May Spring Last a Life time Tom Challenger Evan Parker False Walls fw21
https://falsewalls1.bandcamp.com/album/may-spring-last-a-lifetime
Duo de saxophones tenor d’une durée de 53 minutes couvrant toute la durée de ce CD False Walls, label partiellement dédié aux enregistrements récents d’Evan Parker dont le projet du Transatlantic Trance Map, Marconi’s Drift ou ces Heraclitean Two Steps en solo de saxophone soprano (4CD’s 19 morceaux 2024). Si vous aimez le free cool relax mais profond et nuancé qui explore sonorités, harmonies complexes et étirements mélodiques méandreux avec une extraordinaire qualité de timbre, ce duo de sax ténor est une pure merveille où ces deux grands souffleurs prennent le temps de jouer .. au ralenti souvent au bord du silence. Tom Challenger (qui porte bien son patronyme) est vraiment un acolyte de choix au sein de ce duo, jouant avec un parfait niveau d’empathie et de subtilité face à Evan Parker, sans doute un des souffleurs hors-norme de sa génération … et des suivantes jusqu’à ce jour. Quand j’écris qu’ils prennent le temps de jouer, on entend vraiment pas ici ces extraordinaires cascades de notes et ces articulations du souffle et des doigtés ,truffées de triple détachés qui s’emboîtent comme si l’ingé son avait accéléré la vitesse de déroulement de la bande magnétique. Tout au contraire cet étalement de sons, de notes, de timbres « au ralenti » qui au fil des nombreuses minutes s’accélèrent jusqu’à la 26ème minute et des… permet à l’auditeur de pénétrer les secrets détaillés de fabrique de l’univers Evanparkérien, surtout pour un saxophoniste ténor qui cherche à développer son travail. Aussi, Tom Challenger offre une contrepartie idéale qui donne tout son sens à la musique. Effets de miroirs au travers desquels chacun se singularise autant qu’il complète la voix de l’autre. On y découvre aussi l’aspect ludique du bruitage percussif des clés duquel naissent des sifflements vaporeux pour enfin laisser place à des contrastes entre sonorités pleinement expressives et ces fumeroles subtiles presque désincarnées, lesquelles demandent un contrôle du son exceptionnel et un merveilleux sens mélodique. Aussi, on se laisse donc emporter par une narration – fil d’Ariane qui sous-tend toute la durée de la performance. Même si vous pensez avoir tout entendu d’Evan Parker depuis les débuts de sa carrière ou même depuis une vingtaine d’années après avoir empilé des tas de CD’s ou des vieux vinyles de collection, c’est à recommander vivement. Comme le dit le titre : May Spring Last a Lifetime.
Triacontagon Ivo Perelman Elliott Sharp Cyro Batista Defkaz fk029 CD
https://defkaz.bandcamp.com/album/triacontagon
Voilà bien une association de personnalités et d’instruments intéressante qui, à l’écoute, se révèle fascinante pour quiconque désire varier ses plaisirs dans l’univers du free-jazz en recherchant la surprise, l’originalité et même du jamais entendu ailleurs, … question assemblage contrasté d’improvisateurs. Saxophoniste d’inspiration aylérienne et travailleur obstiné de la sonorité du saxophone ténor avec une maîtrise du registre aigu, bien au-dessus de la tessiture de l’instrument, Ivo Perelman s’adjoint deux collègues atypiques par rapport à la doxa du jazz contemporain même free. Son compatriote Cyro Baptista est un percussionniste issu des différentes musiques traditionnelles brésiliennes dans le sillage des Airto Moreira et Nana Vasconcelos dont l’origine plonge pleinement dans les racines de la musique africaine. Plutôt que jouer les rythmes ou que de tourner autour comme le font les batteurs « free », Cyro suggère les rythmes ou plus exactement des pulsations croisées avec tout un attirail percussif brésilien qu’on « frappe » , gratte, frotte secoue, cliquète comme s’il s’agissait de mouvements du corps dans une dimension quasi kaléidoscopique (claves, cloches, paniers de coquillages ou de graines, grattoirs, arc à corde métallique berimbau, tambours atabaque, reco-reco etc..… Évidemment, les harmoniques aiguës du souffleur sifflent et chantent avec le feeling de la « saudade » de la samba , influences de la capoeira, du candomblé … tout en se déchaînant comme un free-jazzman allumé ou au contraire éthéré et évoquant le timbre des jazzmen Stan Getz ou Hank Mobley… Jusque-là ce tandem évoluerait dans un univers syncrétique unissant les expériences brésiliennes et free – jazz afro-américaines s’il n’y avait pas la présence étonnante du guitariste électro-acoustique New – Yorkais Elliott Sharp, ici à la huit-cordes. Celui-ci , tout comme Cyro Baptista a évolué dans la sphère improvisée expérimentale de la Grosse Pomme dont John Zorn est pour beaucoup la référence la plus souvent citée dans les média. Cette mouvance qui a été autrefois fortement influencée par la scène de l’improvisation libre européenne aime a mélanger les genres, les styles et croiser des démarches individuelles très souvent dissemblables pour faire évoluer la pratique musicale.
Et merveilleusement, la démarche sonore « abstraite » entre bruitisme et électro-acoustique colorée et mouvante d’Elliott Sharp s’intègre parfaitement au sein de ce trio pas comme les autres. Il y aurait un côté post-rock assumé reliant certains rythmes appuyés de Baptista avec les sons qui semblent sortir de nulle part et oscillent en syncope avec ceux du brésilien, alors qu’Ivo Perelman assume la vocalité des speaking tongues incontournables du sax ténor free-jazz avec la plus grande classe. Les trois musiciens évitent tous les clichés dans lesquels ils auraient pu tomber quand on exploite systématiquement des trucs et des ficelles. D’un morceau à l’autre apparaissent de nouvelles idées où par exemple des techniques alternatives de la guitare électrique s’intègrent dans des beats qui relaient ou relancent les rythmes et pulsations du percussionniste. Sur cette complicité (et la voix de Cyro, transformée (?) par instants), s’élance en spirales et ellipses le lyrisme tendre ou les morsures aiguës et déchiquetées de Perelman (1/ Dyonisus in Amazon). Une fois atteint un degré d’intensité ludique, chacun des membres du trio rivalise pour tromper l’ennui avec frénésie, dérapages et accélérations tournoyantes. Six improvisations remarquables échantillonnent vivement autant dans l’emballement de l’action qu’avec une forme de délicatesse distanciée comme dans 2/ Sacred Geometry in the Tropics, les trois musiciens distillant les sons, bruissements et couleurs en toute quiétude en vue de construire un autre univers qui s’étale comme dans un rêve. Ah les frappes décalées et rythmiques sur des ustensiles métalliques et tambours de Cyro Baptista qui trouvent un écho jungle par le truchement des glissades saccadées sur les cordes de Sharp lequel semble utiliser à perte de vue un arsenal d’effets déconcertant . Chacune des six improvisations libres développe des idées nouvelles tout en recyclant adroitement des éléments utilisés dans les morceaux précédents afin de leur donner une autre dimension. L’invention se situant ici au croisement de l’imagination spontanée et de la mémoire d’événements antérieurs, cultivant l’irrégularité dans le flux et la pluralité des inspirations au-delà des conventions. Au cœur de la musique, des rythmes afro-brésiliens libres qui ne dictent aucune métrique mais laisse chacun des trois artistes libres de voyager dans cet unique univers suggéré par les titres : Inside a Broken Circle, Electric Banacchalia, Irregular Forms in Humid Space, Disordered Continuum. Mais aussi l’adaptabilité imprévisible d’Elliott Sharp avec qui Ivo a gravé deux excellents albums (Artificial Intelligence et le CD 2 de Trifecta) et le lyrisme multi facettes d’Ivo Perelman, un jazzman « free » qui ne se produit que dans le contexte sans concession de l’improvisation libre (totale) d’égal à égal. Il titre d’ailleurs de son sax les harmoniques aiguës extrêmes les plus lyriques et expressives qui soient sans s’imposer comme le soliste (aussi introverti qu’exacerbé selon les instants) du trio tracté ou propulsé par les deux autres. Il s’agit d’une collaboration égalitaire où chacun est libre, à l’écoute, audacieux voire intrépide, et responsable/ solidaire. Les surprises sonores de Sharp et Baptista surgissent de nulle part pour illuminer notre perception de l’imaginaire, de l’imagé et de leurs émotions vibratoires qui divaguent parfois dans un no man’s land formel « non-idiomatique » . C’est en cela que ce jazz free d’un autre type adopte pleinement les expériences vécues de l’improvisation libre radicale. Rappelons que Cyro Baptista a joué et enregistré avec Derek Bailey, le « guru de l’improvisation libre » et qu’Ivo Perelman s’adonne systématiquement à enregistrer des rencontres avec de nombreux improvisateurs / instrumentistes, Sharp étant sans doute le plus far out de ce trio atypique. Defkaz a publié un quartet « plus traditionnel » du point de vue « jazz », Synesthesia (Ivo, Matt Shipp, W. Parker et Bobby Kapp). Voici une véritable innovation surprenante publié par ce label grec qui mérite notre attention au titre curieux de Triacontagon dont je vous laisse deviner le sens au niveau sémantique. Une merveille de synchronisation inspirée
Steve Gibbs plays André Féron + Narváez, Frescobaldi & Geminiani 4DARecords 4DRCD024
https://stevegibbsguitar.bandcamp.com/album/steve-gibbs-plays-alain-f-ron
Spécialiste de la guitare à 8 cordes, Steve Gibbs s’est d’abord adonné à la sept cordes dans le but de transcrire, adapter et jouer les pièces de luth de la musique baroque. Son association avec le compositeur contemporain Alain Féron s’insère pour les deux musiciens dans le prolongement et sous l’inspiration de la musique baroque de Luys de Narváez(Fantasia Sobre Fa-Do-Mi-Ré), de Girolamo Frescobaldi (Altro Ricercar) et de Francesco Geminiani (Adagio), respectivement actifs aux débuts du 16ème siècle, du 17ème s. et du 18ème s. Dans le déroulement des œuvres enregistrées tout au long de l’album initié par la Cena d le ceneri op. 37 d’Alain Féron, alternent successivement les œuvres anciennes des compositeurs précités et celles contemporaines d’Alain Féron. L’Adagio de Geminiani est suivi des Variations en Abîme op. 44 (d’après une sonate de Geminiani), œuvre réactualisant le jeu de la guitare en conservant la complexité et certaines caractéristiques essentielles de la facture de la musique dont Alain Féron s’inspire en s’évadant des formes initiales et de leurs relations harmonico-mélodiques. Je n’ai pas la prétention ni le savoir d’un musicologue aguerri, c’est pourquoi mon intérêt est surtout centré sur la qualité du travail du guitariste confronté aux formes musicales et à leurs agencements dans le temps et la durée. Steve Gibbs est un vieux routier de la musique savante qui a un art consommé et agile pour faire vivre et battre le cœur de la musique sur les cordes résonantes et vibrantes de son fragile instrument pour lesquelles chaque note jouée s’animent en sympathie fréquentielle avec celles émises presque simultanément dans des déambulations eschériennes ou pythagoriennes bourdonnantes ou infiniment précises. La virtuosité s’efface dans le concert intérieur des lignes, angles et croisillons qui d’interpénètrent le plus naturellement du monde exprimant la grâce sans souligner l’effort. Quant un compositeur subtil et original et un super instrumentiste virtuose se mettent au service l'un de l'autre pour élargir le champ musical autour d'un intérêt commun et une synergie intime et très proche. De magnifiques inspirations pour un guitariste "classique" (mais aussi improvisateur) avec un parcours de vie musicale exceptionnel comme le mentionne le passionnant livret informatif de pochette. !
Allons – y Le Vice Anglais Ricardo Guerra Pirès & Bruno Parrinha 4DARecords 4DRCD023
https://4darecord.bandcamp.com/album/allons-y
Après Vas-Y , le premier album du tandem Ricardo Guerra Pirès – Bruno Parrinha respectivement guitariste électrique « noise » et sax alto, voici Allons-y avec un tableau nocturne d’une villa éclairée de l’intérieur et un voiture à peine perceptible dans la nuit profonde et stationnée à proximité. Les crédits indiquent : Electronic processing and loops were made « live” (en studio). Une musique dense, épaisse, noire, noise, bruitiste destroy et intensément électronique. Avec un nom de groupe tel que Le Vice Anglais, j’aurais imaginé que celui-ci fasse allusion aux excès de l’improvisation livre British qui fut il y a cinquante voire quarante ans la plus radicale de la scène free européenne (AMM, Bailey, Parker, Lytton, Wachsmann, Oxley, Rutherford, Minton, Turner etc…). Les musiciens de la scène free allemande la qualifiait de British Disease vers les années 1972-74. Mais je traduis les notes de la page bandcamp d’Allons- Y : L'expression « le vice anglais » désigne le goût acquis pour les châtiments corporels, prétendument répandu au sein de la population anglaise. On suppose que ce goût est stimulé par l'exposition régulière des adolescents à ces pratiques dans le cadre de l'enseignement traditionnel (aujourd'hui abandonné). En psychanalyse, le lien entre le plaisir de la douleur (masochisme) et la compulsion de répétition est un thème central. Freud postulait que le fonctionnement psychique était régi par le principe de plaisir, qui recherche la satisfaction et évite le déplaisir. Cependant, l'observation clinique de patients répétant sans cesse des expériences traumatiques et douloureuses a remis en question cette théorie. Dans la recherche de satisfaction dans la souffrance, la psychanalyse suggère que les individus peuvent obtenir une forme de satisfaction en se plaçant dans des situations de souffrance ou de maltraitance. La répétition de situations douloureuses sert également de forme d'autopunition pour satisfaire des besoins internes, ce qui peut paradoxalement apporter une forme déformée de soulagement ou de plaisir. Par la répétition, un individu peut transformer une expérience traumatique vécue passivement en une action active, ce qui lui confère l'illusion de contrôler le traumatisme initial. Ce contexte sert de base conceptuelle à la définition de la catharsis du groupe « Le Vice Anglais » face aux pressions de la société actuelle. Leur premier album, intitulé « vas-y », est sorti en 2025.
L’intense densité électrique – électronique et les bouillonnements et étirements des effets sonores électroniques font parfois songer à une sorte d’orgue électrique déjanté sur le point d’exploser. Mais au fil des plages le paysage sonore et l’ambiance se diversifient au niveau des sonorités, des formes et de la conception. Comme je ne suis généralement pas friand de musiques intensément électriques qu’on qualifie de noise ou destroy, j’apprécie malgré tout tous les efforts accomplis à la suite de leur premier album, Vas-y, dont l’oeuvre d’art quasi photographique de la pochette est tellement similaire à celle d’Allons-Y tout en me demandant sous quelle forme sonore intervient le saxophoniste tant son saxophone alto est peu aisément reconnaissable. Sauf peut être dans 6/ et 7/ où on devine la source sonore du sax alto dont la sonorité est malaxée avec une articulation féroce avant de tournoyer simultanément comme une soucoupe volante dans toutes les directions. Sans doute à cause du processing électronique qui l’assimile aux effets sonores de la guitare électrique, rendus malléables, presqu’intersidéraux, à travers de minutieux réglage qui passent inaperçus dans une pâte sonore en fusion incandescente et rougeoyante. Les bords de cette masse brûlante oscillent dans des sifflements perçants et s’effritent dans des frictions bruitistes ou des crachements fumigènes. Ces 13 morceaux offrent à chaque fois une approche sonore différente qui permet d’identifier clairement chacun d’eux. Souvent plusieurs couches sonores se superposent, certaines en boucles et d’autres étirées jusqu’à un relatif paroxysme ou hurlant comme un cracheur de feu et puis, fusionnent dans un magma bouillonnant, acide et déchirant, criant rageusement au point qu'une écoute inattentive oblitère la perception des glissandi excellement contrôlés (cfr 2/ first alles drinnen) et du calibrage des sons étrangements agrégés et suspendus par-dessus un vide abyssal. Bref à chaque morceau sa peine : on happe des formes renouvelées et extravagantes au départ d’une formule instrumentale en forme de parti-pris sublimé tout au long de l’album par un renouvellement constant et une exubérance brûlante et noire de souffre. Une fois accoutumé à leur démarche, l’auditeur en découvre la musicalité inhérente d’une harmonie secrète d’extrêmes interférences et d'oscillations de glissandi contradictoires saturés (5 / inter faeces et urinam). Une belle découverte dans un genre ardu à valider avec toute la conviction nécessaire pour convaincre un auditeur exigeant rompu à l'exercice.
Consacré aux musiques improvisées (libre, radicale,totale, free-jazz), aux productions d'enregistrements indépendants, aux idées et idéaux qui s'inscrivent dans la pratique vivante de ces musiques à l'écart des idéologies. Orynx est le 1er album de voix solo de J-M Van Schouwburg (1996 - 2005). https://orynx.bandcamp.com Below new album of Larry Stabbins due to be issued soon !!
12 juillet 2026
Tom Challenger & Evan Parker / Ivo Perelman Elliott Sharp Cyro Batista/ Steve Gibbs plays André Féron + Narváez, Frescobaldi & Geminiani / Le Vice Anglais Ricardo Guerra Pirès & Bruno Parrinha
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Bonne lecture Good read ! don't hesitate to post commentaries and suggestions or interesting news to this......