Yumiko Tanaka & Roger Turner at OTOOTO OTOOTO0010-202601 CD
Pas encore de lien audio disponible ! Mais voici les rectos et versos de la pochette du CD at OTOOTO publié par le label du même nom
En effet, sa parution toute récente ne figure pas sur le compte bandcamp du label japonais OTOOTO, lui-même lié à un lieu de concerts expérimental et free music à Higashikitazawa, Tokyo : https://oto-oto.bandcamp.com/ Parmi les artistes publiés : Tetuzi Akiyama et Otomo Yoshihide. Dommage, parce que souvent avec le percussionniste Roger Turner, on a très souvent affaire à de magnifiques surprises assez à l’écart du mainstream des improvisateurs « importants ».
Nombre de ses enregistrements récents ont été enregistrés au Japon avec des artistes du cru, parfois peu connus ou dans une rencontre aussi disparate que celle de . Yumiko Tanaka est une instrumentiste spécialisée dans les instruments traditionnels japonais et est une artiste universellement reconnue pour son travail artistique qu'universitaire dans la recherche instrumentale et historique de la tradition japonaise. Elle est créditée gidayū shamisen et electric taishōgoto. Le shamisen est un instrument à cordes type luth à long manche à quatre cordes et touche lisse avec une petite caisse de résonance plus ou moins carrée, emblématique de la musique traditionnelle Japonaise. Il est utilisé pour accompagner les chanteurs/teuses ou les flûtistes. Le taishōgoto est une sorte de cithare « koto » à touches, actionnées comme un clavier et disposée dans un boîtier rectangulaire en bois disposée à même le sol. Curieusement cet instrument a été adopté dans la musique traditionnelle baloutche sous le nom de benjo. Son approche est à la fois délicate, décalée, aérienne avec un sens du timing impressionnant où l'intervalle de silence entre chaque pincée de corde et sa résonance est dosé et mesuré avec une infaillible précision tout aussi expressive que la vibration de l'air dans la nature ou un jardin japonais traditionnel
Roger Turner figure parmi les percussionnistes improvisateurs de premier ordre comme Paul Lovens ou Steve Noble. Après une longue carrière commencée dans les années septante, il ne se résout pas jouer les utilités avec ses collègues les plus demandés et cherche avant tout à se produire en créant la surprise dans des collaborations souvent atypiques en se concentrant sur l’expressivité insoupçonnée de la pure percussion intensément imaginative. Yumiko Tanaka ne correspond pas tout à fait à l’image qu’on se fait d’une improvisatrice radicale même si son jeu est situé hors du temps en pleine poésie. Je l’entends au début du disque jouant d’un instrument de percussion durant le premier morceau ou finissant le deuxième avec un curieux instrument à vent. Les deux artistes créent une continuelle et curieuse interaction communicative tout en restant chacun dans leur univers. Roger manie aussi volontiers des traits épurés frappant, grattant et frottant la surface de ses instruments tout en décomposant avec une extraordinaire précision la gestuelle du percussionniste en créant des variations expressives.Chaque frappe se distingue de la précédente avec sa propre dynamique, l'expressivité de chaque son contient sa propre identité. Les vibrations des cymbales sont aussi sa marque de fabrique. Ses enchaînements de frappes évoluent à chaque instant en invoquant les rythmes et pulsations. Il fait aussi vibrer des sonorités métalliques par toutes sortes de moyens parmi les moins évidents à retracer. C’est un véritable obsédé des rythmes capable de coordonner des actions sonores les plus variées et surprenantes et des résonances qui sont parfois très éloignées les unes des autres alors que sa collègue divague parmi des cordes pincées délirantes, une jeu à l'apparence erratique délicieusement décalé. Cette musique fortement atypique nous mène dans un univers onirique, parmi des improvisations de la dernière chance à l’abri des codes usités dans l’avant-garde. Une communion instantanée à la fois zen et enfiévrée.
Where the stars Jason Kahn Phil Durrant Mark Wastell Caius Williams Editions label - Editions 022 CD
https://jasonkahn.bandcamp.com/album/where-the-stars
Le percussionniste et spécialiste des field recordings etc…, Jason Kahn s’exprime ici avec sa voix acoustique « transformée » , Phil Durrant avec des objets amplifiés et de l’électronique et Mark Wastell à la percussion. Chacun de ces trois improvisateurs ont mis un jour de côté leurs instruments initiaux pour un autre médium. Phil Durrant jouait du violon et s’est mis à la mandoline et au mandocello, il y a plusieurs années. Quant à Mark Wastell, il joue toujours du violoncelle et avait aussi adopté la contrebasse et l’électronique. Aujourd’hui, ils’affirme comme percussionniste. Le contrebassiste Caius Williams s’est joint à eux. Where the Stars documente une belle démarche introspective dans un univers sonore diffus, ramifié à l’extrême, bruissant, chaque musicien adoptant une démarche précise et focalisée pour s’amalgamer avec fluidité dans des entrelacs infinis entre le textural, le pointillisme, la grisaille iridescente, le vibratile et une dose de mystère. Comme si des philosophes de l’impossible tentaient de ressusciter l’improvisation libre radicale dans une dimension plus ouverte en faisant abstraction des ismes. Jason Kahn joue des propriétés sonores de la bouche, des lèvres, des joues, de la langue, du gosier, des cordes vocales inspirant, soufflant, susurrant, gargouillant discrètement et se fait entendre entre les frottements de la contrebasse et les bruitages curieux des objets amplifiés, alors que Mark Wastell se fait entendre clairement et distinctement en faisant tinter ses cymbales et accessoires métalliques en frôlant les peaux de ses deux ou trois tambours et scintiller la surface grattée de ces cymbales. Un filet d’air et un souffle subtilement dosé suffit à Jason pour faire frétiller et gargouiller des bruits légèrement dans son espace buccal comme si c’était une machine à sons discrète ou percuter des coups de langue. Le contrebassiste intervient dans les espaces comme un fantôme. Et que dire de Phil Durrant quand il manipule des objets métalliques dont un curieux ressort oblong à proximité d’un microcontact tout en altérant ou augmentant la résonnance métallique affirmant une dimension presque microtonale. Il spatialise aussi des oscillations électroniques avec une magnifique précision Le quartet prend tout son temps pour faire entendre des fragiles rhizomes. L’objétisation de la voix et des organes vocaux / buccaux est tout à fait efficiente au sein de cette musique qu’on qualifierait d’abstraite. Le vocaliste Jason Kahn a mis au point la solution optimale pour agencer les registres de sa voix à ceux de ses collègues, légitimant sa démarche, une voie difficile qu’il agrémente avec une belle extension de ses possibilités sans jamais déraper, partageant intimement la sensibilité de ses collègues. Mark Wastell introduit le concept de sonnailles, celle des troupeaux d’alpages. Mais aussi, crée un momentum imprévisible en faisant crier un ou des gongs avec un intense frottement d’archet qui éclate comme un orage solaire, brisant la quiétude de la musique, l’instant nécessaire… Si l’oreille est happée par la richesse sonore, le cerveau n’arrive plus à décompter ces sublimes métamorphoses des interactions sonores ou de leur étagement, étant toutes clairement audibles les unes par rapport aux autres tout en s’affirmant comme un tout homogène, cohérent … et subtilement différencié par plusieurs niveaux d’écoute et d’intensités. Je dois dire, qu’ici, la qualité de l’improvisation libre est au sommet, sans étalage « virtuose » mais d’un créativité sonore sublimement contrôlée autant que visiblement spontanée. Un super album fait de pièces bien distinctes qui enrichissent le fil de l’écoute !
Nunatak Ernesto Rodrigues Chris Jonas Irene Aranda, Guilherme Rodrigues Kriton Beyer Creative Sources CS CD
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/nunatak
Quintet assez hard dans l’univers des Rodrigues père et fils ( Guilherme cello et Ernesto viola + crackle box) en compagnie du souffleur lunaire Chris Jonas (sax soprano), de la pianiste Irene Aranda fourrant des objets parmi les cordes de son instrument et de Kriton Beyer au daxophone, l’instrument créé par Hans Reichel qu’il transforme en objet sonore bruitiste. J’aime à la fois l’emportement collectif du quintet que les interventions individuelles précises qui se croisent hardiment dans des registres et des dynamiques diversifiées ou même contradictoires. Celles-ci sont le sel des échanges interactifs qui veillent systématiquement à courir plusieurs lièvres à la fois avec brio, un certain activisme ludique intense qui s’imbrique adroitement jusque dans de magnifiques dérapages assez fous. Un praticien de l’improvisation qui aimait autre fois les théories avait avancé il y a longtemps le « concept » de musique heuristique. On y est. Ernesto m’a fait un clin d’œil pour cette nouvelle production Creative Sources. Il a bien raison …. Ce Nunatak en trois parties est en fait une toute nouvelle occurrence dans l’odyssée Créative Sources/ E&G Rodrigues et cie qui ne ressemble à rien à ce que j’ai déjà écouté parmi leur production exponentielle. Il y a d’ailleurs des passages du coq à l’âne qui valent leur pesant de canard… ça canarde parfois allègrement . Absolument fantastique, surtout si vous connaissez mal toute l’étendue des possibilités et des enregistrements de free – music « totalement » libre.
New Traces Alex Frangenheim & Stefan Keune scatter archives digital
https://scatterarchive.bandcamp.com/album/new-traces
Splendide duo entre le contrebassiste Alexander Frangenheim & le saxophoniste Stefan Keune, un spécialiste des sax sopranino, soprano, alto et ténor qui parvient à maîtriser son style très particulier, explosif, pointilliste, fragmenté à outrance par de multiples coups de langue sur le bord de l’anche, doigtés croisés, atonal en diable projetant des interjections vitrioliques vocalisées ou des harmoniques happées au vol, très physique et d’une extraordinaire subtilité/ fluidité dans l’utilisation de techniques alternatives. Tout cela fait de lui un des plus dignes héritiers originaux de la mouvance Evan Parker où ont convergé Urs Leimgruber, Michel Doneda, Mats Gustafsson, John Butcher et Harri Sjöström… Alex Frangenheim se définit comme un véritable sculpteur des vibrations, sonorités, textures, harmoniques, et dérapages de fréquences des quatre cordes de la touche et du corps de la contrebasse sous la pression de l’archet dans de multiples intensités, dynamiques, actions virevoltantes avec la vitesse de l’éclair. Il faut noter leur cousinage à travers de personnalités essentielles parmi les pionniers de l’improvisation libre radicale (collective) qui ont pointé le nez aux débuts des années soixante. Stefan a été révélé en compagnie du guitariste John Russell, lequel était un proche de Paul Lovens et du tromboniste Günter Christmann dont Alexander Frangenheim est devenu le contrebassiste le plus proche, co-éditant les CD’s Edition Explico de Günter en joint venture avec son propre label Concepts of Doing. Récemment encore, Alex a enregistré avec Roger Turner qui a lui-même travaillé et enregistré avec John Russell. Ce qui est formidable dans ce duo réside dans le fait que chacun joue à fond dans ses propres registres, l’un dans les cordes frottées et l’autre dans la fragmentation obsessive de la colonne d’air. Une forme de contraste dans l’hyper activité ludique qui à certains points précis s’évanouit dans une complicité instantanée et fugitive qui laisse transparaître une écoute profonde. Deux improvisateurs de cette qualité se bonifient intensément dans leur face à face : ils jouent tellement bien, jonglant avec les sons inouïs, que c’est un plaisir à jouïr de leur coexistence, de leurs passages dialogués et de leur soudaine fuite en avant, sauts de côté ou convergences imaginatives. Des idées fusent, des bruitages surgissent un moment, des chocs réveillent l’auditeur. Toutes les manières d’agripper les cordes de la contrebasse sont sollicitées autant que les variations de l’air comprimé dans le tube. D’une oreille éloignée, on a peut être le sentiment que cette musique ultra-volatile a une apparence statique, parce qu’apparemment de nombreux sons semblent se répéter inlassablement. Mais c’est comme un feu alimenté par des brindilles, des fragments de branches, d’écorces, de copeaux de bûches ou de rondins tailladés…. Et ces flammes s’entortillent, spiralent à outrance miroitant un arc-en-ciel. Une oreille aiguisée et une imagination auditive fertile sera inévitablement happée par le flux haletant et sans fin par leurs onze échanges électrisés.
Consacré aux musiques improvisées (libre, radicale,totale, free-jazz), aux productions d'enregistrements indépendants, aux idées et idéaux qui s'inscrivent dans la pratique vivante de ces musiques à l'écart des idéologies. Orynx est le 1er album de voix solo de J-M Van Schouwburg (1996 - 2005). https://orynx.bandcamp.com Below new album of Larry Stabbins due to be issued soon !!
19 octobre 2026
1 octobre 2026
The Remote Viewers : Steve Beresford John Edwards Adrian Northover David Petts/Matthew Shipp et William Parker/ Marteau Rouge Jean-François Pauvros Jean-Marc Foussat Makoto Sato Daunik Lazro/ Sam Childs & Evan Palmer
The Remote Viewers winter library vol 1 Steve Beresford John Edwards Adrian Northover David Petts. RV 24
https://www.theremoteviewers.com/
Les saxophonistes David Petts et Adrian Northover repectivement ténor et soprano courbé sont le noyau de base des The Remote Viewers, un groupe intrigant qui a publié plusieurs albums pour Leo Records avec la saxophoniste chanteuse Louise Petts. Depuis plusieurs années, ils opèrent en trio avec le contrebassiste John Edwards avec qui ils formaient il y a une trentaine d’années B-Shops for the Poor. À ce duo ou trio dont le répertoire est composé par David Petts se sont ajoutés plusieurs musiciens et musiciennes comme Mark Sanders, Sue Lynch ou Caroline Kraabel, spécialement sur leur propre label RV. Curieusement pour leur xième et dernier album (la référence est RV 24) ils se sont adjoints le pianiste Steve Beresford ici seulement aux objects and toys. Il faut dire que Steve comme tous les improvisateurs londoniens aiment à jouer dans tous les lieux dédiés à cette musique improvisée à Londres, lesquels n’ont pas toujours de piano. Il a développé une activité musicale aux moyens d’objets, de jouets et d’instruments électroniques low-fi qu’il manipule dans une perspective bruitiste et anarchiste. Même s’ils peuvent divaguer dans l’expérimentation, la musique des Remote Viewers composée par David Petts est précise, thématique, anguleuse, un peu minimaliste et inspirée de loin par Thelonious Monk ou Steve Lacy avec une dimension contemporaine et de remarquables voicings aux saxophones ténor et soprano parsemés d’écarts libertaires librement improvisés par les deux souffleurs et le contrebassiste. Leur univers est ici corrodé et effrité par l’activité sonore marginale bruissante et crépitante de Steve Beresford. Je pense l’entendre aussi jouer du flageolet (?!) ou faire siffler avantageusement un accessoire ou un jouet élctroniquou encore grincer une ficelle autour d’un instrument sonore en bois…. Il y a un côté nostalgique dans cette espèce de swing moderniste aux rythmes décalés et étranges ostinatos en boucle aux riffs faussement répétitifs,… ces apartés free hors du tempo bancal d’une ritournelle ébréchée. C’est très plaisant et tout à fait à l’écart des tendances du jazz contemporain, séduisant et original. La présence charnelle et volontaire de John Edwards à la contrebasse ajoute du piment avec ses incartades sur la touche, frictions des cordes, doigts recroquevillés et intensément agrippés aux cordes assourdies dans un art « boisé » qui révèle toute une face cachée de son gros violon. Enregistré dans la Christchurch de Blackfriars près des quais sud de la Tamise le 21-12-25 ces winter library sont numérotées 1-14-5-7-20 avec des durées de 10’04’’, 4’01’’, 11’38’’, 7’49’’, 7’34’’. Adorable !
Matthew Shipp et William Parker A Whole System Tao Forms TAO 22
https://taoforms.bandcamp.com/
Cette paire piano – contrebasse incontournable du jazz contemporain « free » se trouve au centre d’une constellation qui relie des artistes de première grandeur comme feu David S Ware, Mat Maneri, Ivo Perelman, Daniel Carter, Whit Dickey et Gerald Cleaver etc…. Et pourtant s’ils jouent si souvent ensemble en parfaite entente, leur personnalités musicales respectives sont bien distinctes. Comme l’indique le titre, la musique du pianiste Matthew Shipp se base sur un système entier complexe au niveau harmonique et rythmique issu du piano jazz et de la musique moderniste du XXème siècle. Il est l’élève de Dennis Sandole, le professeur de Coltrane, un as de la théorie musicale créative. Comme pianiste créatif, Shipp insère son parcours musical dans une filiation de musiciens compositeurs qu’il décrit comme étant la Black Mystery School : celle des outsiders comme Thelonious Monk, Herbie Nicols, Randy Weston, Mal Waldron, Cecil Taylor, Jaki Byard, Lennie Tristano et Sal Mosca. Sa musique développe une dimension architecturale, faite de multiples perspectives, d’enjambées arquées, de voûtes audacieuses, se balançant dans l’espace, tournoyant sur elles mêmes ou s’échelonnant dans des dimensions métamorphosées par un sens du mouvement perpétuel, rotatoire… A Whole System! Il y a là une démarche savante et intellectuelle profonde qui a l’art de s’échapper à certains moments dans le tourbillon de l’improvisation par une accumulation de croisements d’accords, de voicings, de doigtés sautillants dont les cadences et pulsations oscillent au fil des centièmes de secondes. Les battements rhytmiques des marteaux font tinter les câbles métalliques tendus dans la caisse de résonnance et la mécanique du grand piano alors que la démarche de William Parker fait vibrer le bois de son grand violon comme si c’étaient les profondes racines et les branches dressées vers le ciel d’un grand arbre d’Afrique de l’ouest. C’est d’ailleurs la photo d’un tel arbre qui figure sur la pochette du premier album de William Parker, Through Acceptance of the Mistery Peace (Centering 1980). Aussi, William a beaucoup joué (et enregistré) avec Cecil Taylor dont les compositions complexes ont la forme d’une arborescence… Dans son jeu à l’archet, on entend se tordre les lianes, gémir les branches, chanter la texture boisée, le son enfler comme la sève abondante fait gonfler l’écorce…. Son approche dans l’improvisation face au piano est intensément organique, boisée, vivante, truffée d’harmoniques et de glissandi ligneux qui font chanter la matière sous toutes ses colorations. Un véritable poète des sonorités à la diction irrégulière, la gestuelle terrienne… un musicien lyrique qui fonctionne au feeling et à l’amitié éperdue pour le talent de l’autre. Visuellement, ces deux-là semblent être aussi dissemblables que possibles, mais c’est pas seulement l’empathie qui fait que ce duo fonctionne comme les cinq doigts de la main et les vibrations du cœur, c’est leur coexistence créative qui font que ce qui rationnellement semble un contraste très marqué, forme un entité qui projette les qualités de chacun d’eux en les renforçant au point d’en consacrer l’évidence, la lumière et l’ombre. Une qualité très rare dans un duo, même s'ils vos diront qu'ls ne font que leur job. William Parker joue en toute indépendance créant un flux de sons et de vibrations très personnels comme s’il ne s’arrimait pas aux formes, aux ostinatos, aux angles et aux dimensions de l’architecture du pianiste. Mais on entend leur écoute mutuelle par les accents, des tonalités fugaces, des détails à peine perceptibles. Les vrilles, glissades et pizzicatis expressifs di contrebassiste entoure les phases de jeu de Matthew Shipp de sortilèges qui font sublimer notre perception du travail dense et des danses étonnamment chaloupées et parfois cascadantes du pianiste. Ces deux artistes s’éclairent mutuellement d’un jour particulier et vont bien au-delà de la connivence. De la magie ! Je vous passe le menu de chacune des six compositions admirablement construites et livrées avec une réelle dose de spontanéité à leurs instants cruciaux, si ce n’est que leur succession dans la durée à l’allure d’une magnifique suite, d’un cheminement vers l’infini.
Marteau Rouge : Jean-François Pauvros Jean-Marc Foussat Makoto Sato Daunik Lazro FOU Records FR-CD 70
https://fourecords.com/FR-CD70.htm
Marteau Rouge est au départ, je crois, un groupe réunissant le guitariste électrique – noise Jean-François Pauvros, Jean-Marc Foussat au synthé AKS (vintage !) + voix et jouets, le batteur Makoto Sato. Au fil du temps, Marteau Rouge s’est adjoint rien moins que Keiji Haino (Concert à Luz 2009 FR-CD 45) et Evan Parker (Gift / FR-CD 51 et Marteau Rouge /In Situ). Les voici avec leur camarade Daunik Lazro au sax ténor avec des morceaux plus courts et une démarche (tout à fait librement improvisée) moins intense au niveau décibels et foisonnement volcanique » que sur les albums précités, mais avec l’avantage d’une excellente lisibilité. Daunik Lazro fut une légende du sax alto free incandescent, tranchant et allumé durant les années 70 et 80 ; puis passé au baryton dans un autre registre tout aussi original, il est devenu comme on l’entend ici un vrai poète du sax ténor à la fois intensément lyrique par moments ou frictionnant la colonne d’air pour faire vibrer sa vocalité cachée entre les notes avec chouintements, gargouilles et harmoniques colorées. Un vrai sax ténor « free-improvisation » authentique. On appréciera le travail subtil et économe en déséquilibre permanent du batteur Makoto Sato (un vrai drummer free et aussi poète que Daunik). Les deux phénomènes des vibrations électroïdes et aspérités noise, Pauvros et Foussat s’emballent à tour de rôle ou attendent leur tour pour placer des sonorités folles, hullulantes pour l’un ou déchirantes pour l’autre. Ces quatre là ont la faculté de perpétrer des changements de décors impromptus, de divaguer un instant pour ensuite divulguer un message éclairant, ou changer de cap avec sagacité. La désorganisation instantanée autant que l'esprit d'équipe et le sens du relais d'une lubie à l'autre. Aussi, la voix du souffle de Daunik enrichit la performance par des narratifs, alors que le trio en cadre spontanément la folle architecture et le parcours aux apparences accidentées et aléatoires … Même si chacun des albums de Marteau Rouge ne doit pas être comparés l’un à l’autre, j’avoue que j’aime (beaucoup) ce dernier opus avec Daunik Lazro autant que les autres avec Haino ou Parker.
b>Sam Childs & Evan Palmer SamChilds & Evan Palmer auto production.
https://evanpalmer.bandcamp.com/album/sam-childs-and-evan-palmer
Un bien séduisant duo saxophone ténor et soprano (Sam Childs) et contrebasse (Evan Palmer) librement improvisé et lyriquement free. Evan Palmer joue avec ces cinq doigts de la main droite en faisant vibrer la tension des cordes tout en les percutant sur la touche tout en doublant ou triplant le tempo avec autant de puissance et de nuances avec de magnifiques effets expressifs ludiques en constante rotation. Son collègue souffle en tordant le son, canardant avec le bec sous pression, ou soufflant à peine en déconstruisant adroitement son jeu. Il y a là une belle invention, une forme de tendresse, des volutes mordantes et toute une panoplie d’approches à la contrebasse en s’accordant intérieurement aux moods du moment. Au fil des minutes, la finesse et la qualité du dialogue se renforce et l’identité de leur rencontre se dévoile comme dans ce deuxième morceau où intervient le sax soprano qui picore comme un curieux volatile. Il essaie vraiment avec audace, ce Sam Childs en complete communion sauvage avec Evan Palmer qui percute sa contrebasse comme un dératé et manie l’archet comme un grand. En fait, il y a là de multiples aspects du jeu créatif de la contrebasse qui représente une belle somme des possibilités de l’instrument. Cette free-music de haut tonnage se partage entre rage déconstruite et invention mélodique libertaire. Elle mérite d’être entendue pour le plaisir sensitif tant que pour son emportement communicatif (le sax ténor expressionniste et subtil de Childs y est pour quelque chose). Un excellent duo orienté vers la recherche de sons, de formes multiples et d’articulations expressives et sensuelles qui évoluent dans l’instant sans se rejouer. Un album à parcourir à plusieurs reprises pour en découvrir les recoins et les enchaînements de leurs belles improvisations.
https://www.theremoteviewers.com/
Les saxophonistes David Petts et Adrian Northover repectivement ténor et soprano courbé sont le noyau de base des The Remote Viewers, un groupe intrigant qui a publié plusieurs albums pour Leo Records avec la saxophoniste chanteuse Louise Petts. Depuis plusieurs années, ils opèrent en trio avec le contrebassiste John Edwards avec qui ils formaient il y a une trentaine d’années B-Shops for the Poor. À ce duo ou trio dont le répertoire est composé par David Petts se sont ajoutés plusieurs musiciens et musiciennes comme Mark Sanders, Sue Lynch ou Caroline Kraabel, spécialement sur leur propre label RV. Curieusement pour leur xième et dernier album (la référence est RV 24) ils se sont adjoints le pianiste Steve Beresford ici seulement aux objects and toys. Il faut dire que Steve comme tous les improvisateurs londoniens aiment à jouer dans tous les lieux dédiés à cette musique improvisée à Londres, lesquels n’ont pas toujours de piano. Il a développé une activité musicale aux moyens d’objets, de jouets et d’instruments électroniques low-fi qu’il manipule dans une perspective bruitiste et anarchiste. Même s’ils peuvent divaguer dans l’expérimentation, la musique des Remote Viewers composée par David Petts est précise, thématique, anguleuse, un peu minimaliste et inspirée de loin par Thelonious Monk ou Steve Lacy avec une dimension contemporaine et de remarquables voicings aux saxophones ténor et soprano parsemés d’écarts libertaires librement improvisés par les deux souffleurs et le contrebassiste. Leur univers est ici corrodé et effrité par l’activité sonore marginale bruissante et crépitante de Steve Beresford. Je pense l’entendre aussi jouer du flageolet (?!) ou faire siffler avantageusement un accessoire ou un jouet élctroniquou encore grincer une ficelle autour d’un instrument sonore en bois…. Il y a un côté nostalgique dans cette espèce de swing moderniste aux rythmes décalés et étranges ostinatos en boucle aux riffs faussement répétitifs,… ces apartés free hors du tempo bancal d’une ritournelle ébréchée. C’est très plaisant et tout à fait à l’écart des tendances du jazz contemporain, séduisant et original. La présence charnelle et volontaire de John Edwards à la contrebasse ajoute du piment avec ses incartades sur la touche, frictions des cordes, doigts recroquevillés et intensément agrippés aux cordes assourdies dans un art « boisé » qui révèle toute une face cachée de son gros violon. Enregistré dans la Christchurch de Blackfriars près des quais sud de la Tamise le 21-12-25 ces winter library sont numérotées 1-14-5-7-20 avec des durées de 10’04’’, 4’01’’, 11’38’’, 7’49’’, 7’34’’. Adorable !
Matthew Shipp et William Parker A Whole System Tao Forms TAO 22
https://taoforms.bandcamp.com/
Cette paire piano – contrebasse incontournable du jazz contemporain « free » se trouve au centre d’une constellation qui relie des artistes de première grandeur comme feu David S Ware, Mat Maneri, Ivo Perelman, Daniel Carter, Whit Dickey et Gerald Cleaver etc…. Et pourtant s’ils jouent si souvent ensemble en parfaite entente, leur personnalités musicales respectives sont bien distinctes. Comme l’indique le titre, la musique du pianiste Matthew Shipp se base sur un système entier complexe au niveau harmonique et rythmique issu du piano jazz et de la musique moderniste du XXème siècle. Il est l’élève de Dennis Sandole, le professeur de Coltrane, un as de la théorie musicale créative. Comme pianiste créatif, Shipp insère son parcours musical dans une filiation de musiciens compositeurs qu’il décrit comme étant la Black Mystery School : celle des outsiders comme Thelonious Monk, Herbie Nicols, Randy Weston, Mal Waldron, Cecil Taylor, Jaki Byard, Lennie Tristano et Sal Mosca. Sa musique développe une dimension architecturale, faite de multiples perspectives, d’enjambées arquées, de voûtes audacieuses, se balançant dans l’espace, tournoyant sur elles mêmes ou s’échelonnant dans des dimensions métamorphosées par un sens du mouvement perpétuel, rotatoire… A Whole System! Il y a là une démarche savante et intellectuelle profonde qui a l’art de s’échapper à certains moments dans le tourbillon de l’improvisation par une accumulation de croisements d’accords, de voicings, de doigtés sautillants dont les cadences et pulsations oscillent au fil des centièmes de secondes. Les battements rhytmiques des marteaux font tinter les câbles métalliques tendus dans la caisse de résonnance et la mécanique du grand piano alors que la démarche de William Parker fait vibrer le bois de son grand violon comme si c’étaient les profondes racines et les branches dressées vers le ciel d’un grand arbre d’Afrique de l’ouest. C’est d’ailleurs la photo d’un tel arbre qui figure sur la pochette du premier album de William Parker, Through Acceptance of the Mistery Peace (Centering 1980). Aussi, William a beaucoup joué (et enregistré) avec Cecil Taylor dont les compositions complexes ont la forme d’une arborescence… Dans son jeu à l’archet, on entend se tordre les lianes, gémir les branches, chanter la texture boisée, le son enfler comme la sève abondante fait gonfler l’écorce…. Son approche dans l’improvisation face au piano est intensément organique, boisée, vivante, truffée d’harmoniques et de glissandi ligneux qui font chanter la matière sous toutes ses colorations. Un véritable poète des sonorités à la diction irrégulière, la gestuelle terrienne… un musicien lyrique qui fonctionne au feeling et à l’amitié éperdue pour le talent de l’autre. Visuellement, ces deux-là semblent être aussi dissemblables que possibles, mais c’est pas seulement l’empathie qui fait que ce duo fonctionne comme les cinq doigts de la main et les vibrations du cœur, c’est leur coexistence créative qui font que ce qui rationnellement semble un contraste très marqué, forme un entité qui projette les qualités de chacun d’eux en les renforçant au point d’en consacrer l’évidence, la lumière et l’ombre. Une qualité très rare dans un duo, même s'ils vos diront qu'ls ne font que leur job. William Parker joue en toute indépendance créant un flux de sons et de vibrations très personnels comme s’il ne s’arrimait pas aux formes, aux ostinatos, aux angles et aux dimensions de l’architecture du pianiste. Mais on entend leur écoute mutuelle par les accents, des tonalités fugaces, des détails à peine perceptibles. Les vrilles, glissades et pizzicatis expressifs di contrebassiste entoure les phases de jeu de Matthew Shipp de sortilèges qui font sublimer notre perception du travail dense et des danses étonnamment chaloupées et parfois cascadantes du pianiste. Ces deux artistes s’éclairent mutuellement d’un jour particulier et vont bien au-delà de la connivence. De la magie ! Je vous passe le menu de chacune des six compositions admirablement construites et livrées avec une réelle dose de spontanéité à leurs instants cruciaux, si ce n’est que leur succession dans la durée à l’allure d’une magnifique suite, d’un cheminement vers l’infini.
Marteau Rouge : Jean-François Pauvros Jean-Marc Foussat Makoto Sato Daunik Lazro FOU Records FR-CD 70
https://fourecords.com/FR-CD70.htm
Marteau Rouge est au départ, je crois, un groupe réunissant le guitariste électrique – noise Jean-François Pauvros, Jean-Marc Foussat au synthé AKS (vintage !) + voix et jouets, le batteur Makoto Sato. Au fil du temps, Marteau Rouge s’est adjoint rien moins que Keiji Haino (Concert à Luz 2009 FR-CD 45) et Evan Parker (Gift / FR-CD 51 et Marteau Rouge /In Situ). Les voici avec leur camarade Daunik Lazro au sax ténor avec des morceaux plus courts et une démarche (tout à fait librement improvisée) moins intense au niveau décibels et foisonnement volcanique » que sur les albums précités, mais avec l’avantage d’une excellente lisibilité. Daunik Lazro fut une légende du sax alto free incandescent, tranchant et allumé durant les années 70 et 80 ; puis passé au baryton dans un autre registre tout aussi original, il est devenu comme on l’entend ici un vrai poète du sax ténor à la fois intensément lyrique par moments ou frictionnant la colonne d’air pour faire vibrer sa vocalité cachée entre les notes avec chouintements, gargouilles et harmoniques colorées. Un vrai sax ténor « free-improvisation » authentique. On appréciera le travail subtil et économe en déséquilibre permanent du batteur Makoto Sato (un vrai drummer free et aussi poète que Daunik). Les deux phénomènes des vibrations électroïdes et aspérités noise, Pauvros et Foussat s’emballent à tour de rôle ou attendent leur tour pour placer des sonorités folles, hullulantes pour l’un ou déchirantes pour l’autre. Ces quatre là ont la faculté de perpétrer des changements de décors impromptus, de divaguer un instant pour ensuite divulguer un message éclairant, ou changer de cap avec sagacité. La désorganisation instantanée autant que l'esprit d'équipe et le sens du relais d'une lubie à l'autre. Aussi, la voix du souffle de Daunik enrichit la performance par des narratifs, alors que le trio en cadre spontanément la folle architecture et le parcours aux apparences accidentées et aléatoires … Même si chacun des albums de Marteau Rouge ne doit pas être comparés l’un à l’autre, j’avoue que j’aime (beaucoup) ce dernier opus avec Daunik Lazro autant que les autres avec Haino ou Parker.
b>Sam Childs & Evan Palmer SamChilds & Evan Palmer auto production.
https://evanpalmer.bandcamp.com/album/sam-childs-and-evan-palmer
Un bien séduisant duo saxophone ténor et soprano (Sam Childs) et contrebasse (Evan Palmer) librement improvisé et lyriquement free. Evan Palmer joue avec ces cinq doigts de la main droite en faisant vibrer la tension des cordes tout en les percutant sur la touche tout en doublant ou triplant le tempo avec autant de puissance et de nuances avec de magnifiques effets expressifs ludiques en constante rotation. Son collègue souffle en tordant le son, canardant avec le bec sous pression, ou soufflant à peine en déconstruisant adroitement son jeu. Il y a là une belle invention, une forme de tendresse, des volutes mordantes et toute une panoplie d’approches à la contrebasse en s’accordant intérieurement aux moods du moment. Au fil des minutes, la finesse et la qualité du dialogue se renforce et l’identité de leur rencontre se dévoile comme dans ce deuxième morceau où intervient le sax soprano qui picore comme un curieux volatile. Il essaie vraiment avec audace, ce Sam Childs en complete communion sauvage avec Evan Palmer qui percute sa contrebasse comme un dératé et manie l’archet comme un grand. En fait, il y a là de multiples aspects du jeu créatif de la contrebasse qui représente une belle somme des possibilités de l’instrument. Cette free-music de haut tonnage se partage entre rage déconstruite et invention mélodique libertaire. Elle mérite d’être entendue pour le plaisir sensitif tant que pour son emportement communicatif (le sax ténor expressionniste et subtil de Childs y est pour quelque chose). Un excellent duo orienté vers la recherche de sons, de formes multiples et d’articulations expressives et sensuelles qui évoluent dans l’instant sans se rejouer. Un album à parcourir à plusieurs reprises pour en découvrir les recoins et les enchaînements de leurs belles improvisations.
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