14 septembre 2021

Urs Leimgruber & Jacques Demierre/ Sue Lynch Adrian Northover Dawid Frydryk Ed Lucas Thanos Chrysakis/ Yves Charruest & Benedict Taylor/Sergio Armaroli & Roger Turner

Urs Leimgruber Jacques Demierre it forgets about the snow 2CD Creative Works CW 1067/1068.
https://www.creativeworks.ch/home/cd-shop/cw1067ccd/#cc-m-product-14612847032

Cela fait quelques décennies que le label helvétique Creative Works suit son petit bonhomme de chemin. Livré dans une pochette blanche 001 immaculée indiquant it forgets about the snow et les noms des deux artistes fréquemment associés, le saxophoniste Urs Leimgruber et le pianiste Jacques Demierre. « On connaît » vous allez dire, car le duo a enregistré bon nombre d’albums pointus en trio avec le légendaire contrebassiste Barre Phillips pour les labels Victo, Psi et Jazzwerkstatt. Ils ont développé un travail intense focalisé dans l’improvisation radicale et une recherche minutieuse de timbres rares avec une connivence créative unique. Mais après avoir écouté plusieurs albums les impliquants tous deux, nombre d'entre vous seront persuadés d'être en territoire connu et reconnu. Détrompez-vous ! Dans ce nouvel album dont un cd est enregistré en studio et le deuxième en live, Jacques Demierre a remisé son grand piano dont il aime à faire vibrer la carcasse en explorant les cordes, les mécanismes et les surfaces. On l’entend ici avec une épinette amplifiée alors qu’Urs Leimgruber se concentre sur la seule colonne d’air du sax soprano. L’instrument antique de Demierre est une épinette construite en 1771 à Marseille, une réplique d’un modèle conçu par le facteur Bas. L'épinette à la française ou clavecin traverso, dite en aile d'oiseau (de l'allemand) : la construction est en général franco-flamande, le plan – plus ramassé – est proche de celui d'un clavecin, mais avec un seul rang de cordes. Cette épinette possède un seul chevalet vibrant comme le clavecin et le clavecythérium. Le sillet est fixé sur un sommier rectiligne, planté de chevilles, placé au-dessus du clavier. Le clavier possède des leviers de touche de longueurs égales comme le clavecin. (cfr Wikipedia). Demierre s’en sert comme d’un objet sonore, l’amplification lui servant à renforcer la sonorité métallique comme s’il ferraillait avec l’instrument, mettant en valeur de multiples modes de vibrations, de touchers, résonances, grincements, tremblements, éclats de cordes tendues avec je ne sais quel accessoire. On pourrait croire qu’il s’agit d’un appareil électronique, d’une cithare désaccordée, ou d’une sculpture sonore très élaborée comme celles de Hans Karsten Raecke. Les deux improvisateurs établissent un curieux dialogue en sélectionnant des sons épars, isolés le saxophoniste allant au-delà de la pratique « normale » - conventionnelle de l’instrument en insérant systématiquement des zones de silence. Il ne s’agit pas d’un « phrasé » volubile ou d’un souffle continu mais plutôt des échantillons de sons curieux, pinçages d’hanche, pépiements, susurrations, aspirations, imitations d’oiseaux, harmoniques extrêmes, vocalisations dans l’anche, sifflements… et respiration circulaire dans les aigus, séquences courtes séparés par des silences marqués et les interventions de son comparse. Bruitiste, si on veut. Cette dimension bruitiste est partagée par Demierre quand il fait craquer les cordes tendues frottant le fil de cuivre qui entoure les plus graves. Le CD2 – Live enregistré à Offene Ohren / Munich contient des passages plus animés alors que le CD1 – Studio est plus expérimental ou proche de la dissection du corps improvisé. Que Leimgruber évoque quelques volatiles n’a rien d’étonnant, les cordes de l’épinette sont traditionnellement pincées par les calamus (tiges) de plumes d’oiseaux.
Dans la constante évolution de l’improvisation libre, une approche délibérément originale qui se distingue à la fois du pointillisme post SME, des avatars post AMM, du réductionnisme / lowe case, etc.. Voici le langage des signes sonores poétiques en écho successif, défiant les logiques et les notions de flux et de continuité. Pas de narratif, mais des sons à perte de vue.

Five Shards Sue Lynch Adrian Northover Dawid Frydryk Ed Lucas Thanos Chrysakis Aural Terrains
https://auralterrains.com/releases/46

Notre ami Thanos Chrysakis, claviériste, improvisateur, compositeur, concepteur de projets et responsable du label Aural Terrains persévère et assume toute la complexité et l’originalité de sa démarche de recherches musicales et d’éditions. La série d’enregistrements publiée ces dernières années par Aural Terrains avec ses clarinettistes basses Ove Volquartz, Chris Cundy, Yoni Silver, Tim Hodgkinson, les saxophonistes Sue Lynch et maintenant , Adrian Northover, l’organiste Peer Schlechta, Steve Noble, le maître à l’orgue, aux claviers, à l’électronique et au piano,ses propres compositions et ses compositions de commande, … toutes ces initiatives qui s’enchaînent au fil des dernières années finissent par constituer un catalogue de chefs d’œuvre et de réussites exemplaires connectant plusieurs démarches dans un tout lisible, créatif, récurrent et … en tout point remarquable.
Les saxophonistes Sue Lynch (aussi à la flûte) et Adrian Northover (au soprano), se sont joints au trompettiste Dawid Frydryk (au TC Helicon et voicelive) , au tromboniste Ed Lucas et à Thanos C à l’ordinateur, aux synthés et au piano. Par rapport à ses autres albums sur Aural Terrains, une approche semi minimaliste, épurée, détaillée, flottante. Tutti, vibrations électroniques oscillantes, effets d’anches et d’embouchures, bruissements, explorations minutieuses de timbre au bord du silence, drones, techniques alternatives, scories free, science de l’infra-son. Cinq pièces intitulées Shards 1, 2, 3, 4 et 5 mettent en formes et en sons des idées – propositions organiques et partagées intensément par chacun(e) des musicens-nne. Une démarche à la fois collective et originale d'une grande cohérence.

Knotted Threads Yves Charruest – Benedict Taylor tour de bras / inexhaustible edition tdb 90048 – ie - 040
https://inexhaustibleeditions.bandcamp.com/album/knotted-threads

Saxophoniste Québecquois, Yves Charuest aime à manipuler les clés de son sax alto tout en insufflant des infrasons dans la colonne d’air alors que son comparse, le violiste Benedict Taylor titille les cordes pressées sur la touche tout archet tournoyant et rebondissant à mi-voix. Ensemble, ils extraient des vibrations sonores, zébrures irisées et ondoyantes, boucles irrésolues d’où sourd des occurrences sonores fraternelles. Knotted Threads, en effet. Un mouvement perpétuel de tresses organiques nouées et tordues par l’énergie contenue de leurs actions : articulations rotatoires d’un souffle contraint et serpentins de glissandi et de frottements assourdis, va et vient d’intensités contrôlés par l’instinct. Cinq improvisations – ossel hitch – round lashing – poldo tackle – chain sinnet – bimini twist aux durées décroissantes à mesure que la densité des échanges s’échauffe ou se polarise. Enregistré le 4 – 12 – 2019 à Montréal et coproduit par le label canadien tour de bras et le slovène inexhaustible editions, une fructueuse association intercontinentale. Cela me fait plaisir de découvrir un saxophoniste alto confronté avec un violiste (altiste) vif éclair tel que Benedict Taylor : une combinaison originale qui dévoile des moments secrets et dont les deux duettistes s’efforcent volontairement à étendre les registres, les sinuosités, les diffractions d’harmoniques et toute la gamme de sonorités mises à jour dans leur empressement à en étirer les possibilités comme des orpailleurs de l’impossible. Yves Charuest se surpasse en croisant sans cesse les articulations et doigtés dans des boucles infinies alors que Benedict Taylor confirme toujours la finesse étincelante de son magique coup d’archet. Une magnifique conversation sans paroles ni gestes, seulement l’évidence d’une écoute mutuelle et d’une invention spontanée servie par une belle maîtrise des éléments sonores.

Dance Steps Sergio Armaroli & Roger Turner Leo Records CD LR 899.
http://www.leorecords.com/?m=select&id=CD_LR_899

Sergio Armaroli est un bien intéressant vibraphoniste « free » que nous avons découvert aux côtés d’Andrea Centazzo, Giancarlo Schiaffini, Harri Sjöström et Fritz Hauser. C’est avec ces deux derniers qu’il nous a livré ces deux meilleurs opus : Duos and Trios avec le saxophoniste soprano Harri Sjöström et le tromboniste Giancarlo Schiaffini sur deux morceaux et Angelica avec le percussionniste suisse Fritz Hauser, tous deux pour Leo Records, label auquel il semble abonné. Orbits avec Centazzo, Schiaffini et Sjöström et réalisé pour Ictus avait été préfacé par Evan Parker. Et voici maintenant des Dance Steps publiés à nouveau par Leo en compagnie du percussionniste Roger Turner, un des grands originaux de la percussion improvisée qui défie souvent les pronostics. Dialogues détaillés, échappées dans l’imaginaire, extension – extrapolation de la pratique du swing cosmique, introspection consciente et spontanée de la gestuelle du batteriste, souvent à la limite du silence, frôlements des surfaces et étirements continuels de suggestions mélodiques dans le chef du vibraphoniste. Armaroli louvoie aux confins des gammes. Une dérive poétique, rêve éveillé, sollicitant des atavismes rythmiques inscrits au fond des neurones et dans la sensibilité des duettistes sans le moindre cliché - réflexe. La trajectoire de Roger Turner est une exception mal comprise qui se révèle aux côtés d'originaux insituables tel Sergio Armaroli une exception

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