7 juin 2026

Cecil Taylor Unit feat. Andrew Cyrille Jimmy Lyons & Sam Rivers/ Chris Abrahams & Mark Wastell/ Ricardo Arias & Jaap Blonk/ Adam Bohman Sue Lynch Crystabel Riley/ Sofia Borges Rieko Okuda Peter Van Huffel/ Udo Schindler Andreas Willers & Erik Zwang Eriksson/

Fragments The Complete 1969 Salle Pleyel Concerts Cecil Taylor Unit feat. Andrew Cyrille Jimmy Lyons & Sam Rivers Elemental Music INA 599045.
https://www.elemental-music.com/jazz-treasures/4958-cecil-taylor-unit-fragments-live-at-salle-pleyel-paris-1969-cd-8435395505021.html

Cette récente publication inattendue de l’Unit de Cecil Taylor avec un enregistrement datant du 3 novembre 1969 fait suite à ces trois vinyles enregistrés le 29 Juillet de la même année à la Fondation Maeght à St Paul de Vence publiés par le label Shandar en 1972. Dans cette série Shandar, il y avait aussi les derniers concerts enregistrés par Albert Ayler et les performances de l’Arkestra de Sun Ra. Un gros avantage pratique que ce Complete Salle Pleyel , Paris 1969 en double CD est qu’on est pas obligé de retourner et de déplacer six fois trois 33 T successivement et les remettre dans leur pochette, car il n'y en a aucune réédition CD disponible. On peut aussi faire tourner ces deux nouveaux CD's dans un lecteur CD relié à son portable/ lap top et l’écouter au casque. Impeccable pour quelqu’un comme moi qui écrit (et corrige) son compte-rendu, tout en écoutant ce torrent d’énergie folle multidimensionnelle. Le prix du double CD, avec livret circonstancié avec des commentaires de Karen Borca, la compagne de Jimmy Lyons, Martine Rivers, la fille de Sam Rivers, Andrew Cyrille, les producteurs Zev Feldman et Phil Freeman, le biographe de C.T., est à un prix accessible compte tenu de l'importance du livret et de la qualité du design : 24,98 €. Aussi, on a droit à un commentaire de Jack de Johnette : la tournée de Cecil Taylor Unit se déplaçait dans le même réseau de concerts que le Duke Ellington Orchestra et le Miles Davis Quintet dont Jack faisait alors partie. Ce concert du Cecil Taylor Unit eut lieu lors du 8TH Paris Jazz Festival et porte le titre complet de l’œuvre : Fragments of a Dedication to Duke Ellington, dont le double CD présente deux « Set Versions». Dans le CD 1 on a droit à 49:20 de l’Evening Set Version et aux 20:50 de l’Afternoon Set Version Part 1, les 71:45 de l’ Afternoon Set Version Part 2 sont contenues dans le CD2 de cet album dense et virevoltant à outrance. On entend donc des Fragments de deux versions (partielles ?) de cette Dedication à Duke. Qu’est-ce que Duke aurait pensé et comment aurait-il réagi à cette dédicace. Pour ceux qui se posent la question du rapport éventuellement existant entre Duke Ellington et Cecil Taylor et leurs œuvres respectives, je pourrais toujours leur faire une audition d’enregistrements avec leur instrument respectif, le piano. Soit des disques au piano de la période « moderne » d’Ellington et de la période des débuts de Taylor. Il y a une évidente corrélation sonore et musicale, une influence évidente. Taylor a, très jeune, assisté à des concerts de Duke et de Chick Webb etc… dans les années quarante et cinquante. Sans nul doute, il y a bien une longue composition de Taylor dédiée à Duke Ellington très différente, par exemple de la composition Second Act of A enregistrée lors du concert de la Fondation Maeght du 29 Juillet. Les différentes parties des compositions de Cecil sont reliées par des improvisations spontanées et cette Dedication publiée ici, comme les longues 92:35 de l’Evening Version étalée sur les deux CD’s, en est sans doute une version fragmentaire. À ma connaissance, le plus grand expert et connaisseur de la musique et des compositions de Cecil Taylor dont j'ai croisé (au-delà des musiciens encore en vie qui ont fait partie de ses groupes) est le clarinettiste, guitariste et compositeur Alex Ward. Il a écouté et transcrit des dizaines de compositions sur base des enregistrements officiels ou non – officiels. Tout au long de l’écoute de cette musique tellurique et explosive, on entend clairement des sections différenciées : en quartet, lequel délimite au début les structures angulaires décalées d’éléments structurels imbriqués mêlant des tracés fugaces, en trio piano - percussion et un des deux souffleurs à tour de rôle, Sam Rivers soufflant dans sa flûte (instrument rare au sein de l’Unit) ou au sax soprano (assez sauvagement) et au sax ténor. Et bien sûr le duo avec le percussionniste. Il faut dire que la prise de son ne tient pas bien compte de la puissance sonore intense du quartet au niveau de la dynamique, de la position des micros, des réglages volume/ décibels etc… et du mixage en temps réel. Il y a des enregistrements orchestraux « live » de Cecil qui sont nettement meilleurs et plus favorables d’un point de vue technique et lisibilité, comme par exemple le fabuleux One Too Many Salty Swift and Not Goodbye publié par Hat Hut. Cela dit, ceux qui ont entendu un groupe de Cecil Taylor enregistré dans de bonnes conditions en studio et en concert, vont se régaler.
La musique est hallucinante. On n’a jamais entendu Sam Rivers jouer au sax ténor avec autant d’intensité comme dans l’Afternoon Set Version Part 2 qui s’écoule dangereusement sur toute la longueur du CD 2. Ce deuxième CD contient aussi un extraordinaire duo Cyrille – Taylor dont l’énergie met sur orbite l’extraordinaire déflagration du quartet dans la partie finale. Quand à Jimmy Lyons, on apprécie le côté Dr Jekill et Mister Hyde reliant les passages « thématiques » issus du langage parkérien « be-bop » et les décalages cubistes qui se bousculent à toute vapeur dans la stratosphère avec une précision inouïe et une projection du son hallucinante. Sa capacité à moduler le souffle, le timbre et toutes les variations de sonorités du saxophone alto faisait de lui l’alter-ego de Cecil au sein de l'Unit durant plus de deux décennies. Il faut rappeler que Jimmy Lyons a été le plus proche collaborateur de Cecil Taylor de 1961 jusqu’à sa mort en mai 1986. L’ajout complémentaire de Sam Rivers aux saxophones ténor et soprano et à la flûte a été ressenti par Cyrille, Lyons et Taylor comme un enrichissement profond de l’Unit, tant dans l’aspect structurel de la musique et de sa palette que dans l'expressionnisme « cracheur de feu » au sax ténor. Liés l’un à l’autre dans ce fracassement de spirales et tuilages de lignes zébrées incandescentes, le tandem de Jimmy et Sam offrent un des plus beaux exemples de Togetherness entre deux souffleurs dans la virulence du free-jazz volcanique des années critiques. Pour notre plus grand bonheur les deux séquences improvisées à la flûte créent une tout autre dimension qui élargit le panorama musical et sonore de l’Unit. Pour Sam, il s’agit d’une improvisation libre à la flûte par-dessus le continuum taylorien et cette occurrence se révèle un morceau de choix, car souffler de la sorte dans un flûte avec deux allumés sur le sentier de la guerre comme Cecil et Andrew, constitue un exploit. Il faut souligner l’adéquation parfaite du batteur, Andrew Cyrille avec le pianiste : A.C. est la souplesse personnifiée, le swing découpé en tranches instantanées, une course en avant propulsive et élastiquement contrapuntique – pointilliste qui dédouble les pulsations spontanées du pianiste et lui permet de s’appuyer sur les accents du batteur pour improviser une deuxième partie simultanément lors de l’apex zénithal de la connivence infernale du tandem. Cyrille qui peut aussi se révéler très discret à certains moments avec son extrême intelligence du jeu collectif, a joué une dizaine d’années avec Cecil Taylor, construisant avec lui cet univers jusqu’à sa maturité. C'est son héritage qui a ouvert la voie au free drumming total appliqué à toutes phases de jeu
Un enregistrement historique incontournable et le seul document disponible de cette édition de la Cecil Taylor Unit avec Sam Rivers, surtout que Second Act of A – les trois volumes vinyles de la Fondation Maeght sont seulement disponibles en seconde main tant en vinyle (label Shandar ou réédition coffret Prestige ), heureusement à des prix encore accessibles. Entre 35 et 50/60 € pour le coffret 3 LP – et qui monte jusqu’à 200 € !). Pour un des trois volumes publiés séparément, les Shandars d’origine reviennent souvent à + ou – 20 / 25 euros pièce, voire plus de 30 €. Entendons - nous bien : sans les frais d’envoi ! La version CD de chacun des trois volumes Fondation Maeght (label Jazzview) est interdite à la vente sur les plateformes sérieuses comme Discogs, car non officielle. Donc, vous n’avez pas le choix ! Ruez-vous sur ce double CD du label Elemental Music, une maison très sérieuse avec à son catalogue des albums live de Bill Evans, Yusef Lateef, Jimmy Giuffre, Wynton Kelly, Chet Baker, Dexter Gordon et Albert Ayler. Le co-producteur en est Phil Freeman, le biographe dédié de Cecil Taylor lui-même.

Chris Abrahams Mark Wastell Two Thousands Sacred Steps Confront Core Series Core 66
https://confrontrecordings.bandcamp.com/album/two-thousand-sacred-steps

Mark Wastell fut longtemps impliqué dans la frange « minimaliste », lower case ou électroacoustique de l’improvisation radicale tout en se partageant entre la percussion, le violoncelle et l’électronique. Parmi ses plus récents collaborateurs, on trouve la chanteuse Maggie Nicols, John Butcher, Phil Durrant (à la mandoline !), Dom Lash, Ed Jones, David Toop, David Sylvian, Arild Andersen et.. Rhodri Davies son compagnon de la première heure. Rhodri et lui annoncent d’ailleurs le retour du trio IST dans lequel jouait feu le contrebassiste Simon H. Fell, remplacé par le « jeune » contrebassiste Caius Williams. Donc, rien d’étonnant de le retrouver en compagnie du pianiste australien Chris Abrahams du légendaire trio The Necks avec lequel il joue de la percussion dans une approche aérée , suspendue dans le temps et touchée avec délicatesse. Rien de tel pour le jeu minutieux, précis et sophistiqué dans le dénuement du pianiste. Ça me fait penser que Mark Wastell a récupéré les instruments de percussions de John Stevens lui-même par l’intermédiaire de la famille du batteur disparu en 1994. Et celui-ci s’est efforcé de concentrer son jeu de manière relativement restreinte voire minimaliste dans plusieurs phases de son Spontaneous Music Ensemble (cfr Face to Face, SME avec Trevor Watts / Emanem). Ici , Mark Wastell ne joue que des cymbales durant onze morceaux qui s’écoulent par petites touches comme la rosée matinale d’un vrai jardin anglais. Il faut louer absolument le toucher magnifique et nuancé de Chris Abrahams et la fine réserve du percussionniste qui supporte littéralement les errances sublimes du pianiste dans l’espace auditif. Chris Abrahams entretient une forme d’ambiguïté entre la consonnance d’accords ouverts et des dissonances savamment calculées, réduisant le poids et la densité des notes pour les laisser flotter et s’éclore dans l’espace, suggérant le jeu profondément aéré de Mark Wastell. On songe aux idées de ce double album « raté » de Paul Bley avec Barry Altschul et Mark Levinson rejeté par le label Mercury en 1968 pour être ensuite publié par ECM sous le nom de Ballads et par IAI avec le titre Virtuosi. D’après des informations qui m’ont été parvenues via des insiders, Altschul a assisté durant les dernières sixties à des concerts au Little Theatre Club où John Stevens jouait « à l’économie » avec un mini-kit devant … quelques personnes. Barry en aurait été inspiré. D’ailleurs Stevens et lui se sont partagés les services du bassiste David Holland à cette époque. Bref cet album est tout simplement merveilleux, ces deux musiciens qui semblent très différents par leurs pratiques respectives mettent en commun une superbe sensibilité et un magnifique sens spontané … et « restreint » de la forme. À recommander absolument. Confront a encore frappé … dans la diversité de son catalogue.

Ricardo Arias & Jaap Blonk Lucht kontrans 572
https://jaapblonk.bandcamp.com/album/lucht

Encore un album convaincant de la part du vocaliste et poète sonore Jaap Blonk : Lucht, enregistré à Bogota en avril 2025 à l’Université des Andes en compagnie d’un bien curieux artiste sonore et improvisateur : Ricardo Arias, crédité bass balloon kit, balloon scraps et breath alors que Jaap Blonk est crédité voice & breath.
Oui « balloon ». Il y a déjà presqu’un quart de siècle, on découvrait ce Ricardo Arias aux côtés du percussionniste Japonais Tatsuya Nakatani et de l’électronicien et violoncelliste Vic Rawlings au sein du trio N.R.A. dans deux rares enregistrements parus en CD : N.R.A. (Audio Dispatch 023) et N.R.A. untitled (HH-7). Sur les photos noir et blanc des pochettes de ces rares CD’s, on aperçoit clairement les deux ballons gonflables clair et foncé qu’Arias percute, frotte, fait siffler, ou grésiller, gratte, gargouille, caquète en synesthésie avec le vocaliste. Jaap Blonk crée des narratifs en transformant et altérant les sons de la voix de manière spontanée, organique, colorée et sauvage. On entend aussi l’air qui s’échappe d’un des ballons en faisant osciller des vibrations sonores aigües émises par le rapprochement de l’orifice en caoutchouc du ballon, proche des excès de l’émission vocale et l’ensauvagement des lèvres du chanteur. Entre le ballooniste et le vocaliste s’élaborent des échanges aussi décalés qu’intimes, mimétiques ou éloignés selon l’humeur de l’inspiration tout animés qu’ils sont par leur science commune de l’expressivité du bruissement, du bruitage, de l’ellipse vocale, et leurs fascinantes interactions suggestives. Dans ces échanges s’installe une part de mystère : qui joue quoi ? Je trouve que cette performance en duo révèle une complicité merveilleuse entre deux artistes à la fois risqués, extrêmes et follement créatifs.

Lynboril Lisinopril Adam Bohman Sue Lynch Crystabel Riley Otoroku ROKU049
CD déjà imprimé et reçu via Adam Bohman. Otoroku, le label de Café OTO le publiera en août prochain. CD launch Concert at Café Oto on Saturday 15th August 26.
Label Otoroku lié au Café OTO, le principal club Londonien dévolu à l’improvisation libre, au free-jazz et à la musique expérimentale qui fait la part belle à l’innovation ou à la radicalité. Trio composé de la saxophoniste Sue Lynch (aussi clarinette et flûte), de la percussionniste Crystabel Riley et de l’objétiste amplifié sur table, Adam Bohman. Le lisinopril est un médicament de la famille des IEC (inhibiteurs de l'enzyme de conversion). Il est prescrit pour traiter l'hypertension artérielle, l'insuffisance cardiaque, certaines atteintes rénales (néphropathies) et pour protéger le cœur après un infarctus du myocarde. Il agit en dilatant les vaisseaux sanguins. Le Lynboril , je n’ai pas trouvé , mais je suppose qu’il s’agit peut être aussi d’un médicament. Bien curieux trio animé par l’étrange et remarquable jeu polyrythmique rebondissant de Crystabel Riley qu’on a entendu avec le saxophoniste Seymour Wright, le quel est le brillant auteur des notes de pochette de ce CD. À l’aide de fragments de riffs décalés et de subtils effets de souffle vocalisés, parsemés de silences , honks and toots comme on dirait en anglais, Sue Lynch tient ses marques tout en assurant le fil conducteur des improvisations. Entre ces deux pôles, Adam Bohman bruite discrètement sur sa table parsemée des objets les plus hétéroclites (grilles de frigo, cartes de banques découpées, ressorts, pinces à linge, fils métalliques tendus, verres à bière spéciale ou à vin, boîtes métalliques ou en plastiques, fourchettes et cuillers, carrelages, surfaces à gratter ou objets brisés, un violon éviscéré etc…) et s’insère dans le dispositif comme par miracle. Lynboril évolue durant 28:45 et Lisinopril, 22:34… et aucun temps mort. Le jeu de Crystabel se focalise sur les peaux de ses tambours dans des cycles de pulsations libres et hésitantes autant qu’elles paraissent franches et décidées, faisant littéralement osciller des rythmes libres en tournoyant dans l’espace sans jamais presser un illusoire tempo. Chaque frappe marque une infinité rythmique. Un jeu vraiment curieux et imaginatif subverti par les bruitages crissant et improbables de Bohman et ponctué par l’approche minimaliste de Sue Lynch et de ses notes clairement détachées en contraste appuyé par rapport au flux pulsatoire de Crystabel, focalisant l'énergie. Curieusement, l’activité sonore des trois artistes coïncident étrangement à des moments bien précis et insaisissables. Comme quoi le devenir de l'improvisation made in London échappe à tous les pronostics et idées toutes faites. Super !!

Lagrangian Points Sofia Borges Rieko Okuda Peter Van Huffel 4DARecords 4DRCD022
https://4darecord.bandcamp.com/album/lagrangian-points
https://sofiaborges.bandcamp.com/album/langrangian-points

Mention sur le site bandcamp de Sofia Borgès : This album is dedicated to those who had no voice in war but bore its deepest wounds. Cet album est dédié à ceux qui n'ont pas eu voix au chapitre pendant la guerre mais qui en ont porté les blessures les plus profondes. J’aurais ajouté une autre ligne au sujet des personnes trompées par la propagande qui soutiennent les guerres de leurs gouvernements en croyant être à l’abri des conséquences alors qu’ils seront un jour rattrapés par celles-ci.
Inclues dans les commentaires de ces trois artistes : Les points de Lagrange sont des zones d'équilibre fragile où les forces s'alignent et où les corps peuvent rester en suspension. En ce sens, le trio forme un système à part entière : chaque voix soutient les autres et est soutenue par elles, maintenant un équilibre mouvant, laissant suffisamment d'espace pour que l'imagination puisse vagabonder au-delà de ses limites.
Cet album contient une musique improvisée collective où interviennent des instruments électroniques joués par chacun des musiciens, principalement Rieko Okuda et Sofia Borges dans une dimension instrumentale et orchestrale à part entière avec en contrepoint le souffle aux larges intervalles harmoniques de Peter Van Huffel. On apprécie aussi ses interventions au sax baryton interférant avec les zig zags de ses deux collègues. Du point de vue créatif , j'apprécie beaucoup le travail en musique électronique à la fois adjacent primordial et complémentaire de ces trois artistes tout en leur concédant la lberté totale que devrait accepter un auditeur exigent ou même occasionel : ile ne faut pas essayer de distinguer qui fait quoi dans ce trio , sauf bien sûr qu'il n'y a qu'un seul saxophoniste et qu'on devine l'action de la pianiste à certains moments .. pas très pianistiques ... mais plutôt sonores. Leur contribution au niveau électronique est à la fois consistante, créative, d'une conception orchestrale réussie et même innovante. Il y a du contenu, de l'énergie , de l'imagination et des échanges réussis. Un excellent trio qui ne ressemble qu'â lui-même. Encore un bon point pour 4DARecords et son patron João Madeira. C'est aussi je crois la troisième contribution de Sofia Borgès pour ce label où elle amène à chaque fois des idées nouvelles.

Udo Schindler Andreas Willers Erik Zwang Eriksson Cassiber Complex unconditioned sounds in a box FMR Records FMRCD688-524
Pas trouvé de lien audio pour cet album. Mais le travail d'Udo Schindler est très documenté.

Le très prolifique multi-instrumentiste improvisateur Udo Schindler a le talent d’attirer à lui une grande diversité de musiciens. Son compte bandcamp n’est que le sommet de l’iceberg : https://udoschindler.bandcamp.com/
Parmi ses très nombreux collaborateurs, le percussionniste Eric Zwang Eriksson revient épisodiquement et une série de guitaristes radicaux parmi les plus pointus en Allemagne : Gunnar Geisse, Erhard Hirt et, ici, Andreas Willers (et même Elliott Sharp !). Pour cet enregistrement, Udo se concentre à la clarinette basse, au cornet et au tubax. L’improvisation Cassiber Complex se déroule sur 54:21. On appréciera ses improvisations au cornet et surtout à la clarinette basse. La compagnie d’Andreas Willers ajoute une part de mystère, de sonorités électroacoustiques produites par ses effets superbement maîtrisés avec une plasticité déconcertante. Le percussionniste Erik Zwang Eriksson manie baguettes, tambours et cymbales dans une veine free toute en vagues de sons et de martèlements disjonctés. Cette longue pièce évolue dans différents paysages sonores et occurrences spontanées et on goûte le souffle extrême, les harmoniques, borborygmes et bourdonnements compris dans la colonne d’air de la clarinette basse qu’on confond parfois avec aigus déchirants du cornet. Cette recherche sonore du souffleur est bien en phase avec les élucubrations du guitariste, lequel propose intelligemment un ou deux changements de cap. Dont le duo vers la minute 25 avec Zwang Eriksson. C’est alors le moment d’introduire l’étrange tubax dans les graves les plus profonds et les harmoniques… Et Andreas trouve toujours la parade bienvenue pour aboutir à une connivence sonique entre chacun des comparses… ou un chahut bordélique de bon aloi qui claque. J’entend aussi pointer un sax soprano qui n’est pas repris dans les crédits. Je dois dire que notre homme a un sacré culot de vouloir maîtriser autant d’instruments de manière valable tout en se bonifiant au fil des années. Il faut dire que la présence d’Andreas Willers doit ête vraiment inspirante.
Udo Schindler produit beaucoup d’enregistrements free au point qu’on aurait du mal à le suivre à la trace. Mais, cela vaut la peine d’en choisir quelques uns ou un peu plus pour des découvertes souvent étonnantes, éperdues ou réfléchies selon la personnalité de ses collaborateurs.

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