1 novembre 2026

Cecil Taylor Unit avec Jimmy Lyons Sam Rivers et Andrew Cyrille/ Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues Ulf Mengersen & Wolfgang Seidel/ Thierry Waziniak Yuko Oshima Makoto Sato/ Danny Thompson ‘s Whatever on The Road 1989 - 1993 w. Tony Roberts Paul Dunmall, John Etheridge, Gary Boyle, Peter Knight, Dylan Fowler

Cecil Taylor Unit Jimmy Lyons Sam Rivers Cecil Taylor Andrew Cyrille Live at Antioch College April 3 , 1971 video youtube
https://www.youtube.com/watch?v=wDB3_2QguNg
Photo Christian Rose/ Roger Viollet.
Au fil de sa longue carrière d’inventeur du free – jazz, l’UNIT de Cecil Taylor et ses autres groupes a bénéficié du concours permanent de musiciens clés. On peut citer les batteurs Dennis Charles, Sunny Murray, Andrew Cyrille, Shannon Jackson, Tony Oxley…. Au niveau des saxophones, il y eut Steve Lacy, Jimmy Lyons jusqu’en 1986 et on a tendance à l’oublier, Sam Rivers entre 1969 et 1971, peut – être un peu plus tard. Cet enregistrement de 1971 rend à mon avis vraiment justice au talent et rôle joué par Sam Rivers à capacité semblable et « poids égal » à celui de Jimmy Lyons dans le « C.T. Unit ». Aussi à mon avis les sélections des enregistrements de la Fondation Maeght de 1969 parues dans les trois albums du label Shandar sont (un peu) moins bien réussies que ce concert survenu plus tard dans l’évolution de cette Unit de Cecil Taylor. Idem le nouveau CD Fragments du même groupe. La disposition de chaque instrumentiste face aux micros et à travers le mixage est plus réaliste. Sam Rivers est une saxophoniste très particulier aussi pianiste et altiste (viola) et un connaisseur très pointu des modes musicaux, habilité à construire des structures complexes dans ces improvisations. Un autre saxophoniste important a contribué à la musique de Cecil Taylor durant de nombreuses années : le finnois Harri Sjöström aux sax soprano et sopranino. Donc je recommande votre curiosité à l’égard de cet enregistrement du concert du Cecil Taylor Unit à l'Antioch College qui eut un vrai retentissement aux USA à cette époque.

Voici les notes du preneur de son Don Giller qui a publié cet enregistrement sur youtube.
I vividly remember that Saturday, April 3, 1971. The Spring quarter at Antioch College had just begun earlier that week; I had flown into Dayton, Ohio, the previous Monday and had gotten a ride to campus. It was the last quarter of my second year there, having recently turned 20. I didn't know what I was in for when the college's radio station, WYSO-FM, asked me to record Saturday's day and night concerts in Kelly Hall. The afternoon featured the Lake Mendota Players of the University of Wisconsin Jazz Ensemble, organized by Cecil Taylor, then that school's Artist in Residence. Their performance lasted for two hours with a short break at the 94-minute mark. I then spent the next two hours making a dub for them. There was barely time to hit the school cafeteria for dinner when I had to return to Kelly Hall and set up the microphones for the evening's concert featuring Cecil Taylor's Unit. The players were: Cecil Taylor (age 42), piano Jimmy Lyons (39), alto saxophone Sam Rivers (47), tenor and soprano saxophones, and flute Andrew Cyrille (31), drums That performance lasted for an uninterrupted 1 hour and 46 minutes. I stayed up all night twice dubbing the evening's tapes, one for the radio station and another for the Unit. I kept the masters. Then dreamt about what I had heard all day and night for the three hours I had managed to salvage for sleep. Early the next morning I gave the second dub to Sam Rivers as the group was leaving the Antioch Inn where they had stayed overnight. I remember Sam asking, "You dubbed this all night?" "I did." Smiling, Sam said, "You poor guy." It was quite an introduction to a music genre heretofore unknown to me, and I didn't quite know what to make of it. But our beloved college music professor, John Ronsheim, championed Cecil's music ever since the two had met and become friends while students at the New England Conservatory of Music in the late '40s/early '50s. It may have been this concert that, years later, John would describe to one of his students, Hilary Strain, as "the perfect music example of hysteria." It was the following Winter 1972, after Cecil had moved to Antioch the previous Fall as its Artist in Residence, when I would frequently hang out in Kelly Hall and listen to Antioch's own Cecil-led ensemble rehearse there three to four hours a night, five nights a week, and I would finally begin to "get" it. I saw the charts: This wasn't random, "free," chaos; this was tightly-composed "clusters" upon which the players would vamp. For this 1971 performance, I used a Gately 6-channel portable mixer that could be carried as an attaché case; the only panning options were Hard Left, Hard Right, and Center. I positioned two microphones inside the grand piano, two around the drums, and one each for Jimmy and Sam. All fed into a portable Sony TC-770 1/2-track reel-to-reel. (I found images of both online and have included them at the end of this video.) I sat alone by a small table below the front of the stage commonly called the orchestra pit, headphones attached. The performance took four tape reels, which resulted in seconds-long gaps between each while changing them as quickly as I could. I've edited them together here so that the gaps are undetectable. There are no photos of the performance, so I've extracted online images mostly from around the same time period. I hadn't listened to these tapes for over 53 years until recently digging them out from my reel-to-reel collection to digitize. The music is extraordinary, and it captures these musicians in the prime of their lives. It may be their finest live performance, both musically and sonically. Of the Unit, only Andrew Cyrille is still with us, today at 84. Jimmy Lyons passed away in 1986 at 54, Sam Rivers in 2011 at 88, and Cecil Taylor in 2018, age 89. The Antioch photos of the Main Building and Kelly Hall were taken a few years ago by Louise Champagne, Laura Gwennyth, Shannon McCarville, and Bruce Schumacher.

Ernesto Rodrigues Guilherme Rodrigues Ulf Mengersen & Wolfgang Seidel Obsidian Radiance Creative Sources Recordings CS907CD
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/obsidian-radiance

Les deux Rodrigues, Ernesto et Guilherme, respectivement alto & crackle box et violoncelle se sont adjoints le contrebassiste Ulf Mergensen, avec qui ils ont déjà enregistré, et l’électronicien Wolfgang Seidel. Obsidian Radiance est le dernier des innombrables enregistrements du tandem Rodrigues avec d’autres musiciens et met en évidence la musique d’instruments à cordes frottées de la famille des violons dans le cadre de l’improvisation totale, à laquelle s’ajoute ici une dimension électronique dans le chef de Wolfgang Seidel et l’utilisation par Ernesto du légendaire crackle-box de feu Michel Waiszwicz. Le crackle – box est un petit instrument bricolé dans la première partie des années septante avec un sorte de boîte à cigares sur laquelle on a collé deux fois quatre points de contact pour les doigts qui en glissant, s’appuyant ou s’écartant de ces carrés fatidiques modulent un ou des sons électroniques sifflant et oscillant dans de multiples fréquences… du grave craquelant aux glissandi des extrêmes aigus. Vendu à un prix démocratique et facile à manipuler, le crackle-box a été adopté par de nombreux musiciens improvisateurs autour de Derek Bailey, Steve Lacy, Günter Christmann, Han Bennink ou Steve Beresford comme instrument d’appoint. On l’entend d’ailleurs siffler et onduler à mi-parcours d’une seule longue improvisation de 32 :38 intitulée Nether (soit bas, inférieur ou souterrain). Cet unique « long » morceau se développe autour de multiples modes de jeux de frottements d’archets sur les cordes qui percutent, grincent, sifflent, bourdonnent, hoquètent, glissent, frictionnent les fréquences et les timbres, alors que l’électronique s’agrège, glougloute, construit un univers en parallèle qui se fait l’écho fantomatique des actions des cordistes comme dans les minutes 24 à 32 et un peu plus d’un mouvement suspendu en crescendo – decrescendo qui se révèle riche en harmoniques. En la réécoutant on saisit clairement des phases de jeu distinctes construites spontanément, mais très judicieusement. Mention très bien à Wolfgang Seidel qui s'intègre intelligemment dans ce trio de cordes lui donnant une autre dimension. Ce n'est pas la première fois qu'Ulf Mergensen joue avec Ernesto et co et on apprécie sa présence. Le tandem Rodrigues est rompue à l'art de la cohérence dans la disruption, l'élégance elliptique et l'énergie diffuse. Une improvisation collective de la galaxie Rodrigues qui se distingue encore de leurs tout précédents albums. On a beau écouter leurs nombreux albums impliqués dans cette esthétique très précise, on conclut qu'à chaque fois leurs groupes successifs dévoilent une autre facette de leur univers qui s'étend inexorablement au fil des parutions grâce aussi à ces excellents collègues conviés dans ces recherches exploratoires de sonorités et modes de jeux.
HiBiKi Trio les gestes effacés Thierry Waziniak Yuko Oshima Makoto Sato Intrication TRI 009 CD
https://waziniakthierry.bandcamp.com/album/les-gestes-effac-s-2

Le percussionniste français Thierry Waziniak continue la documentation sonore de ses recherches musicales sur son micro-label Intrication et comme je raffole de ces micro-labels auto-produits par des musiciens improvisateurs qui sont le sel de la terre de la planète improvisée dite « libre ». Dans son petit catalogue, on dénote la participation de Michel Doneda, Marie Takahashi, Baptiste Vayer, aussi preneur de son et designer graphique du label, Isabelle Duthoit, Franz Hautzinger, Pascal Bréchet, Phil Gibbs, Dominic Lash et moi-même.
Pour cet album les gestes effacés, Thierry Waziniak s’est associé avec deux percussionnistes japonais résidents en France, la batteuse Yuko Oshima que j’avais appréciée aux côtés d’Audrey Lauro et Pak Yan Lau, et le vétéran Makoto Sato entendu fréquemment avec Itaru Oki, Abdou Bennani, Alan Silva, Jean-Marc Foussat, Jean-François Pauvros… Et de cette rencontre surgit un excellent trio de batteries free enregistré le 28 septembre 2024, HiBiKi trio et ces gestes effacés qui animent les sons, frappes, roulements, vibrations, balais, crépitements, frottements de cymbales à l’archet, ou de la mailloche sur la peau comme dans le premier morceau « Les gestes effacés ». Le tout est distillé dans une atmosphère concertée, avec des actions littéralement coordonnées entre chacun/chacune des trois percussionnistes quelles que soient les techniques utilisées et les rythmes/ pulsations. On se demande s’il s’agit bien d’un trio ? Mais on dira qu’ils jouent comme un seul homme ou femme (!), tant l’ensemble complet et ses neufs formes musicales sonnent comme le fruit de la plus profonde communion .. gestuelle, instrumentale, sensitive et émotionnelle. Très souvent impossible de distinguer quel percussionniste on entend. La plupart des morceaux se concentrent autour des trois – quatre minutes, deux morceaux attaignent les 7 minutes et un seul va au-delà des 10. Et donc la pensée musicale se focalise et se concentrent sur des matériaux précis et des atmosphères rares. Waziniak ajoute de l’électronique dans certains morceaux et Oshima chante dans « Trois ombres sur la pluie droite » et « Au Centre du Jardin » dans la tradition musicale japonaise et aussi dans les « Mille cavernes humaines ». Et ça c’est vraiment merveilleux et authentique. Surtout que les musiciens ont inséré deux courts poèmes haïku, extraits du recueil « De nul lieu et du Japon » du poète Jacques Dupin, dans le premier morceau « Les gestes effacés » et le septième, « La résolution des osselets ». Ce trio HiBiKi travaille au fil des pièces autant sur le sens musical que sur la présence du silence, les combinaisons rythmiques, la quête des sons rares et leur fine juxtaposition, le foisonnement, les cliquetis épars, les trouvailles, etc… et un magnifique sens rythmique. C’est d’une part, de la très belle batterie où la présence d’un batteur ou l’autre s’éclipse par rapport à la formidable coopération des trois artistes et d’autre part, une œuvre musicale de haut niveau, toutes obédiences « improvisées libres » ou jazz d’avant-garde confondues. Chaque morceau recèle un aspect musical, une inspiration, un croisement d’idées, une qualité dynamique, une profonde connivence. Ça se réécoute volontiers tant chaque instant compte et qu’il n’y a aucun gaspillage d’énergie et d’invention. Une belle merveille.

Danny Thompson ‘s Whatever on The Road 1989 – 1992 – 1993 Jazz in Britain JIB 94 S CD Triple CD + livret. https://jazzinbritain1.bandcamp.com/album/on-the-road

Dans la musique Populaire britannique des sixties, il y eut la British invasion des Beatles suivie par le British Blues Boom des John Mayall, Rolling Stones, Fleetwood Mac etc… Le premier document audio du Blues Britannique est l’album du groupe d’Alexis Korner, Blues Incorporated « R&B at The Marquee » (RCA 1962) et son bassiste était Danny Thompson. Parmi les musiciens de Blues Incorporated, il y eut Charlie Watts, Jack Bruce, Dick Heckstall-Smith, Ginger Baker et le chanteur Long John Baldry. Danny Thompson dirigea ensuite un trio avec John McLaughlin et créa le légendaire groupe folk Pentangle avec les guitaristes John Renbourn et Bert Jansch et la chanteuse Jacqui Mc Shee (1967-1973). Pentangle n’hésitait pas à truffer son répertoire de compositions de Mingus. Danny avait la réputation d’être le Charlie Haden britannique à cause de la puissance de son jeu. Il est l’aîné d’une impressionnante lignée de contrebassiste issus de la scène britannique : Richard Thompson, Ron Matthewson, Dave Green, Jeff Clyne, David Holland, Barry Guy, Harry Miller, Chris Laurence, Paul Rogers, Simon H. Fell, John Edwards. Il accompagna souvent Tubby Hayes, le sax ténor post bop anglais par excellence et travailla aussi avec John Stevens, un des fondateurs de la scène free-jazz – improvisation britannique. Par la suite, il joua et enregistra régulièrement avec John Martyn et Richard Thompson pour de nombreuses tournées et albums. Mais chassez le naturel et il revient au galop. Dès la fin ces années 80, en 1988, il créa son propre groupe entre folk et jazz moderne et l’appela Whatever pour signifier quelque soit le « style », il joue de la musique au-delà des étiquettes et solidement musicale ! Tout leur répertoire est inspiré par des formes musicales provenant des musiques traditionnelles suédoises, irlandaises, britanniques, balkaniques ou proche - orientales et les rythmes compliqués qui vont avec. À ces éléments folk s’ajoutent des improvisations fortement influencées par le jazz moderne, modal ou même free. Whatever est au départ un trio sans batterie : contrebasse (Danny Thompson) , guitare électrique (Bernie Holland) et saxophone et bagpipes (Tony Roberts). On songe au trio de Jimmy Giuffre avec Jim Hall et Ralph Pena. Au fil des ans les guitaristes se succédèrent : Bernie Holland vint travailler avec Elton John et il y eut John Etheridge, Gary Boyle et Dylan Fowler. Aussi Danny Thompson engagea un souffleur supplémentaire dès 1989: Paul Dunmall aux saxophones soprano, baryton et ténor. Celui-ci explique que tout professionnel qu’il était déjà, ce saxophoniste virtuose a dû travailler dur pour maîtriser les rythmes particuliers et difficiles des compositions du groupe sans batterie. C’est à partir de cet engagement que commence cette série d’enregistrements avec cinq musiciens dans le Disc 1 (enreg. octobre 1989 en tournée) : aux guitares John Etheridge et Gary Boyle, tous deux « étiquetés jazz-rock » , Tony Roberts aux clarinette basse, sax ténor, flûte et Northumbrian pipes et Paul Dunmall sax soprano, baryton et ténor. Et bien sûr l’unique contrebasse de Danny Thompson pour mener le drive du quintet avec le très fluide comping du guitariste. Les compositions sont signées Thompson, Holland et Roberts et certaines sont des arrangements de chansons traditionnelles. Avec Dunmall à bord, il se dégage une présence « coltranienne » au sax soprano et les deux guitaristes « accompagnent » alternativement dans l’idiome jazz moderne évolué et improvisent avec une étonnante fluidité dans « Minor Escapade ». Le Disc 2 contient d’autres versions des morceaux précédents à deux exceptions près dont un morceau évoquant Beirut, avec une meilleure qualité d’enregistrement (Festival de Bath 3 Mai 1992) et le quartet Thompson Dunmall Roberts Etheridge. Si le phrasé d’Etheridge improvisateur se réfère en partie l’expérience du jazz rock, le travail du ou des guitaristes est imprégné au niveau du son global du groupe est entièrement jazz avec une efficace fluidité rythmique plus proche des pianistes comme Mc Coy Tyner ou l’école Bill Evans. D’ailleurs, on entend clairement l’évolution spiralée plus raffinée de John Etheridge entre le Disc 1 de 1989 avec Gary Boyle et le Disc 2 de 1992. Aussi Roberts en connaît un rayon question sax ténor, il a écouté Wayne, mais aussi Sonny Rollins, ce qui est normal car le saxophoniste Tubby Hayes avec qui Danny a souvent joué, a laissé une influence et une forte impression sur de nombreux souffleurs. Quand à Dunmall, il en profite pour développer son talent au sax soprano avec une superbe agilité, une puissance étonnante et de belles idées mélodiques tout en forçant le trait avec une véritable rage de jouer. Le contrebassiste excelle à faire tnir tout l'édifice ensemble en jouant épuré de manière à libérer l'essence de la musique dans une énergie excemment équilibrée.
Le Disc 3 est un peu spécial grâce à la A38 Suite enregistrée à Exeter le 2 juin 1993 par le quintet de Whatever : avec l’équipe Thompson-Roberts-Dunmall à laquelle s’est ajoutée le guitariste Dylan Fowler, qui joue aussi de l’hautbois, et le violoniste Peter Knight qui fut membre du groupe folk rock Steeleye Span ainsi que du Moiré Drum Orchestra de Trevor Watts. Peter a même enregistré un duo de free libre avec Trevor Watts pour le micro-label Hi4Head. Cette suite a été composée par Tony Roberts en hommage à la route qui traverse le sud ouest de l’Angleterre depuis le sud des Cornouailles en direction du centre nord de l’Angleterre en traversant Exeter, Bristol, Gloucester jusque dans le Comté de Nottingham dans les Midlands. Une partie du tronçon a été supplantée par l’autoroute M5. Cette route représentait pour beaucoup d’Anglais la route des vacances vers le Devon et les Cornouailles depuis le nord industriel. On voyage ici dans la mémoire des musiques traditionnelles Britanniques : les compositions de Tony Roberts sollicitent les pas de danses traditionnelles historiques ou imaginaires aidé en cela par la présence du violoniste Peter Knight croisant sa sonorité avec les pipes et le saxophone soprano et le jeu d’accords biaisés de Dylan Fowler, la contrebasse de Thompson jouant subtilement le rôle de contrepoids, les improvisations du violon ou d’un souffleur se succèdent brièvement alors que le thème se met à tournoyer irrégulièrement en discontinuant adroitement. Il y a musique folk et musique folk, mais de la musique folk de ce tonneau passe très bien entre un disque de Trane, un autre de musique grecque de villages (j’en ai de précieuses anthologies en vinyle) : on est ici chaleureusement gâté par une musique à la fois grave, enjouée, imbriquant un éventail de contrepoints, de mélodies, de contrechants et d’enrichissements thématiques qui finissent par renouveler la trame du morceau. Mon avis , bon nombre de jazzmen contemporains actifs ces dernières quarante années et qui courent les bons cachets pourraient en prendre de la graine. Il y a là pour un groupe qui se réclame d’une esthétique Whatever entre folk et jazz, une attitude de « sérieux » qui refuse la facilité et illustre avant tout une ambition purement musicale. Le Groupe US Oregon a longtemps été une référence importante dans ce croisement jazz et musiques folk et « du monde » et a parié sur un échantillonnage brillant des inspirations et des approches d’un morceau à l’autre sans doute par souci d’efficacité.
La collaboration étroite des musiciens de Whatever mise essentiellement sur un son de groupe qui étend son éventail de formes, de rythmes, de possibilités instrumentales d’un seul tenant en créant une identité multiforme qui évolue sur la durée d’un concert avec une complexité modale dont le fil et toutes ses variations semble se dévider presqu’à l’infini mettant chaque instrument en valeur de manière égale, chacun des musiciens jouant la voix lead à tour de rôle, en servant la mélodie ou l’improvisation subséquente la plus adéquate à son instrument. Mention particulière pour Steve Knight aussi « joli » que fantaisiste. Les pipes de Roberts et de Dunmall mêlant leurs couleurs particulières qui se font l’écho de la musique jouée auparavant tout en évoquant une volière qui elle donne naissance à un magnifique morceau polyphonique et dansant qui tourne sur lui-même en déclinant de subtiles variations sur une rythmique complexe et des accords de guitare décalés. Et le contrebassiste qui fait ici rarement un solo, est tout aussi discret que d’une sûreté absolue, soulevant le son du groupe de terre. Toute cette A 38 est une solide pièce de musique dans lequel les improvisateurs Fowler à la guitare, Knight au violon et les deux souffleurs rivalisent d’originalité tout en donnant une leçon de jazz créatif. Point besoin de batterie, la collusion des musiciens font que les contrepoints, l'art du tuilage et les improvisations swinguent et balancent en roue libre… Un étonnant coffret que j’ai pu agripper avant qu’il ne soit sold-out comme le triple cd que Jazz In Britain a consacré à Mujician, soit le quartet de Keith Tippett, Paul Dunmall, Paul Rogers et Tony Levin. Il y a de belles choses à suivre chez Jazz In Britain et à défaut d'avoir pu mettre la main sur Mujician, j'ai pensé que ce Wahtever On the Road de Danny Thompson est une belle matière à réflexion. C'est sans doute suite à cette expérience que le duo des Paul Dunmall et Rogers ont initié leur duo "Folks" basé qur ces musiques traditionnelles britanniques.