, le piano d’Achim Kaufmann et de l’accordéon de Veli Kujala se révèle d’une richesse insoupçonnée à laquelle les dérapages soniques d’Ignaz Schick aux platines trafiquées apportent ce qu’il faut de sel sur la queue. Profitant de la proximité sonore des instruments, l’accordéoniste ne se privant pas de solliciter un registre voisin des trois autres, les musiciens jouent sur des écarts microtonaux subtils et des effets de miroitement surprenants, certes, mais qui renforce surtout le feeling de profonde intimité de la musique. Les glissandi millimétrés et savants (mais spontanés !) de la violoniste et de l’accordéoniste colorent l’ensemble et fascinent. Le vis-à-vis statique des deux saxophonistes soprano s’enchaîne à des mouvements en boucle de l’accordéon et des extensions sonores imprévisibles de Schick, lequel a une sacrée oreille, étant lui-même un solide saxophoniste alto.  Et donc, cette démarche improvisée libre qu’on peut qualifier de « free » free-jazz  est rendue très pertinente par cette orchestration peu commune et la conscience élevée de l’enjeu partagée par chacun. Notez bien, j’entends par free free-jazz, ce free-jazz librement improvisé sans thèmes et compositions mais qui tend à construire spontanément une forme assimilée à une composition sur la durée de l’improvisation collective. Ici, celle-ci se diversifie et s’étage en sous-groupes (duo, trio, quartet) mettant les voix de chaque protagoniste en relation directe avec celle des autres, supprimant une quelconque hiérarchie au sein de l’ensemble et créant un parcours qui épouse des affects et des dynamiques variées, contrastées ou complémentaires, qui vont de la raréfaction au bord du silence à l’emphase en passant par d’intenses échanges renouvelés ou enchaînés avec le plus grand bonheur. C’est très remarquable et, même si le travail sonique ne semble pas aussi radical que celui des  Gunther Christmann, Derek Bailey, AMM ou Hugh Davies, Doneda ou le trio Demierre / Leimgruber /Philips, cette véritable réussite devrait sûrement passionner les afficionados pour la substance musicale considérable de ce Sestetto Internationale, lequel aurait mérité d’être baptisé de manière plus originale à l’instar de leur splendide musique, originale de bout en bout.

Birgit Ulher Proportions Audition Records art 026 – download

https://auditionrecords.bandcamp.com/album/art026-birgit-ulher-proportions 
Avec des artistes comme Phil Minton, Michel Doneda, Roger Turner, Jacques Demierre, Franz Hautzinger, Gino Robair, Paul Hubweber, la trompettiste hambourgeoise Birgit Ulher est une improvisatrice radicale dont il faut suivre le travail à la trace. Œuvre solo dédiée à l’espace d’une pièce dont la musicienne se propose d’en mesurer les dimensions / proportions en jouant ces compositions sonores :  "The measurement of walls, doors and windows — hence the time score and the representation of sound spanning the space of an empty room —, in which the real silence doesn't exist."  Proportions 1 & 2 , qu’on peut entendre ici : https://auditionrecords.bandcamp.com/album/art026-birgit-ulher-proportions sonnent comme de véritables sculptures sonores créées en juxtaposant et connectant les extraordinaires sonorités – effets de timbres – bruissements – contorsions de la colonne d’air dans une structure qui s’apparente autant à un travail graphique – couleurs – maculations – grisailles – grattages – émulsions d’imaginaires plaques sensibles. Elle se sert d’ailleurs de fines plaques métalliques en vibration/ percussion contre la surface des sourdines ou du pavillon de l’instrument… Bien sûr la technique d’enregistrement est très rapprochée, amplifiant à l’excès les détails, faisant cracher et crevasser les décibels comme si des gaz rares et des liquides fumants s’échappaient de tuyaux d’une curieuse machinerie d’un laboratoire chimique improbable… Birgit Ulher a publié de nombreux enregistrements dont j’ai essayé de vous relater l’originalité et la transcendance. Comme dans ses oeuvres précédentes, elle va encore plus fort, plus loin, et cultive son empreinte sonore unique. Fascinant !  Un disque qu'on réécoute goutte à goutte 


Lucca and Bologna concerts  Szilárd Mezei Nicolà Guazzaloca Amirani AMRN050

Pour fêter leur cinquantième numéro, l’équipe d’Amirani Records, ne pouvait choisir un meilleur album mettant en valeur le talent profond d’improvisateur de son graphiste attitré, le pianiste Nicolà Guazzaloca. Ces 15/20 dernières années, nous avons assisté à l’émergence d’une génération d’altistes (violonistes ALTO) d’exception  et à son affirmation dans la scène de l’improvisation : Mat Maneri, Charlotte Hug, Szilard Mezei, Benedict Taylor. Nicolà Guazzaloca et Szilard Mezei ont déjà pas mal joué et enregistré en trio avec le saxophoniste Tim Trevor-Briscoe. Et donc, l’irruption de ce fantastique album en duo vient merveilleusement à point pour réveiller notre assoupissement estival (sec et très chaud ici en Belgique) face à la morosité créative. À la fois virtuose question clavier et investi à fond dans la microtonalité question alto, le dialogue navigue entre des eaux moirées intimistes et la crête de vagues puissantes activées par les éléments déchaînés. Les séquences exploratives, une main dans les cordes du piano et l’autre pinçant celles de l’alto, questionnent, réitèrent, énoncent en cherchant des sons inusités, l’archet étirant les commas et la pâte sonore… Le pianiste y joue aussi de l’accordéon de manière étonnante ! L’altiste, lui, a une conception tout aussi étonnante de la polymodalité...  Contrastes, similitudes, échappées, contorsions, à pleines mains ou du bout des doigts, vous avez ici affaire à une pluralité de jeux, de timbres, de questions, de tentatives de réponses, de propositions renouvelées, de conclusions oniriques….. Leur sens aiguisé de la recherche prolonge avec une grande honnêteté tous les acquits de leur collaboration passée et la sublime ! Sublime !!


Un disque qu'on réécoute goutte à goutte .... 

Air Current Yoko Miura Gianni Mimmo Ove Volquartz Setola di Maiale SM 3330

Très belle rencontre improvisée dans le registre « free » free-jazz entre la pianiste japonaise Yoko Miura, le clarinettiste basse germanique Ove Volquartz et le saxophoniste soprano italien Gianni Mimmo. Yoko Miura délimite un territoire en forme de haïku  en variant la dynamique et laissant l’espace aux deux souffleurs qui s’introduisent avec précaution sotto voce par dessus ses doigtés de fée. Miura crée son improvisation en variant ses cellules mélodico-rythmiques réitérées en manœuvrant les intervalles, les intensités du toucher, les couleurs, obligeant Mimmo et Volquartz à définir leur cheminement tout en laissant ouvertes les options. La qualité du timbre des souffleurs est exquise et s’apparente à une musique de chambre vingtiémiste qui finit par s’intensifier. Il y a une certaine langueur que d’aucuns qualifierait de conventionnelle, mais qui n’est pas dénuée de musicalité. Ove Volquartz a trouvé une voie tout-à-fait personnelle à la clarinette basse empreinte d’un lyrisme subtil et suave et avec une coloration homogène sur tout le registre de l’instrument. Son style et sa sonorité sont immédiatement reconnaissables. Quant à Gianni Mimmo, son rapport intime à la musique de Steve Lacy se transforme ici vers un mode de jeu plus personnel à travers des cycles de notes étirées et tortueuses qui finissent par épouser les cadences et les voicings de Yoko Miura. Le troisième morceau, the Way the wind blows – 17’ voit le trio décoller dans une belle communion et des entrelacs de phrases, de semi-silences, de questions – réponses vivaces et bien senties ou éthérées sans se départir de l’esprit chambriste du projet. La capacité d’improvisation mélodique et rythmique des trois musiciens est tout-à-fait remarquable, pleine de nuances, ainsi que leur recherche instantanée pour transformer les équilibres et la géométrie du trio au fil de l’improvisation. L’excellence de ce dernier morceau valait bien l’effort de se plonger dans la mise en bouche un peu réservée des deux premiers morceaux Silence (18:30) et Cada Dia Mejor (7:16). Pour résumer, une belle expérience de cohabitation créative de trois personnalités aux univers différents qui se révèle aboutie et concluante au fil des morceaux, l’enregistrement rendant compte des tentatives réitérées pour « faire avancer la musique» entre chacun d’eux jusqu’à ce que trio tourne à plein régime et atteigne l’état de grâce.

Pedra Contida Amethyst : Angelica V. Salvi Miguel Carvalhais Nuno Torres Marcelo dos Reis João Pais Filipe FMR CD445-0217

Pedra contida : la pierre contenue dans  chacun des cinq compositions de cette enregistrement est tour à tour Scree, Chalk, Agate, Obsidian, Touchstone. A mi-chemin entre une musique improvisée exploratoire, des ambiances répétitives et quelques débordements free –jazz tempérés. On relève la harpe d’Angelica Salvi pilotant des boucles, le sax détimbré de Nuno Torres zigzagant, la guitare bruissante et insistante de Marcelo dos Reis, les percussions aérées et vibrantes de João Pais Filipe et le computer de Miguel Carvalhais se faufilant dans les ramifications. L’orientation et les éléments de la musique d’Amethyst sont multiples et composites : les musiciens tentent avec bonheur de créer un univers original, hybride, dynamique et parfois minimaliste. Chaque composition suit sa logique propre et des pratiques différentes s’intègrent dans le projet collectif avec une grande clarté en suivant forme de plan d’action préexistant. Les techniques alternatives sont sollicitées fréquemment par le guitariste Marcelo dos Reis qui se distingue dans ce contexte alors que le saxophoniste Nuno Torres, connu pour son travail réductionniste sonore avec Ernesto Rodrigues, nous sert des phrasés lyriques légèrement décalés. Sans pour autant faire de concessions, les musiciens proposent une musique qui puisse être jouée face à un public qui s’ouvre à ce genre de musiques expérimentales radicales tout en maintenant des points de repère situables, voire redondants, comme une sorte de mise en situation. Un bon travail super bien réalisé.

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