31 mars 2015

More stuff from the beginning of Spring


Mill Hill Adrian Northover & Daniel Thompson Raw Tonk Records RT011

Again ! Daniel Thompson devient un guitariste acoustique incontournable de la scène britannique et il a trouvé avec Adrian Northover, un excellent collaborateur au niveau du souffle avec ses saxophones sopranino, soprano et alto. Mais pas que ! Adrian et Daniel comptent parmi les activistes les plus impliqués à créer les conditions  du développement et de l’extension des musiques improvisées dans sa pratique au jour le jour. Tous deux contribuent à organiser des lieux et des soirées dédiés à la libre improvisation avec une réelle continuité dans l’agglomération londonienne. Adrian Northover co-organise le Horse Improv Club dans la banlieue sud (Vauxhall, Kennington) avec la saxophoniste Sue Lynch et l’incontournable Adam Bohman, artiste dont le Café Oto a réalisé une très belle exposition des œuvres graphiques (à quand une publication de sa littérature délirante ?). Daniel Thompson est le responsable de la série Foley Street dans le West End et intercède aussi à la Hundred Years Gallery et à Arch One pourque des projets intéressants puissent se concrétiser.
Mill Hill … ? Enregistré à Mill Hill par Ian Hill, les titres des morceaux se réfèrent au processus de la minoterie (moulins à moudre…). Colloid, Arrastra, Huller, Grist, Buhrstone font allusion à des techniques précises décrites dans les notes de pochette, laquelle est une belle enveloppe de papier fort gris avec une sérigraphie à l’encre noire, sans mention des artistes. La musique, elle, évoque on ne peut mieux cet esprit fait-main artisanal fait de cordes pressées et tirées, d’accords distendus, de zigzag dans les harmonies, de souffle libéré des conventions et d’une écoute mutuelle interactive. On est surpris d’entendre un guitariste qui s’avance sur le terrain des Derek Bailey et John Russell en trouvant des solutions très personnelles et originales aux innombrables questions posées à la six-cordes lorsqu’on s’y aventure totalement sans regarder derrière. Adrian Northover développe une démarche introspective de la respiration continue à une variété de murmures contrôlés et infrasons retenus au bord du silence. La combinaison souffle cordes fonctionne à merveille dans le dialogue permanent et Mill Hill est un bien beau disque qui mérite des écoutes répétées.

Noi Credevamo (e crediamo ancora) Gaetano Liguori Idea Trio avec Roberto Del Piano & Filippo Monico BULL 060



Disque divisé en deux parties du même trio en 2011 et en ….. 1972 (!!) quand ils étaient jeunes et beaux et CROYAIENT (Noi Credevamo). Le pianiste Gaetano Liguori est un pionnier incontournable en Italie de la transformation du jazz libertaire d’essence afro – américaine vers une identité européenne assumée. Giancarlo Schiaffini, Giorgio Gaslini, Marcelo Melis, Andrea Centazzo, Guido Mazzon, Mario Schiano, Toni Rusconi, sans oublier le photographe Roberto Masotti à qui on doit leur portrait en 1974. Aujourd’hui, ils croient encore dans tous les idéaux progressistes malgré certaines désillusions. Pêle – mêle, les Beatles, Marx, Lénine, le Viet Nam et le peuple Palestinien, Albert Ayler, Sergio Leone, Mingus, les Partisans, Woodstock et le Néorealisme  etc… La liste exhaustive dans la pochette se termine par les mots résister, résister, résister. Enregistrée au légendaire studio Mu-Rec (ex-Barigozzi) de Milan par Paolo Falascone, la suite E Crediamo ancora incorpore entre autres une série d’hymnes comme le Chant des Partisans qui surgissent au détour d’une improvisation et sur lesquelles le pianiste improvise avec goût et un doigté formidable propulsé par les rythmes croisés de Filippo Monico et la basse électrique virevoltante de Roberto Del Piano. Les spécialistes à l’écoute aveugle vous diront que le pianiste est italien, même si certains passages évoquent le « Cecil Taylorisme » des critiques des seventies. Remarquable par sa logique musicale, Liguori transite aisément d’un bouillonnement free à plein clavier vers la musque tonale  swinguante en reconstruisant d’une manière lumineuse ce qu’il a démantibulé énergiquement. Ces deux compagnons n’ont rien perdu de la verve de leurs jeunes années. Au total huit morceaux sans titres mais aux sentiments forts et un brin nostalgiques.
La deuxième partie « Noi Credevamo » enregistrée comme démo en mai 72 est un vrai morceau d’anthologie historique datant d’une époque où les Brötzmann, Parker, Van Hove, Schweizer et Schlippenbach comptaient chacun à peine une demi-douzaine  d’enregistrements au compteur et passaient pour des sous-fifres de deuxième ordre aux yeux de la critique européenne et demeuraient complètement inconnus outre Atlantique. A prendre aussi au sérieux que les témoignages du suédois Per Henrik Wallin  ou ceux de François Tusquès. Cinq morceaux sans titre pour un total de vingt cinq minutes.  Débutant avec un thème proche de l’esprit des trios de Paul Bley époque Carla et Annette dans une veine plus rhapsodique, le trio construit un univers mystérieux où le thème est exploré en plusieurs sections sur divers tempos qui s’accélèrent. La batterie introduit le deuxième morceau avec une déflagration et le pianiste démarre aussi sec dans une veine agressive et clusterisée à coups de manche et de poignets, on pense à ses collègues Van Hove, Schlippenbach et Schweizer. Je dois dire qu’il exprime merveilleusement un contenu mélodique dans ce déluge de notes. Le troisième commence dans un jeu sur le silence où la basse électrique de Del Piano se place au centre et développe son phrasé avec les accélérations subites du pianiste. J’aime particulièrement le morceau quatre pour ces enchaînements surprenants. Un free maîtrisé et construit avec une énergie libératrice et des surprises de parcours. Les morceaux sont ici joués avec une limite temporelle entre quatre et sept minutes sans doute pour caser cinq compositions (ouvertes) dans le temps d’une bande magnétique. Mais on imagine bien le développement possible sur scène. Pour un premier album, ces trois jeunots d’alors étaient vraiment talentueux. Pas étonnant que le trio Liguori fut dans la ligne de mire de Philippe Carles et Daniel Soutif de Jazz Magazine durant les années septante.
Spécialement pour ces enregistrements d’archives, ce cédé est à recommander pour quiconque  veut retracer les enregistrements marquants de la scène improvisée / free-jazz européenne par des musiciens qui se sont engagés très jeunes pour que cette conception révolutionnaire de la musique vive et n’ont jamais failli depuis.

Doubleganger Amarillo Setola di Maiale SM2610


Deux guitaristes noise post-rock, batterie swinguante et free, chanteuse mystérieuse et bruissante, et bassiste solide. Après le vacarme de Warrior, une minute rassurez-vous, un Tomahawk lancé dans un mode swinguant et aéré avec la voix fantomatique de Pat Moonchy. Les cinq de Doubleganger privilégient les effets de guitare dans un mode abrasif et expérimental et une lisibilité remarquable, un sens de l’exploration sonore alternant avec des tempos renouvelés et jamais pris en défaut. Columbus est le moment féérique où le babil dans des langages imaginaires de Moonchy rencontrent la batterie bruissante de Pascale « Lino » Liguori, pilier du jazz milanais et grand-père du guitariste Lucio Liguori. Les rythmiques impaires n’ont pas de secret pour ce jeune homme de 88 ans comme on peut l’entendre Sorachi où, après que la chanteuse ait contribué dans le tempo idéal, les deux guitaristes s’échappent dans des échanges vif-argent (Lucio et Amaury Cambuzat). Il y a aussi des changements de cap à l’humeur du moment qui respirent bon l’improvisation assumée. Au total un album aéré, aventureux et sans prétention qui a le bonheur de relier le swing (du grand-père), la vocalité alternative avec le noise des gamins de la manière la plus naturelle qui soit. Aussi les deux guitareux et le bassiste (Angelo Avogadri) ménagent la dynamique sans forcer le volume, heureusement. Cela mérite son écoute !! 
Lucio e Pat ont été durant de longues années les animateurs du Moonshine , un lieu amical et exceptionnel, dédié aux musiques improvisées à Milan. Quand à Lino Liguori, c’est un pilier du jazz italien de l’ère swing-bebop qui a suivi ses enfants dans leur quête de la liberté jazzistique : il a joué avec son propre fils Gaetano Liguori (album Terzo Mondo label Palcoscenico) et fut le batteur du Concerto della Statale avec le saxophoniste légendaire Mario Schiano  et le bassiste Roberto Bellatalla enregistré lors de l’occupation de l’Università Statale de Milan et paru sur le disque du même nom, et que tous les schianologistes et autres férus de free considèrent comme le témoignage de cette époque héroïque et troublée.

Hesitancy Ensemble Progresivo Ricardo Tejero  Alison Blunt  Adrian Northover  Marcio Mattos  Ricardo Sassi  Creative Sources CS 266

Voici un groupe assez particulier de praticiens de l’improvisation engagés dans la vivace scène londonienne et rassemblés ici par le saxophoniste et clarinettiste Ricardo Tejero autour de ses compositions propres, conçues comme des structures pour improvisateurs libres et intitulées Progresion numérotées de 20 à 29 dans le désordre. Plusieurs plages en quintet dont le mouvement central culmine à 19 minutes et quelques duos courts de Tejero avec le violoncelliste Marcio Mattos, la violoniste Alison Blunt et le guitariste Ricardo Sassi s’intercalent entre les ensembles et l'énergique duo Northover et Tejero clôturent  le disque. Chaque pièce en quintet a une couleur, une dynamique une manière de réguler les échanges ou de sourdre la spontanéité. J’apprécie particulièrement les intercalements subtils de la troisième plage, Progresion 29, Ida y Vuelta 5:48 avec une rythmique suggérée auquel chaque instrument contribue de manière contrastée et personnelle avec une belle lisibilité. Roberto Sassi privilégie les effets qui colorent son jeu de guitare et dont le minimalisme achevé et concis est mis en évidence dans le duo Double R, les deux Ricardo, en somme. La pièce de résistance, Progesion 20, Dilema, développe une entrejeu faits de phrases brèves, de notes tenues, de tons suspendus, de legato monochrome, de voicings vaporeux au bord du silence. Un cheminement mène à une improvisation du sax soprano sur un ostinato électronique (Mattos) avec guitare électrique. Les sections improvisées s’enchaînent avec une vraie logique impliquant successivement chaque musicien, clarinette, guitare , sax ou violoncelle comme meneur de jeu en suivant un cheminement préétabli. Tout cela sonne de plus en plus spontané, vivant et engagé tout au bénéfice de la structure de Ricardo Tejero qui équilibre les interventions de chacun pour en optimiser la variété et l’ensemble des couleurs, dynamiques et trouvailles sonores. Bref, c’est vraiment réussi. Quand arrive la marche qui marque l’introduction du troisième mouvement faits de pulsations brisées ou de cloche-pied enfantin, passé les deux tiers de Dilema, on est surpris que le temps et la musique coulent si naturellement. Tejero, musicien sensible et secret, préfère la qualité des échanges et des équilibres, sans devoir rendre trop complexe son écriture. Je me serais attendu à plus de mordant et de conviction dans le final de cette pièce de 19 minutes qui fonctionne pourtant bien jusque là. Progesion 21 , Mannock entame un rythme de ginguois solutionné par des legatos monochromes des cordes et le soft noise de la guitare , enchaîné par une cadence légère du violoncelle suivie par l’ensemble dont se détache un solo de clarinette. Une musique de chambre parfois à la limite d’un folk cubiste un brin noise et minimal. Les intentions du compositeur sont évidentes : comment structurer l’improvisation par une succession d’événements sonores.  La plage 8 se rapproche d’un jazz contemporain de chambre qui vire vers le noise. Cette musique est bien et j’apprécie chacun des musiciens ensemble et séparément. Mais l’Hesitancy à incarner une forme de vitalité dessert un peu le projet malgré ses qualités oniriques et le développement intéressant de chaque mouvement… J’ai un excellent souvenir du groupe de Ricardo Tejero au Boat Ting avec une musique similaire et la présence de son compatriote, le batteur Javier Carmona.  

24 mars 2015

Lawrence Casserley and the Live Signal Processing

There are many ways in electronic music and one of them is the Live Signal Processing, a Real Time practice linked to free improvisation where the performer is using the sounds of his performing partner simultaneously as a sound source , processing it with his sound installation  and as a co-performer improviser like another instrument. Along the years, I had the pleasure and fortune to sing in performance with Lawrence Casserley, one of the most interesting improvisers / live signal processing inventor. We did some interesting duo performances and this is exemplified in our CD MouthWind on the Hermes eye-ear label. We played also in different combinations with other improvisors like pianist Marjolaine Charbin, clarinettist Jacques Foschia, flutes Adelheid Sieuw, violinist Phil Wachsmann, bassoonist Mick Beck and pianist Yoko Miura. So, I think the following text written by Lawrence about his work is quite relevant.


Improvisation with Real Time Computer Processing
The Signal Processing Instrument   by Lawrence Casserley 

I have been making music with real time (live) processing of sound for many years. I have also been making improvised music for many years. Although the live processing has also been used for pre-composed music, and I have made improvised music without electronic processing. For me the two things, live processing and improvising, are completely intertwined. I do both for exactly the same reasons, and I couldn’t imagine one without the other.
The core of this is my respect, even reverence, for the sound itself. In the late 1960s, when I first had the opportunity to work with electronic sound, it was the ability to work with the sound itself, rather than the representations of sound in notated music, which was one of the great attractions. Another was the ability to move out of the prison of equal temperament, which seemed to me to be fundamentally anti-musical.
I began to form an ideal of sounds which could be taken on a journey of transformation, and for me transforming the sounds made by another musician became the key activity. In the 1970s this was very difficult, and I spent many years trying to develop systems that would make my dreams come true. It was not until the 1990s that the tools I needed began to become available. At that time I developed the basis of a real time digital transformation instrument, which became the Signal Processing Instrument (SPI) that I use today.
The crucial epiphany was the time I spent at STEIM in Amsterdam with Evan Parker in 1997, which is documented on our CD “Solar Wind” (Touch TO:35). This was the first time that a series of interesting concepts formed into something resembling a real instrument, the SPI. Of course there have been many developments since then, but the fundamental concept has remained the same. I am capturing the sound of my collaborator(s) and responding directly to their gestures with my own. They, of course, respond to my sounds, and the loop continues.
The nature of this is very interesting; on one level it is the same as the interaction between any two or more improvising musicians, the interplay of gesture and counter-gesture in a constantly varying continuum; but there is another layer of interactivity when the sounds of gesture and response are so deeply interwoven. Unlike many live processing performers, my instrument is not based on sampling technique, but on delay line technique; because the system is recording all the time, my responses can be very immediate, allowing very close relationships where gesture and response are like one entity, a “collective simultaneity” as one of my colleagues has described it.

At other times, because the short and long delays are part of the same structure, I can take a longer view, where the “now” and the “then” become confused in a complex mix of immediate responses and their multiple echoes. In describing the new instrument in 1998 I talked of a triangle of sound sources, those clearly originating from the source musician, those clearly emanating from the processing musician and a third category, sounds whose origin is no longer explicit. The important thing about this model, and a key characteristic of the SPI, is that these are not fixed points; I move freely between them without needing to cross boundaries from one to the other.
A key element of the SPI is the manipulation of musical time, and the Signal Processing Instrument might be likened to a kind of musical time machine:
What is “musical time”? How does it behave? How is this “continuum of continua” perceived? Time is at the core of our understanding of the world; and memory is at the core of our understanding of time. Both are fundamental to our perception of music. What happens to this understanding when “artificial memory” interferes with our perceptions? In Borges’s “Garden of Forking Paths” he imagines a Labyrinth of Time - "an infinite series of times, in a growing, dizzying net of divergent, convergent and parallel times”, "...an enormous riddle, or parable, whose theme is time". Why does this concept seem so natural, and so musical? In his essay "A New Refutation of Time" he states, "I deny the existence of one single time, in which all things are linked as in a chain." Then later, "Time is a river which sweeps me along, but I am the river; it is a tiger which destroys me, but I am the tiger; it is a fire which consumes me, but I am the fire." What indeed is time? When and how is it “musical”?
Finally, I return to the opening theme, my respect for the sound itself; the same colleague has said: “You were always revealing some (even to me) hidden aspect of what I was doing, using me as a source but never reducing me to a mere resource. Conversely, I get the feeling that interacting with you, on the model that your approach demands, serves to reveal your performance as that of an autonomous instrumentalist rather than an extension of your sound source. As the process of mutual interaction unfolds we both reveal something of each other; I find we have opened up a space or a world where we co-exist, which can emerge to other listeners, who can also co-exist there. It's not the everyday world where we all began. When we return, things are somehow different, changed from when we left.”

Lawrence Casserley

last revised October, 2014

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MouthWind Project   
video : http://www.youtube.com/watch?v=IriH7fyIrZE 
https://www.youtube.com/watch?v=qRUiEh_j_hs     both in the Vortex Mopomoso

Lawrence Casserley live-signal processing & Jean-Michel Van Schouwburg extended voice.

Mouthwind is a project initiated by Belgian vocalist Jean-Michel Van Schouwburg and British live processing expert Lawrence Casserley. The core of Mouthwind is their duo, with Lawrence transforming the remarkable sounds of Jean-Michel’s voice into a dynamic and kaleidoscopic fusion of textures. Often they integrate other performers into their work – in 2007 a trio with Paul Hubweber, in 2009 a quintet with Marjolaine Charbin, Jacques Foschia and Adelheid Sieuw, in 2010  they are focusing on the core duo and performed in The Vortex, London, in Brussels and in the Pohyb – Svuk – Prostor festival in Ostrava and Opava (CZ).
Mouthwind augmented with Marjolaine Charbin performed again in London for the Lawrence's 60th Birthday concert in september 2011. In 2012 the duo was joined by violin maestro Phil Wachsmann and also by bassoonist Mick Beck.

For both these musicians the voice, vocal utterance and communication are at the centre of what they do and believe, as well as the transformative and emergent powers of these utterances. Lawrence’s electronic transformations intensify and enhance these properties. The musicians they gather around them project these same qualities in their music; the Mouthwind is the emergent and transforming flow of communication from the voices of their instruments.  CD MouthWind (Heyermears Discorbie HD 012)

Lawrence Casserley (born London 41) was one of Britain’s earliest pioneers of live electronic music, from his student work in the 1960s, through the intermedia groups “Hydra” and Peter Donebauer’s “VAMP” in the 1970s to the Electroacoustic Cabaret in the 1980s. For the last twenty years he has been a Director of the Colourscape Music Festivals, and since taking early retirement from his Professorship at the Royal College of Music, London in 1995, he has focused on the development of live computer processing in free improvised music. The original version of his Signal Processing Instrument was developed during a residency at STEIM, Amsterdam in 1997, where he was assisted in his work by Evan Parker and Barry Guy. Since then he has become a key member of Evan’s Electro-Acoustic Ensemble and has performed with many of Europe’s foremost improvisers. Projects w Phil Wachsmann, Adam Linson, Charlotte Hug, Gianni Mimmo & Martin Mayes. He has CDs released on Konnex, Leo, Maya, Psi, Sargasso and Touch.

Jean – Michel Van Schouwburg (born Belgium 1955) is an improvising singer extending the sonic limits of the human voice. Since the 80’s, J-M is involved in experimental music and free improvisation as an organizer, performer and writer. His solo sound poetry « ORYNX », (phonoetry as coined by J-M) was performed in London, Liège, Brussels, Lille, Gent, Rotterdam, Budapest and Nitra. He develops techniques like throat singing, harmonics, larynx vibrations, mouth sounds, acrobatic falsettos and invented languages over a range of three octaves and the help of a fast articulation. Jean-Michel sings currently in SUREAU with Jean Demey, bass and Kris Vanderstraeten percussion (Sureau cd) and in trio 876 w Marcello Magliocchi, percussion and Matthias Boss, violin. His duo with pianist Marjolaine Charbin (CD Quelles Bouches Voleront en Eclats) has worked with electronic musicians Dario Palermo and L Casserley. Palermo’s « Trance. Five Abstract Stations fr Male Voice and Electronics » was premiered by J-M VS in Norwich in 2009.
J-M VS performed with John Russell, Adelheid Sieuw, Paul Dunmall, Gianni Mimmo, Dan Warburton, Sabu Toyozumi, Phil Minton, Ute Wassermann, Adam Bohman, Zsolt Sörés, Nils Gerold etc…. Recordings released on Emanem, Inaudible, Creative Sources, Amirani, Duns, Setola di Maiale, Improvising Beings, White Noise Generator. « An uncomparable palette » (Gérard Rouy Jazzmagazine Paris) « Extraordinary performer » ( Massimo Ricci Touching Extremes)
Lawrence Electronic Operations - www.lcasserley.co.uk    J-MVS  www.myspace.com/orynx
        

More info on Lawrence Casserley

Lawrence Casserley (born UK, 1941) has devoted his professional career, as composer, conductor and performer, to real time electroacoustic music. In 1967 he became one of the first students of Electronic Music at the Royal College of Music, London, UK, on the new course taught by Tristram Cary. Later he became Professor-in-Charge of Studios and Adviser for Electroacoustic Music at the RCM, before taking early retirement in 1995.

He is best known for his work in free improvised music, particularly real-time processing of other musicians' sound, and he has devised a special computer processing instrument for this work (picture above). He has worked with many of the finest improvisers, particularly Evan Parker, with whom he works frequently as a duo partner, in various larger groupings and in the Evan Parker Electro-Acoustic Ensemble. He also works as a soloist, processing sounds from voice, percussion and home-made instruments. CDs have been released by ECM, Konnex, Leo Records, Psi, Sargasso and Touch.

Much of Casserley's work has involved collaboration with other art forms, including poets, eg Bob Cobbing, and visual artists, including Colourscape artist Peter Jones. He is a Director of the Colourscape Music Festivals, presenting contemporary music in the unique environment of the Colourscape walk-in sculpture. He also collaborates with Peter Jones on sound/light installations.

Casserley's "instrumental" approach to live computer sound processing is the hallmark of his work; the Signal Processing Instrument allows him to use physical gestures to control the processing and to direct the morphology of the sounds. This is the culmination of forty years of experience in the performance of live electronic work; his earliest live electronic pieces were performed in 1969, and he has performed many of the live electronic "classics" of the 20th century; he has also collaborated with other composers to realize their electronic performance ideas. He is noted for the breadth and variety of his collaborations, which cross styles and generations.
Here an interesting page of the visual score of Sette Pagine devised and written by Lawrence Casserley : http://www.lcasserley.co.uk/Sette_Pagine.html 

25 février 2015

Witold Oleszak - Roger Turner / Alison Blunt-Ivor Kallin-Hannah Marshall / Mikolaj Tzraska-Ollie Brice-Mark Sanders / Trevor Watts -Veryan Weston / Pat Moonchy-Lino Liguori

Witold Oleszak & Roger Turner Fragments of Part Freeform  Association cd FFA651

Voici le deuxième acte enregistré du tandem piano – percussion de Witold Oleszak et Roger Turner. Pas moins de 16 morceaux dont neuf autour des deux minutes et quelques-uns de 4 ou 5 minutes. Echanges vifs, explorations du cadre, piano préparé, sens en éveil, espaces ajourés, poésie du son, … Roger Turner est sans doute un improvisateur relativement insituable qui peut se révéler aussi intimiste et secret avec Phil Minton qu’explosif et ultra-polyrythmique avec Hannes Bauer et Alan Silva… Avec le pianiste Witold Oleszak, il vise la pertinence du propos soulignant ou commentant les digressions du clavier via les mécanismes, le cadre et la résonance de la « caisse » ou en poursuivant les vagues des doigtés. La musique est concise, sèche, et elle va droit au but, cultivant l’essentiel d’une belle idée par morceau. C’est un beau témoignage d’improvisations qui respirent et se meuvent dans l’évidence sans en faire trop. Le piano imprime souvent les pulsations et le percussionniste a un malin plaisir à les contourner avec légèreté et subtilité. L’attention est captée la plupart du temps avec des arrêts sur image et une foultitude de détails qui stimulent l’écoute. Alors que nombre de ses collègues essayent de se commettre avec ceux qui comptent sur la scène (notoriété et visibilité), Roger Turner montre encore une fois qu’il a plaisir à jouer avec des amis rencontrés sur la route et qui comme lui ont la plus haute idée de la musique et de la scène improvisée radicale : prendre un réel plaisir avec un excellent partenaire avec qui la communication et l’échange est une manifestation de la vie et le langage du cœur en ne souciant guère du reste. Un excellent enregistrement. On doit aussi à ce label une somme fantastique du trio légendaire the Recedents (Lol Coxhill Mike Cooper Roger Turner) en cinq cédés : Wish you were here !!

Barrel : live at artfacts Alison Blunt / Ivor Kallin / Hannah Marshall Idyllic Noise IDNO 009



Ceux qui avaient fait confiance au choix du label Emanem de publier Gratuitous Abuse du trio Barrel seront récompensés. Ces trois praticiens de la musique improvisée londonienne et piliers du London Improvisers Orchestra en ont été tellement encouragés que leur concert de St Johann In Tirol nous les révèle dans une forme et une inspiration encore supérieure à leur premier opus. Il y a là une série de séquences, d’interactions, d’idées développées ou seulement suggérées, d’élans ou de retenue dans plusieurs dimensions qui sollicitent l’écoute attentive et ne laissent pas l’imagination choir ne fut ce que cinq secondes. Johannes Rosenberg a souligné ô combien les improvisateurs cordistes sont faits pour jouer ensemble corde à corde, archet avec archet. C’est l’évidence-même. Voici des artistes qui ne sont peut être pas aussi « impressionnants » que certains de leurs collègues (on pense au violoncelliste Tristan Honsinger ou aux violonistes Carlos Zingaro et Jon Rose) mais qui, une fois réunis, finissent par vous remuer, interpeller et enthousiasmer tout autant. Leur trio est devenu bien plus que la somme du talent de chacun d’eux.  La synergie de leurs qualités bonifient l’apport de chacun dans un tout fascinant.Vraiment magnifique. Querelleur ou lyrique, micro tonal ou sonique, intimiste ou énergétique. Contorsionné ou avec un supplément de nuances. Des pizz en pagaille ou l’alto qui déraille avec un certain humour et puis tout se termine avec un filet de son quasi vocalisé. On a droit à toute la gamme des sentiments et des expressions. Unique dans le genre. Parcourez les magazines et les blogs, les catalogues : il n’y en a que pour les saxophones, trompettes, piano ou guitare ou le sempiternel axe souffleurs-avec (ou sans) piano, basse et batterie. Sans parler des effets électroniques. Toujours la même quadrature du cercle. Un duo ? Ce sera saxophone et percussion voire saxophone et contrebasse ou le sempiternel trio piano-basse-batterie. On ajoute parfois un trombone, un vibraphone ou un violoncelle. Au mieux, on enlève la batterie. Et finalement le paysage de la (pseudo) avant-garde ou du free jazz « sans composition » dit « libre » devient une lingua franca récurrente avec le personnel qui tourne dans tous les festivals ou lieux en vue (parfois presque pour des peanuts, je sais !) et qui se voient recyclés au fil des parutions. Moi, en musique je déteste m’ennuyer et je suis sidéré qu’il n’y ait pas plus de configurations instrumentales originales. Au moins ici avec Barrel, Hannah Marshall (cello), Alison Blunt (violon) et Ivor Kallin (alto), vous avez l’assurance que la musique sort des sentiers battus parce qu' un trio de cordes en folie comme cela, vous n’êtes pas prêts d’en trouver un pareil dans les vingt cinq piles de cédés labellisés « musique improvisée libre » où on retrouve ces configurations instrumentales relativement formatées etc… sans parler de l’invasion électroïde... Si ce n’est l’excellentissime Stellari Quartet de Phil Wachsmann, Charlotte Hug, Marcio Mattos et John Edwards, lui aussi publié il y a quelques années par Emanem. Il y a aussi chez Barrel un aspect joyeusement ludique qui évite le côté souvent sérieux ou austère des quatuors à cordes « contemporain». Bref le trio Barrel, c’est une cuvée unique en son genre. Heureusement à St Johann in Tirol, un organisateur éclairé a compris tout le parti qu’on pouvait tirer de trois cordistes aussi enjoués et complices. Un vrai régal !

Inem gortn Riverloam trio Mikolaj Trzaska Ollie Brice Mark Sanders FMR

La pochette de ce digipack indique seulement riverloam trio et le titre  inem gortn. Au rythme soutenu des sorties du label FMR (et des labels frères Clean Feed, No Business, NotTwo), cet album risquerait bien de passer inaperçu. Au verso, on découvre les noms de Mikolaj Tzraska sax alto, clarinet et bass clarinet, Ollie Brice double bass et Mark Sanders percussion. Sanders est connu comme un vieux sou aux côtés d’improvisateurs incontournables comme Evan Parker, John Butcher, Veryan Weston, Trevor Watts, Elton Dean, Paul Dunmall, John Edwards, Paul Rogers. Ollie Brice est devenu récemment un des contrebassistes qui comptent en Grande Bretagne, rejoignant avec une remarquable spécificité la confrérie britannique visible dans la scène « free-music » : les Barry Guy, Paul Rogers, John Edwards, Simon H Fell, John Edwards, Dom Lash et Guillaume Viltard. Un sérieux client avec un son imposant, une puissance qui pousse et soulève qui évoque un Charlie Haden. Quant à Mikolaj Trzaska, il est un des principaux acteurs dans la scène polonaise du jazz libre. Son nom apparaît dans une collaboration discographique avec Lester Bowie vers la fin des années 80’s et plus récemment, dans une série d’enregistrements publiés par le label polonais NotTwo. Entre autres, il y joue avec Ken Vandermark, Peter Brötzmann et Joe McPhee. Ceux qui sont accros à Brötzmann et il doit y en avoir pas mal, si on doit faire le comptage de tous les albums qui paraissent sous son nom et qu’il devient de plus en plus impossible de relever (de mon jeune temps, c’était facile : on appuyait sur le bouton FMP et le tour était joué), feraient bien de jeter un coup d’oreille. On va pas quand même écouter toujours les mêmes. Puissance, rage, charge émotionnelle, mais aussi sens des nuances, goût pour la mélodie. Avec un percussionniste polyrithmicien aussi nuancé au niveau de la frappe et du métal et créateur d’équilibres à la fois aérien et terrien comme Sanders, le son de contrebasse aussi balancé dans le grave et l’émission du pizzicato énorme de Brice sans parler de la largesse du frottement à l’archet, c’est un trio gagnant. Cela dit, la qualité de la prise de son est un régal. Ce qui rend cette musique agréable et sa puissance irrésistible se trouve dans la manière naturelle où et comment l’énergie se libère sans que les protagonistes en rajoutent une couche. Un bel équilibre qui rend opérants au mieux les différents paliers expressifs du souffleur entre le cri expressionniste et la retenue pensive. La pince puissante du contrebassiste emmène l’imagination dériver dans un autre univers, élégiaque celui-là et le percussionniste trouve en permanence le ton juste et la dynamique la plus appropriée. Dans plusieurs moments, on quitte le sentier balisé du trio souffleur/basse/batterie pour un questionnement du temps suspendu dans elephant trees. Fort heureusement, le temps se déroule dans l’essentiel de la communication musicale sans qu’il se fasse sentir : une heure à toute vitesse pour des musiciens qui prennent le temps de jouer avec un sentiment d’urgence, cela mérite d’être souligné. Pour le final, Trzaska a gardé la saveur particulière du son de sa clarinette et Brice un festival de doigtés ponctué à merveille par le cliquetis piaffant des cymbales de Sanders : le trio nous emporte dans un swing irrésistible. Il aboutit au seul solo de batterie (assez court) qui relance dans un groove peu usité, lequel permet au batteur de démultiplier les frappes sans surjouer alors que le clarinettiste jongle avec deux notes dans un appel modal suggérant des mélodies balkaniques. L’art de terminer un disque. Une belle performance ! 

Veracity Trevor Watts FMR cd377
Hear and Now Trevor Watts - Veryan Weston avec Mark Sanders John Edwards DVD  FMR DVD05 réalisé par Mark French.




Trevor Watts est le saxophoniste alto, alto, par excellence, un maître incontournable, la pureté du son et l’intensité naturelle alliée à une émission … parfaite ! Et aussi, un grand maître des rythmes, qui se révèle dans ce domaine plus sûr que ceux qui sont sensés personnifier cet aspect fondamental dans la musique : batteurs et percussionnistes. Durant des décennies, sa musique a trouvé un aboutissement dans ces groupes Amalgam et Moiré où le rythme démultiplié était le centre d’intérêt. Avec l’âge venant (passé la septantaine), ce routier toujours alerte revient à ses premières amours : le libre jazz libre, la free music où le musicien à la fois sollicite tous ses moyens, ses expériences et son imagination pour inventer une musique entière et complète dans l’instant. Lorsque son premier album solo fut publié (World Sonic / Hi4Head cd 004), Trevor Watts m’avait confié l’avoir enregistré à la demande insistante du producteur.  Il estime que la musique soit surtout être partagée avec un partenaire et il a d’ailleurs trouvé en Veryan Weston (qui fut son alter ego dans Moiré), le partenaire idéal. Aujourd’hui, voici un deuxième album solo, Veracity et c’est formidable ! Un chapelet d’idées mélodiques, de constructions rythmiques et modales, de danses secrètes, un syncrétisme d’une cohésion et d’un pluralisme inouïs servis par la sonorité la plus classe qu’il soit donné d’entendre. Egale à un Art Pepper, un Johny Hodges. Dans la fratrie des saxophonistes alto qui ont libéré le jazz les prénoms d’Ornette, Eric et Jackie ont écrit l’histoire avec des lettres de feu, accompagnés par des géants : Anthony Braxton, Jimmy Lyons, Sonny Simmons, Mike Osborne, Roscoe Mitchell, Oliver Lake, Elton Dean… et puis Marco Eneidi, Rob Brown, Gianni Gebbia… Ouf !! La concurrence est rude ! On a l’embarras du choix ! Avec ses tournées extra européennes dans les festivals musique du monde (son Drum Orchestra réunissait des percussionnistes africains), Trevor Watts, LE  sax alto pionnier du free européen depuis le milieu des années soixante, s’est fait un peu oublier de l’univers « musiques improvisées ». Veracity mettra les pendules à l’heure. Trevor Watts a par dessus tout une sonorité qu’on peut présenter comme un modèle pour sa beauté et pour sa singularité. Il a d’ailleurs toujours voulu être un musicien paradoxal. Son matériau musical est à la fois simple et complexe, basé sur une combinaison intelligente de motifs mélodiques et de séquences rythmiques articulés et distribués avec une perfection formelle qui séduira aisément les amateurs de jazz de plusieurs écoles pour autant qu’ils veuillent sortir un tout petit peu de leurs habitudes. Avec seulement deux ou trois notes jouées et tirées de leur contexte, Trevor Watts n’a aucun mal à faire naître dans l’imagination subconsciente de l’auditeur toutes les combinaisons mélodiques. Le lyrisme à l’état pur et, c’est cela qui le rend intéressant, à mille lieux de la doxa jazziste (stakhanoviste) qui découle des standards de Broadway, genre pour duquel il a fait une place tout à fait nette dans son œuvre : dehors ! Rien ici ne fait allusion au parkerisme ou même au dolphysme. Trevor Watts, c’est un saxophoniste  alto 100 % musical avec une technique optimale et où le rôle créatif de cette dernière passe au second rang avant l’émotion. On pense à Art Pepper. D’un point de vue purement technique, il faut quand – même souligner aa remarquable projection sonore. Dans une grande salle et sans micro, il ne faut pas tendre l’oreille pour l’entendre, alors qu’il semble ne pas souffler plus fort que dans un studio d’enregistrement. Chez Watts, la technique n’est seulement que le vecteur de l’émotion indicible et de l’invention pure. Dans l’exercice solitaire de Veracity, il donne la quintessence de son inspiration et, ce faisant, il raconte de belles histoires. Une fois au feu de l’improvisation avec des camarades de choix, Trevor Watts nous révèle combien son engagement est sincère, lucide, intense et poétique.  Et à cet égard, Hear and Now est un beau témoignage. Le DVD alterne interviews subtiles et sincères et extraits d’un concert, son propos est intelligent et on sent toute la modestie du personnage. Les séquences musicales en duo avec le pianiste Veryan Weston volent haut par leur surprenante interactivité loin des clichés et le quartet qui enchaîne est un modèle du genre. John Edwards et Mark Sanders ayant déjà tracé avec Weston une belle histoire de connivences (cfr Mercury et Gateway /Emanem), à quatre, ils renouvellent cette formule instrumentale par la singulière vivacité des échanges et leur capacité à secouer les poncifs et les idées toutes faites avec une étonnante cohésion. Une aventure dans le droit fil des fabuleux duos Watts – Weston publiés par Emanem : Six Dialogues Emanem 4069 et Five More Dialogues Emanem 5017 et Hi4Head : Dialogues in Two Places. Dialogues ? Dans l’histoire discographique du jazz libre,  Watts &Weston personnifient au plus haut point la quintessence du  dialogue entre un saxophone et un piano, Weston étant un pianiste superlatif, unique pour savoir créer les conditions du dialogue optimal basé sur l’improvisation permanente. Je n’en connais pas d’autres. Le secret des deux partenaires, une absence totale d’égo «musical » et une entière disponibilité dans l’instant, oublieux de leurs marottes individuelles (absence de plan séquences prédigérés *), tout en étant fidèle à leur personnalité propre. Ils affectent de s’ignorer ou de se répondre, d’anticiper ou de prolonger le développement l’un de l’autre en utilisant tous les paramètres et les ressources de leur immense savoir-faire sans aucune arrière-pensée. La musique totale de l’instant, l’invention.
Si vous suivez certains improvisateurs à la trace, vous vous rendez compte que quoi qu’il arrive, quelque soient leurs partenaires, ils resservent les mêmes petites choses qu’ils vont puiser dans leur petit sac à malices et les resservent plic-ploc comme pour meubler le temps qui passe. 

Pat Moonchy & Lino Liguori  Scatola di Scarpe  Setola di Maiale SM2630



La scène de la musique improvisée est redevable à la chanteuse Pat Moonchy et à son compagnon, le guitariste Lucio Liguori, d’avoir animé pendant une vingtaine d’années le club Moonshine, un bar du centre de Milan, dédié aux musiques improvisées et expérimentales. Quant au batteur Pasquale  « Lino » Liguori (orthographié aussi Pascale), c’est un musicien de la génération swing – bebop qui n’a pas hésité à suivre son fils Gaetano Liguori, pianiste pionnier du new jazz de la péninsule des années 70’, lorsque la scène ronronnante du jazz transalpin s’est trouvée secouée par la déferlante « free » et improvisation fin des années soixante. En 1975, Lino a participé comme batteur au fabuleux et historique Concerto della Statale de Mario Schiano publié par le label Red Records quand celui-ci était vraiment rouge. Les Liguori et Pat Moonchy forment une famille musicale avec le bassiste Roberto Del Piano qui lui, a œuvré durant des années, dans les groupes de Gaetano Liguori (Terzo Mondo Palcoscenico Records 1980) et des musiciens comme Filippo Monico, Guido Mazzon, Massimo Falascone, le fameux photographe Roberto Masotti et l’ingénieur du son Paolo Falascone etc… Cette connivence amicale fait que le Moonshine avec son magnifique décor « home made » a été un des lieux les plus chaleureux pour que cette expression musicale puisse s’épanouir. (Il va devoir malheureusement fermer sous peu). Alors cette boîte à chaussures est un duo touchant et très réussi. Pat Moonchy n’est sans doute pas une chanteuse de l’envergure des Maggie Nicols, Julie Tippets, Jeanne Lee ou Ute Wassermann et Shelley Hirsch. En comparaison, elle a un registre limité et un manque de « puissance », mais cela ne l’empêche pas de faire une performance vraiment épatante en assumant et en sublimant ses limites avec intelligence et sensibilité. En effet, elle a créé son propre style en fonction de ses capacités avec une réelle maîtrise et de la suite dans les idées. Sa présence scénique semble sophistiquée (habillement, port de tête, expression du visage et du corps, maquillage) et sa voix fluette évoque celle d’une enfant de bandes dessinées ou d’une série TV surréaliste. Un contraste déroutant. Le jeu de la batterie est tout en nuances, le sensible Lino frottant et faisant tinter les cymbales et résonner les peaux avec une remarquable variété de frappes et un beau sens de la dynamique sonore qui est le complément parfait pour une voix féminine. Sept morceaux autour des deux à cinq minutes et un seul qui s’écoule sur une douzaine de minutes. Un bel échange- communion ludique. Etant moi-même vocaliste improvisateur, je peux vous dire que Pat Moonchy a dû travailler d’arrache-pied et apprendre la concentration maximum , la force mentale, pour parvenir à naviguer dans une performance de quarante minutes comme celle qu’on entend ici. On y trouve une forme d’humour, une distanciation, un goût sûr sans faux pas, une réelle capacité théâtrale et un sens inné de la retenue dans une forme d’expressionnisme. Elle affectionne un aigu fantomatique, une diction gazouillante ou une voix de gorge famélique qui créent un personnage facétieux, une fée Clochette décalée et vraiment touchante. Lino Liguori nous fait entendre sa compréhension profonde et vécue des possibilités expressives de la batterie dans une liberté rythmique authentique. La classe ! Ces deux musiciens n’ont aucune prétention « professionnelle » (carrière), mais vivifient tout ceux qu’ils touchent par leur rayonnement amical et leur amour de la musique libre sans compromis. Maintenant que le Moonshine va fermer après autant d’années, je garde précieusement cette Scatola di Scarpe comme un talisman pour préserver le souvenir de ce lieu de rêve éveillé.