Now This was Clear Live in Berlin and Chicago Wolfgang Fuchs Damon Smith Jerome Bryerton Balance Point Acoustics CD
https://balancepointacoustics.bandcamp.com/album/now-this-was-clear
Wolfgang Fuchs a sûrement été un des souffleurs marquants de la free music depuis la fin des années 70 jusqu’à son décès en 2016. À la fois clarinettiste basse et contrebasse, il a aussi le culot de souffler entre pointillisme et expressionnisme au saxophone sopranino, un choix d’instrument difficile pour ce qui concerne la tessiture et le contrôle absolu de sa colonne d’air et de l’exactitude des intervalles précis des notes. C’était un souffleur de l’extrême aux clarinettes basse ou contrebasse et à la projection du son exceptionnelle, même quand il jouait au bord du silence. Influencé autant par le free-jazz et les musiques contemporaines d’avant-garde, son esthétique s’est servi des recherches d’Evan Parker au saxophone pour développer ses propres techniques et sa recherche sonore dans l’improvisation radicale aux côtés du contrebassiste Hans Schneider, des percussionnistes Paul Lytton, Paul Lovens et Sven Åke Johansson, d’Alex Schlippenbach et de Günter Christmann, mais aussi au sein du King Übü Örkestrü, orchestre qu'il avait fondé avec Erhard Hirt. Ce qui est épatant dans ce trio est l’heureuse jonction avec deux jeunes musiciens américains au sein du Three October Meetings trio. Écoutez seulement le percussionniste Jerome Bryerton : il propose une conception ouverte de la percussion dans une voie proche et informée par les Paul Lovens, Paul Lytton, Tony Oxley, Roger Turner, John Stevens ou Raymond Strid. Micro frappes, grattages des métaux, frottements, curieuses résonnances des percussions métalliques sur les peaux ou entre elles, elles mêmes assourdies par différents ustensiles, usage de tambours chinois, roulements éclatés ou multi directionnels. Le contrebassiste Damon Smith a une solide formation classique et jazz et aime à torturer les cordes de sa contrebasse, faisant vibrer la touche et l’antre du gros violon avec un archet volatile, forcené ou effleurant ces cordes et striant les sons boisés. Ses pizzicatos sont d’ailleurs détaillés avec un sens pertinent de la dynamique. La clarinette contrebasse bourdonne, la colonne d’air semble se liquéfier, grogne, vibre comme un moteur au ralenti. La multiplicité des sons s’agrègent, se différencient, s’interpénètrent au-delà de toute notion de pulsations ou de rythmes. On ressent secousses, frictions, murmures, griffures, implosions, glissandi, éclats de vitesse ou suspension dans l’air ambiant. Le silence est souvent présent tout comme le bruitage. Des sonorités étranges oscillent, se meuvent, s’éparpillent. C’est un processus en constante mutation qui n’a de sens que dans l’instant, le moment même de l’écoute et de l’invention. À cette époque (on est en 2002) , on parlait de réductionnisme, minimalisme ou lower-case dans les cénacles de l’improvisation radicale en suggérant que cette musique interactive était trop connotée free-jazz. Toutefois, si on suit les parutions parcimonieuses d’enregistrements de ce type d’improvisation libre, on doit convenir qu’on a affaire à un sommet du genre « non – idiomatique » lequel, il est vrai commençait à se vulgariser entre autres avec la notoriété acquise par Derek Bailey et plusieurs autres et aussi à s’écorner suite à son édulcoration par des musiciens de tout bord qui restent parfois un peu trop superficiels ou « formatés » . L’improvisation libre convaincante est un genre de musique difficile si on tint à lui doner pleinement son sens. Comment Fuchs parvient à tordre le cou à son sax sopranino avec ses faux doigtés, vocalisations, harmoniques précises, coups de langue frénétiques, growls forcenés, extrêmes aigus… est un mystère ! Il obtient ses staccatos éclatés et tous ces sons les plus extrêmes en mixant simultanément plusieurs techniques alternatives tout en contrôlant le souffle comme un chaman son rêve éveillé. C’est absolument prodigieux. Je ne connais un ou deux gars qui feraient (presque) aussi bien que notre Fuchs disparu : Stefan Keune ou Michel Doneda , deux obsédés du son pur. Mais en plus nos trois acolytes découvrent toujours de nouvelles choses au fil des neuf morceaux étalés sur deux CD’s rares. Comment faire pour commander cet album via les USA sans devoir payer la conséquence aux douanes belges des tarifs de Trump ???
Ivo Perelman & Matthew Shipp Duologue 7 : Distillation SquidNote 008
https://squidnote.bandcamp.com/album/duologues-7-distillation
Un nouvel album du duo Ivo Perelman (sax ténor) et Matthew Shipp (piano) inclus dans la série des Duologues d’Ivo logé dès aujourd’hui au sein du nouveau label digital SquidNote, un rejeton de l’incontournable plateforme de vente par correspondance Squid‘s Ear, n°1 aux USA pour ce qui est du jazz d’avant-garde et des musiques improvisées. Ce duo impénitent nous offre ici leur 19ème album en duo sous-forme de double-album digital (Volume 1 & 2) contenant pas moins de 19 improvisations relativement succinctes qui focalisent l’attention de l’auditeur sur la multiplicité d’inventions lyriques et la haute qualité de leurs dialogues instantanés. 1 heure 49 enregistrées en deux séances les 30 décembre 2025 et 16 janvier 2026 au Park West Studio par Jim Clouse. Ces deux inséparables improvisateurs ont surmultiplié leurs rencontres non seulement en duo pour les quelles ils ont enregistré des double albums (Corpo, Live in Brussels) deux triples (Oneness et Tryptich) et un quadruple (Efflorescence), mais aussi avec un nombre de fidèles dévoués à chacun d’eux : William Parker, Michael Bisio, Joe Morris, Mat Maneri, Nate Wooley, Gerald Cleaver, Whit Dickey et récemment le batteur vétéran Bobby Kapp dans une kyrielle d’enregistrements en trio et quartet. Matthew Shipp est un véritable architecte de la construction musicale au piano, un champion de la composition instantanée au fait avec les subtilités harmoniques les plus poussées. C’est un élève du légendaire professeur et théoricien Dennis Sandole (Granoff School de Philadelphie), lui – même mentor de John Coltrane. Shipp mentionne que son travail il est fortement inspiré par ce qu’il appelle la « Black Jazz Mystery School de pianistes : Monk, Herbie Nichols, Mal Waldron, Randy Weston, Andrew Hill, Cecil Taylor dans laquelle il s’insère par son originalité. Son jeu et sa musique se définissent essentiellement par lui-même et ne ressemblent à aucune autre. Tout comme son ami Ivo Perelman, il enregistre à tour de bras en solo, duo ou trio où s’agrège à différentes collaborations. On peut le voir en quelque sorte comme un compositeur, ce qui s’entend clairement par son approche méthodique de canevas harmoniques et rythmiques cycliques se balançant dans l’espace tout en suggérant un substrat mélodique évanescent ou persistant. Parmi les quatre éléments, son approche symbolise la terre et l’océan dans une musique de sphères multiformes où les circulaires ou ovoïdes s’interpénètrent. Et pour son collègue, on pense à la vibration de l’air et au craquement du feu . La démarche de Perelman paraît plus immédiate : sa musique, du duo aux trios, quartets et basé entièrement sur l’improvisation libre spontanée avec un grand nombre d’instrumentistes différents de toute provenance. Un exemple, il a enregistré plusieurs albums en duo avec les guitaristes Elliott Sharp, James Emery, Pascal Marzan, Joe Morris, et Marc Ribot. Il traque toutes les occasions de rencontre en duo (Leo Smith ou avec une kyrielle de souffleurs ou de pianistes en tête à tête rassemblés dans des coffrets digitaux ou compacts).
Mais surtout, si Matthew Shipp étend ses registres et structures musicales au piano, son alter ego fait évoluer sa sonorité dans un long et lent processus de recherches et de découvertes avec le souffle, le becs, les anches et cela au fil des années. Il y avait cette photo de John Coltrane déballant le contenu d’un sac de basket- ball : des dizaines de becs, d’embouchures et de boîtes d’anches étalées sur une table. Obsessionnel ! C’était déjà patent lors de la session du CD Callas (2005 Leo Records) dédié à la chanteuse Maria Callas pour laquelle il a suivi des cours de chant pour renforcer et stabiliser ses cordes vocales abîmées par sa technique de souffle spécifique. Si au départ de sa carrière free à NYC, la manière expressionniste souvent virulente d’Ivo Perelman évoque indubitablement le cri vocalisé et contorsionné d’Albert Ayler, il a évolué vers une recherche qui fait corps avec ses racines brésiliennes… et africaines issues des musiques samba, candomblé etc… sur le travail du son proprement dit en se référant aux voix des aînés du saxophone ténor comme Coltrane, Dexter Gordon, Stan Getz, Ben Webster, Hank Mobley et toujours Ayler, car il affectionne de jouer au-delà de la tessiture du ténor en émettant de fabuleuses harmoniques qu’il module en pliant subtilement les notes pour les monter dans l’aigu avec un sens magique de la mélodie ou mieux de l’intention mélodique purement brésilienne. Écoutez la chanteuse Flora Purim ou les parfums tropicaux des Airto Moreira, Nana Vasconcelos, Hermeto Pascoal ou Sivuca, musiciens apparus il y a déjà plus d’un demi-siècle. Ensuite un virage vers un son plus liquide et plus souple en 2024 lors des deux magnifiques sessions en duo et trio avec le batteur Tom Rainey (Duologues 1 Turning Point et Truth Seeker – Fundcja Sluchaj) où il accède à un nouveau plateau de qualité sonore quasi vocale. D’un point de vue du saxophone, on peut dire qu’Ivo Perelman est devenu un maître créateur d’une stature voisine à celle d’un Steve Lacy d’un Wayne Shorter etc…
Non content d’avoir évolué sa sonorité récemment (année 2024), Ivo a adopté de nouvelles embouchures créées par le luthier Pillinger. C’est avec cette sonorité intériorisée qu’il joue le jeu plus introverti du duo en empathie avec les ballades un peu austères des premiers morceaux du Volume 1 de ce nouvel album qui porte si bien son nom : Distillation. Le profil mélodique de ses improvisations éthérées de ces premiers morceaux relativement courts (durées 4 :58 , 3 : 39, 7 : 27, 6 :43) est mouvant, volage, accidenté, vocalisé comme s’il étalait différentes options face à l’auditeur pour en choisir une par surprise pour s’en exclamer et se mettre à rêver ensuite. Le numéro deux est une belle pièce à conviction pour saisir les interactions décalées et animées de soubresauts subtils d’échanges spiralés où les suraigus du souffleur ou ses murmures sereins contrastent avec le toucher cristallin truffés de dissonances perlées et d’assonances appuyées. Du grand art dans l’art du duo sax ténor piano librement improvisé d’essence jazz. Les pièces deux et trois s’enchaînent à merveille pour déboucher sur une ballade en ostinato aux larges intervalles dans une communion ouverte à ce qui va aboutir à d’autres formes dans les pièces suivantes. Leurs morceaux ne sont pas des pièces uniques fermées mais contiennent déjà des éléments qui seront retravaillés, renouvelés et prolongés sur d’autres inventions qui sortent comme d’un chapeau duquel un joyeux lapin bondit. Durant ces improvisations, les deux musiciens ressentent le besoin de ne pas surjouer l’un autant que l’autre pour ce concentrer sur une musique unifiée sans hausser la voix, laquelle dans le chef du souffleur se languit à étirer les notes pour flotter dans l’air sur la pulsation des poignets et des doigts sur le clavier tournoyant dans un labyrinthe harmonique eschérien infini où son invention mélodique charnette et « liquide » suit attentivement et instinctivement les volées d’escaliers, les passerelles, les voûtes multiformes, les perspectives surréelles ouvertes sur un ciel aussi bleu profond que la luminosité intense est voilée de brumes qui se dissipent au son des « accents on tenor sax », les morsures charnelles de sur aigus, des étoiles d’harmoniques hyper aiguës qui chantent dans la nostalgie brésilienne. C’est en fait un des plus brillants contrastes et / ou amalgames syncrétiques de la musique de jazz d’improvisation libre qui réunit les univers post académiques progressistes et l’expressivité afro-américaine dans un moule commun. Au fil des morceaux, véritables alambics sonores distillant l’union des antipodes, des ions , cations et anions polarisent de nouveaux écarts entre les notes, accents pointus et accords syncopés, fragments mélodiques, battements, ostinatos, articulations de lavibration intime de la colonne d’air qui créant de nouvelles compositions instantanées nées les unes des autres en se déroulant dans un indéfini étirement de l’espace-temps aussi charnel qu’intersidéral ou plutôt en apesanteur et humaniste. Le registre d’Ivo échappe à toute classification si ce n’est une insistante sensibilité exacerbée, soyeuse, chantante, éminemment personnelle et . Et d’un instant l’autre leurs inventions se répondent en cascades simultanées pressenties par un détail infime avant de surgir avec surprise. Le souffle sensuel d’Ivo se nourrit de l’extrême concentration créative de Matthew, toute en nuances. Sa sonorité est profondément intime, timbre velouté, voix douce, mais aussi déchirante avec ses superbes montées dans les aigus, l’art inné du rallentando brasileiro, ou l’enroulement de lestes articulations qui sursautent et se chevauchent autour de la pulsation invisible suggérée par les pianistes.
Cette approche sonore se diversifie au bord du murmure ou dans l’écartèlement d’intervalles de notes traçant un narratif reliant le lyrisme éperdu, l’extrême aigu et le timbre soyeux d’Ivo jusqu’à un expressionisme soudain sans éclabousser le chant auditif et cela pour maintenir un parfait équilibre entre le piano, ses balancements d’accords évolutifs et ses scansions appuyées de Matthew Shipp en giration constante et les déambulations aériennes du souffleur. Les deux musiciens distillent progressivement leurs inventions en accélérant pas à pas la cadence de leurs échanges et en enrichissant leurs trouvailles mélodiques concertées comme dans ce rapide morceau « 13 » ou les effets de répétitions du « 14 » du Volume 2, lequel enrichit l’aspect apaisé langoureux du Volume 1 d’accentuations Les titres anonymes de One , Two, Three, etc… jusqu’à Nine (Volume 1) ou Ten ( Volume 2) est une fenêtre ouverte vers la poésie visuelle du souffle charnu d’Ivo Perelman qu’on peut relier à ces réalisations graphico-picturales improvisées face à un paysage inconnu en mouvement constant aux perspectives changeantes délimitées et activées par le style particulier « architectural » du pianiste. L’intensité se manifeste et croît au fur et à mesure que l’on avance dans le Volume 2 aux contours plus anguleux, aux insistances plus volontaires, mais toujours sans excès. C’est d’ailleurs dans ces plages que le souffleur tente de se surprendre lui-même. Celui qui aime l’énergie expressive et brûlante du free-jazz pourra alors écouter les albums endiablés de notre tandem en compagnie de batteurs et de bassistes de l’époque Leo Records (Serendipity / Soul) ou Ineffable Joy sur ESP, ou même le concert expectorant de Bruxelles du Duo (Live Brussels 2007 Double CD Leo). Mais ici le projet du duo évolue dans une autre dimension : une plongée dans un univers de nuances de finesse et de voluptés soyeuses. Face à la complexité mathématique et des résonnances du jeu au piano, le souffleur trace des digressions ludiques, des contrechants obliques avec une fantaisie assumée et un lyrisme évoquant un clivage nostalgique. Le pianiste qui semble s’affirmer comme le timonier de cette équipée lunaire a le chic extrême de relancer le dialogue en reprenant et recyclant les idées et les émotions de son camarade. Un duo rare. Une musique dans laquelle on peut méditer, se laisser aller, distiller ses propres émotions, frôler l’intime, suivre un fil d’Ariane insaisissable, ne pas compter le temps. L’auditeur « logique » se sentira noyé par la redondance apparente de la musique tout en étant fasciné, mais libre à lui de choisir quelques unes de ces extemporisations pour s’en délecter. Le passionné qui cultive la capacité d’écoute ultime laissera se dérouler le film de bout en bout pour en saisir les nombreux moments forts agrémentés par une nonchalance rare et bienvenue et en être finalement surpris.
Sabu Toyozumi et Sunny Murray Sun’s Blessings No Business Records NBCD 185
https://nobusinessrecords.bandcamp.com/album/suns-blessings
Rencontre de percussionnistes en duo le 4 avril 1999 à Sapporo. Sunny Murray s’est immortalisé en devenant le premier batteur free de l’histoire du jazz en compagnie de Cecil Taylor et Jimmy Lyons en 1962 et avec Albert Ayler en 1963 / 64. Pour beaucoup, l’album ESP Disk 1002 « Spiritual Unity » marque l’an zéro du free-jazz. Sunny Murray a donné le signal à toute une génération de batteurs à jouer complètement libre par rapport aux rythmes plus ou moins réguliers et aux barres de mesures. Un flux de vagues rythmiques et de vibrations sonores échevelé qui semble indépendant des actions ludiques de ses camarades. Il a entraîné ses collègues Andrew Cyrille, Beaver Harris, Rashied Ali etc… Sabu Toyozumi est sans doute le premier batteur japonais qui a eu un contact direct avec un batteur free afro-américain. Il jouait dans un concert de jazz à Tokyo en 1966 lorsque le groupe de John Coltrane avec Jimmy Garrison, Alice Coltrane, Pharoah Sanders et Rashied Ali, alors en tournée au Japon, pénètrent dans le club où il officiait. Lors de la pause et après avoir été applaudi par Coltrane, Sabu voit Rashied Ali s’approcher de lui et donner un échantillon de son talent de free-drummer en s’emparant de la batterie. Sabu s’est révélé par la suite être un batteur de haut vol. À l’occasion d’une session d’enregistrement de Charles Mingus à Tokyo en 1970, le légendaire contrebassiste réclame un « meilleur batteur » que celui prévu pour la séance. Le producteur appelle les batteurs les plus capables de la ville pour une audition. Mingus décide alors d’engager le jeune Sabu Toyozumi pour l’enregistrement qui sera publié par la suite (J’en ai le CD et c’est réussi). L’année suivante il est incorporé dans les concerts de l’AACM à Chicago avec Roscoe Mitchell, Anthony Braxton, George Lewis, Joseph Jarman et Malachi Favors. Il joua également en trio avec Steve Mc Call et Don Moye. Cette rencontre improvisée de Sunny et Sabu s’étale sur 49’53’’ et 15’36’’ dans une tension infinie, les deux batteurs jouant en complète communion comme s’il y avait une seule personne présente. Durant toute le concert, ils ne font qu’un dans une cascade torrentielle de vibrations multirythmiques, de frappes de cymbales qui vibrent à l’unisson, de roulements interconnectés sur leurs battements de cœur, leurs respirations, les mouvements des corps et l’intensité musculaire. Une figure rythmique saccadée tournoie de l’un à l’autre tout en se tournant vers différents azimuts rotatifs spiralant à l’infini. Une Mischievous Saga : un malin plaisir à faire rebondir un surcroît d’énergie inexhaustible, des déflagrations de baguettes en lévitation par-dessus les peaux frappées à vif …. sans ce soucier d’un quelconque sens musical. La réalité et l’esprit de la transe dans l’instant, juste pour l’expérience et la vision d’un au-delà incertain jusqu’à son terme. À la fin, tout est dit et à nous d’en tirer parti en suivant les pulsations métrées et soigneusement évolutives de ces Brave Warriors dans leurs Sun's Blessings.
Andrea Centazzo & Zsolt Sörès A Map of Vanishing Ictus 216A CD
https://ictusrecords.bandcamp.com/album/a-map-of-vanishing
Lumen, Budapest 14 Mai 2026. Le percussionniste Andrea Centazzo, pionnier de l’improvisation radicale européenne,ajoute encore un bijou au catalogue cinquantenaire d’Ictus, son légendaire label. Dès le milieu des années 70, cet élève du percussionniste Pierre Favre s’est fait apprécier dans toute l’Europe et aux États-Unis en compagnie de Steve Lacy et Kent Carter, Derek Bailey, Guido Mazzon, Evan Parker, Alvin Curran, le ROVA sax quartet, Henry Kaiser, John Zorn, Lol Coxhill, Giancarlo Schiaffini, Toshinori Kondo, etc… Ses rencontres ont été publiées dans de mémorables LP’s par son label Ictus, lequel comptait parmi les labels insignes de cette période comme Incus, Bead, FMP, Ogun, Futura, et bien d’autres. Sa caractéristique principale réside dans tous les effets sonores et percussifs tirés de son impeccable matériel de multiples tambours, bien ordonnés , son set impressionnant de cymbales, gongs, crotales, accessoires qu’il complémente d’électronique vivante et de l’usage de Kat mallets. Il s’est aussi lancé avec succès dans la musique de films, dans ses propres compositions contemporaines au-delà de son activité d’improvisateur. Musicien très ouvert envers nombre de collègues, Centazzo a la capacité de dialoguer avec des artistes très différents et de rechercher des situations inédites et innovantes, même avec un zèbre aussi particulier que le violiste ou altiste hongrois Zsolt Sörès. Celui-ci est crédité Custom-made Polyviola & Electronics. J’ai personnellement rencontré Zsolt à Budapest, Bruxelles et Londres en compagnie de l’improbable Adam Bohman et sa table d’objets amplifiés et du vibraphoniste et électronicien Oli Mayne. Zsolt est sans doute un des musiciens expérimentaux et un activiste « clé » de Budapest, une cheville ouvrière des événements autour de l’improvisation et du cinéma underground. C’est aussi un artiste sonore et musicien inclassable. Avec le Polyviola, un alto à cinq cordes électro-acoustique créé spécialement pour lui par le luthier Sukandar Kartadinata à Berlin, Zsolt Sörès prolonge son précédent système home made et développe une autre dimension où ce nouvel instrument peut fonctionner comme un véritable sound system . Ce duo intitulé A Map of Vanishing commence très bien avec le savoir-faire percussif éclaté de Centazzo lui-même. Au fil des huit morceaux Live at Lumen #1, #2, #3 jusque #8, on assiste à un voyage extraordinaire au niveau des sons, des formes, des éclats, des trouvailles, des mystères, des interactions. Côté électronique, il ne faut pas chercher à découvrir qui fait quoi mais se laisser emporter par le flux de cette musique, surtout que le violon alto de Zsolt est incorporé à son installation électronique laquelle était absolument délirante et à l’époque posé à même une table entouré . Peut-être son dispositif a-t-il évolué, sait-on jamais. Mais le plus simple c’est de se laisser entraîner par les sons, les ambiances, cet univers onirique qui coïncide si bien et autant avec les trouvailles électroniques d’Andrea qu’avec les frappes, les pulsations du maître sur sa large batterie dont il choisit spontanément les timbres, les couleurs, les rythmes libres qui conviennent à l’instant précis. J’ai écouté il y a quelques années le double CD Protocol du duo de Centazzo et du guitariste électronique Henry Kaiser et je m’étais dit que c’était le plus fascinant duo de guitare « électronique » et de percussions que j’aie entendu. La guitare électronique avec ses multiples effets , n’est pas spécialement ma tasse de thé, mais ce duo, lui, est pour moi une œuvre très réussie. Et c’est bien le sentiment d’approbation et de délice qui me vient à l’écoute de Live at Lumen – A Map of Vanishing. Il faut dire aussi que ce club Lumen qui programme tant d’excellents concerts de musiques expérimentales (thanks to Ernö Zoltan et Dàvid Tamàs) est un lieu très inspirant et leur public est très ouvert pour autant que la musique soit sincère et de qualité face à toutes les tendances improvisées, free, contemporaines, expérimentales. Dans cet esprit, cette rencontre Andrea Centazzo et Zsolt Sörès est exemplaire et vraiment réussie et originale .
Consacré aux musiques improvisées (libre, radicale,totale, free-jazz), aux productions d'enregistrements indépendants, aux idées et idéaux qui s'inscrivent dans la pratique vivante de ces musiques à l'écart des idéologies. Orynx est le 1er album de voix solo de J-M Van Schouwburg (1996 - 2005). https://orynx.bandcamp.com Below new album of Larry Stabbins due to be issued soon !!
30 août 2026
Wolfgang Fuchs Damon Smith Jerome Bryerton / Ivo Perelman & Matthew Shipp/ Sabu Toyozumi & Sunny Murray / Andrea Centazzo & Zsolt Sörès
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Bonne lecture Good read ! don't hesitate to post commentaries and suggestions or interesting news to this......