Yumiko Tanaka & Roger Turner at OTOOTO OTOOTO0010-202601 CD
Malheureusement, je ne retrouve pas le lien audio de cet album même si cette collaboration est référencée sur des sites en japonais dont celui de Yumiko Tanaka, une artiste traditionnelle de la musique japonaise : https://www.yumikot.com/profile
https://www.instagram.com/p/DT5XsRlkUEU/
Dommage que je n’ai pas trouvé de lien audio ni pu extraire l'image du CD via un website!
Parce que souvent avec le percussionniste Roger Turner, on a très souvent affaire à de magnifiques surprises assez à l’écart du mainstream des improvisateurs « importants ».
Nombre de ses enregistrements récents ont été enregistrés au Japon avec des artistes du cru, souvent peu connus. Yumiko Tanaka est une instrumentiste spécialisée dans les instruments traditionnels japonais et est une artiste universellement reconnue. Elle est créditée gidayū shamisen et electric taishōgoto. Le shamisen est un instrument à cordes type luth à long manche à quatre cordes et touche lisse avec une petite caisse de résonance plus ou moins carrée, emblématique de la musique traditionnelle Japonaise. Il est utilisé pour accompagner les chanteurs/teuses ou les flûtistes. Le taishōgoto est une sorte de cithare « koto » à touches, actionnées comme un clavier et disposée dans un boîtier rectangulaire en bois disposée à même le sol. Curieusement cet instrument a été adopté dans la musique traditionnelle baloutche sous le nom de benjo.
Roger Turner figure parmi les percussionnistes improvisateurs de premier ordre comme Paul Lovens ou Steve Noble. Après une longue carrière commencée dans les années septante, il ne se résout pas jouer les utilités avec ses collègues les plus demandés et cherche avant tout à se produire en créant la surprise dans des collaborations souvent atypiques en se concentrant sur l’expressivité insoupçonnée de la pure percussion intensément imaginative. Yumiko Tanaka ne correspond pas tout à fait à l’image qu’on se fait d’une improvisatrice radicale même si son jeu est situé hors du temps en pleine poésie. Je l’entends au début du disque jouant d’un instrument de percussion durant le premier morceau ou finissant le deuxième avec un curieux instrument à vent. Les deux artistes créent une continuelle et curieuse interaction communicative tout en restant chacun dans leur univers. Roger manie aussi volontiers des traits épurés frappant, grattant et frottant la surface de ses instruments tout en décomposant avec une extraordinaire précision la gestuelle du percussionniste en créant des variations expressives.Chaque frappe se distingue de la précédente avec sa propre dynamique, l'expressivité de chaque son contient sa propre identité. Les vibrations des cymbales sont aussi sa marque de fabrique. Ses enchaînements de frappes évoluent à chaque instant en invoquant les rythmes et pulsations. Il fait aussi vibrer des sonorités métalliques par toutes sortes de moyens parmi les moins évidents à retracer. C’est un véritable obsédé des rythmes capable de coordonner des actions sonores les plus variées et surprenantes et des résonances qui sont parfois très éloignées les unes des autres alors que sa collègue divague parmi des cordes pincées délirantes, une jeu à l'apparence erratique délicieusement décalé. Cette musique fortement atypique nous mène dans un univers onirique, parmi des improvisations de la dernière chance à l’abri des codes usités dans l’avant-garde. Une communion instantanée à la fois zen et enfiévrée.
Where the stars Jason Kahn Phil Durrant Mark Wastell Caius Williams Editions label - Editions 022 CD
https://jasonkahn.bandcamp.com/album/where-the-stars
Le percussionniste et spécialiste des field recordings etc…, Jason Kahn s’exprime ici avec sa voix acoustique « transformée » , Phil Durrant avec des objets amplifiés et de l’électronique et Mark Wastell à la percussion. Chacun de ces trois improvisateurs ont mis un jour de côté leurs instruments initiaux pour un autre médium. Phil Durrant jouait du violon et s’est mis à la mandoline et au mandocello, il y a plusieurs années. Quant à Mark Wastell, il joue toujours du violoncelle et avait aussi adopté la contrebasse et l’électronique. Aujourd’hui, ils’affirme comme percussionniste. Le contrebassiste Caius Williams s’est joint à eux. Where the Stars documente une belle démarche introspective dans un univers sonore diffus, ramifié à l’extrême, bruissant, chaque musicien adoptant une démarche précise et focalisée pour s’amalgamer avec fluidité dans des entrelacs infinis entre le textural, le pointillisme, la grisaille iridescente, le vibratile et une dose de mystère. Comme si des philosophes de l’impossible tentaient de ressusciter l’improvisation libre radicale dans une dimension plus ouverte en faisant abstraction des ismes. Jason Kahn joue des propriétés sonores de la bouche, des lèvres, des joues, de la langue, du gosier, des cordes vocales inspirant, soufflant, susurrant, gargouillant discrètement et se fait entendre entre les frottements de la contrebasse et les bruitages curieux des objets amplifiés, alors que Mark Wastell se fait entendre clairement et distinctement en faisant tinter ses cymbales et accessoires métalliques en frôlant les peaux de ses deux ou trois tambours et scintiller la surface grattée de ces cymbales. Un filet d’air et un souffle subtilement dosé suffit à Jason pour faire frétiller et gargouiller des bruits légèrement dans son espace buccal comme si c’était une machine à sons discrète ou percuter des coups de langue. Le contrebassiste intervient dans les espaces comme un fantôme. Et que dire de Phil Durrant quand il manipule des objets métalliques dont un curieux ressort oblong à proximité d’un microcontact tout en altérant ou augmentant la résonnance métallique affirmant une dimension presque microtonale. Il spatialise aussi des oscillations électroniques avec une magnifique précision Le quartet prend tout son temps pour faire entendre des fragiles rhizomes. L’objétisation de la voix et des organes vocaux / buccaux est tout à fait efficiente au sein de cette musique qu’on qualifierait d’abstraite. Le vocaliste Jason Kahn a mis au point la solution optimale pour agencer les registres de sa voix à ceux de ses collègues, légitimant sa démarche, une voie difficile qu’il agrémente avec une belle extension de ses possibilités sans jamais déraper, partageant intimement la sensibilité de ses collègues. Mark Wastell introduit le concept de sonnailles, celle des troupeaux d’alpages. Mais aussi, crée un momentum imprévisible en faisant crier un ou des gongs avec un intense frottement d’archet qui éclate comme un orage solaire, brisant la quiétude de la musique, l’instant nécessaire… Si l’oreille est happée par la richesse sonore, le cerveau n’arrive plus à décompter ces sublimes métamorphoses des interactions sonores ou de leur étagement, étant toutes clairement audibles les unes par rapport aux autres tout en s’affirmant comme un tout homogène, cohérent … et subtilement différencié par plusieurs niveaux d’écoute et d’intensités. Je dois dire, qu’ici, la qualité de l’improvisation libre est au sommet, sans étalage « virtuose » mais d’un créativité sonore sublimement contrôlée autant que visiblement spontanée. Un super album fait de pièces bien distinctes qui enrichissent le fil de l’écoute !
Nunatak Ernesto Rodrigues Chris Jonas Irene Aranda, Guilherme Rodrigues Kriton Beyer Creative Sources CS CD
https://ernestorodrigues.bandcamp.com/album/nunatak
Quintet assez hard dans l’univers des Rodrigues père et fils ( Guilherme cello et Ernesto viola + crackle box) en compagnie du souffleur lunaire Chris Jonas (sax soprano), de la pianiste Irene Aranda fourrant des objets parmi les cordes de son instrument et de Kriton Beyer au daxophone, l’instrument créé par Hans Reichel qu’il transforme en objet sonore bruitiste. J’aime à la fois l’emportement collectif du quintet que les interventions individuelles précises qui se croisent hardiment dans des registres et des dynamiques diversifiées ou même contradictoires. Celles-ci sont le sel des échanges interactifs qui veillent systématiquement à courir plusieurs lièvres à la fois avec brio, un certain activisme ludique intense qui s’imbrique adroitement jusque dans de magnifiques dérapages assez fous. Un praticien de l’improvisation qui aimait autre fois les théories avait avancé il y a longtemps le « concept » de musique heuristique. On y est. Ernesto m’a fait un clin d’œil pour cette nouvelle production Creative Sources. Il a bien raison …. Ce Nunatak en trois parties est en fait une toute nouvelle occurrence dans l’odyssée Créative Sources/ E&G Rodrigues et cie qui ne ressemble à rien à ce que j’ai déjà écouté parmi leur production exponentielle. Il y a d’ailleurs des passages du coq à l’âne qui valent leur pesant de canard… ça canarde parfois allègrement . Absolument fantastique, surtout si vous connaissez mal toute l’étendue des possibilités et des enregistrements de free – music « totalement » libre.
New Traces Alex Frangenheim & Stefan Keune scatter archives digital
https://scatterarchive.bandcamp.com/album/new-traces
Splendide duo entre le contrebassiste Alexander Frangenheim & le saxophoniste Stefan Keune, un spécialiste des sax sopranino, soprano, alto et ténor qui parvient à maîtriser son style très particulier, explosif, pointilliste, fragmenté à outrance par de multiples coups de langue sur le bord de l’anche, doigtés croisés, atonal en diable projetant des interjections vitrioliques vocalisées ou des harmoniques happées au vol, très physique et d’une extraordinaire subtilité/ fluidité dans l’utilisation de techniques alternatives. Tout cela fait de lui un des plus dignes héritiers originaux de la mouvance Evan Parker où ont convergé Urs Leimgruber, Michel Doneda, Mats Gustafsson, John Butcher et Harri Sjöström… Alex Frangenheim se définit comme un véritable sculpteur des vibrations, sonorités, textures, harmoniques, et dérapages de fréquences des quatre cordes de la touche et du corps de la contrebasse sous la pression de l’archet dans de multiples intensités, dynamiques, actions virevoltantes avec la vitesse de l’éclair. Il faut noter leur cousinage à travers de personnalités essentielles parmi les pionniers de l’improvisation libre radicale (collective) qui ont pointé le nez aux débuts des années soixante. Stefan a été révélé en compagnie du guitariste John Russell, lequel était un proche de Paul Lovens et du tromboniste Günter Christmann dont Alexander Frangenheim est devenu le contrebassiste le plus proche, co-éditant les CD’s Edition Explico de Günter en joint venture avec son propre label Concepts of Doing. Récemment encore, Alex a enregistré avec Roger Turner qui a lui-même travaillé et enregistré avec John Russell. Ce qui est formidable dans ce duo réside dans le fait que chacun joue à fond dans ses propres registres, l’un dans les cordes frottées et l’autre dans la fragmentation obsessive de la colonne d’air. Une forme de contraste dans l’hyper activité ludique qui à certains points précis s’évanouit dans une complicité instantanée et fugitive qui laisse transparaître une écoute profonde. Deux improvisateurs de cette qualité se bonifient intensément dans leur face à face : ils jouent tellement bien, jonglant avec les sons inouïs, que c’est un plaisir à jouïr de leur coexistence, de leurs passages dialogués et de leur soudaine fuite en avant, sauts de côté ou convergences imaginatives. Des idées fusent, des bruitages surgissent un moment, des chocs réveillent l’auditeur. Toutes les manières d’agripper les cordes de la contrebasse sont sollicitées autant que les variations de l’air comprimé dans le tube. D’une oreille éloignée, on a peut être le sentiment que cette musique ultra-volatile a une apparence statique, parce qu’apparemment de nombreux sons semblent se répéter inlassablement. Mais c’est comme un feu alimenté par des brindilles, des fragments de branches, d’écorces, de copeaux de bûches ou de rondins tailladés…. Et ces flammes s’entortillent, spiralent à outrance miroitant un arc-en-ciel. Une oreille aiguisée et une imagination auditive fertile sera inévitablement happée par le flux haletant et sans fin par leurs onze échanges électrisés.
Consacré aux musiques improvisées (libre, radicale,totale, free-jazz), aux productions d'enregistrements indépendants, aux idées et idéaux qui s'inscrivent dans la pratique vivante de ces musiques à l'écart des idéologies. Orynx est le 1er album de voix solo de J-M Van Schouwburg (1996 - 2005). https://orynx.bandcamp.com Below new album of Larry Stabbins due to be issued soon !!
19 octobre 2026
Yumiko Tanaka & Roger Turner/ Jason Kahn Phil Durrant Mark Wastell Caius Williams/ Ernesto Rodrigues Chris Jonas Irene Aranda, Guilherme Rodrigues Kriton Beyer/ Alex Frangenheim & Stefan Keune /
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