The Remote Viewers winter library vol 1 Steve Beresford John Edwards Adrian Northover David Petts. RV 24
https://www.theremoteviewers.com/
Les saxophonistes David Petts et Adrian Northover repectivement ténor et soprano courbé sont le noyau de base des The Remote Viewers, un groupe intrigant qui a publié plusieurs albums pour Leo Records avec la saxophoniste chanteuse Louise Petts. Depuis plusieurs années, ils opèrent en trio avec le contrebassiste John Edwards avec qui ils formaient il y a une trentaine d’années B-Shops for the Poor. À ce duo ou trio dont le répertoire est composé par David Petts se sont ajoutés plusieurs musiciens et musiciennes comme Mark Sanders, Sue Lynch ou Caroline Kraabel, spécialement sur leur propre label RV. Curieusement pour leur xième et dernier album (la référence est RV 24) ils se sont adjoints le pianiste Steve Beresford ici seulement aux objects and toys. Il faut dire que Steve comme tous les improvisateurs londoniens aiment à jouer dans tous les lieux dédiés à cette musique improvisée à Londres, lesquels n’ont pas toujours de piano. Il a développé une activité musicale aux moyens d’objets, de jouets et d’instruments électroniques low-fi qu’il manipule dans une perspective bruitiste et anarchiste. Même s’ils peuvent divaguer dans l’expérimentation, la musique des Remote Viewers composée par David Petts est précise, thématique, anguleuse, un peu minimaliste et inspirée de loin par Thelonious Monk ou Steve Lacy avec une dimension contemporaine et de remarquables voicings aux saxophones ténor et soprano parsemés d’écarts libertaires librement improvisés par les deux souffleurs et le contrebassiste. Leur univers est ici corrodé et effrité par l’activité sonore marginale bruissante et crépitante de Steve Beresford. Je pense l’entendre aussi jouer du flageolet (?!) ou faire siffler avantageusement un accessoire ou un jouet élctroniquou encore grincer une ficelle autour d’un instrument sonore en bois…. Il y a un côté nostalgique dans cette espèce de swing moderniste aux rythmes décalés et étranges ostinatos en boucle aux riffs faussement répétitifs,… ces apartés free hors du tempo bancal d’une ritournelle ébréchée. C’est très plaisant et tout à fait à l’écart des tendances du jazz contemporain, séduisant et original. La présence charnelle et volontaire de John Edwards à la contrebasse ajoute du piment avec ses incartades sur la touche, frictions des cordes, doigts recroquevillés et intensément agrippés aux cordes assourdies dans un art « boisé » qui révèle toute une face cachée de son gros violon. Enregistré dans la Christchurch de Blackfriars près des quais sud de la Tamise le 21-12-25 ces winter library sont numérotées 1-14-5-7-20 avec des durées de 10’04’’, 4’01’’, 11’38’’, 7’49’’, 7’34’’. Adorable !
Matthew Shipp et William Parker A Whole System Tao Forms TAO 22
https://taoforms.bandcamp.com/
Cette paire piano – contrebasse incontournable du jazz contemporain « free » se trouve au centre d’une constellation qui relie des artistes de première grandeur comme feu David S Ware, Mat Maneri, Ivo Perelman, Daniel Carter, Whit Dickey et Gerald Cleaver etc…. Et pourtant s’ils jouent si souvent ensemble en parfaite entente, leur personnalités musicales respectives sont bien distinctes. Comme l’indique le titre, la musique du pianiste Matthew Shipp se base sur un système entier complexe au niveau harmonique et rythmique issu du piano jazz et de la musique moderniste du XXème siècle. Il est l’élève de Dennis Sandole, le professeur de Coltrane, un as de la théorie musicale créative. Comme pianiste créatif, Shipp insère son parcours musical dans une filiation de musiciens compositeurs qu’il décrit comme étant la Black Mystery School : celle des outsiders comme Thelonious Monk, Herbie Nicols, Randy Weston, Mal Waldron, Cecil Taylor, Jaki Byard, Lennie Tristano et Sal Mosca. Sa musique développe une dimension architecturale, faite de multiples perspectives, d’enjambées arquées, de voûtes audacieuses, se balançant dans l’espace, tournoyant sur elles mêmes ou s’échelonnant dans des dimensions métamorphosées par un sens du mouvement perpétuel, rotatoire… A Whole System! Il y a là une démarche savante et intellectuelle profonde qui a l’art de s’échapper à certains moments dans le tourbillon de l’improvisation par une accumulation de croisements d’accords, de voicings, de doigtés sautillants dont les cadences et pulsations oscillent au fil des centièmes de secondes. Les battements rhytmiques des marteaux font tinter les câbles métalliques tendus dans la caisse de résonnance et la mécanique du grand piano alors que la démarche de William Parker fait vibrer le bois de son grand violon comme si c’étaient les profondes racines et les branches dressées vers le ciel d’un grand arbre d’Afrique de l’ouest. C’est d’ailleurs la photo d’un tel arbre qui figure sur la pochette du premier album de William Parker, Through Acceptance of the Mistery Peace (Centering 1980). Aussi, William a beaucoup joué (et enregistré) avec Cecil Taylor dont les compositions complexes ont la forme d’une arborescence… Dans son jeu à l’archet, on entend se tordre les lianes, gémir les branches, chanter la texture boisée, le son enfler comme la sève abondante fait gonfler l’écorce…. Son approche dans l’improvisation face au piano est intensément organique, boisée, vivante, truffée d’harmoniques et de glissandi ligneux qui font chanter la matière sous toutes ses colorations. Un véritable poète des sonorités à la diction irrégulière, la gestuelle terrienne… un musicien lyrique qui fonctionne au feeling et à l’amitié éperdue pour le talent de l’autre. Visuellement, ces deux-là semblent être aussi dissemblables que possibles, mais c’est pas seulement l’empathie qui fait que ce duo fonctionne comme les cinq doigts de la main et les vibrations du cœur, c’est leur coexistence créative qui font que ce qui rationnellement semble un contraste très marqué, forme un entité qui projette les qualités de chacun d’eux en les renforçant au point d’en consacrer l’évidence, la lumière et l’ombre. Une qualité très rare dans un duo, même s'ils vos diront qu'ls ne font que leur job. William Parker joue en toute indépendance créant un flux de sons et de vibrations très personnels comme s’il ne s’arrimait pas aux formes, aux ostinatos, aux angles et aux dimensions de l’architecture du pianiste. Mais on entend leur écoute mutuelle par les accents, des tonalités fugaces, des détails à peine perceptibles. Les vrilles, glissades et pizzicatis expressifs di contrebassiste entoure les phases de jeu de Matthew Shipp de sortilèges qui font sublimer notre perception du travail dense et des danses étonnamment chaloupées et parfois cascadantes du pianiste. Ces deux artistes s’éclairent mutuellement d’un jour particulier et vont bien au-delà de la connivence. De la magie ! Je vous passe le menu de chacune des six compositions admirablement construites et livrées avec une réelle dose de spontanéité à leurs instants cruciaux, si ce n’est que leur succession dans la durée à l’allure d’une magnifique suite, d’un cheminement vers l’infini.
Marteau Rouge : Jean-François Pauvros Jean-Marc Foussat Makoto Sato Daunik Lazro FOU Records FR-CD 70
https://fourecords.com/FR-CD70.htm
Marteau Rouge est au départ, je crois, un groupe réunissant le guitariste électrique – noise Jean-François Pauvros, Jean-Marc Foussat au synthé AKS (vintage !) + voix et jouets, le batteur Makoto Sato. Au fil du temps, Marteau Rouge s’est adjoint rien moins que Keiji Haino (Concert à Luz 2009 FR-CD 45) et Evan Parker (Gift / FR-CD 51 et Marteau Rouge /In Situ). Les voici avec leur camarade Daunik Lazro au sax ténor avec des morceaux plus courts et une démarche (tout à fait librement improvisée) moins intense au niveau décibels et foisonnement volcanique » que sur les albums précités, mais avec l’avantage d’une excellente lisibilité. Daunik Lazro fut une légende du sax alto free incandescent, tranchant et allumé durant les années 70 et 80 ; puis passé au baryton dans un autre registre tout aussi original, il est devenu comme on l’entend ici un vrai poète du sax ténor à la fois intensément lyrique par moments ou frictionnant la colonne d’air pour faire vibrer sa vocalité cachée entre les notes avec chouintements, gargouilles et harmoniques colorées. Un vrai sax ténor « free-improvisation » authentique. On appréciera le travail subtil et économe en déséquilibre permanent du batteur Makoto Sato (un vrai drummer free et aussi poète que Daunik). Les deux phénomènes des vibrations électroïdes et aspérités noise, Pauvros et Foussat s’emballent à tour de rôle ou attendent leur tour pour placer des sonorités folles, hullulantes pour l’un ou déchirantes pour l’autre. Ces quatre là ont la faculté de perpétrer des changements de décors impromptus, de divaguer un instant pour ensuite divulguer un message éclairant, ou changer de cap avec sagacité. La désorganisation instantanée autant que l'esprit d'équipe et le sens du relais d'une lubie à l'autre. Aussi, la voix du souffle de Daunik enrichit la performance par des narratifs, alors que le trio en cadre spontanément la folle architecture et le parcours aux apparences accidentées et aléatoires … Même si chacun des albums de Marteau Rouge ne doit pas être comparés l’un à l’autre, j’avoue que j’aime (beaucoup) ce dernier opus avec Daunik Lazro autant que les autres avec Haino ou Parker.
b>Sam Childs & Evan Palmer SamChilds & Evan Palmer auto production.
https://evanpalmer.bandcamp.com/album/sam-childs-and-evan-palmer
Un bien séduisant duo saxophone ténor et soprano (Sam Childs) et contrebasse (Evan Palmer) librement improvisé et lyriquement free. Evan Palmer joue avec ces cinq doigts de la main droite en faisant vibrer la tension des cordes tout en les percutant sur la touche tout en doublant ou triplant le tempo avec autant de puissance et de nuances avec de magnifiques effets expressifs ludiques en constante rotation. Son collègue souffle en tordant le son, canardant avec le bec sous pression, ou soufflant à peine en déconstruisant adroitement son jeu. Il y a là une belle invention, une forme de tendresse, des volutes mordantes et toute une panoplie d’approches à la contrebasse en s’accordant intérieurement aux moods du moment. Au fil des minutes, la finesse et la qualité du dialogue se renforce et l’identité de leur rencontre se dévoile comme dans ce deuxième morceau où intervient le sax soprano qui picore comme un curieux volatile. Il essaie vraiment avec audace, ce Sam Childs en complete communion sauvage avec Evan Palmer qui percute sa contrebasse comme un dératé et manie l’archet comme un grand. En fait, il y a là de multiples aspects du jeu créatif de la contrebasse qui représente une belle somme des possibilités de l’instrument. Cette free-music de haut tonnage se partage entre rage déconstruite et invention mélodique libertaire. Elle mérite d’être entendue pour le plaisir sensitif tant que pour son emportement communicatif (le sax ténor expressionniste et subtil de Childs y est pour quelque chose). Un excellent duo orienté vers la recherche de sons, de formes multiples et d’articulations expressives et sensuelles qui évoluent dans l’instant sans se rejouer. Un album à parcourir à plusieurs reprises pour en découvrir les recoins et les enchaînements de leurs belles improvisations.
Consacré aux musiques improvisées (libre, radicale,totale, free-jazz), aux productions d'enregistrements indépendants, aux idées et idéaux qui s'inscrivent dans la pratique vivante de ces musiques à l'écart des idéologies. Orynx est le 1er album de voix solo de J-M Van Schouwburg (1996 - 2005). https://orynx.bandcamp.com Below new album of Larry Stabbins due to be issued soon !!
1 octobre 2026
The Remote Viewers : Steve Beresford John Edwards Adrian Northover David Petts/Matthew Shipp et William Parker/ Marteau Rouge Jean-François Pauvros Jean-Marc Foussat Makoto Sato Daunik Lazro/ Sam Childs & Evan Palmer
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Bonne lecture Good read ! don't hesitate to post commentaries and suggestions or interesting news to this......