27 juillet 2026

Marion Brown 1968-1972 w Gunther Hampel Barre Phillips Steve McCall/ Olaf Rupp & Udo Schindler/ Alex Frangenheim & Stefan Keune

Marion Brown 1968-1972 w Gunther Hampel Barre Phillips Steve McCall No Business CD
https://nobusinessrecords.bandcamp.com/album/live-in-europe-1968-1972

Enregistrés lors deux concerts différents : en mars 1968 à la Maison de Radio France , le quartet de Marion Brown (sax alto), avec Gunther Hampel (vibraphone) , Barre Phillips (contrebasse ) et Steve Mc Call (batterie) dans trois morceaux : Currents Events, (12 :08), Epiphanie (10 :03), 61 to Erie Basin (10 :37) et le 22août 1972 à Châteauvallon avec Djini’s Corner (22 :07) et Afternoon of A Georgia Faun (17:24) en duo avec Steve Mc Call. Séjournant en Europe durant les années 67-69, Marion Brown avait formé un groupe évolutif avec le batteur chicagoan Steve McCall , le vibraphoniste clarinettiste basse et flûtiste Gunther Hampel et , au fil des concerts, une série de bassistes dont Barre Phillips, Buschi Niebergall, Sigi Busch et Arjen Gorter, mais aussi la chanteuse Jeanne Lee et le trompettiste Ambrose Jackson. Une série d’albums : Gesprächfetzen et Marion Brown in Sommerhausen pour le label Calig, la musique du film le Temps Fou publié en LP et le double CD récent « Mary Ann » Live in Bremen en 1969. Il convient aussi d’ajouter un autre trio de décembre 1967avec le bassiste Maarten Altena et le batteur Han Bennink dont c’est le deuxième album ‘’free » (Porto Novo – A.B. Productions) mais le premier nregistrement de Brown en Europe et le plus percutant. Marion Brown a une magnifique sonorité à l’alto et un lyrisme free immédiatement reconnaissable : c’est un véritable original de la New Thing et un des rares musiciens free à avoir tourné en Europe après Albert Ayler et Archie Shepp. On note bien sûr l’influence d’Ornette Coleman dans Current Events. Ces trois morceaux illustrent le point de départ du parcours de Marion Brown avec son groupe Européen free. Les deux derniers morceaux , Djinji’s Corner et Afternoon of A Georgia Faun sont des versions en duo avec Steve Mc Call des deux compositions expérimentales qui occupent les deux faces de son album ECM 1004 « Afternoon of a Georgia Faun » enregistré en 1970 à New York avec Anthony Braxton , Bennie Maupin, Jack Gregg, Chick Corea, Jeanne Lee etc… où règne un multi-instrumentisme non conventionnel. Dans ces deux compositions où son sax alto se meut librement par-dessus le drumming free remarquable de Steve Mc Call, Marion Brown n’hésite pas à agiter et frapper sur des ustensiles de percussions pas éloigné des avancées d’Han Bennink ou nde la percussion contemporaine. On entend aussi des notes égrenées sur un discret glockenspiel avec le concours clochettes, crotales, mais aussi d’une flûte en bois ou bambou. L’atmosphère recueillie et parfois contrastée se rapproche des morceaux les plus far out de l’Art Ensemble of Chicago ( People in Sorrow) et des expériences de l’improvisation libre, plutôt que l ‘univers du free-jazz allumé et énergétique. Aussi par moments, Steve Mc Call fait plus qu’évoquer Milford Graves. Cela dit tous les sons existent dans la nature et des musiciens de ce calibre trouvent en eux-mêmes de nouvelles ressources en cherchant sans relâche, sans vouloir emprunter des idées à d’autres. C’est lors de ce festival de Châteauvallon que Michel Portal a enregistré son album live de 1972 et Charles Mingus qui était présent fit des déclarations sceptiques à des journalistes dont l’un d’entre eux en fit mention dans Jazz Magazine. Ce qui arrive quand ont est en avance sur son temps. Le free jazz basé sur un thème et un structure fixe libérée du bop avec des espaces de liberté du Marion Brown Quartet de 1968 et son instrumentation sax alto vibraphone contrebasse batterie dans lequel chacun joue un rôle déterminé laisse la place à la coexistence de deux personnalités évoluant dans des événements sonores enchaînés sur des durées plus longues comme le faisait à l’époque le groupe d’Anthony Braxton Leo Smith Leroy Jenkins et le même Mc Call, alors résidents parisiens en 1969-70. Un duo légendaire de Brown avec Leo Smith reflète tout autant ses préoccupations esthétiques du début des années 1970 Au menu un multi instrumentalisme idéaliste : outre son drumming free à la batterie, Mc Call agite des clochettes et des crotales, joue du vibraphone et du glockenspiel dans une dimension éthérée. Marion Brown souffle dans une flûte à bec, instrument dont il excellait. Vraiment un magnifique document dont l’urgence et l’authentique plénitude éclipse largement l’actuel perpétuel revival conformiste du free jazz.

Frangible Seams of Lore Karoline Leblanc & Paulo J Ferreira Lopes CD atrito afeito 014.
https://karolineleblanc.bandcamp.com/album/frangible-seams-of-lore

Collaborant depuis de nombreuses années au Québec et ensuite au Portugal, la pianiste Karoline Leblanc et le percussionniste Paulo J Ferreira Lopes nous livrent ici un nouvel état de leurs recherches musicales basées sur l’improvisation contemporaine. Après avoir procédé à de véritables improvisations exploratoires dans une dimension sonore vibrationnelle et introspective durant l’année 2025, les deux artistes, principalement Paulo J Ferreira Lopes, ont découpé des parties des enregistrements et assemblé composé dans une suite évolutive de 50:02 intitulée Frangible Seams of Lore en y ajoutant / superposant des sons d’orgue, des mouvements d’eau captés dans des enregistrements de terrain et des touches d’électronique. C’est à la fois sourd, grave, percussif, résonnant, introspectif, les différents timbres et sonorités s’agrégeant dans un temps suspendu incorporant le silence. La pianiste explore le toucher des cordes à l’intérieur de la caisse de résonance du piano avec différents objets et techniques alternatives alors que le percussionniste s’insère remarquablement dans le flux avec des percussions métalliques et cymbales. Les deux artistes ne font qu’un sublimant le dialogue du duo dans le mystère d’agrégats sonores qui se complètent ou se diversifie par la grâce d’un toucher précis et concentré dans l’instant et l’écoute mutuelle. La percussion crisse, siffle, vibre dans l’air, grésille, frise l’infra-son ou s’irise dans des griffures appliquées sur la surface des cymbales ou le filetage des deux câbles du grand piano. Cette musique peut être entendue successivement dans une forme de recueillement où l’imagination perceptive de l’auditeur se renouvelle au fil des écoutes et de la découverte incessante de l’imbrication sonore et émotionnelle. On a affaire à une musique contemporaine de haut niveau réalisée dans la simplicité de la mise en commun des ressources sonores au service d’un paysage mental et d’une ferveur intérieure, langue de feu d’un idiome neuf. Un magnifique témoignage d’une conception de la création musicale sans concession qui fait suite à leurs trois précédents albums en duo qui se précise au fil des années : Kumbos (atrito afeito 008 / 2017), The Wind Wends Its Way Round (atrito afeito 012 / 2023) et Edge Once Fractured (atrito afeito 013 / 2024).

Olaf Rupp & Udo Schindler HerzAtmungen Creative Sources CS833CD
https://creativesources.bandcamp.com/album/herzatmungen

Olaf Rupp est sans nul doute un des guitaristes free – improvisateurs parmi les plus passionnants et les plus originaux. Il travaille le son de la guitare électrique dans son épaisseur, son expressivité à la fois mécanique et cinétique en associant adroitement plusieurs techniques et approches de toucher, une variété importante d’effets et de dispositifs (pédales etc…) et les possibilités des deux micros de sa Fender. On va dire que l’étendue de sa palette est aussi étendue que celle de Derek Bailey sans que sa pratique englobe un système post – harmonique d’origine dodécaphonique ou sériel ni une complexité rythmique comme ce dernier, mais plutôt une grande ouverture à de nombreuses occurrences sonores. Et cela spécialement dans le cadre de ce duo avec un souffleur multi-instrumentiste tel qu’Udo Schindler. Une démarche pas simple : comment adapter successivement son souffle et son organe respiratoire et buccal à des instruments aussi différents que le cornet, la clarinette basse, le sax alto et le tuba. Schindler n’est peut être pas un grand virtuose de chaque instrument, mais son jeu réfléchi a ici les qualités adéquates pour créer un dialogue intense, vécu et significatif pour enthousiasmer un public de connaisseurs ou d’auditeurs occasionnels ouverts à l’expérience. Il y a donc six HerzAtmungen numérotées de #1 à #6 pour une durée totale de 68 :57 d’improvisations captivantes. Le champ d’action et les variations quasi infinies de l’invention guitaristique aussi audacieuse que méticuleuse d’Olaf Rupp fait de lui un improvisateur incontournable parmi les nombreux guitaristes de la scène. Sa manière de suspendre les sonorités en modifiant adroitement sa hauteur, son timbre, sa dynamique, son volume et les bruissements et agrégats conséquents créent un univers sonore très particulier, immédiatement identifiable mais aussi très varié au point qu’il ne lasse pas l’écoute. Aussi, il est capable de cisailler dans toutes les dimensions les configurations de doigtés et de positions sur le manche avec une furia maniaque quand le besoin s’en fait sentir. Aussi, il évite d’être démonstratif en imposant un abatage exhaustif de sa grande technique : ses moyens sont au service de la musique et de l’équilibre du duo. Dans ce contexte, et par la grâce de l’esprit d’ouverture et l’adaptabilité du guitariste, Udo Schindler illustre avec bonheur l’art d’improviser en empathie avec l’esprit de la musique de son collègue tout en mettant en valeur son savoir faire avec talent.

Alex Frangenheim – Stefan Keune new traces scatter archives digital
https://scatterarchive.bandcamp.com/album/new-traces

Enfin , voici ces deux authentiques improvisateurs libres de très haut niveau enfin réunis pour onze improvisations bien radicales. Alex Frangenheim est un contrebassiste sculpteur de sonorités parmi les plus impliqués dans la libre improvisation en Allemagne avec une capacité instrumentale et créative de classe internationale. Il y a plus de trente ans, on l’entendait en compagnie du tromboniste/ violoncelliste Günther Christmann, du percussionniste Paul Lovens, du saxophoniste Mats Gustafsson à ses débuts mais aussi Steve Noble, Urs Leimgruber, Phil Durrant et aussi Roger Turner, Michel Doneda, des artistes incontournables avec qui il a enregistré récemment pour son label Concepts of Doing. Ce label Concepts of Doing était même adossé à celui de Günter Christmann, un pionnier de premier plan de la free music européenne, Edition Explico. C'est tout dire. Vous allez me dire qu’il y a déjà une grande quantité de contrebassistes très remarquables. Mais ce qui fait de cet album une véritable merveille unique en son genre, c’est la participation inspirée de Stefan Keune, un souffleur allemand pointu capable d’exceller aux saxophones ténor, alto, soprano, sopranino et baryton en faisant exploser le son, les timbres et la colonne d’air avec une précision extraordinaire et une combinaison extrême de célérité et de diversité sonore kaléïdoscopique. Il est avec des saxophonistes « radicaux » comme Michel Doneda, Urs Leimgruber, voire Mats Gustafsson et quelques autres, un héritier complet des avancées inouïes d’Evan Parker au point de vue articulation, techniques alternatives, cross fingerings, coups de langue, vocalisations subites, harmoniques subreptices, bruitages, sens aigu de la dynamique et atomisation de la phrase musicale et des spirales du souffle post-coltranien qu’il déchiquète de manière volontairement chaotique. Ce style «pointilliste » extrême demande un contrôle du son énorme car tous les paramètres du souffle sont incessamment transformés de manière très contrastée à la vitesse de l’éclair. Sa stature musicale en fait un véritable incontournable dont sans doute l’apparence modeste et réservée ne convainc pas organisateurs, prescripteurs et cognoscenti – groupies à s’intéresser à sa musique et à l’inviter dans un festival ou une salle importante. Il a enregistré et joué régulièrement (ou occasionnellement) avec le guitariste John Russell, les batteurs Steve Noble ou Paul Lovens, son vieux camarade contrebassiste Hans Schneider ou récemment le contrebassiste américain Damon Smith et la guitariste Sandy Ewen. On peut aisément collectionner ses CD’s car au fil de plus de 30 ans de carrière, sa production excède à peine une douzaine d’albums. D’ailleurs, qui aime un contrebassiste chercheur comme John Edwards va se régaler avec Alex Frangenheim qui parvient à équilibrer les échanges et pousser en avant une foule de détails sonores sauvages avec un archet tournoyant en diable face à ce phénomène du souffle qui joue ici du sax ténor et du sax sopranino, très difficile à maîtriser. Vous prêtez à un saxophoniste "très connu" un sax sopranino, il y a de très grosses chances qu'il aura du mal à en maîtriser les notes précises et à en accorder le registre complet tout en soufflant. Tous les densités boisées de la résonance des frottements d’archets, de pizz et de col legno font farine au moulin chez cet inspiré de l’improvisation libre. Écoutez successivement les duos d’Evan Parker et Barry Guy et de John Butcher et John Edwards avant de vous immerger dans ces New Traces de Keune et Frangenheim, vous vous régalerez à souhait et sans regret.

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